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Interview   

La nouvelle mue d’Arkan


Arkan 2016

Kelem ou l’album de tous les changements. Changement de label, changement de producteur et même changement de chanteur, il fallait bien ça pour succéder à un Sofia en bout de cycle, marqué par le deuil, la tristesse et la douleur, que le groupe ne s’est même pas senti de défendre sur scène, comme nous l’explique le batteur Foued Moukid dans l’entretien qui suit. Kelem, c’est une toute autre histoire, celle d’un groupe marqué, comme tout le monde, par l’actualité du proche-orient qui vient frapper jusqu’à nos portes, mais aussi d’un groupe revivifié par l’arrivée d’une vieille connaissance, Manuel Munoz, ancien leader et chanteur de The Old Dead Tree, groupe dans lequel avait également officié Foued, qui vient prendre la place de la chanteuse Sarah Layssac partie vers d’autres horizons.

Et, si on ne peut que saluer l’apport de Sarah à l’oeuvre d’Arkan, c’est un chapitre véritablement palpitant qui s’ouvre pour le groupe avec l’arrivée de Manuel, un chanteur mais aussi guitariste et compositeur au bagage artistique affirmé, qu’on se réjouit de retrouver à nouveau impliqué dans une formation, après plusieurs années en retrait.

C’est donc pour parler de long en large de tout ceci que nous nous sommes entretenus avec Foued Moukid et Manuel Munoz.

Arkan 2016

« Il est important pour nous de ne faire que les choses qui nous plaisent et Manu a cette obligation-là dans le groupe de ne faire que les choses qui lui plaisent. Derrière, nos fans nous suivront, je n’ai pas d’inquiétude là-dessus. »

Foued, tu nous as dit lors de notre précédente interview que Sofia était un album décisif et que le groupe pouvait soit grandir soit s’effondrer suite à cette expérience. Quel bilan fais-tu maintenant de Sofia ?

Foued Moukid (batterie) : Faire un bilan d’un album c’est compliqué. Tu peux faire un bilan sur une carrière, mais il est plus difficile de donner un avis aussi arrêté, après avoir fait un album comme celui-là. Je pourrais te le dire pour le prochain album, si tu veux, mais là c’est un peu tôt. Je peux te dire ce qu’il en est d’Hilal, aujourd’hui, je peux éventuellement te parler de Salam, mais pour Sofia, c’est un peu tôt. Pour plein de raisons, la première est que nous n’avons pas promu l’album comme nous aurions dû – comme nous aurions pu, mais surtout comme nous aurions dû. C’est un album que nous avons vraiment voulu intimiste jusqu’à la promotion. Nous avons fait très, très peu de dates de concerts. Les dates que nous avons faites, nous les avons faites très récemment. Si nous avions voulu que cet album soit partagé avec le plus grand nombre, nous ne nous serions pas limité à la communication que nous avons eue, nous aurions fait ça comme pour Salam, avec une tournée un peu d’envergure, le plus de dates possible, etc., ce qui n’a pas été le cas. Car cet album-là, tu te souviens, a été composé un peu dans la douleur. Nous avons essayé de le jouer… Nous avons fait plusieurs résidences pour pouvoir préparer le set, voir dans quelle mesure nous arrivions à le partager avec le public, et nous n’avons jamais été en phase avec notre musique, donc nous avons préféré couper court pour être honnête vis-à-vis de notre public. Nous ne nous sommes pas sentis en adéquation avec ce que nous avons toujours essayé de faire dans Arkan.

La scène ne vous a pas manqué ?

Nous avions des choses à faire entre temps. La musique ne nous a pas manqué parce que nous n’avons jamais cessé de joué entre nous. Je ne te cache pas que Samir [Remilia] et Florent [Jannier], ça les titillait. Mus [El Kamal] et moi, nous étions déjà en train de préparer l’avenir d’Arkan, puisque nous étions déjà sur Kelem, et les répétions ont perduré jusqu’à l’enregistrement de Kelem. Donc nous étions contents de remonter sur scène. Nous nous sommes rendu compte que ça nous avait manqué quand nous avons préparé les dates que nous avons faites en Algérie, à Dijon, etc. En fait, c’est là que nous nous sommes rendus compte que oui, c’est vrai que c’était bien aussi quand nous montions sur scène.

Peux-tu nous éclairer sur les circonstances du départ de Sarah Layssac ?

Oui, il n’y a pas de secret sur son départ. Il s’avère que nous avons vécu l’enregistrement de Sofia comme étant quelque chose d’assez impliquant, tous les membres du groupe, et Sarah en particulier qui elle aussi vivait quelque chose de… Chacun vivait quelque chose de très fort, Sarah à son niveau aussi, et à la fin de l’enregistrement, quand nous sommes sortis de là, nous avons fait quelques répétitions avec elle, nous avons fait quelques résidences avec elle, et nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait plus l’alchimie. Elle était déjà sur un autre projet, tu sais qu’elle est comédienne, donc nous l’avons laissée un temps partir sur des tournages, en Afrique du Nord, notamment, puisqu’elle est partie trois ou quatre mois en Algérie. Et quand elle est revenue, elle n’était plus tout à fait la même, elle avait envie de donner plus de chances à sa carrière de comédienne. Donc au moment où le groupe a voulu remonter sur scène, elle n’était plus là, elle préférait arrêter plutôt que nous l’attendions, donc nous ne l’avons pas attendue.

Avez-vous dès ce moment décidé de chercher une voix claire masculine ? Comment Manuel s’est-il retrouvé à prendre le poste laissé vacant par Sarah ?

Déjà, il nous fallait quelqu’un de brun [petits rires]. Non, nous ne voulions pas chercher quelqu’un qui soit Sarah. Chaque départ est quelque chose d’assez compliqué dans le groupe, nous n’aimons pas nous séparer de nos musiciens, nous n’avons pas voulu trouver quelqu’un qui puisse la remplacer. Donc au moment où elle est partie, la question d’une voix féminine ne s’est même pas posée. C’était sûr que nous prendrions quelqu’un de différent. En passant par un raccourci, Manu était dispo, nous avions très envie de jouer avec Manu, au moins sur un titre. Il s’avère que sur ce titre-là, ça l’a fait très, très vite. Nous lui avons proposé de chanter sur un deuxième titre, sur un troisième, et puis après nous avons fait un jam, nous avons joué pour déconner, et pour lui comme pour moi, ça a été extraordinaire. Enfin, je ne voudrais pas parler à ta place mais…

Manuel Munoz (chant) : Pour lui c’était extraordinaire…

Foued : Pour moi c’était extraordinaire [rires].

