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Interview   

Nostromo reprend son histoire


Il y a des retours qui font vraiment plaisir, et celui de Nostromo en début d’année étant sans conteste de ceux-là. D’une part parce qu’ils ont fait ça bien en marquant le coup, embarqué en tournée en première partie de ceux qui ont eux-mêmes assuré par le passé la première partie de Nostromo : Gojira. D’autre part parce que la carrière de Nostromo s’était arrêtée de façon bien trop précoce, laissant un goût d’inachevé sur le remarquable et remarqué album acoustique Hysteron-Proteron (2004).

Mais à en croire le batteur Maik qui, après avoir fait un passage dans la chanson française et perdu un peu de sa brioche (mais pas suffisamment à son goût), revient émerveillé par l’accueil qui leur a été réservé et remonté à bloc, les Genevois sont bel et bien là pour poursuivre ce qu’ils ont commencé. Entretien à la bonne franquette et pleine de bonne humeur, à quelques heures de leur passage sur la scène de l’Altar, au Hellfest, pour qu’il nous parle de ce retour d’ores et déjà gagnant et comment ils envisagent l’avenir.

« Je voyais qu’il y avait encore cet engouement. Et en même temps, tu voyais ‘notre première partie’ [Gojira] qui, d’un coup, commençait à avoir une notoriété. Je les voyais en première partie d’In Flames, etc., et je me disais : ‘Merde !’ Oui, ça faisait chier, j’aurais peut-être pu faire la même chose. Mais en fait, je n’ai pas de regret. »

Radio Metal : Vous avez fait votre grand retour en premier partie de Gojira il n’y a pas très longtemps. Comment ça s’est fait ?

Maik (batterie) : Tu veux la version longue ou courte ? Ou la semi… [Rires]

La longue, c’est bien !

T’es foutu ! Non, c’est assez marrant, parce qu’après onze ans de pause, nous nous sommes reformés un peu sur une anecdote… Enfin, « anecdote », pour moi c’est hyper important parce que je me suis marié, nous avons fait un festival sur trois jours pour mon mariage, et je cherchais des groupes gratos. J’ai téléphoné à mes vieux collègues pour savoir si c’était possible de jouer gratos, vu que nous avions fait un acoustique, nous pourrions éventuellement ne pas forcément faire peur aux mémés, etc. Donc ils étaient tous d’accord, ils étaient ravis, et c’était là que tu voyais que nous avions tous un peu dans l’occiput une envie de faire du metal, nous avions envie de continuer l’histoire que nous avions arrêtée en 2005. Alors nous nous sommes retrouvés à faire l’acoustique et Javier, le chanteur, a envoyé la photo de nous quatre sur Internet, et tout ça a fait un buzz tout à coup. Nous n’y croyions pas ! Vraiment, c’était un truc assez incroyable de se dire qu’en fait, il y avait vraiment des gens qui s’intéressaient encore à nous, il y avait encore un engouement pour notre musique, pour ce style de musique. Le Hellfest nous a appelé assez rapidement pour y participer et là, nous nous sommes dit : « On va rembrayer ! » Et là, quelques jours après, il y a Jo de Gojira, avec qui j’ai gardé contact mais assez éloigné, qui m’envoie un message disant : « Ça te dit de faire notre première partie ? » Alors qu’à la base, je ne sais pas si tu connais l’histoire, mais c’était eux notre première partie ! Enfin, c’est un grand mot, disons qu’ils ont fait, quelquefois, notre première partie, vers 2002, 2003, etc. Et moi, d’un coup, je me suis dit que c’était juste génial que grâce à un groupe qui est à ce niveau-là – il ne faut pas se leurrer, Gojira est un des groupes tête de file du metal – , nous puissions faire une sorte de retour qui puisse aussi toucher une tranche de public qui pour l’instant n’en a rien à foutre de nous. Pour nous qui venons de l’école hardcore d’entre 1995 et 2005, cette frange du metal qui a bien marché en France, le fait que d’un coup, nous puissions refaire une tournée et être de nouveau avec nos vieux amis de Gojira, c’était une aubaine, une chance. Et puis comme je l’ai déjà souvent dit, le fait de se retrouver avec des gens qu’on connaît, de faire de la musique devant un public, et puis derrière, de parler de nos familles, de tout ça, c’est juste génial ! Tu sens que tu es dans un monde, qui me plaît à mort. Donc je suis ultra ravi de ce retour, et puis que Gojira nous ait aussi donné cette chance-là.

