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Interview   

La nouvelle réalité de Cave In


En plus de vingt-cinq ans, les Américains de Cave In ont fait du chemin : après des débuts hardcore/metalcore, ils ont exploré toutes les nuances du rock alternatif, mêlant les deux dans des proportions uniques à chaque album. Jusqu’au coup dur de 2018 : la mort de Caleb Scofield, bassiste du groupe depuis vingt ans, dans un accident de voiture. C’est dans ce contexte qu’est sorti Final Transmission, qui contenait les derniers enregistrements effectués avec Scofield, et dont le titre semblait de mauvais augure pour le futur du groupe. Mais il n’a jamais vraiment été question de jeter l’éponge pour le trio restant : accompagnés de leur ami et collègue de longue date Nate Newton (Converge), les musiciens se sont remis à écrire, tant pour rendre hommage à leur camarade décédé que pour digérer cette épreuve. Heavy Pendulum est le résultat de ce processus : en quatorze chansons et pas moins de soixante-dix minutes, l’album passe en revue une période particulièrement houleuse dans le monde, et revisite la riche carrière du groupe.

C’était donc l’occasion idéale pour revenir sur le parcours de Cave In avec ses membres fondateurs Stephen Brodsky (guitare, voix) et John-Robert Conners (batterie). Humbles et amicaux, oscillant avec agilité entre les époques et les styles, ils évoquent leurs premières influences et aspirations, mais aussi le contexte politique le plus récent, leurs dernières collaborations avec Scofield, et leur travail avec Nate Newton (basse) et Kurt Ballou (production) de Converge, dont l’histoire est liée à celle de Cave In depuis des décennies…

« Je ne crois pas que nous en avions conscience à l’époque, mais nous nous sommes rapidement rendu compte que le simple fait d’être dans le groupe nous aidait à digérer ce qui se passait et ce qui nous était arrivé, parce que Caleb a été dans ce groupe avec nous pendant près de vingt ans, et que son esprit, sa présence, et la marque qu’il a laissée sur Cave In sont très forts. »

Radio Metal : Votre nouvel album est sorti il y a une semaine. Comment vous sentez-vous maintenant que les gens commencent à se l’approprier ?

John-Robert Conners (batterie) : C’est vraiment cool qu’il soit enfin sorti, parce que ça fait un moment que nous l’avons terminé. Il est enfin disponible, et c’est intéressant et très plaisant de voir les premières réactions. Elles ont toutes été très positives, nous ne pourrions pas demander mieux que ce que nous avons vu pour le moment.

Tu dis que ça fait un moment que vous l’avez terminé : quand est-ce que vous y avez travaillé, en fait ?

Stephen Brodsky (chant & guitare) : Nous avons commencé à travailler sur la composition en profondeur au début de la pandémie, en gros, au début du confinement en 2020. Nous sommes allés en studio avec Kurt [Ballou] durant l’hiver 2021 – je crois que c’est en janvier 2021 que nous avons fait nos premières sessions avec lui, nous avons fait le tracking de presque la moitié de l’album ensemble. Ensuite, nous avons fait une autre session avec tout le groupe au printemps 2021, mais elle a été plus courte que prévu car JR s’était blessé le poignet. Nous l’avons donc décalée à une session plus longue durant l’été 2021, et je crois qu’à l’automne, en septembre ou en octobre, nous avions finalisé le master.

Votre album précédent, Final Transmission, est sorti en 2019, juste après le décès de votre bassiste Caleb Scofield. Dans de telles circonstances et avec un tel titre, on pouvait croire que ce serait votre dernier…

JR : Le titre Final Transmission vient vraiment du premier morceau de l’album, qui est un mémo vocal de Caleb qu’il nous avait envoyé une nuit après une session de répétitions. C’était une idée qu’il avait eue en rentrant chez lui, et il nous l’avait envoyée dans l’intention d’écrire une chanson la prochaine fois que nous serions ensemble, ce qui hélas ne s’est jamais produit. En plus de cela, l’idée derrière toutes les chansons qu’il y a sur l’album, tout ça provenait de deux sessions différentes où il était là à jouer de la basse avec nous, dans la même pièce. Nous avions un peu plus, mais il n’était pas présent à la basse dessus, donc nous l’avons laissé de côté. Toute l’idée derrière le choix de chansons et le titre de l’album, c’est que c’est la transmission finale de Caleb Scofield, ses dernières contributions directes sont sur ces chansons.