Manuel : Pour ma part, c’est vrai que ça faisait très longtemps que je ne m’étais pas investi dans un projet à plein temps. C’est-à-dire que j’ai fait des apparitions dans Melted Space, sur des invitations, sur quelques albums d’autres groupes, mais je n’avais pas été membre permanent d’un groupe, comme c’est le cas maintenant, depuis The Old Dead Tree et son split en 2009. Donc je t’avoue que j’avais quelques réticences et quelques peurs à repasser le pas. Et puis de pouvoir le faire avec Foued que je connais bien, puisque nous avons quand même officié quelques années ensemble au sein de The Old Dead Tree, au sein d’un groupe qui a déjà une structure, qui existe déjà bien, qui a un fonctionnement qui tourne, ce sont beaucoup de questions qu’on ne se pose pas, il suffit de « rentrer dans le véhicule » et ça commence à rouler tout seul. Et puis c’est une super équipe. Franchement, il y a une ambiance vraiment super dans ce groupe, la plupart du temps. Et il y a un vrai enthousiasme encore, malgré quatre albums déjà, il y a des choses à dire. Et puis j’étais content d’avoir à relever ce challenge parce que Sarah est quand même une chanteuse que j’estime beaucoup et qui a vraiment une sacrée voix ; c’est un vrai challenge de reprendre certaines de ses parties, donc il y a quelques adaptations qui sont faites. Et puis de prendre la place de la voix d’Arkan, c’est aussi un autre challenge. Les gars m’ont donné carte blanche et m’ont laissé faire ce que je voulais, sachant, évidemment, que je voulais respecter ce qui existait déjà en termes d’identité pour ce groupe, et j’espère avoir réussi ce pari, en tout cas.

Effectivement, la dernière fois qu’on s’était parlé, tu disais que tu n’avais pas fait énormément de choses et tu parlais même de « traumatisme ». Du coup, tu as pu surmonter ça et faire revenir l’envie ?

L’envie a toujours été là. C’est l’appréhension, beaucoup. Et puis une fois qu’ils m’ont pris en otage, il y avait moins d’appréhension déjà [rires]. Le mot « traumatisme » n’est pas trop fort, mais comme tu vois, le split de The Old Dead Tree, c’était quand même en 2009. Là, en début d’année, je suis parti en tournée avec Melted Space quelques temps sur l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique, ça m’a aussi remis un pied dans le tourbus, avec une nouvelle équipe, pouvant constater qu’on est encore capable de s’adapter, de pouvoir professionnellement parlant rendre quelque chose qui tient la route. Et puis très peu de temps après, la proposition de Foued est des gars d’Arkan est tombée au bon moment pour moi.

Manuel Munoz - Arkan

« [Nos rapports en comparaison de The Old Dead Tree,] ce n’est pas si inversé que ça, parce que travailler avec Manu, c’est malgré tout systématiquement se rappeler que c’est lui le patron [rires]. »

En remplaçant une voix féminine par une voix masculine, vous n’aviez pas peur que cet élément vous manque ? Surtout étant donné la place que prenait Sarah sur Sofia…

C’est un groupe que finalement je connais de manière un peu étrange, car je le connais très bien par certains aspects et puis, depuis peu de temps, par d’autres. J’ai le sentiment que les membres d’Arkan font avant tout ce qui leur plaît, sans trop se soucier de savoir ce qui a été fait avant. Evidemment, il y a une identité, il y a des « règles » qui sont suivies dans la composition, dans ce qu’on peut ou ne pas faire, il y a quand même quelques barrières qui sont posées, mais dans l’ensemble, sur la création, sur ce que sera l’album en cours ou suivant, il n’y a pas tellement de choix définis, de tabous ou ce genre de choses. Je n’ai pas le sentiment, quand je suis arrivé, en tout cas, qu’il y avait un questionnement quant à savoir si une voix masculine n’allait pas poser problème. Je ne crois pas que ça fasse parti des interrogations des gars d’Arkan, non.

Foued : [Acquiesce] Et puis pour Sofia, la particularité de cet album, c’est qu’en effet, Sarah a pris beaucoup, beaucoup de place. Ce n’est pas un album que nous jouerons sur scène. Alors nous jouerons surement un ou deux titres parce qu’ils seront attendus et parce que nous, ça nous fera du bien de les jouer.

Manuel : Et parce qu’ils sont bons aussi.

Foued : Et parce qu’ils sont bons. Mais ce n’est pas le cœur de notre setlist. Sur scène nous serons sur d’autres titres, sur lesquels Sarah intervenait, mais où Manu a déjà fait un travail d’appropriation qui lui va très bien et qui nous convient très bien, et il n’y aura pas de souhait de faire ce que faisait Sarah ou de faire comme Sarah. Il est important pour nous de ne faire que les choses qui nous plaisent et Manu a cette obligation-là dans le groupe de ne faire que les choses qui lui plaisent. Derrière, nos fans nous suivront, je n’ai pas d’inquiétude là-dessus.

D’ailleurs, on dirait qu’il y a une voix féminine sur « As A Slave », non ?

[Montre Manuel du doigt]

Manuel : C’est moi la voix féminine ! Sur la tournée Melted Space, j’ai eu l’énorme gageure de devoir reprendre les parties de chant de Guillaume Bideau qui est un excellent chanteur qui montre très, très haut, et j’ai eu beaucoup de mal à atteindre ces notes-là. Du coup, j’ai beaucoup travaillé dans ce sens-là, d’où la voix féminine sur « As A Slave » [petits rires].

Quel était ton rapport aux sonorités orientales ?

Ecoute, comme beaucoup de gens, je connais quelques gammes orientales, quelques notes qui sonnent orientales, mais je n’ai pas du tout un background où j’en aurais écouté. Pour le coup, ça ne fait pas du tout partie de mon univers musical, à part les albums d’Arkan que j’écoutais, évidemment, et Orphaned Land que j’écoute depuis vingt ans. Mais, en dehors de ça, non, c’est quelque chose auquel il a fallu que je m’adapte, mais puisque les morceaux étaient déjà composés dans ces veines-là, naturellement ce sont les mélodies qui viennent. Et ce sont des sonorités qui me plaisent dans l’ensemble, donc ce n’est vraiment pas un souci.

Foued : Et puis il est espagnol !

Manuel : C’est vrai qu’ils nous ont fait beaucoup de mal ces gens-là… [Petits rires]

Vous avez tous les deux travaillé ensemble par le passé au sein de The Old Dead Tree. Quelles sensations avez-vous ressenti à retravailler ensemble ?

Ce n’est pas très différent, à part que maintenant, c’est lui le chef [rires]. Mais, non, j’ai retrouvé Foued comme il a retrouvé Manu, je pense. Nous avons évidemment changé en dix ans mais pas tant que ça au final. Donc non, il n’y a pas eu de souci. Et puis, après, pour ce qui est du « rapport » de fonctionnement au sein du groupe, ce n’est pas trop un souci. Pour moi, je rentre dans Arkan, comme je te disais, une structure qui existe déjà. Je ne suis pas là pour chambouler ce qui existe, je reste à ma place qui est ma place de chanteur, il n’y a pas de problème.

Justement, effectivement, dans The Old Dead Tree, c’était ton groupe. Là, Arkan, c’est le groupe de Foued. Est-ce que vous avez l’impression que les rapports se sont inversés ?

Du temps s’est passé entre les deux, donc je ne pense pas…

Foued : Après, dans Arkan, c’est mon groupe pour les journalistes, mais dans le groupe, il y a beaucoup d’échanges entre nous et il n’y a pas de leadership, dans le sens où il n’y a pas de décision de prise tant que tout le monde n’est pas d’accord. Il y a des directions qui peuvent être prises par certains – par exemple, moi, je vais beaucoup m’appuyer sur Mus, le guitariste, ou d’ailleurs sur Manu depuis qu’il est dans le groupe, et il y a d’autres éléments pour lesquels je vais plutôt m’appuyer sur Samir ou Florent parce qu’ils ont une expertise ou une vision que je n’ai pas. Nous n’avons pas cette problématique. Je ne vais pas dire qu’il n’y a pas de leader, ce serait binaire, ce n’est pas tout à fait ce que je veux dire. C’est plutôt que nous nous complétons, et l’arrivée de Manu apporte aussi à Arkan quelque chose dont nous avions besoin, un avis différent sur notre façon de faire de la musique, la musique de manière générale, sa perception à lui de tous les défis que nous devons relever aujourd’hui. Et ce n’est pas si inversé que ça, parce que travailler avec Manu, c’est malgré tout systématiquement se rappeler que c’est lui le patron [rires].

