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Interview   

Nostromo vogue vers son avenir


« Nous ne renquillions pas pour venir beurrer des sandwichs ou pour enfiler des perles. » Ça a le mérite d’être clair. Depuis l’annonce de son retour fin 2016, Nostromo n’a eu de cesse de faire parler de lui, que ce soit avec une tournée en première partie de Gojira, avec le deux-titres Uraeus ou maintenant avec un nouvel EP, intitulé Narrenschiff, qui démontre le haut niveau de forme de la formation suisse. Conscients de l’opportunité unique qui s’offre à eux face à l’engouement entourant leur retour, les membres de Nostromo se donnent à fond… quitte à ce qu’il y ait un peu de « casse » ou, disons, quelques mises au point. Ça a été le cas avec le batteur Maik qui a été poussé vers la sortie, remplacé par l’ex-Mumakil Maxime Hänsenberger pour des raisons que nous expliquent Jérôme et Lad ci-après.

C’est donc ambitieux, mais sans perdre pied avec la réalité, que Nostromo avance, montant progressivement en puissance jusqu’à un nouvel album qui est déjà dans les tuyaux, et sans perdre de vue son sens de l’audace, songeant déjà à de nouvelles collaborations ou à tirer profit de l’expérience de Lad en matière de musique électronique. Nous parlons de tout ceci avec les deux compères.

« [L’arrivée de Maxime Hänsenberger] c’était la bouffée d’air frais, du genre : “Eh, on peut faire ça ?” “Ouais.” “Et puis ça on peut faire ?” “Ouais. À quel tempo ? Plus vite ? Pas de problème.” Je te jure que ça change ! […] Il y a beaucoup de portes qui étaient fermées à l’époque et qui sont maintenant ouvertes, et que nous n’allons pas nous gêner d’emprunter ! »

Depuis votre reformation, vous avez d’abord sorti un deux-titres, avec la nouvelle chanson « Uraeus » et une reprise de Nasum. Aujourd’hui, c’est un EP que vous sortez. Or ce que les fans attendent, c’est avant tout un album, alors pourquoi avoir décidé d’y aller comme ça, progressivement, par étapes ?

Jérôme Pellegrini (guitare) : À la base, nous ne voulions pas sortir un disque, nous voulions sortir un livre ! [Rires] Et nous nous sommes rendu compte que les gens allaient trouver ça bizarre. Nous nous sommes dit : « Bon, tranquille, on va faire un EP. » Le truc, c’était que nous étions censés, à la place de cet EP, sortir un vrai album, mais nous avons eu de légers soucis techniques de personnel, pour faire un sympathique euphémisme. Du coup, ça nous a bien retardés. Mais ne t’inquiète pas, le prochain album est déjà en train d’enquiller sévèrement, et il va te péter ta gueule.

Lad Agabekov (basse) : Nous avons fixé que d’ici à la fin de cette année, nous aurions tous les morceaux. Nous cherchons un label, nous allons commencer à faire les démos au mois de mai. Nous avons une session qui est prévue, et nous enregistrons cinq titres en démo, et voilà.

C’était important pour vous de ne pas attendre plus longtemps avant d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent ?

Jérôme : Oui, nous n’allions pas laisser les gens avec un inédit et une reprise, puis se barrer pendant un an et demi et les laisser poireauter. Là, avec six titres, tu as quelque chose à te mettre sous la dent.

Lad : Car si nous devions sortir un album, je pense que nous l’aurions sorti en 2020, or ce n’était pas envisageable.

Vous avez parlé d’un léger souci de personnel, pour faire référence au fait que Maik avait été remercié du groupe. Ça a pu surprendre et même décevoir un certain nombre de fans. On lui avait parlé en juin 2017, il avait l’air quand même pas mal à fond dans Nostromo, et c’est même lui qui est à l’initiative de la reformation du groupe… Que s’est-il passé concrètement ?

Je ne vais pas entrer dans les détails, parce que si je dois être honnête, ça va piquer. Nous n’avions plus les mêmes vues, et puis des fois, ce qui se dit en apparence n’est pas forcément ce qui se fait dans les actes. Donc il y avait ça, une espèce d’inadéquation entre ce que nous voulions faire, et le rythme auquel lui voulait le faire. Lui ne fait pas ça de manière professionnelle. Nous, nous faisons ça de manière professionnelle, ou semi-professionnelle. Il voulait que nous nous mettions à son rythme non professionnel, et ce n’était pas possible. Après, nous devions le remplacer parce qu’il était papa, et il n’était pas content que nous le remplacions… Bref, c’était que de la merde, et puis au final, aujourd’hui, je vais le dire, je pense que nous sommes très contents d’avoir pris cette décision. Il y a parfois des choses qu’il faut trancher, c’est plus dur, mais pour nous, aujourd’hui, en tant que groupe, nous nous portons mieux comme ça. Nous n’aurions pas pu sortir Narrenschiff avec lui.

Pourquoi ?

Parce que techniquement, il n’aurait pas été capable de le jouer. C’est la vérité, Maik est un bon batteur, mais pas pour aller aussi vite et faire ce genre de musique.

