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Interview   

Nothing But Thieves maîtrise son ascension


L’Angleterre a le secret de proposer des groupes capable de rassembler sans pour autant travestir leur musique. On pense évidemment aux rois de la pop anglaise, Radiohead, ou encore la machine Muse. C’est une tradition qui semble se perpétuer avec Nothing But Thieves, propulsé sur le devant de la scène dès leur premier album éponyme en 2015 en ouvrant pour Muse, justement. En passe de sortir leur deuxième opus intitulé Broken Machine prévu pour le 8 septembre, le groupe revient sur ses influences et l’inévitable comparaison avec les titans de la musique britannique que Nothing But Thieves accepte tout en défendant sa propre identité.

Si le groupe connaît un succès désormais indéniable en Angleterre, il est conscient qu’il manque encore de l’expérience et de la notoriété pour convaincre outre-manche. Leur frontman Conor Mason a la tête sur les épaules et sait qu’il leur reste beaucoup à apprendre : une humilité qui contraste avec leur ascension fulgurante. Surtout, à l’instar de la scène musicale anglaise, Nothing But Thieves a sa vision des événements de Manchester et rappelle de manière responsable certaines règles de vie nécessaires au vivre-ensemble. Nul doute que c’est une voix que l’on entendra davantage à l’avenir.

« Sur ce nouvel album, il n’y a aucune influence, vraiment. C’est nous, juste nous, écrivant ce qui nous vient naturellement. »

Avec seulement un album, vous avez obtenu un joli succès, en jouant dans de grandes salles, en ouvrant pour Muse sur leur tournée, etc. Comment avez-vous géré cette ascension très rapide et ce succès ?

Conor Mason (chant & guitare) : [Rires] C’est amusant, en fait. Personnellement, en réalité, je l’ai difficilement géré, vraiment. J’avais plusieurs choses en cours dans ma vie à cette période, et elles sont toutes arrivées ensemble à la fois donc j’étais un peu débordé. J’avais toutes ces tournées en cours, j’ai emménagé chez moi, j’ai eu quelques trucs familiaux, donc ça a été un vrai gros changement dans ma vie. J’avais environ 19, 20 ans, peut-être un peu plus, et toutes ces choses sont arrivées mais maintenant nous avons un peu plus vieilli, nous avons tourné un petit peu plus et les choses se sont calmées. Maintenant nous prenons du recul, nous avons bien tenu ensemble même si nous avons eu des moments difficiles. Je pense que nous avons bien géré ça et je suis très satisfait de la tournure que ça prend. Ça n’a pas non plus pris une ampleur stratosphérique. Nous avons gravi les échelons graduellement en travaillant dur.

Y-a-t-il eu quelques moments de folie particuliers ?

Je dirai que la tournée de Muse était géniale, juste pouvoir jouer chacun son tour et jouer pour ces foules de gens et être sur la même scène, c’est vraiment bien. [Réfléchit] Ça donnait une bonne idée de comment, avec un peu de chance, ça allait être dans le futur, c’est un bon exemple pour ça et un bon test pour voir si nous pouvions le gérer.

Comment c’était de tourner avec Muse d’ailleurs ? Avez-vous pu les rencontrer et créer une quelconque relation avec eux ?

Oui, bien sûr. Nous sommes sortis quelques fois, nous sommes même allés faire du bowling avec eux, c’était marrant. Nous avons un peu discuté avec. Et la tournée était géniale, ils sont incroyables, ils monopolisent la scène, etc. C’est juste tellement fluide. Ils ont une équipe extraordinaire, il y a une centaine de gens qui travaillent pour eux, ils ont plein de matos, et il y a genre 27 camions et autres trucs comme du matériel d’éclairage pour un bon gros spectacle. Donc, c’était une bonne expérience pour nous, une très grosse expérience, c’est sûr.

Vous êtes souvent perçus comme les héritiers spirituels de Muse. Ont-ils eu une importance particulière dans votre éducation musicale ?

[Rires] Non, pas vraiment. Je veux dire, on me le dit parfois, mais nous n’avons jamais écrit avec Muse en tête, notre influence provient d’une influence similaire à la leur. Je suis un grand fan de Jeff Buckley et de Radiohead, et je sais qu’ils le sont aussi. Donc, j’imagine que le mélange de ces influences donne un résultat qui tombe entre les deux, mais en fait, je ne pense vraiment pas que notre musique sonne identique du tout. Je chante juste en falsetto et j’ai une voix similaire à la sienne. Mais ils ne sont pas une énorme influence pour nous, mais quand nous jouons en live, ils nous ont montré comment ils peuvent être dans cet environnement et ça, oui, ça a eu une forte influence sur nous, c’est sûr.