Ce qui rejoint ma prochaine question : là, tu n’as plus toutes les casquettes que tu avais avant. Est-ce que tu es plus à l’aise dans cette situation, car moins de pression, ou bien le fait de tout contrôler comme dans The Old Dead Tree te manque un peu ?

Manuel : Il y a des avantages et des inconvénients dans les deux cas. Quand tu contrôles tout, tu suis la route que tu as envie de suivre, mais parallèlement à ça, tu es responsable de tous les échecs et puis c’est un poids énorme à gérer. Là, si j’ai repris la musique aussi par le biais d’Arkan, c’est parce que je ne me sens pas encore les épaules de reprendre quelque chose à moi, à mon compte entièrement, de tirer toutes les ficelles dans tous les sens. Comme je te disais, je parlais de monter dans un véhicule qui roule déjà très bien, Foued a une conduite sûre, moi ça me va très bien, je monte derrière, il n’y a pas de souci. Comme je te dis, je tiens mon rôle de chanteur, je fais mon job de chanteur, je m’investis dans la composition des lignes de chant et d’arrangements, ce genre de choses. Du coup, je gagne en « confort », puisque je n’ai pas à tout gérer. Maintenant, ce n’est pas moi qui ai le dernier mot sur tout, il y a des choses qui vont être décidées qui ne seront pas forcément celles que j’aurais faites, mais jusqu’ici, il n’y a jamais eu quelque chose de bloquant ou de vraiment gênant.

Ca rajoute aussi un compositeur dans Arkan, ce que n’était pas Sarah. Du coup, quel est l’impact sur la dynamique du groupe ?

Foued : Pour le moment, il n’y en pas. Nous n’avons pas encore pu jauger la dynamique avec Manu à la composition, puisque quand il est arrivé, Kelem était déjà composé. Maintenant, nous sommes nous aussi en attente de son savoir-faire en termes de composition, parce que ça nous permet de ne pas se limiter à ce que nous savons faire ou à ce que nous avons déjà fait. Et le fait d’intégrer quelqu’un qui a une vue de la musique très différente de la nôtre… Je dis « très différente » – je vais faire une parenthèse là-dessus –, j’ai eu des chroniques et des journalistes qui m’ont posé des questions concernant certaines similitudes entre la musique d’Arkan et la musique de The Old Dead Tree. Demain j’entendrai à nouveau ces mêmes avis, d’ailleurs je l’ai entendu il n’y a pas très, très longtemps, même sur Kelem, alors que Manu n’a pas du tout composé l’album. Donc je suis content qu’il vienne en tant que compositeur parce qu’il va nous permettre d’avoir une vue encore différente de ce que nous faisons, et ça nous permettra sûrement – j’en suis convaincu – de sublimer la musique d’Arkan, en prenant en plus ce que faisait The Old Dead Tree de meilleur.

Arkan 2016

« Nous éprouvons moins le besoin d’exister à travers la musique orientale. […] L’idée, c’est que ça ne soit pas un sacerdoce. Que ce soit un moyen et pas une fin. »

C’est essentiellement Mus qui a composé l’album, contrairement aux albums précédents où c’était plutôt un travail du groupe. Pourquoi se concentrer sur une seule personne cette fois ?

Une fois que nous sommes sortis de l’enregistrement de Sofia, Mus et moi nous sommes consacrés à la suite du groupe, et sa part de boulot était de composer. Ce n’est un secret pour personne, quand nous composons un album, en général, nous avons une trentaine de titres avant d’avoir l’album, et ce sont des titres que nous finissons par jeter à la fin parce que finalement, ils ne nous plaisent pas, et nous en faisons une sorte de condensé pour faire l’album final. Il s’est donc passé deux ans durant lesquels nous avons eu trois albums de douze titres que nous n’avons pas gardé ou que nous avons fini par mixer pour en faire Kelem. Et pourquoi est-ce que c’est Mus qui a composé ? Parce que sur cet album-là, il avait quelque chose à dire de précis, sur le plan musical. Sur le travail des textes, il y a eu un vrai travail de groupe, mais sur le plan de la musique, il y avait un message qu’il avait envie de faire passer. Il avait envie d’avoir la main totale sur toutes les compos, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Le résultat est assez exceptionnel, pour ma part, sur le plan musical. Mais je pense qu’il a donné tout ce qu’il avait sur cet album-là, et le fait que Manuel arrive, ça lui permettra d’être appuyé, soulagé, peut-être même avoir une vision, encore une fois, différente en termes de compos.

Quand tu dis qu’il avait musicalement un message à faire passer, qu’est-ce que tu veux dire ?

Ecoute, c’est quelque chose d’assez personnel… Si je devais parler à sa place – ce qui est compliqué parce que ce n’est pas une conversation que nous avons eue lui et moi –, je retrouve dans Kelem ce que nous avons fait depuis le début dans Arkan. Il y a du Hilal, il y a du Salam, il y a du Sofia. Et je pense qu’il se dirigeait sur un travail de synthèse de la carrière d’Arkan. Je pense qu’il se voulait messager de ce qu’avait Arkan depuis que nous existions, c’est-à-dire depuis dix ans. Je parle en son nom, mais il n’a jamais voulu que nous prenions part à la composition.

Ça n’a pas créé des frustrations par rapport à d’autres qui auraient aimé participer ?

Non. Peut-être Manu, un peu mais… Non, chacun a sa place dans le groupe, comme je l’ai dit tout à l’heure. Sur cet élément-là, il a voulu prendre la main et il a accepté les critiques, c’est aussi pour ça qu’il a composé autant de titres. Il a accepté quand nous n’aimions pas et il attendait que nous soyons unanimes pour valider un titre. Il a été le maître d’œuvre de quelque chose que nous validons à cent pour cent aujourd’hui.

Au début, on évoquait Sofia, comme quoi c’était un album très particulier. Est-ce que l’expérience de Sofia a eu un impact sur ce nouvel album ?

Tous nos albums nous touchent de la même manière. Donc non, Sofia, pas plus que les autres. Si je devais donner un exemple, en général, chaque album correspond à deux titres dans Kelem, et Sofia a ces deux titres par le biais de « Beyond The Wall » et « Just A Lie », c’est la photographie de ce que nous avons fait dans Sofia. Et chaque album est représenté dans Kelem de manière à peu près égalitaire.

Comme le thème de Sofia était le deuil, dirais tu que cet album est un bon moyen de tourner la page, ou une sorte de renaissance ?

« Renaissance », je ne le dirais pas d’un groupe qui ne s’est pas senti mort, ou qui n’a pas eu le sentiment d’arrêter un temps pour revenir. « Renaissance », ce n’est pas un terme que je reprendrais. Je pense que nous nous sommes mis un peu à l’écart de la scène parce que nous avions besoin de nous retrouver entre nous. Pour autant, nous n’avons jamais cessé d’exister. Kelem, c’est le retour d’Arkan sur scène, et par ailleurs le retour de Manu sur scène.