Est-ce que vous avez toujours su que vous continueriez, ou est-ce que vous avez eu un moment d’hésitation concernant l’avenir du groupe après ça ?

Stephen : Au moment où nous travaillions sur cet album, nous étions encore en plein dans le processus de deuil qui a suivi la mort de Caleb. Nous faisions l’album et en même temps, nous mettions sur pied le premier des trois concerts caritatifs destinés à aider la famille Scofield. Et pour ces raisons justement, nous avons été forcés, d’une certaine manière, de remettre le groupe en route. C’est venu de notre propre volonté, mais je ne crois pas que garder Cave In actif se serait fait de manière aussi simple et naturelle si nous n’avions pas eu ces événements qui avaient une telle signification pour nous. Nate Newton (Converge) nous a aidés pour les concerts qui nous ont permis de collecter de l’argent pour la famille de Caleb, et c’est moi, Adam et JR qui avons terminé Final Transmission avant de l’envoyer au mixage – ça en revanche, Nate ne s’en est pas occupé. Nous avions tous ces projets qui étaient en route. Nous savions que Caleb serait un bon moyen de réunir des fonds pour la famille Scofield. Et je ne crois pas que nous en avions conscience à l’époque, mais nous nous sommes rapidement rendu compte que le simple fait d’être dans le groupe nous aidait à digérer ce qui se passait et ce qui nous était arrivé, parce que Caleb a été dans ce groupe avec nous pendant près de vingt ans, et que son esprit, sa présence, et la marque qu’il a laissée sur Cave In sont très forts. Nous les ressentons encore à ce jour. Lorsque nous sommes arrivés à ces conclusions, c’était évident pour nous que continuer avec Cave In était logique, que c’était une bonne chose.

Vous avez déclaré qu’Heavy Pendulum était la continuation de ce que Caleb avait voulu faire avec Final Transmission. Qu’est-ce que vous entendez par là ?

JR : Quand nous discutions avec Caleb, que nous passions du temps ensemble en répétitions à cette époque, son idée était que Cave In retourne enregistrer dans un véritable studio, que nous enregistrions un album de manière professionnelle, parce que nos disques précédents avaient été enregistrés dans nos locaux de répèt, en gros. Nous nous étions réunis dans l’idée d’écrire de nouvelles chansons et de les enregistrer ensuite dans un vrai studio. Avoir ça à l’esprit nous a aidés à nous mettre à enregistrer de nouvelles chansons, et à le faire avec Kurt dans son studio pour capturer le mieux possible ce qu’était le groupe à ce moment-là. Donc c’est son idée que nous avons poursuivie, en quelque sorte.

« Toute cette musique, le grunge etc., ça a été notre éducation musicale, d’une certaine manière. C’est à ce moment-là que nous avons vraiment commencé à être dans des groupes ensemble et à vouloir être créatifs, commencer à écrire… […] Et puis il n’y a rien à jeter dans ces groupes, ils ont de super riffs ! »

Certaines choses qu’il a écrites apparaissent sur l’album, le riff de « New Reality » notamment, et les paroles d’« Amaranthine »… Je ne suis pas sûre de prononcer ça comme il faut.

Stephen : En fait initialement, nous voulions appeler l’album Amaranthine, mais nous nous sommes rendu compte que ce serait un peu difficile à prononcer pour les gens [rires]. Heavy Pendulum, c’est plus simple et ça sonne mieux.