Justement, quand vous avez vu Gojira monter en onze ans de votre absence, ne vous-êtes vous pas dit que ça aurait pu être vous, si vous aviez continué ?

[Rires] Espèce de trou du cul ! Eh bien oui ! Non mais tu sais, ce sont les histoires d’un groupe. D’un coup, nous nous sommes arrêtés pour différentes raisons. Chacun avait sa vision de la musique, et puis nous ne nous étions honnêtement pas rendus compte qu’il y avait quand même un certain engouement pour notre groupe. Nous nous en sommes rendus compte quelques années plus tard, lorsque chaque fois que nous nous rendions à des concerts au Transbordeur, etc., par exemple, on me disait : « Ah, mais t’es le batteur de Nostromo ! Pourquoi tu t’es arrêté ? » Mais attends, ça fait cinq ans, c’est bon, c’est fini… Je voyais qu’il y avait encore cet engouement. Et en même temps, en parallèle, pour répondre à ta question, tu voyais, justement, « notre première partie » qui, d’un coup, commençait à avoir une notoriété. Je les voyais, vu que j’étais en contact, en première partie d’In Flames, etc., et je me disais : « Merde ! » Oui, ça faisait chier, j’aurais peut-être pu faire la même chose. Mais en fait, je n’ai pas de regret, du tout. Ce n’est pas du tout ça, parce que je me dis que peut-être, si nous avions continué, ça se serait peut-être fini définitivement, quelques années après. Mais maintenant que nous nous reformons, et que nous sentons que nous avons envie de continuer ce style et de faire partager ce style de musique, ça montre que maintenant, nous avons une sorte de nouveau coup de pied au cul qui nous arrive. Et ce dont nous avons envie, c’est de continuer. J’ai l’impression que nous ne nous sommes pas arrêtés, en fait. J’ai l’impression que c’était une pause, qui a duré peut-être deux semaines.

Mais, de manière peut-être un peu vicieuse…

[Coupe] T’es un vicelard, toi ! [Rires]

… la pause n’a-t-elle pas justement participé à l’engouement ? Il y a beaucoup de groupes qui se sont arrêtés, comme par exemple Coroner, qui ont gagné un statut culte après s’être arrêtés, plein de gens se sont intéressés à eux après coup. Est-ce que c’est possible que ce soit aussi ça qui ait joué chez vous ?

Ta question est vraiment vicelarde ! Un truc est clair : non, nous ne nous sommes pas arrêtés pour faire en sorte de devenir culte, ça n’est pas possible. Ça ne s’explique pas, en fait, autrement nous serions les premiers à le savoir. Mais nous rendre compte, des années après, et surtout maintenant, qu’il y ait encore des gens… Que tu nous interviewes, qu’il y ait d’autres personnes qui nous interviewent, qu’il y ait encore la presse et un public qui s’intéressent à nous… Je n’arrive pas à expliquer ça ! Je pense que ce sont un peu des trucs où ça ne sert à rien de poser des questions, parce que nous n’allons pas réussir à y répondre. C’est ça qui est génial dans la musique, et surtout dans le style dans lequel nous sommes. C’est qu’il y a parfois des groupes, des styles qui ne s’oublient pas, et quand d’un coup, ça revient, ça fait plaisir ! Advienne que pourra. Je n’ai pas envie de dire maintenant que dans douze ans, nous serons comme Gojira. Non. Mon but, c’est de continuer à faire partager cette musique parce que je l’aime. Vraiment, j’aime cette musique, elle est ancrée en moi, dans mes gènes, donc nous allons continuer. Nous avons quand même la brioche et la quarantaine, mais nous allons continuer, parce que nous aimons cela. Nous sommes foutus, quoi ! [Petits rires]

En live, avez-vous aussi réussi à retrouver vos marques rapidement après tant d’années sans jouer ensemble ?