Sur Sofia, il y avait un gros travail sur la mélodie et c’est quelque chose qu’on peut retrouver sur Kelem. Rien que sur les deux premiers morceaux, le chant clair est majoritaire. Et, même s’il y en a toujours, les influences death metal sont globalement un peu en retrait sur le disque. Qu’est-ce qui vous pousse à travailler de plus en plus sur la mélodie ?

Je pense que c’est quelque chose que font tous les groupes à partir d’un certain moment dans leur musique. Alors, il y a des exemples de groupes qui restent dans des modèles assez rythmiques ou agressifs, mais de manière générale, c’est une tendance qu’on observe sur les groupes de metal, il y a une évolution vers la mélodicité parce que tu ne peux pas tout dire dans l’agressivité ou dans la brutalité. Il faut nuancer un peu ton propos, et la mélodie permet ça. Et par ailleurs, avec l’arrivée de Manu, ça coïncidait aussi, le fait de placer la mélodie et le chant clair devant, à l’instar de Sofia et la place que prenait de plus en plus Sarah dans Salam. La place du chant clair et de la mélodie étaient quelque chose qui, de toute façon, devenait inéluctable. Et j’avais dû te le dire il y a deux ans, Sofia sera un marqueur dans l’existence du groupe, ne serait-ce qu’en termes de composition, et c’est le cas.

C’est inévitable avec la maturité d’un groupe ?

[Hésitant] Ouais, si tu devais résumer rapidement… [Rires]

Tu n’aimes pas le mot « maturité » ?

Non, justement, l’album de la maturité, c’est le précédent. Là, c’est l’album de la concrétisation de la maturité. Donc c’est l’album de la vieillesse [rires].

Au-delà de la mélodie, il y a un gros travail sur les contrastes. La meilleure illustration est l’enchaînement entre « Erhal », un titre presque exclusivement death metal, et « Eib », un interlude acoustique. Est-ce que c’était votre objectif de développer les contrastes sur ce disque pour le rendre plus épique, par exemple ?

Manuel : Je pense que les contrastes, c’est important. Quel que soit l’album que tu proposes, à moins qu’il fasse trente minutes, il va falloir réussir à emmener l’auditeur avec toi, lui faire découvrir différentes facettes de ce que tu veux lui proposer, sans jamais le lasser. Et ça ne peut passer que par du contraste et du travail de détail qui va permettre à l’album de supporter cinq, six, dix, quinze écoutes sans lasser l’auditeur. Dans The Old Dead Tree, déjà, c’était une chose sur laquelle nous travaillions énormément, et Arkan, pour moi, est un excellent groupe aussi dans ce domaine-là parce qu’il y a un vrai savoir-faire dans le contraste. Au sein même d’un même morceau, tu vas pouvoir enchaîner des choses très puissantes, des choses très douces, des choses épiques – comme tu le disais – ou des choses très mélancoliques. Et c’est vrai, j’avoue, que le fait de passer de « Erhal » à « Eib », on est vraiment sur un contraste le plus total [petits rires] mais la question, c’est est-ce que ça marche ? Et pour moi, ça marche. Donc j’ai envie de te dire que le pari est réussi.

Arkan - Kelem

« Ça ne me dérangerait pas de dire quelque chose qui emmerde la moitié de nos fans, comme je ne suis pas embêté à l’idée de faire un album qui risque de déplaire aux trois-quarts de nos fans. »

D’ailleurs « Erhal », c’est le premier morceau que vous aviez dévoilé. C’est voulu d’avoir choisi un morceau très death metal, pas forcément représentatif de l’album, finalement ?

Foued : [Petits rires] Alors, là-dessus, en fait, c’est un peu compliqué. Nous sommes d’accord sur le fait que ce n’était pas le premier titre que nous aurions dû diffuser.

Manuel : [Rires]

Foued : Moi, c’est peut-être mon préféré, et encore, à chaque fois que j’écoute un des titres de cet album, je trouve que c’est le meilleur. Donc j’ai un avis qui n’est pas très objectif. Mais il s’avère que nous avons des partenariats, dont vous faites partie, et il y a eu une unanimité de la part des professionnels quant au fait que ce titre devait être diffusé en premier. Alors, je reconnais qu’il est très bon dans ce qu’il représente mais qu’en effet, ce n’est pas le morceau qui nous caractérise le mieux sur cet album.

Manuel : Les gens qui vont aimer ce morceau seront peut-être surpris par le reste de l’album, et inversement [petits rires].

Foued : Et puis ça permettait à ceux qui avaient adoré l’époque d’Hilal de retrouver un peu par nostalgie ce qu’ils avaient aimé dans le côté un peu brut d’Hilal. Mais ce n’était pas notre souhait. Le fait de la composer, oui, bien sûr, mais le fait de le diffuser en premier, il n’y a pas eu de volonté de notre part. Mais je ne regrette pas, je le trouve très bien, comme les autres, d’ailleurs.

Les influences orientales semblent moins proéminentes, plus éparses, plus subtiles. Est-ce qu’il y a eu une volonté de moins se reposer là-dessus ?

C’était déjà le cas dans Sofia et effectivement, nous éprouvons moins le besoin d’exister à travers la musique orientale. D’ailleurs, l’expression « metal oriental » nous colle de moins en moins à la peau, je nous qualifie de moins en moins comme ça. Nous restons proches de ces sonorités, elles existent, elles sont peut-être un peu plus, voilà, discrètes, subtiles. L’idée, c’est que ça ne soit pas un sacerdoce. Que ce soit un moyen et pas une fin.

Au niveau vocal, il y a deux titres qui attirent l’attention – tu les as mentionnés –, c’est « Just A Lie » et « Beyond The Walls », où Manu tu livres une prestation remarquable, très émotionnelle. Est-ce que le fait que tu n’aies pas de guitare à gérer dans ce groupe te donne plus de liberté ?

Manuel : Ça, ça n’a jamais trop joué parce que dans The Old Dead Tree, je ne composais jamais mes lignes de chant en fonction des guitares que j’avais à jouer, ce qui me posait toujours un énorme souci quand il fallait commencer à travailler le live ensuite [petits rires]. Non, en l’occurrence, je pense qu’il y a quelques années qui sont passées entre le dernier album de The Old Dead Tree et Kelem d’Arkan. Il y a des essais qui ont été faits ailleurs ; comme je te disais, il y a la tournée avec Melted Space qui m’a finalement beaucoup fait progresser. Et puis il y a la volonté aussi de sortir de ce que j’avais déjà pu faire pour offrir à ce groupe quelque chose qui lui correspondait, l’idée n’étant pas de juste caler le chanteur de The Old Dead Tree avec la musique d’Arkan, mais réussir à faire quelque chose qui colle réellement, qui soit senti. Ils m’ont soutenu quand j’ai essayé de faire des choses parfois un peu dangereuses, et au final, ça a donné ces lignes de chant-là qui, pour certaines, sont effectivement assez inédites, je n’avais jamais fait de choses comme ça auparavant et je suis très content de les avoir placées ici.