Est-ce que c’est une manière de rendre hommage à Caleb et de faire la transition avec Nate, qui a composé « Amaranthine » justement ?

« New Reality » et « Amaranthine » sont uniques parce qu’elles sont une forme de collaboration entre la version 2022 de Cave In et la main de Caleb, d’une certaine manière. Le riff sur les couplets de « New Reality » est de Caleb, c’est quelque chose qu’il a trouvé à l’époque de White Silence. Nous avions jammé dessus pendant une heure en répétitions un jour et n’y étions jamais revenus, mais je ne l’ai jamais oublié, j’ai toujours trouvé que c’était un riff très cool. Je pense qu’il fonctionne vraiment bien dans « New Reality » puisque cette chanson est, de bien des manières, un hommage à Caleb. En ce qui concerne « Amaranthine », elle a en effet été composée par Nate. Il a mis en route son ampli en répèt un jour et s’est mis à enchaîner ces riffs… En vingt minutes, nous avions déjà la structure de base de la chanson. C’était vraiment cool de travailler sur quelque chose de majoritairement écrit par lui ; une grande partie de ce qui est sur l’album a été concocté par moi dans des circonstances variées, lorsque nous faisions des démos et échangions avec les autres membres du groupe et que je voyais ce qui leur parlait, mais la musique d’« Amaranthine » a été composée de manière très spontanée. Ne serait-ce que pour ça, elle a une place particulière dans l’album, elle en change un petit peu la vibe. Et puis après la mort de Caleb, sa femme, Jen, nous a donné un de ses carnets. Il était rempli de paroles et d’idées de chansons. « Amaranthine », c’étaient des paroles qui à première vue ne semblaient pas vraiment aller avec le reste de ce que Caleb avait écrit. Nous nous sommes dit que ce serait vraiment cool de les associer à cette super chanson que Nate avait écrite. Combiner le premier morceau qu’il a écrit pour le groupe avec ces paroles de Caleb, c’était vraiment chouette, unique, et spécial.

Stephen disait plus tôt que Nate vous a rejoints dès les concerts que vous avez organisés pour la famille de Caleb. Est-ce que vous saviez déjà à l’époque qu’il serait désormais votre bassiste ? Est-ce que c’était un choix évident, vu votre histoire et votre proximité avec Converge ?

JR : Oui, la transition s’est faite sans accroc, de manière aussi fluide que possible. Je ne crois pas que les questions « Est-ce que nous allons arrêter ? » ou « Qui allons-nous trouver pour jouer de la basse ? » se soient jamais vraiment posées. Peut-être que nous les avons dites, mais nous n’en avons jamais vraiment discuté, parce que nous avons enchaîné presque directement les concerts de charité et les quelques tournées pour la sortie de Finale Transmission, que Nate a bien voulu faire avec nous. À cette époque, ça semblait évident, parce que nous avons toute une histoire ensemble en dehors de Cave In. Nate était dans Old Men Gloom avec Caleb, donc il comprend bien sa manière de travailler, ses idées. C’est quelque chose qu’il a apporté à Cave In, en plus de ses propres apports créatifs. C’était l’idéal que Nate puisse prendre en charge ce rôle de bassiste ; tout s’est déroulé sans accroc à partir de ce moment-là. Le confinement a été mis en place presque immédiatement après que nous avons terminé notre dernière tournée prévue au Japon, et ensuite, nous nous sommes dit qu’il était temps que nous nous remettions à écrire, et il a été immédiatement partant.

Qu’est-ce qu’il a apporté au groupe selon vous ?

Un point de vue extérieur. Ce n’est pas sa contribution la plus importante, je crois, mais c’est quelque chose qui nous a beaucoup apporté. Il connaît Cave In depuis nos débuts et nous jouons ensemble depuis toujours. Il apporte une perspective de fan, d’ami extérieur au groupe, et en plus de ça, c’est un super musicien. Ça a très bien fonctionné, il nous a apporté beaucoup.