Quels sont les artistes qui ont été importants pour vous en tant qu’influences et pour votre éducation musicale ?

Il y a un large éventail, à nous cinq réunis, nous avons tous des goûts musicaux différents, très différents. Donc mettre tout ça dans le même panier forme un peu ce melting pot de musique éclectique. Mais je dirais que sur ce nouvel album, il n’y a aucune influence, vraiment. C’est nous, juste nous, écrivant ce qui nous vient naturellement, ce qui est vraiment une bonne chose parce que, je pense, le dernier album était beaucoup influencé par Buckley, Radiohead et avec de petites chansons étranges avec des influences de Bowie et autres. Mais cet album est vraiment ce qui nous correspond et nous avons juste écrit ce qui nous venait naturellement à l’esprit.

Ce second album va sortir en septembre, et c’est la première fois que vous avez dû écrire en sachant qu’il y a un public qui l’attend. Comment cela a affecté votre état d’esprit en concevant cet album ?

Non, en réalité ça ne nous a pas influencés. Quand nous nous sommes mis à écrire et quand nous avons tout bouclé, je n’ai pas pensé à ça une seule fois. Et ensuite, quand on est arrivés genre, disons, à la période de décembre lorsque nous avons eu un peu de temps de repos, et que nous allions enregistrer l’album en janvier, je me rappelle avoir dit à Dom’ : « Bordel, nous avons un deuxième album à enregistrer maintenant » et là, tu ressens un peu de la pression. Donc après cette période, j’ai pensé : « Ouais bien sûr, nous devons faire ça bien et faire que ça sonne bien ». Chacun était un peu appréhensif. Nous étions un peu là : « Qu’est-ce qu’on fait ? » Quand nous avons écouté les chansons pour la première fois, nous n’étions pas sûrs des choses, nous étions genre : « Est-ce que ça va être bien ? »

Joe Langridge-Brown (guitare) : Ah ouais la première fois pendant les démos, c’était un peu le gros bordel ! [Rires]

Conor : [Rires] C’était exactement ça ! Il y avait toutes ces idées créatives et rien n’était encore clair. Et ensuite nous avons enregistré l’album, je crois que tout le monde était genre : « Oh ouais, bien. Tout va bien ensemble et ça sonne super ». Donc, bien sûr, nous avons évidemment un peu ressenti de la pression pour ça.

« Avoir la peau dure et l’esprit ouvert sont les clefs pour écrire au sein d’un groupe et être dans un groupe car tu dois partager ton expérience avec cinq autres membres et partager ta créativité avec eux et ne laisser personne te contrarier mais aussi tu dois réussir à te faire comprendre, et tu dois être ouvert d’esprit sur leurs avis. »

Est-ce que le succès du premier album vous a donné une perspective différente sur le groupe et votre musique ? Est-ce que ça vous a changé d’une manière ou d’une autre ?

Je ne dirai pas que le succès a fait quoi que ce soit. C’est plus le fait d’être sur la route pendant quelques années, le fait d’avoir autant tourné. Apprendre quel était notre son et à nous connaître en tant que groupe, ce que nous aimons faire, ce que nous pouvons jouer, ça a évidemment influencé l’écriture. Mais ensuite aussi, ce que nous avons vécu pendant trois années de tournée, ça nous a fortement affectés. Donc, ouais, ces choses nous ont forcément changés. Rien à voir avec le succès parce que je ne nous considère pas encore comme célèbres. Nous venons juste d’arriver, nous sommes sur une échelle et nous évoluons, et nous continuons à le faire et nous continuerons d’évoluer. Je ne sais pas à quel moment tu en arrives au stade où tu te dis que c’est un succès [petits rires].

Je sais que l’écriture des chansons provient principalement de toi, Dominic et Joe. Comment décririez-vous votre lien créatif et alchimie ?