Jérôme : Et surtout, si tu es motivé à faire une répète toute les deux semaines, moi, ça me saoule. C’est mon boulot de faire de la musique, je n’ai pas envie de ça. C’est juste une question de directions différentes que nous avons prises. Il n’y a rien de personnel. C’est juste que nous, nous faisons de la musique, nous avons décidé depuis des années de faire de la musique. Si toi, tu ne veux pas, et que tu t’attends à ce que nous t’attendions pour aller à ton rythme, c’est non. Parce que ça nous a pété à la gueule, nous avons balancé une photo sur Internet, et deux jours plus tard, les mecs de Gojira nous appellent pour nous dire de venir jouer. Ça, c’est le genre de truc que tu évites de refuser. Après, il faut tenir la cadence, et lui n’avait pas les conditions qui font qu’il pouvait tenir la cadence. Il a un boulot très contraignant, une petite fille, ce n’était juste pas possible.

En termes techniques, quand tu dis qu’il n’aurait pas été capable, ça veut dire que ce que vous faites aujourd’hui est plus technique que ce que vous faisiez avant ?

Lad : Pas plus technique, mais plus rapide. Lui, son truc, ça n’était pas d’aller vite comme ça. Lui s’arrêtait à 190, et là, nous faisons des trucs à 230-240. Nous ne cherchons pas la vitesse pour la vitesse, mais avant, nous étions un peu bridés. Et je pense que Jérôme était aussi frustré avec ça.

Jérôme : Clairement ouais !

Lad : Il voulait faire des trucs, mais nous ne pouvions pas, juste parce qu’il ne pouvait pas.

Jérôme : Mais no offence, c’est juste la réalité des choses.

Concernant ce côté professionnel vers lequel vous voulez aller avec Nostromo aujourd’hui, est-ce que c’est quelque chose à quoi vous n’avez pas forcément réfléchi au début, quand vous vous êtes reformés ? Ça a été très vite, et du coup, vous n’avez pas peut-être pu vous mettre d’accord sur les choses…

Lad : C’est totalement ça, nous avons été embarqués dans un truc, et tout d’un coup, il y a une sorte de réalité qui nous a pété à la gueule. Jérôme, Javier et moi, nous vivons tous de la musique, nous avons choisi de vivre de la musique. Moi, je ne vis pas de Nostromo, mais j’ai ouvert un studio, je suis dans le milieu artistique et musical, c’est mon métier. Javier, c’est pareil, il est dans un milieu artistique. Jérôme fait exactement la même chose, il ne fait que du rock’n’roll. Donc à un moment donné, quand on t’offre une opportunité comme ça, et que toute ta vie, tu t’es battu à créer un truc dans ce milieu-là, nous nous sommes regardés et nous sommes dit : « Putain, on a une chance de dingue de pouvoir continuer ! On y va ! » Et nous n’avons pas vingt ans non plus. Donc on y va, et on verra où ça nous mène. Sans non plus être complètement débile, Nostromo va aller aussi loin qu’il peut et voilà !

Jérôme : Il n’y a pas moyen de se fermer des portes quand on te les ouvre à bras ouverts comme ça nous est arrivé, nous avons eu beaucoup de chance. Ça fait vingt ans que nous avons pris la décision de ce que nous voulions faire de notre vie, c’est la musique, et il se trouve que lui, ce n’était pas son cas. C’est con à dire, mais dans la vie, on fait des choix. « Rock’n’roll is a way of life », ce n’est pas une théorie, c’est vrai. Quand tu fais du rock’n’roll, tu ne peux pas forcément avoir de patron ultra-contraignant, parce que quand tu vas faire des dates, tu vas faire des dates, et puis s’il faut attendre les gens tout le temps, ce n’est pas possible. Il y a beaucoup de paramètres qui entrent en jeu.

« Nous ne nous disons pas que nous allons devenir Metallica l’année prochaine, bien sûr que non, mais disons que nous pouvons amener Nostromo plus loin que nous le sommes aujourd’hui. Ça, c’est clair, c’est évident. Et c’est ce que nous comptons faire ! Maintenant, où ça va nous mener, je n’en sais rien, mais plus haut, j’en suis sûr ! »

Lad : J’irais même plus loin, je pense que c’est une question d’état d’esprit et de motivation. Je pense qu’à notre niveau, tu peux avoir un job à côté, et faire les deux, parce que nous ne faisons pas non plus deux cents dates par an. Mais après, c’est toute une question de motivation. De vraie motivation. Ce n’est pas simplement de se dire : « Ouais, c’est cool ! » quand tu es au Hellfest. Parce que oui, c’est cool d’être au Hellfest, mais il n’y a pas que le Hellfest, il y a les répètes, il y a plein de trucs qui prennent beaucoup de temps, et après, c’est une question d’engagement. Et nous étions diamétralement opposés, nous ne nous entendions plus, d’un, sur la direction de la musique et, de deux, sur la manière dont nous voulions faire de la musique, tourner… C’est comme ça. De toute façon, nous avons tourné la page. Tu nous as posé la question, tu as voulu un peu plus de détails, je crois que j’en n’ai jamais parlé comme ça, ouvertement, mais là nous en parlons, et puis voilà. Mais pas de hard feelings. Pour nous – pour moi en tout cas –, c’est réglé, je n’ai plus envie d’y penser. Je pense que c’était très douloureux pour lui, pour nous ce n’était pas facile non plus, parce que c’était quand même un pote. Lui a sa version, nous avons la nôtre… Et voilà, c’est comme ça.

