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Interview   

Novelists FR : sa vie, ses envies


Faire un groupe de metal, « c’est une entreprise dans laquelle tu te lances en sachant qu’elle est vouée à l’échec », nous explique Nicolas Delestrade, bassiste de Novelists, et c’est pour ça que seuls « les gens qui sont vraiment passionnés » restent. Et certainement que les membres actuels de Novelists sont de ceux-là. Car ni la défection d’un membre, ni l’avocat menaçant d’un autre groupe baptisé The Novelists, ni la réception mi-figue mi-raisin d’un album conceptuel intervenu trop tôt dans leur carrière n’ont eu raison de leur motivation. Au contraire, leur persévérance leur a valu de très bonnes surprises, comme cette tournée chinoise couronnée de succès dont Nicolas nous fait le récit.

Dans l’entretien qui suit, le musicien nous parle également de leur nouvel album, intitulé C’est La Vie, revenant à un recueil de chansons, plus « traditionnel » dans l’approche, quand bien même Novelists poursuit son évolution progressive. Un album marqué par une pochette toute personnelle, fruit des membres du groupe qui ont troqué leur casquette de musicien pour celle d’apprenti peintre. Nicolas Delestrade nous raconte tout ceci, quitte à faire un détour par… PNL.

« Le fait que ce soit aussi dur niveau business et que ça ne soit pas fait pour marcher, ça fait une espèce d’écrémage. C’est ce qui permet de virer un peu tous les gens qui ne sont pas vraiment passionnés par ça, qui arrivent et qui ont juste envie de faire un groupe mais un petit peu. »

Radio Metal : Désormais, le nom du groupe, Novelists, apparaît avec les lettres « FR » à la suite. C’est le nouveau nom du groupe ou c’est une simple précision pour dire que vous êtes français ?

Nicolas Delestrade (bass) : En fait, il y a l’avocat d’un groupe américain qui nous a contactés il y a six mois. Ça s’est bien terminé, mais il menaçait de nous poursuivre nous et notre label américain, Sharptone, en justice, pour des dommages et intérêts, parce que les mecs s’appellent The Novelists depuis quinze ans, qu’ils utilisent commercialement le nom depuis quinze ans, et du coup, l’avocat de Sharptone nous a dit directement qu’il fallait que nous trouvions une solution, parce que ça pourrait coûter beaucoup d’argent. Du coup, j’ai discuté avec le mec, et nous avons trouvé un compromis : nous rajoutons juste le FR. Personne ne le prononcera, mais au moins, ça sera là, sur les réseaux sociaux, etc., pour faire la différence.

Du coup, légalement, sur vos pochettes d’album il sera marqué Novelists FR… Ça ne vous dérange pas ?

C’est un peu chiant, ce n’est pas super joli, ce n’est pas le plus agréable du monde, mais ça aurait pu être pire. Ça ne nous changera pas la vie, ça ne change pas grand-chose au groupe. La transition sur Spotify, sur les réseaux sociaux, etc. s’est faite assez bien. Du coup, ça aurait pu être bien pire. Nous avons eu très peur quand l’histoire est tombée, et ça ne s’est pas trop mal passé au final.

Avez-vous envisagé de carrément changer de nom ?

Nous l’avons envisagé pendant trois secondes… Et nous nous sommes dit : « Non, ça fait sept ans qu’on est là-dessus, on n’aura jamais la foi de recommencer à zéro. » C’est trop de travail. Et surtout, ça serait dommage. C’est une identité que nous avons créée depuis un moment, et nous trouvions ça vraiment dommage de changer de nom. Je ne pense pas que tu repartes à zéro, quand tu fais ça, tu récupères des fans, mais ça met la confusion dans la tête de tout le monde, et je trouve ça un peu risqué. Nous n’avions vraiment pas envie de tenter.