Surtout ce passage sur « Just A Lie » qui donne une impression un peu « acrobatique »…

Ça l’est ! [Rires]

Tu fais des voix death metal sur cet album ?

J’en fais un tout petit peu, pour varier un peu les question-réponses avec Florent parfois. Mais sinon, non, je lui ai laissé la main là-dessus. Il a quand même une voix ultra puissante ! J’aime beaucoup ce côté-là, donc je lui laisse complètement la main.

Et justement, comment s’est passé le partage et le travail avec Florent au niveau vocal et des paroles ?

J’ai écrit quasiment toutes les paroles, à part celles de « Erhal » et… Grosso-modo, j’ai écrit les paroles où le chant clair était prédominant et lui a écrit les paroles où le chant death était prédominant. Sur la répartition des chants, nous avons fait pas mal d’essais. Nous nous sommes beaucoup retrouvés, nous avons travaillé ensemble, nous avons enregistré des maquettes que nous avons proposé ensuite aux gars du groupe et c’est eux qui ont fait le tri. De ce côté, il n’y a pas eu de souci, nous nous entendons très bien avec Flo, il n’y a pas de problème d’égo du coup. Et puis comme il est en plus guitariste, il ne se retrouve jamais non plus complètement à rien faire, donc pas de souci de ce côté-là.

Les thématiques de l’album sont centrées sur ce qui se passe actuellement dans le monde. Qu’est-ce que vous avez voulu exprimer avec cet album ?

Cet album, c’est un peu une photographie du printemps arabe et de ses conséquences. Donc la plupart des thèmes vont tourner autour de la révolution de jasmin en Tunisie, des bombardements en Syrie, des vagues de migrants qui arrivent en Europe, y compris de manière un peu indirecte des européens qui partent faire le jihad – il y a deux textes dessus. C’est une vision un petit peu globale de toutes ces choses. C’est plus un témoignage qu’une prise de position. Il y a certains textes que j’ai écrit dont je suis très, très fier, j’espère que les gens les liront un petit peu ; c’est vrai qu’en metal, ce n’est pas forcément toujours évident mais il y en a quelques-uns qui sont vraiment bien.

Tu parles de témoignage, ce n’est donc pas un album engagé…

On peut difficilement parler d’engagement, dans le sens où personne ne sera en désaccord avec nous si on crie à la barbarie quant au nombre de morts en méditerranée sur des vaisseaux de fortune au départ de la Lybie ou de la Turquie. Ce n’est pas une prise de position, ce n’est pas une prise de risque, ce n’est pas clivant, mais évidemment, c’est quelque chose qui nous touche. Notamment « Just A Lie », c’est le thème de ce morceau.

Arkan 2016

« Il y a certains endroits où nous sommes allés, effectivement, où nous avons été confrontés à une espèce d’agressivité gratuite, simplement par ce que nous représentions. […] Et ça me va très bien, moi, d’emmerder ces gens-là. »

C’est une crainte que vous avez d’être clivants si vous allez trop loin ?

Non, je ne pense pas. Pareil, il n’y a pas eu de limite qui m’a été donnée sur l’écriture. Mais il faut que la musique puisse parler à tout le monde, donc là, en l’occurrence, il n’y a pas forcément besoin d’être clivant pour prendre la photographie d’une situation qui est absolument intolérable, peu importe si on est d’accord avec les solutions à apporter. Là-dessus le débat peut être ouvert, mais sur le constat même de ce qui est fait et le fait que c’est de la barbarie pure et simple, je pense que tout le monde sera d’accord. Il n’y a pas forcément besoin toujours de chercher à mettre un coup de pied dans une fourmilière.

Je demandais aussi ça parce que j’ai lu, Foued, que par le passé certaines thématiques à connotation politique sur les albums passés vous avaient fermé des portes…

Foued : Ce ne sont pas les thèmes que nous évoquons qui peuvent nous fermer des portes, parce que de manière générale, nous ne parlons que de choses… Sur Hilal, nous étions sur une parabole du monde arabe via nos ancêtres les mésopotamiens. Dans Salam, c’est différent parce que nous parlons vraiment de paix et nous essayons de faire passer des messages beaucoup plus englobants…

Manu : …fédérateurs…

Foued : …et nous n’avons jamais été dans le clivage. Ça ne me dérangerait pas de dire quelque chose qui emmerde la moitié de nos fans, comme je ne suis pas embêté à l’idée de faire un album qui risque de déplaire aux trois-quarts de nos fans. Ce n’est pas tant ce qui nous motive, et s’il avait fallu que nous parlions de choses qui soient gênantes, nous l’aurions fait. Ce qui a pu nous fermer des portes à un moment donné, ce n’est pas tant ce que nous disions que, d’une certaine manière, ce que nous représentions. C’est surprenant de voir un groupe français qui fait de la musique maghrébine et qui ne fait pas… Alors, c’est vraiment minoritaire, attention. Je n’ai pas pu en parler comme si c’était quelque chose de massif. C’est plutôt le contraire d’ailleurs, en France il y a une grosse tolérance dans le metal oriental et, de manière général, dans le metal folklorique. Mais il y a certains endroits où nous sommes allés, effectivement, où nous avons été confrontés à une espèce d’agressivité gratuite, simplement par ce que nous représentions. Je pense à un endroit notamment où nous avons joué avec Septicflesh. Septicflesh était la tête d’affiche et ils se sont faits insulter pendant tout le concert par des types qui avaient payé leur place pour les insulter. Donc, tu vois, ce n’est pas ce que nous disons, c’est plutôt ce que nous représentons. Et ça me va très bien, moi, d’emmerder ces gens-là.

Plus tôt tu disais que les paroles, c’était un travail de groupe. Comment ça fonctionne du coup ?

Les paroles avaient déjà été écrites, les thèmes étaient posés, et quand Manu est arrivé, je sais que ce qui est important pour lui, c’est de vivre ce qu’il chante et on ne lui écrit pas des paroles. Alors, il l’a vécu dans Melted Space où on lui avait écrit des paroles, ça faisait partie du job…

Manuel : C’est un rôle à prendre, c’est différent.

Foued : Mais je sais que dans The Old Dead Tree, c’était important pour lui d’écrire et d’évoquer des sujets qui lui étaient chers au moment où il composait l’album et de sentir ce qu’il avait à dire en live. C’est pour ça que The Old Dead Tree était un groupe qui était aussi puissant en termes d’émotion sur scène, car les paroles étaient vraiment senties. Quand il est arrivé dans Arkan, je lui ai proposé par amabilité de lui écrire les paroles et lui simplifier la tâche, parce que je ne voulais pas que ce soit trop de travail pour lui qui intégrait doucement un groupe, et il s’avère qu’il a accepté gentiment mais, en fait, il a fait un gros travail d’écriture très vite et finalement, je n’ai même pas eu le temps de lui proposer quoi que ce soit. Et ce qu’il a écrit est très, très au-dessus de ce que nous aurions pu faire. Donc nous avions écrit des paroles dans un contexte qui nous semblait être celui du printemps arabe et de ce que qu’on vit aujourd’hui, Manu est arrivé avec des textes qui parlaient de la même chose mais à un niveau bien au-dessus, comme nous n’aurions jamais pu l’écrire, dans tous les cas.