Justement, ce côté douloureux de la chose, c’est pour ça que vous n’avez pas vraiment communiqué là-dessus ?

Jérôme : Remuer la merde, ça ne sert pas à grand-chose. Je sais que lui, ça lui fait mal, nous, ça nous fait mal. Nous n’avons pas envie de faire mal aux gens, nous avons envie de nous mettre au service de la musique. Nous sommes partis dans des directions différentes, voilà. Maintenant, c’est cool, nous avons trouvé quelque chose, lui joue ailleurs aussi, c’est cool, tant mieux. Je ne veux pas que les gens se sentent mal, c’est suffisant, nous avons assez donné.

Lad : Il faut tourner la page.

Pour tourner la page, vous avez justement recruté Maxime Hänsenberger, avec qui tu as joué, Jérôme, dans le dernier line-up de Mumakil jusqu’à 2017. C’était le choix logique, vu que ça fait une sorte de continuité pour toi, Jérôme ?

Jérôme : Pour moi, c’était le choix le plus logique. Après, il se trouve que Javier et Lad ont dû découvrir et rencontrer Max parce qu’ils ne le connaissaient pas du tout. Mais vu que c’est une super crème, et qu’en plus, il blast sa mère, il n’y a pas eu trop de problèmes. C’était vraiment quelque chose qui nous manquait. C’était la bouffée d’air frais, du genre : « Eh, on peut faire ça ? » « Ouais. » « Et puis ça on peut faire ? » « Ouais. À quel tempo ? Plus vite ? Pas de problème. » Je te jure que ça change ! C’est un mec qui ne fait que de la musique, il est à fond dans son histoire, il a plein de projets, qui d’ailleurs sont pas mal dans les cordes de Lad, c’est-à-dire qu’il fait beaucoup de choses expérimentales, des trucs plus jazzy, complètement barges, donc c’est un mec super ouvert. Et en plus, c’est une crème, donc c’est parfait. Il y a beaucoup de portes qui étaient fermées à l’époque et qui sont maintenant ouvertes, et que nous n’allons pas nous gêner d’emprunter !

Narrenschiff est basé sur La Nef Des Fous, récit du poète strasbourgeois Sébastien Brant qui recense divers types de folie, et évoque la vie des membres du groupe ces deux dernières années. Comment en êtes-vous venus à établir un parallèle entre ce récit en particulier et votre vie ?

En fait, c’est Lad, qui est le plus littéraire de l’histoire, qui a eu l’idée de reprendre ça comme titre. Et il se trouve que dans cet album, nous ne faisons pas une redite de Sébastien Brant, mais ça colle pas mal avec ce que nous disons dans les textes, qui disent en gros ce que nous pensons des relations interhumaines, des problèmes d’ego surdimensionné, de ce qui peut aller bien ou pas, de comment on peut faire pour faire bouger les choses… Il se trouve que ça tapait plutôt dans le mile.

Pouvez-vous nous raconter cette folie que vous avez vécue, le côté fou de ces deux dernières années ? Même si vous en avez déjà un peu parlé…

Lad : Il n’y a rien de fou, en soi. Juste des situations énergivores et contraignantes, mais il n’y avait pas qu’avec Maik, il y a eu d’autres trucs de merde, comme d’anciens potes qui devaient bosser avec nous, nous faire un clip, qui n’ont rien fait alors que nous les avions payés… Bref, des trucs de merde. Et tout ça, ce sont des choses qui font que la dynamique positive dans laquelle nous étions s’est tout d’un coup retrouvée à être plus compliquée. Mais je pense que la vie est faite comme ça, il y a des gens avec qui il est compliqué de travailler, et des gens qui t’entubent, des gens qui font des merdes, et c’est comme ça. Le truc, c’est que nous sommes un peu trop naïfs des fois, je pense, et trop gentils.

Jérôme : Ça nous a bien remis en place, parce que nous avons dû nous séparer de gens qui étaient proches, de longue date, mais maintenant, nous avons rencontré et commencé à bosser avec d’autres gens, que nous connaissions moins, et qui sont super classe.

Lad : Donc ça se passe bien. Des fois, on peut se poser la question, quand il y a quatre personnes, et qu’il y en a une qui merde, généralement ça va… Mais il y a des gens qui bossent avec nous, ça se passe très bien. Là, nous avons trouvé une équipe qui fonctionne super, et puis nous avons des résultats, c’est ça qui compte aussi. Parce qu’après, l’idée est de tous travailler au service de Nostromo. Moi, je ne suis pas Nostromo. Jérôme n’est pas Nostromo. Nostromo, c’est une entité, c’est une équipe, ce n’est pas juste nous quatre, ce sont plusieurs gens. Nous ne pénalisons pas que nous, nous pénalisons toute l’équipe qui bosse depuis des années pour ça, parce que c’est un projet commun. Il y a Loïc, il y a Benoît, notre ingé son, il y a le gars qui fait les lights, il y a Bender, notre gars extraordinaire qui s’occupe de nous, qui est notre papa un peu, notre maman si tu veux, Élodie qui nous fait la com… Tout ça, c’est génial, c’est une équipe, et c’est incroyable !