L’album précédent, Noir, était un album assez particulier. Vous avez dit que vos labels vous avaient conseillé de ne pas faire ce genre d’album tout de suite, que c’était un peu tôt dans une carrière. Apparemment, il y a quand même des fans qui malgré tout ne vous ont pas suivis sur cet album-là. Quel bilan tires-tu de cette expérience ?

Le bilan principal que nous avons tiré… Déjà, je pense que nous étions à peu près conscients dans quoi nous nous engagions. Nous savions que ça allait être un peu risqué, et au final, sur le nouvel album, nous avons choisi nos singles différemment. Par exemple, nous avons décidé de faire en sorte que le nouvel album soit plutôt un recueil de morceaux et de singles assez forts plutôt que de refaire une sorte d’album-concept comme nous l’avions fait sur Noir, où, comme tu dis, certaines personnes ne nous ont pas suivis. Je pense que c’était peut-être un peu tôt, mais nous avons eu envie de le faire et de le sortir, nous nous sommes fait confiance. Certaines personnes ne nous ont pas suivis, mais d’autres ont adoré l’idée et adorent vraiment cet album. Nous en sommes contents. Ça n’a pas été un échec pour nous. Il n’y a pas de regrets. Il y a des choix que nous ferions différemment si nous le sortions aujourd’hui, comme le choix des singles, l’organisation des clips qui ne s’est pas super bien passée, du coup nous n’avons pas pu sortir les bons clips au bon moment… Il y a quelques choix d’organisation que nous ferions différemment, mais l’album en lui-même, je ne pense pas que nous l’écririons différemment si nous devions le sortir aujourd’hui.

Dirais-tu que Noir a laissé une trace sur C’est La Vie, l’album que vous sortez maintenant ?

Ouais, carrément ! Quand Flo [Florestan Durand] ou Ama [Amael Durand] écrivent un morceau, ils ne pensent pas à : « Ouais, on va écrire tel truc », ça vient un peu naturellement. Du coup, je pense que Noir était une évolution assez naturelle. Le concept a borné un peu le truc, il a donné un cadre, mais au final, la musique était une évolution naturelle. Là, le troisième album, c’est la même chose, c’est une évolution normale, il n’y a pas de virage à quatre-vingt-dix degrés. Le seul truc, c’est que nous allons avoir des discussions à propos de vers quoi nous voulons nous diriger, et ça va peut-être un peu influencer l’état d’esprit d’Ama ou de Flo quand ils écrivent, mais globalement, quand ils se mettent derrière l’ordinateur pour écrire, il vient ce qui vient, et on ne peut pas tellement décider de : « Là, on va écrire un truc comme ça, là un truc comme ça. »

Cette fois-ci, ce n’est pas un album-concept mais un album plus traditionnel. Vu qu’il n’y avait pas la contrainte du concept, cet album n’était-il pas plus facile à faire ?

Non, pas du tout, au contraire ! Nous avons essayé de l’écrire très vite, surtout que nous habitons ensemble, nous avons un studio pour le groupe dans la maison, donc nous nous sommes dit : « OK, on va pouvoir l’écrire super vite et le sortir super vite ! » Résultat, il nous a pris plus de temps que les deux autres albums. Je pense que Flo a eu du mal écrire sur le début de l’album, sur la première année il a eu un petit blocage, ça a mis longtemps à se débloquer. Nous avons essayé de pousser tout un peu plus loin. Du coup, oui, l’album-concept, c’est dur à respecter, c’est difficile à faire, mais au final, là, même si nous sommes sur un recueil de morceaux un peu plus traditionnel, comme tu dis, nous avons essayé de pousser tout ce que nous savons faire au maximum, de bosser beaucoup plus les lignes de voix au mot près, à la syllabe près. Tout a été poussé plus. Donc, en fait, entre les deux albums, il y aura eu vingt-huit mois, alors que sur les deux albums d’avant, il y avait vingt mois d’écart. Nous avons mis beaucoup plus de temps, alors que nous avons un set-up beaucoup plus simple. Ça aurait pu être beaucoup plus rapide. Donc oui, nous nous sommes fait chier sur cet album, donc j’espère que le résultat plaira.