Étonnamment, oui, mais c’est vrai que c’était assez rude. Au départ de la reformation, c’était en septembre, et quelques mois après, nous étions déjà obligés de repartir en tournée avec Gojira. Et là, d’un coup, il fallait que je perde un peu ma brioche. Surtout moi, à la batterie, ce n’est quand même pas évident de refaire ça alors que pendant onze ans, je n’ai pas forcément fait que du metal technique. C’était dur mais en fait, j’avais tellement envie de travailler que je faisais deux répètes par jour. Et pendant un à deux mois, tous les jours, j’étais une à deux fois dans mon local de répète pour travailler ces morceaux, pour être sûr de faire en sorte que sur scène, j’arrive à les faire. Et puis maintenant, je pense que je joue mieux qu’avant, en fait.

« Nous avons quand même la brioche et la quarantaine, mais nous allons continuer, parce que nous aimons cela. Nous sommes foutus, quoi ! [Petits rires] »

Pour revenir un petit peu en arrière, peux-tu nous rappeler justement pourquoi vous vous étiez séparés à l’origine ?

C’est quoi cette question de merde ! Mais attend, tu veux de la binche sur la gueule ?! [Rires] C’est vraiment quelque chose qui s’est fait comme la formation. Quand tu passes des années dans des camionnettes, ensemble, tout le temps, à être très proche, etc., il y a tout à coup un moment où quand tu as des envies qui sont un peu différentes, par exemple, il y en a un qui part un peu plus dans le grind, nous avions fait l’acoustique, il y avait ces idées de voir un peu plus large, peut-être dans des styles un peu différents, etc. ça a fait que, d’un coup, nous prenions des pauses un peu plus longues. Et il y en a une qui a duré onze ans ! Ce n’était pas du tout une prise de courge, je n’ai pas crevé l’œil à quelqu’un. Mais les séparations de groupe, et ça se fait souvent comme ça, c’est simplement parce que c’est organique. Parce que d’un coup, tu as d’autres projets, etc. et ça part un peu. Mais cette musique, ce mix entre du grind, du stoner, du hardcore, ça restait ancré en nous, et ça fait que maintenant, nous nous retrouvons, et nous nous rendons compte que c’est vraiment ça que nous voulons faire, nous voulons continuer à faire ça. Donc c’est pour ça qu’en ce moment, nous sommes vraiment en plein dedans.

J’avais justement entendu cette raison comme quoi vous aviez eu des envies divergentes au sein du groupe, et que ça avait participé à la séparation. Du coup, pourquoi ça marcherait mieux aujourd’hui qu’à l’époque ? J’imagine que les envies sont toujours un peu divergentes aujourd’hui…

Si tu veux, pour refaire l’historique, Lad est parti dans l’électro – il en faisait déjà beaucoup avant – , il a un label électro, Caduceus Records, qui est vraiment un super label, assez renommé, qui marche bien, et lui est vraiment parti dans ce côté électro, hyper rythmé, etc. Jérôme, le guitariste, est parti dans Mumakil, qui est vraiment un truc de grind, très extrême. Javier, le chanteur, a fait Elizabeth, il est aussi tatoueur, il est graphiste, donc il est aussi parti dans l’art assez visuel, mais il continuait à chanter en même temps. Et moi, je suis parti dans la chanson française ! [Rires] Tu as peut-être déjà lu ça quelque part. Bon, allez-y pour se foutre de ma gueule, mais tu sais, c’était hyper intéressant, parce que faire de la batterie dans un groupe de chanson française, et faire du washboard, etc. d’un coup, t’as complètement d’autres inspirations, t’es obligé d’être bon autre part, pas forcément dans la technique de la double-pédale, etc. Et donc, tout cela nous a vraiment élargis et ça nous a aidés à trouver un peu d’autres marques partout. Et maintenant, de nous retrouver, je pense que ça, tous ces différents aspects de la zik, va nous aider encore plus pour continuer à faire quelque chose d’intéressant. Parce que le sur-place, ça nous fait chier. Nous n’avons pas fait l’acoustique pour faire du sur-place mais pour continuer, pour changer de monde, et je pense que nous allons continuer dans ce rythme-là.

Vous aviez des besoins à assouvir avant de poursuivre…

Voilà, nous avions besoin de chier, pisser, faire de la chanson française, c’est tout ensemble ! [Rires]

Penses-tu justement qu’un groupe un peu original comme vous ne soit pas un peu voué, artistiquement, à avoir des tensions ? Un peu comme par exemple Faith No More, où chacun, artistiquement, a sa personnalité, ses goûts, etc. Cela donne une musique très originale, mais à côté, cela fait aussi quelques tensions artistiques. Crois-tu que ce soit obligatoire de passer par-là ?