Vous parlez de la thématique du printemps arabe, or ce n’est pas forcément ta culture, Manu. Comment t’es-tu plongé là-dedans, comment t’es-tu approprié ça ?

Manuel : Ce n’est pas ma culture le printemps arabe mais je pense que c’est quand même une actualité qui est brûlante et à laquelle on est confrontés assez régulièrement. Je suppose qu’à Lyon c’est pareil, nous, nous habitons à Paris, sous le métro, tu as des tentes qui s’amassent avec des gens dessous. Ça a l’air de se passer loin mais les répercussions sont partout. Et puis, c’est dans le quotidien de l’actualité depuis des années maintenant ; c’est 2011 quand même, le printemps arabe. Donc ça n’a pas tellement été un souci. Les drames humain, où qu’ils se jouent, ça reste de l’humain, finalement. Après, décrire des contextes, les bateaux de migrants, j’ai vu les images comme tout le monde, est-ce qu’on est obligé d’avoir vécu la guerre pour pouvoir la décrire ? Est-ce qu’on est obligé d’avoir vécu la faim pour pouvoir la chanter ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, non, je n’ai pas eu de souci à faire ça et puis ça m’a aussi changé des thèmes qui étaient toujours un petit peu nombrilistes que j’avais tendance à développer toutes ces années au sein de The Old Dead Tree, et à chercher des nouveaux modes de narration. En ça, ça m’a beaucoup plu de travailler là-dessus.

Pouvez-vous nous parler du concept de la chanson éponyme de l’album qui se divise en trois parties ?

Foued : Ca, c’est quelque chose que nous reproduisons dans tous nos albums. Pour rien te cacher, c’est un concept que j’avais piqué à The Old Dead Tree à l’époque… Quoi ? Je peux le dire ou je ne peux pas le dire ?

Manu : [Petits rires] Tu dis ce que tu veux !

Foued : Je peux le dire… Bon, j’avais piqué le truc, mais j’avais poussé un peu plus loin le délire parce que chaque album d’Arkan a un titre qui porte le nom de l’album et qui était composé en trois ou quatre titres. Donc ça, c’est quelque chose que nous souhaitons maintenir et conserver, c’est notre marque de fabrique. Nous n’avons rien inventé mais nous le faisons sur tous nos albums. En ce qui concerne « Kelem », un peu comme « Salam » d’ailleurs, ce sont des titres qui représentent assez bien l’album. Le titre « Sofia » est très différent de l’album, il a vraiment une existence à part. « Hilal », c’est pareil, on voit que ça fait partie d’un tout mais ça n’a pas ce rôle de synthèse. Dans le cas de « Kelem », on est vraiment sur un titre qui reprend toutes les émotions de l’album et qui les condense en un peu moins de dix minutes, et je trouve que pour finir un album, c’est assez sympa ; je parle en tant qu’auditeur et non en tant que compositeur.

Et en termes de thématique, il parle de quoi ?

Manuel : Celui-ci, il se placerait plus sur le thème de ceux qui résistent à Alep, par exemple, ou à Homs, avec le leitmotiv « the capital city burns » et le positionnement d’un garçon dont tous les amis ont rejoint la résistance, dans une ville qui… Pour moi, quand la capitale brûle, c’est que tout le pays est déjà à feu et à sang, parce qu’on est arrivé au cœur du pouvoir. C’est cet esprit de chute, de fin de règne, de fin d’un cycle, d’enfer qui a fini par gagner jusqu’au dernier point de la civilisation, et où il faut se positionner, justement, en tant que rebelle ou de citoyen qui ne fait rien, de victime, c’est tout le dilemme du personnage principal de ce morceau.

Vous aviez besoin d’un morceau plus long pour développer cette thématique ?

Non, pas particulièrement. C’est justement sur ce morceau-là que Foued m’avait invité à travailler en premier, et quand je suis arrivé, il n’avait pas encore cette dimension de morceau fleuve de dix minutes. Ce sont les aléas de la composition, des arrangements, qui lui ont fait prendre cette ampleur. Il s’est fabriqué par pièces.

Foued Moukid - Arkan

« Si l’actualité c’est du terrorisme ou des actions ou des migrants, il ne faut pas qu’on ferme les yeux sur ce qui se passe sous prétexte qu’un jour les arabes ou la civilisation islamique a été une grande civilisation, ça n’a pas de sens. Je ne me sens pas particulièrement attaché à ce qu’a été le monde arabe. Ce qui m’importe, c’est ce qui adviendra demain et ce qu’on vit aujourd’hui. »

Kelem, ça veut dire quoi ?

Foued : C’est un terme arabe classique. Tu peux le retrouver avec plusieurs orthographes différentes. Ça veut dire plusieurs choses. Déjà, c’est la parole, c’est la possibilité d’exprimer quelque chose. C’est compliqué aujourd’hui dans certains territoires de dire ce que tu as à dire sans être possiblement victime d’exécution. Et puis il y toute une philosophie autour de ça, on est autour de la grandeur de l’islam au moyen âge. Quand les européens sont encore avec des chevaux et des armures à se battre pour des bouts de monarchies ou de duchés, les arabes sont en train de s’étendre sur tout le bassin méditerranéen, on a Les Milles Et Une Nuits à ce moment-là, on a de la poésie, on a des mathématiques, on a de la philosophie, on boit de l’alcool et on se pose des questions sur l’espèce humaine, sur les étoiles… Et ce qu’on peut caractériser comme l’époque sublime de l’islam et de la civilisation arabe. Toutes les civilisations ont eu un moment de grandeur, une apogée. Kelem, ça fait référence à ce moment-là de l’histoire de ce peuple, de cette culture.

Ça rejoint un peu la thématique du dernier EP de Gorguts et du discours que tenait Luc Lemay. Il disait qu’il trouvait dommage qu’aujourd’hui dans l’actualité on ne parle du monde arabe que pour des choses négatives alors qu’à une époque c’était un monde fleurissant, avec beaucoup de connaissances, etc.

On pourrait se poser la même question avec les Grecs qu’on montre du doigt depuis quatre ou cinq ans, parce que ce sont des mauvais payeurs, parce que ce sont des fraudeurs, parce que ce sont des tricheurs, parce que ce sont tout ce que tu veux, alors que ça a été la civilisation splendide du monde à un moment donné. Pareil pour les romains. C’est très bien qu’on ait vécu la grandeur de la Grèce, la grandeur de Rome, que la civilisation arabe ait aussi eu son heure de gloire… Je n’ai pas de deuil ou je n’ai pas de regret. Nous parlons de ce que nous vivons à l’heure actuelle et c’est normal que l’actualité parle de ce qu’on vit aujourd’hui. Donc si l’actualité c’est du terrorisme ou des actions ou des migrants, il ne faut pas qu’on ferme les yeux sur ce qui se passe sous prétexte qu’un jour les arabes ou la civilisation islamique a été une grande civilisation, ça n’a pas de sens. Je ne me sens pas particulièrement attaché à ce qu’a été le monde arabe. Ce qui m’importe, c’est ce qui adviendra demain et ce qu’on vit aujourd’hui, et c’est aussi pour ça que nous ne voulions pas être témoins aveugles de ce qu’on vit aujourd’hui. C’est pour ça que l’album devait parler de ça, de ces migrants, de ces atrocités, de ces révolutions, etc.