« Nous peignions nos tableaux, ils ne voulaient rien dire, c’était complètement abstrait, c’est ce qui nous venait en tête à ce moment-là. Nous nous disions, quitte à avoir un artwork qui ne va rien vraiment vouloir dire de concret, autant que ce soit fait par nous, autant qu’il y ait ce côté DIY que les fans aiment bien dans notre groupe. »

L’album s’appelle C’est La Vie, qui est une phrase que l’on utilise pour parler du côté un peu imprévisible, un peu sans pitié de la vie. Il y a de la désillusion, même un peu de flegme. Quelle est la source de ce titre ?

Je pense que c’est un peu une réaction à Noir, aux gens qui n’ont pas trop aimé cet album. Encore une fois, ça n’a pas été un échec, mais il y a des gens qui ne nous ont pas suivis. Un truc qui est sûr, c’est qu’il n’a pas eu le succès que nous espérions, et je pense que le titre de l’album est un peu une réaction à cet album-là. Pour moi, c’est un titre qui a un peu deux facettes. Tu peux le voir positivement, genre : « C’est la vie, c’est comme ça, c’est pas grave. » Ou alors, comme tu dis, c’est le côté un peu désillusion, triste, genre : « C’est la vie, on est obligé de l’accepter, et on ne peut rien y faire. » C’est la réaction d’un groupe mid-level qui sort un album, qui globalement travaille beaucoup, comme nous le faisons. Parfois, tu n’as pas la réaction attendue, et parfois, être dans ce groupe, ça va être un peu dur pour tout le monde. Je le vois comme ça. Je ne sais pas si tout le monde te donnerait cette réponse, mais je le vois vraiment comme une réponse à la réception de Noir, ou à ce que nous avons vécu avec le groupe depuis le début.

La musique procure beaucoup de rêves quand on se lance dedans, mais quand on commence à avoir de la bouteille, à terme, on finit par voir la musique comme n’importe quel autre milieu professionnel, et on finit peut-être par avoir cette espèce de désillusion. J’imagine que c’est aussi ce que tu as ressenti : la musique, c’est comme le reste, des fois ça va, des fois ça va pas…

En fait, je vois ça encore pire que le reste. Pour moi, c’est une entreprise dans laquelle tu te lances en sachant qu’elle est vouée à l’échec. Enfin, ce n’est pas une fatalité, mais la plus grande chance est que ton entreprise ne va pas marcher. C’est comme si aujourd’hui je lançais une supérette ou un petit resto et que je me disais, a priori ça ne va pas marcher. Je vois vraiment ça comme ça aujourd’hui, mais c’est ça qui fait que c’est si particulier : du coup, le fait que ce soit aussi dur niveau business et que ça ne soit pas fait pour marcher, ça fait une espèce d’écrémage. C’est ce qui permet de virer un peu tous les gens qui ne sont pas vraiment passionnés par ça, qui arrivent et qui ont juste envie de faire un groupe mais un petit peu. Ça écrème tous ces gens-là et ça garde tous les gens qui sont vraiment passionnés. Ce n’est pas plus mal.

Si on parle actuellement en termes de temps ou d’argent, quand on se lance dans la musique, quand bien même on arriverait à en vivre, on sait qu’on a peu de chances de récupérer ce temps et cet argent. La satisfaction, il faut la trouver ailleurs…

Oui, c’est le cas pour la plupart des gens. C’est le cas pour nous aujourd’hui : tu arrives sur un équilibre où ce que tu investis, tu le récupères sur le moment, mais tu ne l’as pas récupéré pendant des années, du coup tu es sur une balance négative. Après, le but, c’est d’arriver à un niveau où tu récupères tout l’investissement que tu as mis pendant dix, ça marche suffisamment, tu as un back catalog qui paye suffisamment, tu as beaucoup de gens à tes concerts, et du coup, tu finis par peut-être avoir besoin de moins investir personnellement pour récupérer un bon résultat.