Non. C’est dur à dire parce que tant que tu t’entends et que tu te rends compte que l’univers de l’autre est ultra intéressant, que tu as envie d’y entrer aussi, et qu’il y a un échange, ce qu’il se passe en moment, c’est génial. Mais si d’un coup les inspirations deviennent un peu plus « extrêmes », enfin, qu’on se ferme un peu, et qu’on a trop envie d’aller dans une direction, là c’est vrai qu’il y a des tensions que se créées. Mais en ce moment, ce n’est pas du tout le cas. Moi, je pense qu’un groupe, c’est vraiment une histoire d’échange entre des personnes, et tant qu’on y arrive, tant mieux. Et quand on arrive un peu moins, on prend une pause, on se retrouve onze ans après, et on fait du grind sur la scène Altar. C’est le bonheur, non ? Que demande le peuple ! [Rires]

Quand on regarde votre discographie, vous avez des albums assez différents les uns des autres, puis le dernier est acoustique. Quand vous vous êtes arrêtés, cela a vraiment donné l’impression de quelque chose d’inachevé, quelque part…

Complètement, ouais. Parce qu’une sorte de fin, comme ça s’est passé, ce n’était pas quelque chose d’hyper prévisible. Et puis à la base, nous avions vraiment prévu de refaire un album, faire de nouveaux morceaux, etc. Puis en fait, ce n’était pas l’acoustique, la fin, car après nous avons fait une tournée en Angleterre avec Mastodon, etc., et c’est arrivé à ce moment-là comme ça aurait pu arriver avant ou après. Là, il n’y a honnêtement pas d’explication.

Tu disais que vous aviez justement un album en prévision, à l’époque. Aviez-vous commencé à composer ?

Non, pourquoi ? Quelle est ta question suivante ? « C’est quand le prochain ? » « Est-ce que vous allez faire des nouveaux morceaux ? » [Rires]

Ça, c’était ma dernière question !

Ah ! Donc, je vais y répondre. Nous nous sommes quand même reformés il n’y a pas très longtemps, donc nous nous sommes quand même focalisés pour faire des résidences, pour réussir à refaire les morceaux, pour être au point, pour assurer un retour qui tienne la route, parce que nous avons envie de faire partager ce que nous faisons, d’une manière professionnelle, et que ça chie vraiment, en fait. Nous n’avons pas lésiné là-dessus. Donc, nous avons plutôt axé là-dessus et pas absolument, maintenant, sur recomposer un album. Mais l’envie est là, oui ! Donc, un scoop, si demain, par hasard, tu passes par l’Altar, il y aura un nouveau morceau, ouais. Nous en avons déjà un deuxième, que nous ne savons pas encore jouer. Donc ces morceaux-là, nous n’allons pas nous les foutre dans le rectum, nous allons continuer à composer, à faire des trucs à chaque fois que nous en aurons le temps. Nous allons faire à notre rythme, il n’y a pas de date prévue pour un nouvel album mais par contre, nous n’avons qu’une envie, c’est de continuer et refaire partie de ce monde qui nous plaît trop.

Artistiquement, quelles sont vos envies ?

Alors ce n’est pas forcément du reggae… Notre groupe est quand même un groupe de hardcore, grind, pop-stoner… [Rires] Enfin, je ne sais pas, je déteste dire des noms, mais donc, nous allons continuer dans ce que nous aimons faire. Mais par contre, maintenant, le fait qu’avec la technique actuelle, tu arrives à en faire pas mal avec l’ordi, tu peux refiler les morceaux, etc., donc nous avons une manière de composer qui a radicalement changé. Donc ça fait que les morceaux vont peut-être avoir une couleur différente mais ça, je ne pourrais pas te le dire. C’est le futur qui nous le dira.

« Le sur-place, ça nous fait chier. Nous n’avons pas fait l’acoustique pour faire du sur-place mais pour continuer, pour changer de monde, et je pense que nous allons continuer dans ce rythme-là. »

Parmi le public, il y a certainement une attente de surprises de votre part. Le dernier album en date est un album acoustique, c’était surprenant, et les gens attendent peut-être ça aujourd’hui. Est-ce que ça ne vous met pas la pression de vous dire : « Si on fait quelque chose, il faudra qu’on soit à la hauteur de ce qu’ils attendent » ?