Jérôme : Le truc, c’est que le point commun de tous ces gens, c’est qu’ils se rendent compte que nous avons beaucoup de chance de faire ça, ce qui fait qu’ils mettent toute leur énergie là-dedans.

Lad : C’est qu’ils prennent ça au sérieux ! Le truc, c’est que faire de la musique, ce n’est pas juste boire des bières dans un local et faire les cons. C’est un boulot ! Il faut prendre ça sérieusement si on veut qu’on nous prenne au sérieux. Sans non plus péter plus haut que son cul, devenir complètement mégalo ou quoi, mais je pense que c’est un truc, si tu veux bien le faire, il faut le faire sérieusement. Sinon c’est de la perte de temps, ou tu fais ça comme un hobby.

Jérôme : Disons que nous avons toujours humblement eu la même ambition. C’était de faire un truc qui nous plaise, et si ça fonctionne, tant mieux. Mais nous n’avons pas les dents qui rayent le plancher, en nous disant : « On va devenir des stars ! » Nous faisons un truc qui est déjà à la base tellement inaccessible que c’est un putain de suicide commercial, donc nous ne nous attendons pas à devenir AC/DC.

Lad : Nous avons des prétentions, mais nous sommes aussi réalistes, c’est clair que nous ne nous disons pas que nous allons devenir Metallica l’année prochaine, bien sûr que non, mais nous disons que nous pouvons amener Nostromo plus loin que nous le sommes aujourd’hui. Ça, c’est clair, c’est évident. Et c’est ce que nous comptons faire ! Maintenant, où ça va nous mener, je n’en sais rien, mais plus haut, j’en suis sûr ! Nous allons nous donner les moyens pour le faire. Et puis les gens sont assez fiers, car en Suisse, il n’y a pas vingt-cinq milliards de groupes qui s’exportent bien. Je pense que nous avons été les représentants de la scène metal suisse dans les années 2000, là il y a les Young Gods qui cartonnent… Voilà, je suis fier aussi de représenter mon pays. C’est cool. Nous sommes un petit pays. Nous représentons le pays, mais nous représentons aussi cette scène, la scène metal, qui est géniale.

« Je serais quelqu’un de moins bien équilibré si je ne faisais pas de rock’n’roll comme je fais, parce que je peux mettre là-dedans des trucs que je ne mets pas ailleurs, qui ne sont pas acceptables en société. Mais il se trouve que la scène, c’est comme au théâtre, c’est un endroit où tu balances des trucs que tu ne peux pas faire ailleurs. »

Faut-il être fou pour faire une musique comme celle de Nostromo, ou au contraire, est-elle un moyen d’exorciser la folie ?

Je pense que c’est les deux. Enfin, être fou pour faire la musique de Nostromo… Moi je pense qu’il faudrait être fou pour faire de la K-pop, par exemple, ça je trouve qu’il faut être taré pour faire ce genre de truc… [Rires] Non, je rigole !

Jérôme : Tout le monde a besoin d’exorciser des trucs d’une manière ou d’une autre. Il se trouve que nous nous retrouvons à exorciser nos histoires à travers le rock’n’roll, mais je ne vois pas de pathos là-dedans. Nous avons la chance de pouvoir faire un truc que des gens comprennent et apprécient. Ça, c’est super !

Lad : Nous sommes aussi à la vie ce que nous sommes sur scène. Ce n’est pas comme si tout à coup il y avait une métamorphose. Nous ne jouons pas un rôle dans Nostromo. Je monte sur scène, je descends de scène, c’est la même chose. Il n’y a pas tout d’un coup une espèce de mise en scène comme font certains groupes. Nous restons naturels, et nous faisons aussi ça parce que nous sommes des potes, nous nous connaissons depuis longtemps, nous adorons ça, et nous adorons jouer ensemble, et puis ça fonctionne !

Jérôme : Et puis la calvitie, ça rapproche ! [Petits rires]

Y a-t-il une fascination particulière dans Nostromo pour la psychologie ? Car on remarque que vos thématiques tournent souvent autour de ça…

Je dirais plus la psycho-sociologie, c’est-à-dire les rapports entre les gens.

Lad : Nous ne sommes pas très Freud, Lacan, etc.

Jérôme : En gros, nous racontons ce qui nous arrive et ce que nous pensons des relations entre les gens. Ce n’est pas très compliqué. Il se trouve que ça vient comme ça vient. C’est un peu un thème de prédilection parce que… Je ne sais pas. Je n’ai pas envie de parler de politique, de truc religieux… C’est important, pour nous, de donner notre point de vue sur comment ça tourne, comment ça pourrait aller mieux, qu’est-ce qui fait que ça ne va pas, et ce n’est vraiment pas très compliqué.

C’est le côté thérapie de groupe de Nostromo ?

Peut-être, oui !

Pour Uraeus, vous aviez choisi le nom d’une créature égyptienne, là vous faites référence à la poésie. Cette démarche intellectuelle et culturelle pointue fait-elle partie intégrante de l’identité de Nostromo, selon vous ?