Tu évoquais tout à l’heure la dualité du titre, C’est La Vie. Cette dualité, on la voit beaucoup dans la pochette, car elle est presque scindée en deux avec les couleurs.

Alors, ce n’est pas du tout lié au titre. L’histoire de la pochette est un peu marrante. Ça fait un moment que nous faisons ça, moi j’avais aussi un groupe avant, ça fait dix ans que nous engageons des designers… En fait, avant, nous avions un designer dans le groupe, c’était Charly [T. Kelevra], notre deuxième guitariste. Il bossait beaucoup pour le groupe. Globalement, nous ne nous sommes jamais sentis très connectés avec nos artworks parce que c’était toujours un truc un peu random, qui n’avait pas un rapport énorme avec le titre ou avec la musique. Je ne sais pas, nous ne nous sommes jamais sentis connectés avec ce côté où tu engages un mec, même si c’est Charly du groupe, tu as un designer qui va te faire un artwork, et peut-être que lui se sentait très connecté, mais nous, nous ne sentions pas un truc fort. Du coup, maintenant il n’est plus dans le groupe, alors nous nous sommes dit : « Ok, du coup, on fait quoi ? On engage un mec encore plus random parce qu’il ne sera pas du tout dans le groupe et qui va nous faire un artwork avec lequel nous n’aurons absolument aucun feeling ? » Moi, ça me faisait un peu chier de faire ça. Du coup, j’ai proposé aux gars d’essayer de faire un truc DIY. Au début, l’idée était plutôt d’aller se balader et d’essayer de prendre une belle photo en rapport avec le titre, avec des paroles de certains morceaux, etc. Nous avons réfléchi à ça pendant un moment et, au final, nous avons trouvé marrante l’idée d’aller dans je ne sais plus quel magasin et d’acheter une vingtaine de tableaux vierges, des pots de peinture. Nous avons transformé notre salon en atelier d’artiste pendant deux jours [petits rires]. Aucun de nous n’a vraiment de background en peinture ou quoi que ce soit. Nous voulions juste nous amuser. Nous peignions nos tableaux, ils ne voulaient rien dire, c’était complètement abstrait, c’est ce qui nous venait en tête à ce moment-là. Nous nous disions, quitte à avoir un artwork qui ne va rien vraiment vouloir dire de concret, autant que ce soit fait par nous, autant qu’il y ait ce côté DIY que les fans aiment bien dans notre groupe. Du coup, nous avons peint une petite vingtaine de tableaux, et nous avons fini par choisir celui-là. L’idée de ce tableau, ce n’est pas du tout ce qu’il y a de peint, c’est plutôt comment il a été peint.

« Le jour où les Chinois ont Spotify, je pense que tous les groupes globalement gagnent deux fois plus d’argent avec le digital, du jour au lendemain. La quantité de personnes qu’il y a, ça représente beaucoup plus que le Nord économique qui représente notre chèque de royalties actuellement. »

Vous avez dû bien vous marrer, car on imagine cette bande de gars qui ne sait pas peindre, en train de jouer les artistes contemporains…

Exactement ! C’était trop cool. Car du coup nous faisions des croûtes, c’était trop moche, donc nous redémarrions par-dessus, nous essayions… Nous n’avions aucune idée de ce que nous faisions en fait ! Nous découvrions, c’était marrant… Et c’était ça un peu le but du truc : ça ne signifie rien, c’est de l’abstrait, mais le moment qui a mené à cette peinture était cool et il représente ce qu’est notre groupe, c’est-à-dire quatre potes en train de faire des tableaux et rigoler comme des abrutis parce que nous faisons n’importe quoi.

Du coup, qu’avez-vous fait des autres tableaux ?