Honnêtement, tu es le premier à me le dire. Je suis déjà tellement content que nous ayons du public, qu’il y ait des gens qui s’intéressent à nous, qu’il y ait de la presse qui s’intéresse à nous, donc nous n’allons pas commencer à nous foutre la pression pour dire que nos prochains morceaux doivent absolument être « spéciaux ». Je pense que nous allons faire ce qui nous plaît et le faire avec une passion infinie. Ce que nous voulons, c’est qu’à nos oreilles, nous soyons fiers de nous-mêmes, et puis si ça fait plaisir à d’autres gens, tant mieux. Mais nous n’allons pas du tout nous foutre la pression. Franchement, non.

Vous avez sorti des versions remasterisées de vos albums. Je sais que ton bassiste, entre temps, a ouvert deux studios, il est devenu ingénieur du son et il s’intéresse beaucoup à cela. Est-ce que ce background qu’il a acquis entre temps a joué pour avoir envie de remasteriser ces albums ?

Ouais, c’est ça. Lui a un studio de mastering qui est vraiment à la pointe, c’est du très gros matos qu’il a et puis il masterise de très gros groupes, etc. Donc c’est lui qui a d’un coup proposé, en fait. Il nous a dit : « On a les anciennes bandes, donc je remasterise tout ça avec les techniques actuelles. » Donc ça a aidé. Et puis maintenant, il est avec notre ingé son, il est en train de monter aussi un studio. Donc c’est ça qui est cool, ce monde s’agrandi. Nous sommes là, nous commençons à avoir des petits trucs annexes à gauche, à droite, qui font que nous commençons à devenir pas juste un groupe, mais aussi un studio, un studio de mastering, Javier est tatoueur, alors il tatoue beaucoup de Nostromo en ce moment… Non, je rigole ! [Rires] Il y a des trucs qui se passent en ce moment, donc c’est cool. Nous allons continuer à essayer de faire en sorte que ça devienne une vague, et puis ensuite qu’on surfe ! C’est pas beau ça ? [Rires]

Si vous avez voulu remasteriser ces albums, c’est qu’ils n’étaient pas parfaits à vos oreilles. Qu’est-ce que vous avez voulu améliorer ? Qu’est-ce qui vous gênait ?

Là, je suis mal placé pour le dire. Tu sais, le batteur n’a pas d’oreilles, il se les est pétées… Mais franchement, les studios de mastering qu’il y avait à l’époque n’avaient pas la technique actuelle, c’est clair et net. Ensuite, je ne vais pas dire lesquels, mais il y a un ou deux albums que nous avons masterisés dans des endroits qui n’étaient pas forcément ce que nous choisirions actuellement, parce qu’ils ne connaissaient pas tellement ce style, etc. Donc il y avait tout à y faire et [nous nous disions] que si nous repressions ces morceaux, nous les remasterions. C’était clair et net.

Tu disais tout à l’heure que durant ces onze ans tu avais fait de la variété, etc.

[Coupe] Pas de la « variété », espèce de trou du cul ! [Rires] Ce n’est pas de la variétoche ! C’est de la chanson française un peu barjot, avec de la scie musicale, moi je suis au washboard, c’est un peu concept, c’est différent ! Tu sais, c’est marrant, parce que j’ai toujours été fan de Mickey 3D, parce qu’à l’époque, nous étions vachement amis, avec toute l’équipe. Ils nous faisaient de la pub aussi lorsqu’ils étaient aux Eurockéennes de Belfort, ils disaient : « Allez voir sur telle scène machin, allez voir Nostromo ! » Quand ils avaient gagné les Victoires de la Musique, ils avaient nos pulls avec marqué « Nostromo », donc il y avait une sorte de connivence avec eux. C’est aussi « grâce » au fait que quand je les ai rencontrés, je leur avais dit que j’adorais leur musique, j’avais toujours été fan, et – une anecdote, ça ne sert à rien ce que je dis – eux avaient aussi un groupe de hardcore ! Mais ça ne marchait pas du tout. Donc ce n’était pas pour rien s’ils aimaient Nostromo et moi, ce n’était pas pour rien si j’aimais Mickey 3D. Ce style, ça me parle.