C’est bien ! C’est en réalité étonnamment connecté, alors que tu ne l’imaginerais pas. Nous avons juste cette [connexion], et je pense que c’est parce que nous avons grandi ensemble. J’étais ami avec Joe depuis un long moment. Il m’a un peu pris sous son aile quand j’étais gosse à l’école. J’avais environ 11 ou 12 ans et il en avait 14 et nous avons commencé un groupe tous les deux, et ça a été mon premier groupe. Donc, je le connais depuis que j’ai genre 10, 11 ans et Dom’ aussi. Dom a été un de mes meilleurs potes depuis que j’ai environ 16 ans, et il a connu [James] Price, notre batteur, depuis même plus jeune que ça. Donc nous avons tous été très proches mais en termes [d’alchimie] avec Dom’ et Joe, nous avons cette vision et cette expérience partagées qui nous rend les choses plus faciles. Nous voulons la même chose : nous voulons le meilleur pour notre groupe, pour notre musique et nous travaillons dur et nous sommes très créatifs. Avoir la peau dure et l’esprit ouvert sont les clefs pour écrire au sein d’un groupe et être dans un groupe car tu dois partager ton expérience avec cinq autres membres et partager ta créativité avec eux et ne laisser personne te contrarier mais aussi tu dois réussir à te faire comprendre, et tu dois être ouvert d’esprit sur leurs avis. Donc c’est vraiment comme un mariage. Mais c’est bien ! Nous allons bien ensemble. Nous avons la même vision des choses. C’est tranquille, ouais.

Vous avez déclaré que vous « n’aviez pas tous les morceaux avant d’aller au studio » et certains titres sont arrivés spontanément pendant le processus d’enregistrement. Avez-vous fait ça volontairement ou était-ce parce que vous n’aviez pas le temps de finir les chansons avant d’aller au studio ?

Non, non, nous l’avons fait volontairement. Pour le dernier album, nous devions avoir tout entièrement cadré, terminé et prêt à partir, et ça ne nous a juste laissé aucune place pour la créativité. Et cette fois, nous avions plus d’idées et de chansons à enregistrer, nous avons laissé quelques parties de chansons non terminées, ainsi nous pouvions ressentir un petit peu cette pression au studio, sachant juste que nous devions en ressortir avec quelque chose de bon. Et pour certaines raisons, être sous pression semblait bien fonctionner ; je crois que c’est [comme ça] pour beaucoup de gens. C’est la nature humaine, n’est-ce pas ? Donc nous avons laissé trois ou quatre chansons un peu en plan, à moitié écrites et ensuite, elles sont devenues certaines des meilleures chansons de l’album. Donc je suis vraiment content que nous ayons fait ça. C’était assurément délibéré.

Vous avez déclaré que vous n’aviez pas de formule magique, que la musique venait de nulle part et que l’on ne pouvait planifier l’inspiration. Diriez-vous que vous vous fiez en priorité à l’instinct pour faire de la musique ?

Oui, absolument. Tout est une question d’être au bon endroit au bon moment. Beaucoup de ça est dû, surtout pour cet album, au fait d’être dans le bus de tournée en Amérique. Et il y a un certain purgatoire étrange dans lequel tu es quand tu as la possibilité de faire ce que tu aimes et jouer ces concerts géniaux chaque soir, et c’est beau, vraiment amusant et passionnant, et après c’est comme être en enfer car tu y es pendant deux ou trois mois d’affilée, avec une pause de deux semaines après ça, puis à nouveau deux mois sur la route où tu te tues, en quelque sorte, et ta maison te manque, ta famille te manque, tout ce genre de style de vie te manque. Donc tu es dans cet entre-deux où c’est assez inspirant parce que c’est quelque peu douloureux et c’est dur. Mais oui, tu attends pour le bon moment mais… C’est difficile pour moi à expliquer. Ça vient quand ça vient ou ça ne vient pas, c’est pourquoi certaines personnes ne sortent pas d’albums pendant des années. Tu ne peux pas forcer ça, tu ne peux jamais forcer la musique.

Par rapport au premier single de l’album, “Amsterdam”, vous avez déclaré que c’était « inspiré par votre amour pour les refrains directs, gutturaux ». Diriez-vous que vous concentrez beaucoup sur le fait de faire de bons refrains viscéraux et entraînants ?