Lad : Je pense que ça a commencé un peu déjà avec Eyesore, c’était un truc politique, tout ça. Ecce Lex a été le début, puis Hysteron-Proteron aussi, car c’est une terminologie de philo, ou de linguistique, je ne sais plus, qui veut dire « le dérèglement dans l’ordre des choses », quelque part. Et puis oui, nous nous inspirons de trucs un peu intellectuels, sans être non plus des intellos. Nous n’allons pas tout d’un coup commencer à faire de grandes théories philosophiques, ou quoi.

Jérôme : Mais disons que c’est surtout les titres des albums qui ont ce côté-là. Mais ce que nous en disons et nos paroles… Nous ne sommes pas non plus des poètes, ni des penseurs exceptionnels. Nous faisons quand même du rock’n’roll avant tout, et nous essayons de dire des trucs pas trop cons qui vont avec.

Est-ce que c’est aussi quelque chose qui démontre que sous cette chape de violence et de brutalité, il y a quelque chose de beaucoup plus subtil voire sensé qu’on peut le croire dans la violence ?

Lad : Complètement. Parce que justement, notre violence est intrinsèque à notre musique, mais elle n’est pas intrinsèque à notre attitude. Nous ne sommes pas avec des espèces d’énormes marteaux, des chaînes, où on revendique le mal, etc., pas du tout. Moi, tu me vois tous les jours, tu ne penses pas que je fais du metal. Jérôme non plus !

Jérôme : Ben non, nous sommes des vieux avec une calvitie !

Lad : Voilà ! Mais nous adorons cette musique !

Jérôme : Ça fait du bien. On parlait de catharsis, moi je pense que je serais quelqu’un de moins bien équilibré si je ne faisais pas de rock’n’roll comme je fais, parce que je peux mettre là-dedans des trucs que je ne mets pas ailleurs, qui ne sont pas acceptables en société. Mais il se trouve que la scène, c’est comme au théâtre, c’est un endroit où tu balances des trucs que tu ne peux pas faire ailleurs. C’est une chance. Je pense que nous faisons ça aussi parce que nous en avons besoin.

Musicalement, la chanson « Uraeus », même si la violence est là, semblait annoncer un Nostromo plus dans le groove, l’atmosphère, et moins nerveux. Or Narrenschiff est vraiment brutal et effréné, on est plus dans l’esprit de la reprise de « Corrosion » de Nasum, même si quelques passages groovy se dégagent de temps en temps. « Uraeus » était donc un leurre ? Ou bien voyez-vous ce nouvel EP comme un compromis entre ces deux directions ?

Ce n’est pas pour rien si nous avons fait ces deux morceaux. Déjà, nous avons fait « Uraeus » parce que nous venions de nous reformer, et c’est en gros le premier morceau que nous avons fait. Il se trouve qu’il change quand même passablement de ce que nous faisons par la suite, mais nous avons essayé de donner une espèce de mini-panel de ce qu’allait être la suite, dans le sens où, comme tu dis, il y a un côté groovy dans « Uraeus », et un côté absolument pas groovy, droit dans tes dents, dans « Corrosion ». Donc je ne sais pas si c’est représentatif. Il y a un morceau à nous, et il change quand même beaucoup de ce que nous avons eu l’habitude de faire. Mais de toute façon, par la suite, dans le prochain album, il y a pas mal de trucs qui changent quand même beaucoup.

L’EP est très noir, peut-être plus noir et plus violent que tout ce que vous avez fait jusqu’à présent. Vous disiez que les tempos étaient également plus rapides qu’avant. Est-ce que ça veut dire que vous aviez dix ans de frustrations ou de névroses à rattraper et à réinvestir dans la musique ?

En tout cas, de mon point de vue, non. J’ai arrêté Nostromo en 2005, et ensuite, pendant dix ans, j’ai fait du blast à 280 en permanence…

Lad : Lui, il s’est plutôt calmé !

Jérôme : L’idée, c’est que nous nous étions clairement dit que nous ne renquillions pas pour venir beurrer des sandwichs ou pour enfiler des perles. Nous étions là pour aller au charbon. Du coup, je pense que la musique que nous faisons maintenant correspond bien à comment nous voyons les choses maintenant, nos références actuelles, tout en gardant la base, qui est que nous n’allons pas commencer à faire des planchers de double-pédale avec des riffs de black metal. Ça, on s’en fout. Je pense que c’est assez honnête par rapport à ce que nous aimons, ce que nous écoutons actuellement.

« Nous ne sommes pas monomaniaques et fixés sur le metal. Nous avons des fois cette volonté d’aller un peu ailleurs pour nous exprimer. Je trouve que c’est une chance que nous avons de pouvoir tout d’un coup se dire : “Putain, on va faire ça !”, sans que ça soit pris comme une espèce d’hérésie, ou d’entorse aux règles. »

Lad, depuis que Nostromo s’était séparé, tu as ouvert deux studios et tu es devenu ingénieur du son, et Jérôme aussi je crois que tu es ingé son. Comment ce background et les expériences que vous avez connues en tant qu’ingé-son impactent Nostromo aujourd’hui ?