Comme vous le disiez, l’album a été produit par Kurt [Ballou] de Converge. C’est lui qui a produit votre premier disque, Until Your Heart Stops. Vous êtes proches, vous avez beaucoup de projets ensemble, mais c’était comment de retourner à la même configuration que pour votre premier album après tout ce temps ?

Stephen : Travailler à nouveau avec Kurt pour Cave In, ça a été formidable. Nous avions déjà travaillé avec lui à nouveau après Until Your Heart Stops, il s’est occupé des démos pour l’album Jupiter, pour une reprise de Black Sabbath faite pour une compilation de reprises de Black Sabbath du label Hydra Head, et pour l’album Antenna. D’une certaine façon, c’était une forme de reconnaissance pour le travail de Kurt qu’il enregistre ce qui serait vraiment sur la version finale de l’album et pas seulement des demos destinées à quelqu’un d’autre. Il m’engueule toujours à propos de certaines chansons : « Oh, la version de “Stained Silver” que nous avons enregistrée à GodCity est bien supérieure à celle de l’album ! » [rires] C’est ce que j’aime chez Kurt. Il est très direct, parfois même trop, mais ses apports sur le plan créatif sont très importants. Et quand il a quelque chose à dire, c’est généralement très bien vu. Il savait à quel point cet album était important pour Cave In. Je crois qu’il était très en forme, ses talents d’ingénieur du son étaient parfaitement au point et prêts à être utilisés. Il a admis se sentir un peu rouillé en ce qui concerne l’enregistrement de musique live lors de la première session – c’est de cette façon que nous avons « tracké » l’essentiel de l’album – mais je ne crois pas que ça s’entende. Nous avons essayé d’être le mieux préparés possible. Nous avons bossé les démos de ces chansons à fond, pas comme pour Antenna. Nous avons tout fait avec autant de précision qu’il le fallait, et nous nous sommes arrêtés là, même si en réalité, ça a continué à se développer ensuite. Je sais que Kurt a vraiment apprécié tout ce travail de préparation. Par le passé, il avait pu dire qu’il n’avait pas l’impression que ce que nous amenions à GodCity avait été très préparé, ce qui était frustrant pour lui, ça avait pu être un motif de conflit. Cette fois, avec Cave In préparé autant que nous l’étions pour Heavy Pendulum, je crois qu’il a pu se détendre un peu et se concentrer sur son travail d’ingénieur du son et de producteur au lieu d’être notre baby-sitter ou de devoir toujours passer derrière nous.

« Quand nous étions gosses, nous n’avions nulle part où aller, mais nous avions nos chambres, qui étaient un peu nos sanctuaires. [Le confinement] nous a un peu ramenés à cet état d’esprit à nouveau : ‘Qu’est-ce que j’aime vraiment, qu’est-ce que j’aime faire quand je suis tout seul avec mes trucs, dans mon monde ?' »

Dans certaines chansons comme « Reckoning », il me semble que vous faites référence à d’anciens morceaux. Est-ce que c’était intentionnel ? Est-ce que vous vouliez résumer vos plus de vingt-cinq ans de carrière ?

Hé, la meilleure chose à plagier, c’est soi-même, non ? [rires] Je ne veux pas parler à la place d’Adam, mais d’une certaine manière, la chanson « Reckoning » est aussi un hommage à Caleb. Et je crois que plus généralement, ça parle de perdre quelque chose ou quelqu’un d’important, et de la manière de vivre ce deuil. Adam a écrit la majorité des paroles pour cette chanson de manière complètement spontanée, et j’ai écrit les parties que je chante avec un peu d’aide de sa part aussi. Je ne me souviens plus exactement de la manière dont nous nous y sommes pris, mais l’idée de changer les paroles un petit peu à chaque fois que le refrain revient nous a semblé être un truc cool à faire. « All illusion, mind of lies » colle bien au niveau des rimes, c’est une ligne de Caleb dans une chanson qui est partiellement un hommage à Caleb – le plus de Caleb, le mieux c’est. Ça nous semblait logique

Certaines chansons ont aussi un côté un peu grunge, années 90, presque Soundgarden. Je suppose que c’est la musique que vous écoutiez quand vous étiez ados. Est-ce que vous vouliez rendre hommage à cette époque ?