Pas du tout. Je veux dire que [cette chanson] est la seule que nous ayons jamais écrite comme ça. Quand Dom’ m’a apporté ce morceau, c’était la chose la plus rapide et pop que nous ayons jamais faite, et j’étais genre : « Oh c’est parfait ! Nous n’avons jamais fait quelque chose comme ça. » Ça revient à écrire une chanson à tempo rapide pour Nothing But Thieves, ce qui est putain de difficile pour nous, nous ne faisons pas vraiment ça. Notre univers est du genre sombre et notre style de musique est lugubre. Mais ça a réellement fonctionné pour cette chanson en particulier, nous voulions faire une chanson que nous aurions écouté étant gosses. Ça m’a fortement rappelé lorsque j’ai écouté pour la première fois “Go With The Flow” ou “Monkey Wrench”, ces deux chansons de Queens Of The Stone Age et Foo Fighters, ce genre de refrain entraînant et assourdissant qui te met des papillons dans le vente. Dans le refrain, la mélodie était tellement naturelle, c’est venu tout seul avec la partie de guitare que nous avions déjà, tout s’est très vite mis en place. Et ce n’est pas une chanson de colère, c’est une chanson de frustration, c’est ce à quoi elle se réfère. Je crois que cette chanson était assez directe, nous savions ce que nous voulions, nous étions là : « Oh écoute, nous voulons ce refrain guttural pour cette chanson, ça collera parfaitement. » Certaines chansons sont comme ça, elles arrivent toutes seules et on voit ce que ça donne.

[A propos de l’attaque de Manchester] « C’était des enfants qui n’auraient pas dû, déjà, le vivre ou même devoir le regarder ou le voir… Ça te fait mal. Et en tant qu’artiste, tu te sens plus ou moins responsable […] parce que les gens qui paient pour venir te voir jouer, tu veux qu’ils soient sans danger et heureux et qu’ils passent un bon moment. »

L’album à paraître s’intitule “Broken Machine”. Qu’est-ce que cette « machine cassée » à laquelle vous faites référence ?

Je ne veux pas trop en dire parce que nous n’avons encore rien sorti. Mais c’est essentiellement une observation de systèmes mis en place et de choses comme la religion, l’amour, la politique, des choses comme ça qui semblent simples en surface mais en dessous, il y a tellement de rouages qui doivent s’emboîter, tellement de choses qui fonctionnent et ne fonctionnent pas. Et une de ces choses, un de ces systèmes était la santé mentale, c’est quelque chose que nous avons tous probablement personnellement vécu, et je l’ai définitivement personnellement vécu durant ces dernières quelques années en tournée, etc. Cet album, c’est juste observer ces fonctions et systèmes, et les défaire, et penser « voilà ce que ça signifiait pour nous ». En fait c’est putain de dur d’être vivant ! C’est difficile de gérer ça, mais il y a toujours un message réconfortant pour nous et il y a toujours un message d’espoir dans notre musique. Donc c’est un peu ce que ça représente, en résumé. La « machine cassée » est comme une erreur machine globale [rires]. Mais, je veux dire, tu ressens mieux le truc à mesure que tu écoutes l’album et comprends l’ensemble.

Le premier single sorti étant intitulé “Amsterdam », avez-vous une relation particulière avec cette ville ?

Oui, absolument, et ça vaut pour nous tous, en fait. Je veux dire, c’est quelque part où chacun de nous est allé et où nous nous sommes sentis heureux et relaxés. Et ensuite, en tant que groupe, c’est quelque part où nous sommes toujours allés et [avons vécu] les meilleurs moments. C’est un endroit où nous sommes devenus indépendants et libres, et les fans là-bas, et les gens sont vraiment cools avec nous. Je trouve que c’est un pays et une ville au sein de ce pays vraiment fascinants, qui bougent vite, qui vont de l’avant. C’est un endroit fantastique pour nous et c’est quelque chose qui nous reste à l’esprit. Nous voulions un endroit qui t’emmène ailleurs, une libération au sein de cette chanson.

La vidéo pour “Amsterdam” a été tournée dans une usine abandonnée en Ukraine. Pourquoi avez-vous choisi ce lieu particulier, surtout pour une chanson intitulée “Amsterdam” ?

Le directeur, Thomas James, voulait vraiment ce plan large où nous pouvions… Il voulait juste quelque chose de large et le seul endroit qu’il avait à l’esprit était toutes ces usines et ces tours énormes en Ukraine, parce que nous n’avons pas vraiment ça au Royaume-Uni. Donc c’était un choix évident pour lui. Et ça rend bien, les lumières là-bas sont super, les sols sont rouges et tout le reste est gris et industriel, c’est vraiment cool. C’est pourquoi les visuels ont été pris là-bas.