Tout va plus vite, parce que nous avons une idée plus claire de ce que nous voulons au niveau du son, nous ne sommes pas complètement aux fraises devant un ingénieur qui nous dit : « Il faut que ce soit comme ci, comme ça. » Nous avons une idée claire, nous savons que nous voulons faire ci, que nous ne voulons pas ça, et du coup, ça accélère le processus.

Vous avez ouvert un gros studio en avril 2018, à côté de Genève. Était-ce dans un cadre professionnel, ou était-ce aussi par rapport à Nostromo ?

Lad : Moi, j’ai ouvert avec Benoît un studio de mastering et un studio d’enregistrement dans le canton de Vaud, qui n’a rien à voir avec Nostromo, mais il se trouve que symboliquement, c’est un peu le studio de Nostromo, sans être officiellement le studio de Nostromo. Nous allons enregistrer l’album ici.

Jérôme : Ça nous paraît normal et logique. En plus, ce n’est pas le pire des studios, donc ça va faire un peu de pub : venez à Gimel si vous voulez enregistrer des trucs qui défoncent !

Pour Narrenschiff, vous avez travaillé avec Johann Meyer. J’imagine que c’est sur la tournée avec Gojira que vous avez eu l’occasion de le connaître…

Complètement !

Lad : Nous le connaissions un peu d’avant. Benoît, notre ingé son, le connaît, parce que c’est un mec d’Yverdon, un bled pas loin de chez nous. Ils se connaissent, il a bossé avec Kruger qui sont des copains, puis il s’est fait embarquer par les mecs de Gojira il y a huit-dix ans. Maintenant, c’est leur ingé FOH et il tient le studio Silver Cord à New York avec eux. Et puis moi, j’ai des fois des accès de spontanéité, j’avais son numéro de téléphone, je l’ai appelé, et je lui ai demandé si ça lui dirait d’enregistrer le prochain EP, et il a accepté. Ça s’est fait, ça s’est super bien fait, et c’est un mec qui sur tous les points de vue est hyper-agréable pour bosser : professionnel, il connaît la musique, il connaît ce style, il se met au service de la musique et au service des gens avec qui il travaille, ce que je trouve très agréable. Et surtout, avec un ego totalement normal, il accepte la critique…

Jérôme : … et il ne t’impose pas de trucs, aussi ! Il ne te dit pas : « C’est comme ça, moi je sais, vous êtes des merdes. » Il est super. Il a compris de suite ce que nous voulions.

Lad : Disons qu’il a quand même vachement travaillé avec Jérôme pour la direction du son. Je me suis un peu éclipsé de ce processus-là, parce que j’ai dû masteriser après, donc si j’avais été trop présent pendant l’étape de mixage, je n’aurais pas été aussi neutre au mastering. Parce qu’au mastering, nous avons quand même fait un sacré boulot, parce que nous avons repris des stems, nous avons rééquilibré des trucs, nous avons refait des trucs après coup, qui ont fait que c’est mieux maintenant. Mais lui a amené sa patte en tant qu’ingénieur. Mais au niveau prod, il n’est pas intervenu pour nous dire de virer des trucs, par exemple.

Jérôme : Nous étions clairs concernant ce que nous voulions à la base, et lui a compris aussi qu’il n’était pas là en tant que producteur. De toute façon, ça ne nous est jamais arrivé, de toute notre « carrière », de demander à quelqu’un. Par rapport à ça, nous sommes assez égoïstes, surtout moi, je suis un parfait dictateur. C’est-à-dire que ça peut m’arriver de dire : « Non, ça va être comme ci, comme ça. » À partir du moment où tous les quatre, nous avons décidé que nos morceaux étaient comme ça et pas autrement, je ne suis juste pas d’accord pour qu’on me dise : « Faudrait que tu changes ci ou ça. » Alors peut-être que c’est un peu obtus, mais nous avons toujours fait comme ça, et puis nous savons où nous voulons aller, donc vu que nous prenons beaucoup de temps pour les arrangements, la ponte des morceaux, je pense que si tu commences à demander son avis à un type qui ne connaît absolument pas, il va forcément te dire un truc qui presque me vexerait, dans le sens où je dirais : « Non, tu n’étais pas là au début. Maintenant, nous pensons que c’est comme ça, point barre. »

Lad, ça fait un petit moment que tu fais de la musique électronique, et on s’attendait justement à ce que ça transparaisse dans les nouvelles compositions de Nostromo. Mais pour l’instant ça n’est pas vraiment le cas, en dehors peut-être de quelques effets sonores. Envisagez-vous malgré tout d’explorer ça à l’avenir ?

Lad : Oui. J’aimerais bien, mais plutôt pour des interludes. J’aimerais bien intégrer ça sur scène, mais c’est beaucoup de boulot de faire ça bien, mais nous en avons parlé, c’est quelque chose sur quoi tout le monde est d’accord. Maintenant, il faut le faire, il faut bien le faire. Je pense que sur le prochain album, il y aura peut-être des choses électroniques, des machines dans les morceaux, sans que cela devienne une espèce de truc cliché industriel, car ça, je n’aime pas. Il faut trouver vraiment la bonne dose subtile d’électronique que nous pouvons joindre au truc. Parce que je suis équipé, je sais le faire. C’est un truc que nous devons aussi mûrir. C’est une démarche qui n’est pas forcément facile à mettre en place. Mais je pense qu’il faudrait une fois que je propose quelque chose, et après, on verra si ça plaît. Mais c’est une très bonne question.