Du coup, as-tu été là-dedans à ton initiative ou bien c’étaient des rencontres ?

C’étaient des rencontres, oui. Et puis il y avait quelqu’un qui avait besoin de mon aide, un auteur de livres qui mettait ses textes en chanson. Je l’ai un peu aidé, et puis nous avons fait quelques disques, nous avons enregistré dans le sud de la France, au Studio Vega, juste avant Bertrand Cantat, quand il a fait Droit Dans Le Soleil. Il est venu quand nous sommes partis. Mais c’est une autre histoire, ce n’est pas celle d’aujourd’hui. Le groupe s’appelait Ostap Bender.

Tu disais donc que tu avais beaucoup appris de cette expérience. Peux-tu nous en parler ?

Moi, j’avais mon kit de batterie, plutôt metal, ce que j’avais appris. Et d’un coup, tu te retrouves dans des endroits où il faut être beaucoup plus cosy, il faut réussir à faire en sorte que quand le violon joue, on ait une dynamique très légère. Et d’un coup, tu joues avec quatre-vingt-treize décibels de moins, donc genre entre 0 et 1, mais par contre, il faut être là quand même. Il faut réussir à faire en sorte qu’on sente ce petit frottis que tu mets sur la caisse claire avec le balai. C’est con, mais ça, je n’arrivais pas du tout au départ ! J’étais nul ! Et le fait, d’un coup, de réussir à rentrer dans ce truc où il faut être hyper fin, pas technique à mort mais hyper fin, ça m’a plu à mort, de découvrir complètement une autre facette de ce qu’est la rythmique, mais d’une manière abordée complètement différemment. C’est pour ça que d’un coup, je me suis dit que j’allais me lancer là-dedans, pour vraiment apprendre autre chose, car j’étais à la recherche aussi d’autres choses. J’avais aussi fait un bon moment de la drum ‘n’ bass, mais comme le metal, ça reste quelque chose de technique, où tu peux jouer fort, tu peux envoyer la sauce, et si tu joues sur ta caisse claire comme un bourrin ou comme un sur-bourrin, ça ne change rien. Là, par contre, quand tu joues avec des instruments très calmes, très beaux, là, d’un coup, il faut s’adapter, et ça, ça m’a plu.

Dans la communauté metal, il y a toujours un côté péjoratif derrière la chanson française, etc. Dirais-tu que ces gens se trompent et qu’ils feraient mieux de s’intéresser à ça et découvrir des choses ?

Disons qu’en tant que musicien, c’est intéressant de jouer ce genre de chose pour se rendre compte. Parce que moi aussi, quand j’étais dans Nostromo à l’époque, ces styles-là ne m’intéressaient pas. Je me disais que pour la vraie technique, il y avait peut-être le jazz qui est vraiment très technique, et puis le metal, genre le mathcore, etc., c’est vraiment hyper technique, et tout ce qui est pop, chanson française et tout ça, ce n’est pas forcément technique. Mais en fait, il y avait un autre aspect que je ne connaissais pas, ce côté finesse, calme, qui est dur à expliquer là, avec un micro devant la gueule [rires]. Mais c’est quelque chose que j’invite à faire découvrir parce que c’est vraiment quelque chose de super intéressant, quand d’un coup, tu es baigné dedans et obligé de faire un concert, et que si d’un coup tu fais un coup trop fort ou quoi, il y a toute la salle qui se lève et qui se tire. Tu ne peux pas. Donc t’es obligé de jouer avec tes balais, choisir tes balais, c’est tout con quoi ! Mais c’est marrant, c’est un autre monde, qui a aussi sa technique. Cette technique qui n’est pas vraiment dans la technique du sept temps, du six temps, tu fais du douze, du quinze, ce qu’il y a souvent dans le metal, mais c’est complètement un autre aspect, et c’est bestial.

« On va sur Arte et on voit des mecs qui montrent leurs culs. C’est cool, quoi ! Que demande le peuple ? Ça, il n’y avait pas il y a dix ans ! »

Dans ce style-là, qui sont les artistes qui t’ont marqué ?