C’est difficile de ne pas mentionner ce qui est arrivé lundi à Manchester. Quelle est l’atmosphère en Grande Bretagne, comment les britanniques et vous en tant qu’artistes gérez-vous ces attaques terroristes ?

Tu as tellement de sentiments mélangés… Je crois que ça te fout un gros coup, en Grande-Bretagne, en tant qu’humains. D’un côté, ton instinct naturel est d’avoir peur, car ce n’est pas quelque chose d’habituel de vivre ça. Et ensuite, il y a aussi ce chagrin énorme quand tu réalises que ce sont d’autres êtres humains comme toi qui endurent ces trucs. Et c’était des enfants qui n’auraient pas dû, déjà, le vivre ou même devoir le regarder ou le voir… Ça te fait mal. Et en tant qu’artiste, tu te sens plus ou moins responsable. C’est déjà arrivé avant, c’est arrivé à Paris avec Eagles Of Death Metal, c’est un groupe avec qui quelques-uns d’entre nous sommes amis. Et quand c’est arrivé, nous avons eu une réaction similaire, surtout qu’à l’époque c’était la première [attaque de ce genre]. Ça m’a profondément bouleversé et ému, et j’étais pas mal perdu pendant quelques semaines parce que je n’avais jamais rien ressenti de tel auparavant. Quand ça arrive et que ça touche ton domaine d’activité, surtout dans la musique, tu te sens beaucoup plus affecté. J’imagine que ça paraît égoïste mais c’est vrai, c’est quelque chose qui est tellement proche de toi que ça t’ouvre les yeux. Tu veux juste que chaque personne venant à tes concerts soit en sécurité. C’est la raison pour laquelle je me sens responsable parce que les gens qui paient pour venir te voir jouer, tu veux qu’ils soient sans danger et heureux et qu’ils passent un bon moment. Quand nous avons entendu parler de ça à Manchester, j’ai immédiatement parlé avec les gars du groupe et Joe, sa première réaction était : « Qu’est-ce qu’il se passe avec la sécurité ? » Quand tu vas en Europe maintenant, chaque pays a des détecteurs de métaux, ci et ça et la sécurité est ferme, et au Royaume-Uni, ce n’est juste pas aussi ferme. C’était sa première réaction et je suis d’accord avec lui. C’est parce que tu veux juste que les gens qui viennent à tes concerts soient en sécurité. En mettant la musique de côté, rien qu’au niveau humain, c’était ça l’effet de cette attaque. C’est assez dévastateur pour la communauté parce qu’il y a certaines personnes au Royaume-Uni qui se retournent contre d’autres britanniques et c’est la chose la plus affreuse qui soit. Et j’ai aussi vu certains très bons trucs en ligne, par des gens auxquels je ne m’attendais pas, disant de très bonnes choses à propos de rassembler les communautés, et ensuite tu vois des trucs horribles comme de la haine à l’encontre des musulmans. Ils pensent « ah, ce gars, il était motivé par sa foi » et ils disent « tous les musulmans ont fait ça pour ça », et c’est tellement blessant d’entendre ça. Tu ne dois pas t’en prendre aux tiens et diviser qui que ce soit mais, au contraire, il faut se rassembler et propager le soutien et [montrer] que nous n’avons pas peur de ça. C’est la seule raison pour laquelle ils font ça, c’est pour nous effrayer afin qu’on attaque nos propres gens. C’est juste horrible. Mais d’après ce que j’ai lu en ligne et ce dont j’ai parlé avec des amis et autres, je pense que lorsque ça arrive, tout le monde se sent plus uni et respectueux, parce que tu regardes tes voisins et penses : « Oh c’est ce genre de personne ? Ces personnes croient en ça. Moi, je crois ça. » Et ça te fait prendre conscience : « Nous sommes tous humains ! » Et je crois que ça te rend plus fort et ça nous rassemble. Donc qu’ils aillent se faire foutre !

Interview réalisée en face à face le 24 mai 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Philippe Sliwa.
Introduction : Thibaud Bétencourt.
Retranscription et traduction : Solweig Mary.

Site officiel de Nothing But Thieves : www.nbthieves.com.

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