Jérôme : Effectivement, nous en avons causé, et ça sous-entendrait une autre démarche dans la manière de composer nos trucs. Tout le monde trouve que c’est bien, potentiellement ça peut être vraiment cool. Il ne faut juste pas que ce soit un synthé posé par-dessus un morceau de metal.

Vous aviez créé la surprise lorsque vous avez sorti Hysteron-Proteron ; ça vous a amené cette image de groupe audacieux. Peut-on s’attendre à une suite ou à d’autres types d’expériences de la part de Nostromo ?

Lad : Si le temps nous le donne, je te le dis clairement : oui. Ce n’est pas un truc qui s’est effacé. Hysteron-Proteron 2, nous en avons déjà parlé. Nous en parlons. Maintenant, c’est le temps. Quand, comment, avec qui… J’ai des idées, avec des collaborations, sûrement avec des gars qui font de la musique électronique, Rodolphe Burger qui nous a prêté sa voix, pourquoi ne pas faire un truc avec lui… Il y a plein de trucs.

Jérôme : Dans l’idée, c’est ouvert.

Lad : Peut-être faire un split avec les Young Gods, une fois, ça serait bien. Nous en avions parlé, donc pourquoi pas, faire un maxi ou quoi. Nous avons plein d’idées. Puis je pense que plus nous allons avancer, plus nous allons rencontrer de gens, plus il y a tout d’un coup des portes qui vont s’ouvrir, et tout d’un coup des envies vont apparaître. En tout cas, nous ne sommes pas monomaniaques et fixés sur le metal. Nous avons des fois cette volonté d’aller un peu ailleurs pour nous exprimer. Et franchement, moi, j’adore ça. Je trouve que c’est une chance que nous avons de pouvoir tout d’un coup se dire : « Putain, on va faire ça ! », sans que ça soit pris comme une espèce d’hérésie, ou d’entorse aux règles. Je pense que si un groupe comme Behemoth le faisait… Mais ils le font déjà, je pense ! [Rires]

Jérôme : Ouais, ils ont enlevé la disto là !

Lad : Voilà, mais nous sommes des musiciens, et je trouve ça bien de faire d’autres trucs.

« C’est comme si nous ne nous étions jamais séparés. Nous retrouvons les mêmes trucs, nous faisons les mêmes conneries, les mêmes tronches de cons… Nous sommes légèrement plus sérieux et responsables. »

Tu mentionnes un éventuel split avec The Young Gods et vous aviez justement collaboré l’année dernière avec eux en live – vous étiez intervenus sur leur set et eux sur le vôtre. Du coup, j’imagine que c’est ça qui vous donne envie d’aller plus loin en studio…

A fond ! Je pense que c’est tout à fait envisageable. Ils viennent de sortir leur album, nous nous venons de sortir le nôtre. Il faut juste que nous trouvions le temps. Comme nous sommes à proximité, avec le studio à disposition, etc., nous pourrions assez rapidement proposer quelque chose. Je pense que ça va se faire !

Comment s’était préparée cette collaboration live d’ailleurs ?

Nous avons été une fois au local et c’était parfait. Ils sont venus une fois chez nous, et nous, nous avions fait la reprise de « Kissing The Sun » assez rapidement. Lui, il était venu et il avait trouvé ça bestial. Et puis Franz [Treichler], c’est un mec… Il a la classe ! C’est un peu notre papa dans la scène underground romande et suisse. Il est top. C’est un mec qui a des idées incroyables, une aura et une vision de musicien extraordinaire. J’adore. Nous avons de la chance d’avoir des mecs comme ça aussi et de les côtoyer.

En parlant de collaboration, l’EP se termine sur un extrait du texte original, en allemand, interprété par Rodolphe Burger de Kat Onoma…

J’adore Kat Onoma ! C’est un peu le groupe qui a bercé mon adolescence. Je trouve ce mec incroyable, génial. Lui, c’est justement quelqu’un qui fait des collaborations improbables, qui est ouvert et qui est un musicien exceptionnel. Il est un peu dans la lignée des Bashung qui, pour moi, sont la chanson française. J’adore ça. C’est à découvrir. Il vient de sortir un nouvel album, l’année dernière, qui s’appelle Good. C’est super, mais ça n’a rien à voir avec ce que nous faisons. C’est de la musique un peu ambient, teintée de soul-blues, dark, c’est super, c’est trippant, c’est envoûtant, c’est poétique. C’est magnifique.

Il était mieux placé selon vous pour réciter ce texte plutôt que Javier ?

Jérôme : Alors, un Portugais qui parle allemand, je te jure que l’accent c’est rock’n’roll ! [Rires]

Lad : Non mais je trouve ça cool parce que j’ai travaillé avec lui, et il a tout de suite accepté, il a joué le jeu.

L’une des raisons de votre séparation à l’origine était des envies divergentes – Lad tu es parti faire de l’électro, Jérôme, tu as fait Mumakil… Qu’est-ce qui fait que vous re-convergez aujourd’hui ? Ou bien est-ce que ces envies divergentes sont toujours là, mais vous parvenez mieux à les gérer au sein et en dehors du groupe ?