[Réfléchit] Je suis un gros fan de quelqu’un que ma femme m’a fait découvrir, c’est Tom Waits, qui a un côté un peu cirque déglingué. C’est beau de pouvoir réussir à faire des rythmiques comme ça, qui sont hyper simples, hyper bêtes, mais ce sont juste des bons sons, le fait de travailler le son à mort. En même temps, parfois, ce n’est pas carré, mais tu ne le remarques pas. Il y a un coup toutes les deux secondes, mais il est bien placé. C’est beau. Tom Waits, c’est du grandiose.

Et aujourd’hui, dans ton jeu live avec Nostromo, qu’est-ce que cela te change ? Est-ce que ton jeu a changé grâce à ça ?

Non [rires]. C’est vraiment le fait de revenir dans ce côté metal, et le fait de me rendre compte que ça le fait de reprendre cet aspect, parce que je pense qu’il est juste, tu tapes fort, t’envoies la sauce, mais par contre, il faut être précis dans toute ta technique. Ça m’a ramené à mes sources, dans mes langes. Donc je me suis dit : « C’est parfait ! » Réapprendre tout ça, et puis surtout, perdre ma brioche ! Parce que la chanson française, ça fait plutôt prendre de la brioche [rires].

Justement, est-ce que ça te plairait d’intégrer un peu plus de finesse dans des morceaux futurs ?

[Réfléchit] Je pense que j’en mets inconsciemment, mais je pense que non, faut que ça chie. La finesse y était déjà à l’époque, mais dans le côté metal, dans le côté technique, et ça tu peux le mettre dans le côté finesse. Je n’ai pas envie de mettre de la dynamique calme là-dedans, ça me ferait chier. D’avoir appris ça, ça m’a enrichi, mais ça ne sert à rien de le foutre là-dedans. C’était une expérience qui m’a plu à mort, mais je pense que ça ne sert à rien que j’essaye de concilier quelque chose là-dedans. Ce serait une erreur.

Tu disais tout à l’heure que votre bassiste a fait pas mal d’électronique. Est-ce que c’est quelque chose que vous aimeriez intégrer ou bien non, ça dénaturerait trop ?

On ne sait pas ! Je sais que lui est fanatique de ça, nous en parlons parfois, genre : « Ce serait bien une intro comme ça, comme ça ! » S’il a une bonne idée, et que ça nous plaît, nous le ferons. Mais c’est vrai que là, c’est plus proche de Nostromo que la chanson française [rires]. Jamais je n’intègrerai un truc de chanson française là-dedans. Mais quand nous sommes partis dans l’acoustique, c’était pour ouvrir tous ces aspects que nous aimons bien, alors que dans le metal, on ne peut pas. Alors nous sommes partis dans l’acoustique, parce qu’il y avait un mec qui faisait un festival un peu arty, avec des danseurs, des expos, etc., à Genève, et puis nous avons fait cet acoustique parce qu’il voulait que les groupes metal de Genève fassent de l’acoustique, donc c’était plutôt un happening. Et puis à la limite, si nous en faisons une fois un autre, parce que c’est lancé d’un autre festival ou autre autre, et qu’on nous demande de faire nos trucs en électro ou quoi, nous serons d’accord ! Nous sommes assez ouverts à ce genre d’expérience.

En onze ans, la scène francophone a pas mal évolué, avec les groupes, mais aussi avec le Hellfest, qui est devenu ce qu’il est devenu. Comment avez-vous trouvé cette scène en revenant ?