La dernière piste de l’album possède une chanson cachée qui est « Ray Of Hope II ». « Ray Of Hope » était un morceau présent sur votre premier EP Burning Flesh. Du coup, c’est quoi cette seconde version ?

Burning Flesh, c’était un EP qui parlait d’un terroriste qui était sur le point de se faire sauter et qui, juste avant de se faire sauter, prend conscience de ce qu’il va faire et changer, mais c’est trop tard. Donc « Ray Of Hope », c’était le moment, finalement, d’espoir. Il se rend compte qu’il a été manipulé et qu’il faut absolument qu’il sorte de ce rôle de bourreau. Il va pour désactiver sa ceinture, il n’y arrive pas et il explose. Dans « Kelem », j’étais très attaché à l’idée de… L’album aurait pu terminer simplement sur le témoignage de la petite fille à la fin de « Kelem », Jasmine Harvest, qui est poignant, où elle raconte son quotidien et il y a quelque chose d’assez déprimant, dramatique, ou tu peux essayer de… En fait, c’était une fin alternative à l’album : soit partir sur quelque chose de très, très noir et très dur, soit partir sur quelque chose de beaucoup plus positif. Et « Ray Of Hope II », c’était notre façon de dire qu’il y a la fin cruelle, réelle, et quelque chose qu’on imagine comme étant plus majestueux, et c’est ce que nous proposons avec cette fin alternative qui intervient quelques minutes plus tard.

Puisque tu parles de terroriste, tu me tends la perche. C’est un peu une question bateau en ce moment, mais en tant que parisiens, comment avez-vous vécu l’attaque du Bataclan ?

Manuel : En tant que parisien on était peut-être un peu plus touchés, dans le sens où c’est une salle qu’on a beaucoup pratiqué en tant que spectateurs et en tant que musiciens, donc on a vraiment du mal à visualiser les lieux, ce qui a pu s’y passer, à imaginer la nasse que c’était devenu pour les gens qui étaient coincés dedans. J’ai la chance de ne connaitre personne qui y était, ce qui est assez miraculeux parce que beaucoup de gens connaissent des gens qui étaient. Après, pour le reste, ça n’a pas changé mon rapport aux concerts. C’est-à-dire que je pars du principe que c’est une menace contre laquelle on peut tellement rien, avec autant de vigiles, de flics ou quoi que ce soit qu’on veut, on ne peut rien faire réellement, concrètement contre ça, que ça ne sert à rien de s’en préoccuper. A partir du moment où on ne peut rien y faire, pour moi, il ne faut pas se méfier de quoi que ce soit. J’ai des amis, par contre, qui me disent que dès qu’ils vont dans une salle de concert, ils cherchent la sortie de secours, ils ont pris ce réflexe-là. C’est vrai que, moi ça me…Je les plains.

Foued : Je pense que c’est la dernière chose à faire que de changer notre façon d’être à cause d’eux. Ils ont essayé de toucher en nous ce qui faisait notre force, c’est-à-dire la culture l’insouciance… On est un peu moins insouciants. Certaines dates ont été annulées au lendemain des attentats, mais c’était plutôt par deuil que par signe de peur des organisateurs. En France, on n’a pas cessé de vivre à cause des attentats. Et ce qui s’est passé le 14 juillet, ça n’a pas empêché des niçois de [sortir]. Il y a évidemment un moment de recueillement mais ça ne doit pas nous empêcher de continuer à faire ce qu’on aime, c’est-à-dire sortir, boire des coups, aller voir des concerts, monter sur scène et jouer, quels que soient les risques qu’on encoure, parce que sinon, ils auront gagné, et il ne faut pas qu’ils gagnent.

Vous avez fait trois albums produits par Fredrik Nordström, mais cette fois vous avez changé pour travailler avec François-Maxime Boutault. Pourquoi avoir changé maintenant ?

C’était un cycle, trois albums. De manière générale, sur le premier tu commences un travail avec un producteur, tu le peaufine sur le deuxième album et son apogée, l’accomplissement du travail que tu peux faire avec un producteur, c’est le troisième. A partir du troisième album, nous avons dit tout ce que nous avions à dire, fait tout ce que nous pouvions faire, et il faut se renouveler. Nous avons adoré travailler avec lui sur ces trois albums et nous avons évidemment énormément appris à ses côtés. Nous étions très proches de François-Maxime et nous voulions absolument donner un son différent à la musique d’Arkan, donc c’était le moment ou jamais de faire ça sur cet album. Et le résultat est assez incroyable. Nous avons travaillé avec François six mois avant le studio et son accompagnement sur le plan de la direction artistique et sur le plan technique nous a fait gagner du temps, nous a permis aussi de voir des choses que nous ne voyions pas parce que nous avions la tête dans le guidon, et comme je te dis, le résultat en termes de son est assez exceptionnel.

C’est quelqu’un qui a travaillé avec pas mal d’artistes différents en termes de styles. C’est aussi ce qui vous a séduit chez lui ?

Oui, tout à fait. Kelem, c’est un album qui est quand même assez multiple dans le son, dans l’approche de composition, dans l’exécution, dans les atmosphères, il y a des titres où on retrouve un peu de Muse… Et il nous fallait quelqu’un qui soit capable de faire aussi bien du metal à la « Erhal », qui est un morceau qui doit rentrer dans le lard sans s’arrêter, que des morceaux beaucoup plus aériens, atmosphériques, rock, et en ça, François-Maxime a quelque chose d’extraordinaire, c’est qu’il a travaillé sur tous les styles musicaux, avec des artistes de tous styles. C’était un atout exceptionnel pour cet album-là.

Arkan 2016

« Pour que nous puissions donner un souffle différent à Arkan, il fallait que nous voyions d’autres horizons et que nous n’ayons pas le même mode de composition, de distribution ou d’enregistrement que ce que nous avons fait sur le premier album. Il fallait que nous nous renouvelions un petit peu. »

Car Nordström, inversement, est quand même très connoté metal…

Oui, c’est ça. En fait, Nordström est extraordinaire dans ce qu’il fait et en plus, il a cette capacité à s’adapter aux artistes qu’il a. Sur Sofia, il nous a proposé un son que nous n’aurions pas eu sur le premier album ou si nous avions été le voir sans le connaitre et sans avoir d’exigence, et c’est assez exceptionnel aussi. Mais peut-être que Sofia, à mon goût, manque un peu de ce côté ouverture d’esprit. Nordström n’a jamais fait de pop, il n’a jamais fait de rock progressif, il a toujours fait du metal, et il découvrait un style un peu plus prog ou atmo sur Sofia. Donc nous avons beaucoup travaillé avec lui pour que ça sonne comme nous le voulions. Jusqu’au niveau de guitare sur le mix final, ce sont des choses que nous avons dû faire avec lui jusqu’au dernier moment, mais là, il ne nous a pas proposé un produit clef en main comme ça avait pu être le cas pour Hilal où il est arrivé, il nous a dit « vous faites ça, vous enregistrez vos parties, voilà votre CD » et nous nous sommes retrouvés avec un son extraordinaire sans que ayons eu besoin de demander quoi que ce soit.

François-Maxime a assisté au processus complet de composition. Du coup quel a été son apport ? Qu’est-ce que ça a changé ?