Les autres tableaux sont dans le livret. Enfin, pas tous, parce qu’il y en avait quelques-uns qui étaient vraiment des croûtes, du coup nous avons décidé de ne pas les mettre. Mais je crois qu’il y a au moins les deux tiers – douze ou treize – qui sont dans le livret. Et ça, pour le coup, c’est Charly, notre ancien guitariste, qui nous a aidés à faire le livret, la mise en page. Il a été vraiment top là-dessus. Il a choisi les titres qui l’inspiraient le plus avec les tableaux. Il a réussi à faire ça vraiment bien. Il y a des tableaux, tu as l’impression que ça a été peint en fonction du titre, alors que pas du tout. Nous avons tous vu le truc, nous avons trouvé ça cool. Chaque personne qui achète l’album en physique, ou je pense même qu’en digital tu dois avoir un booklet en PDF, peut voir la plupart des autres tableaux que nous avons faits.

Ça aurait été drôle de faire une vente aux enchères avec ces tableaux et voir des gens s’extasier sur le concept des peintures, etc.

Grave ! Je suis sûr, c’est tellement ça. Le tableau que nous avons choisi en artwork, celui-là c’est moi qui l’ai fait, et en vrai, je le trouve beau. C’est le genre de truc, si ça avait été un artiste connu qui l’avait fait… De toute façon, tu sais comment ça se passe : ils peuvent chier sur une toile et la vendre à des millions. Après, je pourrais me faire insulter pour ce genre de discours, parce que tu as des mecs qui pourraient dire la même chose sur la musique. En tout cas, moi, c’est un truc qui ne me touche pas spécialement. Enfin, disons que pour moi, si c’est beau, c’est beau, ou alors si ça représente un truc qui va me toucher… Je ne sais pas si tu connais Le Cri d’Edvard Munch, ce tableau super connu où il y a une espèce de mec qui a une tête un peu d’alien qui crie avec le visage dans ses mains. Ce n’est pas très beau, mais typiquement, ce tableau a vraiment une émotion dedans. Ce n’est pas qu’il fait peur, mais il y a vraiment quelque chose qui se passe dedans. Du coup, pour moi, la peinture, c’est comme la musique : soit c’est joli, soit il y a de l’énergie. Le côté abstrait, un carré blanc dans un fond blanc, c’est un truc qui ne me parle pas. Mais si le moment qui a mené à faire ce carré blanc dans le fond blanc est intéressant, là du coup je comprends que ce soit intéressant. Après, dans notre cas, je trouve que les tableaux que nous avons faits, la plupart ont un intérêt visuel, ils sont jolis. Il y a pas mal de gens qui se sont foutus de notre gueule, genre : « Vous n’allez faire que des croûtes, ça va être horrible, etc. » Au final, nous sommes assez satisfaits de ce que nous avons fait.

C’est ce qui est beau avec l’art : tu peux aussi en faire même si tu ne sais pas en faire, y compris dans la musique. Tu écoutes certains albums de punk, ce n’est pas super bien joué mais il y a une énergie de dingue.

Exactement. J’ai trouvé ça cool de pouvoir me foutre avec un pinceau, de ne rien connaître et arriver à faire des trucs où, quand je les ai mis dans ma chambre, quand je les ai affichés, je me suis dit : « Je trouve ça joli, ça ajoute un truc. » Comme tu dis, tu peux connaître ton domaine et faire des trucs top, ou tu peux ne rien y connaître et arriver à faire une œuvre dont tu es quand même content. Dans la musique, je pense que c’est un petit peu plus compliqué, mais je suis sûr que tu as des mecs… Comme tu dis, dans le punk hardcore, tu as des mecs qui ne savent pas jouer a priori.

Sur un autre sujet, vous avez fait il y a quelque temps une tournée en Asie, et apparemment, vous en avez un souvenir exceptionnel. Peux-tu nous parler de cette expérience ?