JR : Nous n’avons pas intentionnellement essayé de sonner comme ces groupes, mais en même temps, je ne crois pas que nous aurions pu nous en empêcher non plus, parce que comme tu le disais, nous avons grandi en écoutant ce genre de trucs. Il y en a d’ailleurs une grande partie que nous écoutons et apprécions toujours, certains de mes albums préférés viennent de cette scène. Toute cette musique, le grunge etc., ça a été notre éducation musicale, d’une certaine manière. C’est à ce moment-là que nous avons vraiment commencé à être dans des groupes ensemble et à vouloir être créatifs, commencer à écrire… Ces groupes étaient super importants à cette époque, nous n’écoutions que ça. Nous avons été élevés à ça, pour ainsi dire, ça a été notre éducation musicale – avec d’autres choses, mais disons que ça en a été une grande partie. Je pense que c’est naturel que ce genre de chose remonte à la surface. Et puis il n’y a rien à jeter dans ces groupes, ils ont de super riffs !

Vous deux et Adam jouez ensemble depuis plus de vingt-cinq ans – depuis que vous êtes adolescents. Comment votre collaboration a évolué au fil des années ? Êtes-vous toujours animés par les mêmes choses qu’à vos débuts ?

Stephen : C’est une bonne question. Je dirais que le groupe était au départ une manière pour nous de nous intégrer dans le monde du hardcore et du punk. C’était une grande raison, une grande motivation pour ce que nous faisions à l’époque. Et si tu écoutes nos premiers enregistrements, tu peux l’entendre : quelque part, nous cherchions à imiter pas mal de choses que nous trouvions très excitantes dans le monde du punk et du hardcore. Nous voulions faire partie de cela, et nous sentions que Cave In pourrait être le moyen d’y parvenir. Il y avait d’autres scènes musicales autour de nous, même avant de découvrir le punk et le hardcore, il y avait une petite scène dans laquelle JR et moi surtout étions très impliqués. C’était une sorte de version de ce qui se passait à Seattle, mais en Nouvelle-Angleterre, une sorte de grunge version Nouvelle-Angleterre citadine. Et nous nous sommes vraiment amusés, nous avions nos propres petits groupes qui jouaient, nous évoluions dans ce petit monde-là. Mais lorsque nous avons découvert le hardcore et le punk, il nous a semblé que ces choses allaient plus loin et étaient plus innovantes. Dans notre autre scène, nous ne voyions pas le genre de réactions que le hardcore et le punk suscitaient en concert. Les concerts de punk hardcore étaient plus dingues, plus sauvages, plus excitants, plus dangereux. Nous étions très attirés par tout ça. Et je crois que maintenant, à peu près vingt-cinq ans plus tard, nous sommes un peu mieux dans notre peau dans le sens où nous n’essayons pas nécessairement de nous fondre dans une scène. Nous l’avons fait par le passé et nous sommes passés à autre chose. Ça a été une très chouette époque pour le groupe, clairement. Mais maintenant, avec le recul, nous nous rendons compte que ce n’est qu’une petite partie de notre voyage. Ce sont les fondations de notre voyage, et tout ce que nous avons construit après sur cette expérience initiale – chercher à intégrer le monde du punk hardcore – est un nouveau bâtiment, quelque chose qui nous appartient vraiment. En ce moment, nous essayons de célébrer cette chose que nous avons construite plutôt que de nous concentrer sur un détail en particulier, quel qu’il soit. J’utilise cette comparaison parce que je viens d’acheter une maison et je passe mon temps à penser à comment la réparer, désolé [rires].