Ça a été très bien d’avoir l’avis de quelqu’un d’extérieur, parce qu’il nous a apporté les complexités techniques, il nous a apporté le point de vue de quelqu’un qui allait devoir faire des enregistrements, et pour que le spectre soit le plus respecté, il nous a aiguillé sur un type d’instrument à utiliser, sur des harmonies sur lesquelles nous diriger, etc. Son regard sur notre musique était celui d’un professionnel, pas d’un artiste. Par ailleurs, déjà, c’est un compositeur, il fait beaucoup de musiques de films, des musiques de jeux vidéo, donc il a une vraie patte de compositeur et aussi de technicien. Et son regard nous a permis de gagner un peu de temps en studio. C’est surtout en studio, en fait, que nous nous sommes rendus compte que nous avions gagné du temps grâce à lui, indépendamment des prises et du mix qu’il a pu faire qui font de lui un bon producteur.

Kelem, c’est un changement de chanteur, changement de producteur mais aussi changement de label. C’est le premier album à sortir chez Overpowered Records. Du coup, pouvez-vous revenir sur la fin de votre collaboration avec Season Of Mist, qui durait depuis vos débuts ?

Je te parlais de cycle tout à l’heure pour Nordström, c’est pareil avec Season Of Mist. Nous nous étions entendus sur le fait que nous travaillions ensemble sur trois albums. Initialement, c’était deux albums, et à l’époque de Sofia, je n’avais pas la tête à chercher à travailler avec d’autres labels. Aucun de nous n’avait envie de confier cet album à une structure que nous ne connaissions pas, avec laquelle nous n’avions aucun repère, et Season a été extraordinaire, comme ils l’ont été sur tous les albums. Ils nous ont soutenus, ils ont été professionnels et dans la compassion, dans l’empathie. Cet album, ils l’ont aussi pris pour ce qu’il était. Indépendamment du fait que ce soit un album d’un de leurs artistes, c’était aussi quelque chose qui les touchait, de par le message que nous véhiculions, la force de la tristesse du message.

Manuel : Et puis Season Of Mist, c’est un label qui a gardé une échelle humaine. Michael [S. Berberian, fondateur du label], en tant qu’être humain, c’est quelqu’un avec qui on peut parler. Pour avoir travaillé avec Season du temps de The Old Dead Tree, il y a toujours eu un dialogue, une compréhension, qui allait au-delà de sortir un « produit ». Ce n’est pas une boite qui fait du marketing aveugle ou quoi que ce soit. Il y a un vrai rapport avec les groupes qu’ils signent.

Foued : Après, nous avons changé parce qu’il fallait que nous changions. Parce que cet album, c’était un album, pas d’adieu, mais d’au-revoir. Sofia, c’était la fin d’une aventure. Nous sommes toujours très amis avec l’équipe, nous nous écrivons régulièrement, ils vont recevoir l’album avant que l’album soit sorti. Nous sommes toujours assez proches d’eux, mais pour que nous puissions donner un souffle différent à Arkan, il fallait que nous voyions d’autres horizons et que nous n’ayons pas le même mode de composition, de distribution ou d’enregistrement que ce que nous avons fait sur le premier album. Il fallait que nous nous renouvelions un petit peu. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise décision sur ce point-là, mais il nous fallait quelque chose de différent. Et puis nous n’avions pas envie de pantoufler avec des choses que nous connaissions déjà et qui nous allaient très bien, il fallait que nous voyions autre chose. D’où l’arrivée d’Overpowered dans notre giron.

L’artwork est l’œuvre de Spiros Antoniou alias Seth Siro Anton. Il est connu pour avoir une patte à lui, très reconnaissable. Comment vous êtes-vous mis d’accord avec lui pour intégrer l’univers d’Arkan au sien ?

Pour la genèse, nous devions bosser avec Spiros depuis l’album Salam. Après la tournée avec Septicflesh, nous avons gardé de très, très bons rapports. Avant, nous ne nous connaissions pas, et à la fin de la tournée, nous avons gardé des contacts, comme souvent, d’ailleurs. Après une tournée, on lie des liens de relation professionnelle ou d’amitié, selon l’intensité. Avec Spiros, nous avons beaucoup échangé, et au moment où Salam est né et qu’il a été question de l’artwork, je l’ai contacté, je lui ai proposé que nous essayions de faire quelque chose ensemble. Mais il n’avait pas le temps et ce qu’il avait en réserve ne nous plaisait pas outre mesure, c’était son univers, pas le nôtre, donc nous n’avons pas donné suite. Nous aurions pu travailler avec Spiros dès 2011 mais ça ne nous touchait pas, il n’y avait pas eu l’opportunité que nous aurions voulu avoir. Sur Sofia, la question ne s’était pas posée, il était essentiel pour nous de continuer à travailler avec Henri [Lejeune], notre graphiste depuis le début de l’aventure, car comme je te le disais tout à l’heure, nous voulions être en zone de confort, que ce soit en termes de label, de studio ou, donc, de graphiste. En revanche, pour Kelem, nous avions envie de pousser le plus loin possible avec [Spiros], donc je l’ai sollicité très tôt et je lui ai expliqué quel était le concept de l’album ; ça s’est même fait avant que Manu n’arrive, puisque le concept de l’album avait été dessiné dans les grandes lignes avant qu’il n’arrive. Et quand je lui ai envoyé le descriptif, le mot d’ordre c’était : « J’adore ce que tu fais par ailleurs, mais ça ne peut pas être du Arkan et il faut absolument que tu acceptes notre univers, car nous avons vraiment des exigences en termes de messages, etc. Il y a des messages que nous ne voulons pas véhiculer ou auxquels nous n’adhérons pas. » En fait, il a compris tout de suite, et c’est la force de Seth, c’est qu’il se met à la disposition de l’artiste, dès lors qu’il comprend l’utilité et la nécessité. Il n’y a même pas eu de négociation. Dès la première proposition qu’il nous a faite, ça correspondait exactement, de mon point de vue, au cahier des charges qui lui avait été confié. Dans ce qu’il a proposé, il y avait tous les ingrédients dont nous avions parlé. Et je vais te dévoiler un secret : il était censé m’envoyer le travail en cours de fabrication au fur et à mesure, mais il ne l’a jamais fait. Donc j’ai eu un peu peur. Et le 9 juin, il m’envoie la cover, et nous n’avons pas touché à ce qu’il nous a proposé. Il y a une unanimité sur l’artwork, de la part des membres du groupe, de la part du label, de la part des journalistes… C’est vrai que nous sommes très, très contents. Et il en est tellement content lui aussi qu’il l’a très rapidement diffusé sur ses réseaux sociaux, et ça a créé un engouement aussi de la part des fans qui le suivent, notamment sur Facebook. Il est très fier ce qu’il a fait. Nous, évidemment, nous sommes super contents parce qu’il nous a proposé quelque chose pour nous.

Je suppose que vous allez tourner cette fois ?

Cette fois, oui. C’est vraiment un souhait du groupe. Et puis même Manu, en tant que chanteur, le fait de monter sur scène avec Melted Space, ça lui a donné envie. Là, nous nous préparons actuellement à être en place très rapidement pour pouvoir, déjà, faire les dates qui sont prévues et puis aller choper le plus de dates possibles et montrer notre bobine en France et ailleurs.

Interview réalisée par Skype le 2 novembre 2016 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt et Philippe Sliwa.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Site internet officiel d’Arkan : www.arkan.fr

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