Oui, ça a amené un truc énorme pour le groupe. Nous étions dans un moment pas ultra-facile, nous n’étions pas dans la meilleure période pour Novelists, et nous sommes arrivés là-bas, nous avions l’impression d’être des rock-stars. Si tu veux, j’ai booké cette tournée en Chine parce qu’à la base, nous avions quatre jours au Japon. Je me suis dit : « On est au Japon, on paye nos billets d’avion pour être là-bas. Est-ce que ça ne vaudrait pas le coup de passer par la Chine, parce que de toute manière on est dans le coin ? » Je n’avais aucun intérêt pour aller en Chine. Pour moi, il allait y avoir cinquante personnes aux concerts, ça allait être nul, nous étions de toute manière mal payés… Le contrat que j’avais dealé était mal payé, nous nous sommes fait avoir comme pas possible, parce que nous étions persuadés de ne rameuter personne. Nous arrivons hyper en retard au premier concert à Pékin, vers sept heures, sept heures et demie, pour le line check. Et là, quand nous traversons la foule, parce que nous venions d’arriver, nous nous rendons compte qu’il y a quand même un peu de monde. En fait, c’était blindé tous les soirs ! Surtout, ce qui est génial, c’est quand tu ne t’y attends pas, quand tu t’attends vraiment à ce qu’il n’y ait personne et tu montes sur scène… Nous avons des salles à Shanghai, c’était blindé de chez blindé ! C’est trop cool. C’est un régime totalitaire, tu n’as aucune statistique, tu ne peux pas aller sur Spotify et voir qu’il y a des Chinois qui nous écoutent, donc nous sommes arrivés vraiment sans savoir ce qui nous attendait, et maintenant, pour moi, c’est devenu un des marchés les plus intéressants. Je veux absolument y retourner. Pour nous, c’était fou.

« Le fait d’être clivant fait que tout le monde va parler de toi, que tu vas faire débat, que même deux mecs qui ne t’aiment pas vont discuter de toi. Du coup, je comprends qu’il y ait des artistes qui disent : ‘Ok, on va marqueter tout sur le fait de faire un truc qui ne va pas plaire à tout le monde.' »

En fait, quand je suis rentré, j’ai dit ça à un de mes potes ou à ma famille, je ne sais plus, et la personne m’a dit : « Tu t’attendais à quoi ? Il y a un milliard cinq de Chinois ! Même si tu es inconnu là-bas, même si tu ramènes une infime minorité de gens, c’est une infime minorité sur un milliard cinq ! » Ça représente énormément de gens. C’est un marché où je me dis que si nous arrivons à faire durer le groupe jusqu’à ce que la dictature tombe, jusqu’à ce que ces gens aient tous un compte Spotify, franchement, je m’achète une Lamborghini ! Le jour où les Chinois ont Spotify, je pense que tous les groupes globalement gagnent deux fois plus d’argent avec le digital, du jour au lendemain. La quantité de personnes qu’il y a, ça représente beaucoup plus que le Nord économique qui représente notre chèque de royalties actuellement. Nous, de toute manière, aujourd’hui, c’est un marché, nous allons continuer à tourner là-bas, mais le jour où ça s’ouvre et où ça devient un marché qui paye et est économiquement viable comme les Etats-Unis et l’Europe, ça va être super cool financièrement pour tous les groupes de metal. Surtout les groupes de metal technique, parce qu’ils ont l’air de kiffer ça là-bas. Pour nous c’est génial. Mais même sans parler argent, juste tourner là-bas, avoir trois cents personnes qui sont dingues… Ils étaient vraiment au taquet ! Nous faisions cent cinquante photos par soir, c’était limite l’usine : les mecs sont en file indienne pour le merch et ensuite ils refont une fille indienne pour les photos. C’est vraiment hyper dépaysant.

Vous évoquez PNL comme artiste non metal que vous appréciez beaucoup. Peux-tu nous en dire plus ?