C’est peut-être pour cela que l’album est plus long et très varié ? On dirait que vous aviez beaucoup à dire : est-ce que c’est en raison de l’histoire de Cave In ou à cause de cette époque assez chaotique de pandémie qui a peut-être pu être inspirante pour vous ?

JR : Les deux, je crois. Nous nous sommes attelés à ce disque dans l’idée d’essayer de montrer le meilleur dont Cave In a été capable au cours de son existence, et je crois que c’est en grande partie pourquoi il y a tant de matière dans cet album. C’est qu’il y a beaucoup à aborder avec ce groupe, et en ajoutant toutes nos influences individuelles à la musique, nous avions vraiment de quoi faire. En ce qui concerne la pandémie, ça nous a inspirés en quelque sorte en nous donnant le temps de nous consacrer à Cave In, d’accorder toute notre attention et notre concentration au groupe sans avoir à nous soucier de devoir sortir de chez nous pour une autre raison. Aucun d’entre nous n’avait d’autres projets musicaux en parallèle et le fait de devoir rester chez soi nous a donné beaucoup de temps pour penser et réfléchir, ce que nous avons tous fait à des degrés divers, je crois. Steve [Stephen] l’a très bien dit par le passé : nous avons redécouvert ce que nous aimions et nos centres d’intérêt, comme quand nous étions gosses. Quand nous étions gosses, nous n’avions nulle part où aller, mais nous avions nos chambres, qui étaient un peu nos sanctuaires. Ça nous a un peu ramenés à cet état d’esprit à nouveau : « Qu’est-ce que j’aime vraiment, qu’est-ce que j’aime faire quand je suis tout seul avec mes trucs, dans mon monde ? » Et puis ça nous a aussi donné le temps de nous retrouver en salle de répèt – en faisant en sorte de le faire de la manière la plus prudente possible –, l’autre lieu où nous allons parce que nous nous y sentons bien, en sécurité. Ça nous a aidés à supporter les premières phases de la pandémie, mais nous a aussi permis d’explorer les idées des uns et des autres musicalement, d’être vraiment concentrés sur le groupe.

« Nous étions tous confinés chez nous et effrayés d’interagir les uns avec les autres, ce qui fait que c’était le contexte idéal pour que toutes ces questions politiques prennent dans nos vies une importance qu’elles n’avaient jamais eue auparavant. »

Certaines paroles de l’album font clairement allusion à la situation politique actuelle. Je crois que Stephen, tu la résumais en ces termes : « Pandémie mondiale + confinement + manifestations + élections = cocktail pour la fin des temps ». Comment tout cela s’est retrouvé dans votre musique ?

Stephen : Oh oui, il y avait tous ces trucs dingues qui se passaient en 2020, c’était la tempête parfaite. Comme le disait JR, nous étions tous confinés chez nous et effrayés d’interagir les uns avec les autres, ce qui fait que c’était le contexte idéal pour que toutes ces questions politiques prennent dans nos vies une importance qu’elles n’avaient jamais eue auparavant. C’était pratiquement impossible de laisser ça de côté lors de l’écriture des paroles. La chanson « Careless Offering » par exemple : peu de temps après le meurtre de George Floyd, il y avait toutes ces manifestations dingues et je voyais des tonnes de merde sur les réseaux sociaux, des gens qui encourageaient les côtés les plus violents de ces manifestations au lieu de se concentrer sur leur signification profonde. Des gens avec pas mal de poids sur les réseaux sociaux, et ça m’a semblé être une vraiment mauvaise utilisation de ce pouvoir de jeter de l’huile sur le feu et d’encourager ce qui, à mon avis, n’était pas la bonne chose sur laquelle attirer l’attention. Ce n’était pas la violence qui était importante, c’était le message, le fait que les gens voulaient se rassembler par compassion et pour faire le deuil ensemble de la perte de leurs libertés. Parce que ce qui est arrivé à George Floyd est arrivé à tant d’autres sans que quoi que ce soit ou si peu soit fait. La violence, les destructions qui se sont produites durant ces manifestations sont le résultat de cette frustration, mais ce n’en est pas la racine, ou la façon dont il faut la gérer. C’est de là que vient la chanson « Careless Offering » : c’était une protestation contre ces protestations, d’une certaine manière. Non pas contre le cœur de ces protestations et ces manifestations, mais contre son côté révolutionnaire de salon réactionnaire. Je n’ai pas apprécié voir des gens mettre l’accent sur les mauvaises choses. « Searchers Of Hell » et un peu de « Blood Spiller » évoquent d’autres aspects de ces bizarreries politiques dont nous sommes tous témoins. C’est du putain de divertissement, d’une certaine façon, je veux dire que c’est de cette façon que les médias fonctionnent. Tu regardes ça, et tu te dis : « Qu’est-ce qu’ils sont en train de nous vendre ? Quelle est la motivation derrière tout ça ? » Brouiller les lignes entre information et divertissement rend tout encore plus clivant. Je ne voulais pas être lourd à propos de tout ça sur l’album, mais je n’ai pas pu m’empêcher de glisser ça dans les chansons parce que comme je le disais, c’était tout simplement très présent dans la vie de tout le monde. Comment aurions-nous pu ne rien dire ?