Je pense que les envies divergentes sont venues après ; je pense qu’il y avait un problème interne qui a fait que les envies divergentes sont apparues. S’il n’y avait pas eu des problèmes internes déjà à l’époque, je pense que nous serions restés ensemble. Les envies, en tout cas pour moi, c’est venu après. Tout d’un coup, il n’y avait plus Nostromo, je faisais de la musique électronique, je me suis dit : « Maintenant, le metal, c’est bon, je vais faire de la musique électronique. » Ça a pris et j’ai commencé à gagner ma vie avec ça. Puis là nous nous sommes revus, ça a repris, et nous nous connaissons tellement, depuis longtemps, c’est comme si nous ne nous étions jamais séparés. Nous retrouvons les mêmes trucs, nous faisons les mêmes conneries, les mêmes tronches de cons… Nous sommes légèrement plus sérieux et responsables.

On parlait d’ambition tout à l’heure : est-ce que le succès de Gojira vous fait envie ou même vous donne espoir ?

Sincèrement, non. Dans le sens où c’est un tel level, ils sont tellement dans une autre dimension… Déjà, si nous pouvons approcher des Sick Of It All ou des Cannibal Corpse qui sont déjà énormes, c’est cool. Mais Gojira, c’est encore un level au-dessus. Non, moi ce que j’ai envie, c’est de tourner dans de bonnes conditions, me marrer, qu’il y ait du monde au concert et jouer un max. Nous pourrons peut-être le faire en France, mais je pense qu’en Allemagne ou en Italie, pour avoir déjà le statut que nous avons en France, il faut beaucoup de boulot. Si nous arrivons à faire ça, là je me dirai que, putain, nous avons réussi un truc. C’est-à-dire avoir le même statut qu’en France, remplir des salles de deux, trois, quatre, cinq cents personnes, si nous faisons ça en Europe… C’est ça que j’aimerais. Est-ce que nous y arriverons ? Aucune idée. Et puis, en France, c’est un peu notre terre d’accueil, parce que les Suisses s’en foutent un peu de nous tant que nous ne cartonnons pas à l’étranger.

Jérôme : Ils attendent le feu vert de l’étranger pour se rendre compte qu’il y a des trucs qui existent sur leur sol. C’est partout pareil : si tu n’as pas une pointe d’exotisme, si tu es du coin, ce n’est pas intéressant. Les Suisses en France, nous sommes exotiques, les Anglais en Belgique sont exotiques, etc.

Lad : Mais ce sont des ambitions qui sont relatives. J’ai envie que nous continuions à nous faire plaisir et à faire plaisir aux gens, qu’il y ait du monde aux concerts. Après, pouvoir m’acheter une maison ou autre, non, ce n’est pas mon ambition.

Qu’est-ce qui vous manque pour être au niveau de Gojira ? Car quand ils ont commencé, personne n’aurait imaginé qu’ils deviendraient ce qu’ils sont devenus…

Déjà la musique. Nous ne faisons pas une musique aussi accessible. Gojira fait quand même une musique plus accessible que nous. C’est un fait. Ils jouent très bien et puis je pense qu’eux, comme équipe… Il n’y a pas que la musique pour réussir, pour être à leur niveau. Il y a un truc, quelque chose qu’ils font, une vision, une manière de manager, je ne pense pas que ce soit uniquement la musique qui t’amène à ce niveau. Aussi, pendant que nous avons fait douze ans de pause, eux ont fait quatre albums. Ce qui fait que c’est un retard que tu ne peux pas rattraper. C’est évident.

Jérôme : Disons qu’il n’y a ni défaitisme, ni attente surdimensionnée. C’est juste que nous avons la chance d’être là, puis nous avons envie de le faire, donc nous apprécions, c’est cool. Et si ça marche, tant mieux, si ça ne marche pas, nous continuons quand même et nous nous en foutons.

D’un autre côté, est-ce que ces dix ans de pause n’ont pas aidé à l’engouement, à créer une attente ?

Lad : Oui, mais je ne m’en rends pas compte. Vu que nous n’avons pas été médiatisés, nous n’avons pas eu de nouvel album ou autre, nous ne savons pas quel est le public qui vient voir Nostromo. Est-ce plutôt les gens qui nous connaissaient d’avant, les quarantenaires ? Ou est-ce les kids ? Je ne pense pas que les kids viennent nous voir pour l’instant. C’est ce que j’aimerais, que tout d’un coup, cette génération qui était à peine née quand nous avons sorti notre premier album vienne découvrir Nostromo. Là, je pense que ça pourra faire un effet.

Interview réalisée par téléphone le 7 mars 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas & Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Nostromo : www.facebook.com/nostromogva

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  • BrutalDeathNergal dit :

    Très bonne interview, sympathique. Et en tant que suisse (et pas encore quarantenaire), je les suis quasi depuis leurs débuts. La reformation m’avait vraiment réjoui et c’était avec un immense plaisir que je les avais revus au Locle il y a bientôt 2 ans maintenant. Et vraiment pas déçu, wow! Longue vie à Nostromo et son art débridé!

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