Tu n’es pas le premier à me poser la question. Ce n’est pas évident à répondre, car je n’ai pas envie d’avoir l’air con. Parce que quand tu as arrêté onze ans, et ce n’est pas parce que j’ai fait de la chanson française, je pense que c’est simplement parce que d’un coup, tu la vois de l’extérieur, tu n’es plus dans les pits, dans les backstages, dans des endroits où tu suis tous les groupes, le mec qui a fait un nouveau groupe, etc., donc tu la vois de l’extérieur. Mais je ne m’en plains pas, je suis content d’avoir suivi cette scène un peu en parallèle. Peut-être que je me plante, mais ce que je vois, c’est qu’après toute cette mouvance hardcore qui a bien marché, avec le label Overcome, etc., en France, mais aussi en Belgique où ça marchait super bien, ou aux États-Unis, avec Isis, c’était très underground. Et puis à partir de 2007 environ, il y avait plein de groupes que je ne voyais plus, il y avait même la Team Nowhere (Nowhere Prod) qui n’existait plus… Non je rigole ! [Rires] Et puis je voyais que tout continuait, il y avait des groupes, et puis il y avait comme une sorte de voile dessus, comme si ça c’était calmé. Peut-être que je me plante, mais je ne voyais plus ce côté jeune et énervé. Maintenant, je ne suis plus jeune, mais j’espère que je suis énervé, avec une brioche… Et ce qui me plaît dans ce que je vois maintenant, c’est qu’il y a quand même un engouement. Par exemple, ce Hellfest, qui est monté en flèche jusqu’à devenir ce qu’il est aujourd’hui, ça donne aussi une sorte d’engouement à une jeunesse à continuer d’avoir envie d’être dans ce milieu, de pouvoir rencontrer tout ce monde, etc. Je pense qu’il y a une sorte d’engouement qui me plaît. Aussi quand je rencontre de vieilles pièces, des gens que je reconnais, genre : « Ah tiens, salut ! T’es encore vivant ! » Ca ré-existe, et je pense que si on a un peu de chance, si toi tu continues à faire des interviews aussi géniales que ça [rires], que la presse continue à suivre les groupes, que les festivals continuent à faire confiance à des groupes comme nous, et que l’on fasse jouer des jeunes sur des scènes, etc., ça fera en sorte que le monde du metal, du hardcore, ait un renouveau et qu’il soit beaucoup plus gros. Parce que le Hellfest, on le voit par exemple dans des émissions comme Quotidien, alors qu’à la base, on ne le voyait pas du tout. Et maintenant, qu’est-ce qu’on voit ? On va sur Arte et on voit des mecs qui montrent leurs culs. C’est cool, quoi ! Que demande le peuple ? Ça, il n’y avait pas il y a dix ans ! Il y a dix ans, c’était très underground, il y avait des fanzines, de petites interviews, de petites téloches – et encore ! – , et maintenant, ça commence à avoir une résonance parce il y a plein de gens qui s’intéressent à ça. Moi, je dis tant mieux, et espérons que ça continue.

Le business de la musique a aussi pas mal changé entre temps avec cette démocratisation de tout ce qui est financement participatif, etc.

En fait, c’est quelque chose qui pour nous est complètement nouveau, car quand nous nous sommes arrêtés, il n’y avait pas de crowfunding, tout ça n’existait pas. En 2005, t’avais Internet, et c’étaient les débuts de MySpace, et encore nous n’avions pas de MySpace !

Et aujourd’hui ça n’existe plus…

Voilà ! Donc tu vois la vieille merde que je suis ! Donc c’est super intéressant de se rendre compte que maintenant, on ne se base plus foncièrement sur les albums… Quoi qu’avec le metal, il y a encore un côté où ils aiment bien toucher du vinyle, du CD. Mais c’est assez intéressant de se rendre compte que la manière dont on vend la musique, et la manière dont on fait de l’argent avec la musique, a complètement changé. Maintenant, c’est beaucoup plus les concerts que les ventes d’albums. Ca fait que je suis plus en train de découvrir ça, donc je ne pourrais pas te dire si c’est bien ou mal, je suis totalement la mauvaise personne : un quarantenaire sur le retour, c’est lui qui est plus avec les grands yeux, en train de regarder… Parce que moi, je suis plus comme un gamin en train de regarder ça. Il vaut mieux demander à quelqu’un de la génération X, qui est dans le metal, qui s’y connaîtrait mieux, mais moi, là, je suis assez impressionné. Et puis c’est hyper intéressant, mais je ne le vois ni négatif, ni positif. Je le vois, juste.

Pour finir, tu n’as pas arrêté de me parler de ta brioche. Es-tu complexé par rapport à ça ?

Oui. Là, elle me fait un peu chier ! Je vais arrêter un peu la binche, je fais faire plus de metal, comme ça elle va se tirer ! Donc oui, gros complexe de brioche. J’ai passé les trois chiffres au niveau de mon poids [rires]. Ça c’est un scoop !

Interview réalisée en face à face le 18 juin 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collias.
Photos : Nicolas Gricourt (Villeurbanne le 30/01/2017).

Page Facebook officielle de Nostromo : www.facebook.com/nostromogva.



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  • très sympa cette interview!!!!

    le gars est sympa, drôle , irrévérencieux…..et quand il joue, il devient un bourrin psychopathe xDDDD

    [Reply]

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