Alors, quand tu dis « vous », ça ne représente pas forcément tout le groupe. Matt [Gelsomino] et moi sommes fans de PNL. Moi, c’est surtout le premier et deuxième album. J’écoute moins depuis un an ou deux. FLorestan te dirait qu’il déteste tout ce que représente ce groupe [petits rires], et je crois qu’Amael s’en branle un petit peu, je ne suis pas sûr qu’il ait un avis ; il aime bien deux chansons [petits rires]. Mais oui, Matt et moi, nous aimons vraiment bien PNL. Matt, c’est assez logique, en fait, parce qu’il écoute pas mal de hip-hop, donc c’est assez cohérent. Moi, je ne comprends même pas pourquoi j’aime PNL. J’ai été présenté à ce truc-là, j’ai commencé à écouter, et j’ai accroché à fond. Je suis conscient que le discours est un peu un discours de teubé dealer de shit et tout, mais… Je ne sais pas pourquoi ça parle. Vu que je produis de la musique, je pense que le côté instru et production me parle énormément. Par exemple, même si les paroles ne sont pas mon délire, les voix sont ultra-bien produites et je ne sais pas qui est derrière ça, mais c’est très bien fait. Je pense que c’est ça qui me parle beaucoup. Les paroles, j’arrive à passer outre, comme quand tu passes outre le scream quand tu découvres le metal au début ; en tout cas, moi, c’était mon cas, j’écoutais pour la musique, je n’aimais pas le scream, et je m’y suis fait au bout d’un moment. J’adore le reste, du coup, les paroles ne me chagrinent pas tant que ça.

PNL est quand même un groupe hyper clivant : pour certains, ce n’est rien de plus qu’une blague, pour d’autres c’est un truc hyper irritant, et pour d’autres encore c’est génial. Est-ce que tu penses que la marque des gros artistes, c’est justement de provoquer des réactions extrêmes ?

Oui, bien sûr ! Dès le moment où tu es clivant, tout le monde va en parler. C’est cliché mais il y a des mecs qui te disent : « Bonne pub ou mauvaise pu, ça n’a pas d’importance, tant que les gens parlent de ta marque. » Typiquement, dans la musique, il n’y a que ça qui compte. Un groupe comme Bring Me The Horizon, à chaque album, ils vont avoir la moitié des gens qui leur chient dessus, mais c’est le plus gros groupe de la scène actuellement. Enfin, ils ne sont même plus dans la scène. Mais comme tu dis, le fait d’être clivant fait que tout le monde va parler de toi, que tu vas faire débat, que même deux mecs qui ne t’aiment pas vont discuter de toi. Du coup, je comprends qu’il y ait des artistes qui disent : « Ok, on va marqueter tout sur le fait de faire un truc qui ne va pas plaire à tout le monde. » Et quand BMTH fait un truc ultra-électro, ça fait parler… Je prends cet exemple parce que pour moi, il représente vraiment ça dans la scène un petit peu metal.

Donc pour réussir, il ne faut pas faire de demi-mesure, il faut toujours aller le plus loin possible…

En fait, le truc, si tu fais juste un truc beau, qui suit son cours, qui est tranquille, etc. c’est bien, il y a des gens qui s’intéressent à l’art pour le beau, mais pour la plupart des gens, ce qui va être intéressant, ça sera la discussion qu’il y a autour. Typiquement, la peinture, si ça avait juste été des trucs jolis pendant des années et des siècles, au bout d’un moment tout le monde se serait fait chier et ça n’intéresserait plus grand monde d’aller regarder des jolies peintures. Ce qui va intéresser, c’est justement le mec qui va dire quelque chose avec sa peinture, qui va faire un truc tellement simple ou simplement différent que, juste en regardant la peinture, ça va exprimer qu’il en a marre du truc standard. Je pense que dans la musique, c’est la même chose, c’est intéressant d’avoir des trucs qui changent, qui font évoluer, qui révolutionnent un peu tout le truc, que ce soit en bien ou en mal.

Interview réalisée par téléphone le 17 décembre 2019 par Philippe Sliwa.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt & Robin Collas.
Photos : Marianne Harris.

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