Après avoir été longtemps chez Hydra Head, cet album sort chez Relapse. Est-ce que ça a changé quelque chose pour vous ?

JR : Oui, je crois. Le temps que nous avons passé chez Hydra Head a été formidable et nous devons beaucoup à ce label. Mais sur la fin, il ne fonctionnait plus très bien, ce n’était plus une force vraiment active. Et puis ils ont décidé de fermer leurs magasins, pour cette raison je suppose, et sans doute pour d’autres. Nous avons donc pensé à Relapse. Ils avaient entendu dire qu’Hydra Head avait fermé, et l’une des personnes qui travaillaient pour Hydra Head était désormais chez Relapse. Ils nous ont contactés parce qu’ils voulaient travailler avec nous, et à la fin, nous avons accepté, et ça nous va très bien. Relapse, c’est quasiment le cousin heavy metal d’Hydra Head, et nous les connaissions déjà, nous avions travaillé avec eux par le passé. Donc ça collait bien. Maintenant, concernant leur manière de gérer la sortie de l’album et tout, clairement, ils sont au point et savent ce qu’ils font. Ça a été super pour le moment de travailler avec eux, ils semblent vraiment s’intéresser au groupe, donc c’est une relation très plaisante.

Vous avez quelques tournées de prévues : qu’est-ce que ça fait, après cette longue pause ? Est-ce que vous pensez continuer avec ce nouveau line-up et continuer à composer ensemble ?

Stephen : Oui, nous avons quelques tournées de prévues, aux États-Unis pendant l’été, et puis nous reviendrons en Europe pour la première fois depuis un moment cet automne. Nous sommes super contents. Toutes ces chansons ont été conçues pour être jouées en live et nous sommes prêts à jouer n’importe lesquelles, toutes, même. En ce qui concerne de nouvelles chansons : c’est une époque très enthousiasmante pour Cave In. C’est marrant de se demander à quoi ça pourrait ressembler à l’avenir. Globalement, ma position pour le moment est de savourer tout le travail que nous avons investi dans l’album et sa sortie ; les clips, chaque petit détail, nous nous y sommes investis à cent pour cent, nous ne voulions aucun à-peu-près. Maintenant qu’il est sorti, nous allons lever le pied et profiter de la vie qu’il a en dehors de notre petit cercle, ce qui est vraiment chouette. C’est sur quoi je me concentre en ce moment : profiter de l’instant pour ce qu’il est.

Interview réalisée par téléphone le 27 mai 2022 par Chloé Perrin.
Retranscription : Antoine Moulin.
Traduction : Chloé Perrin.
Photos : Jay Zucco.

Facebook officiel de Cave In : www.facebook.com/CaveIn.Official

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