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Interview   

Nuclear Power Trio : une alliance pour les gouverner tous…


Et si leur véritable talent n’était pas la politique mais la musique ? Donald Trump, Vladimir Poutine et Kim Jong-Un, avouez qu’en matière de « super groupe » on fait difficilement mieux… ou pire. A Clear And Present Rager, premier EP de ces trois dirigeants qu’on adore détester, propose une musique instrumentale on ne peut plus décomplexée : plus flashy que la moumoute de Trump, plus explosif que l’arsenal de Jong-Un et plus extravagant que le palais de Poutine. La virtuosité se conjugue au sens de l’accroche, tandis que le metal fusionne avec le funk et le flamenco. Il y a tout ce qu’il faut pour donner naissance à une immonde créature de Frankenstein. Et pourtant, il n’en est rien. Nuclear Power Trio est aussi classieux qu’il est jouissif.

Nuclear Power Trio ne fait pas les choses à moitié, comme nous l’explique ci-après Donald Trump, Donny pour les intimes. Un entretien qui, certes, démystifie (en partie) le projet – sans enlever de son attrait, c’est le principal – mais s’avère passionnant.

« Honnêtement, j’adorerais si les gens dansaient sur cette musique. Je voulais faire en sorte que les metalleux puissent apprécier mais j’adorerais si mes parents pouvaient écouter et vraiment apprécier aussi. »

Radio Metal : L’alchimie entre vous trois est une évidence : comment l’expliques-tu ?

Donny (guitare) : Premièrement, c’est un profond respect. J’ai toujours voulu jouer avec mes amis. C’était le plus excitant pour moi : j’ai l’occasion de jouer avec mes amis, pour qui j’ai énormément de respect, et en plus de ça, je peux jouer de la musique qui est très différente de ce que je fais normalement. Je peux aussi un peu déployer mes ailes sur la guitare classique et sur la guitare électrique, je peux me détendre un peu, jouer et m’amuser davantage.

Quelles sont vos complémentarités ?

L’une des choses que j’admire le plus quand je travaille avec Vlad, c’est à quel point il s’intéresse aux détails. C’est dingue comme il est méticuleux et créatif, en dehors d’être un extraordinaire bassiste. Quand il fait quelque chose, il le fait à cent cinquante pour cent, et ce qui fait en partie que nous travaillons aussi bien, c’est le fait que nous nous équilibrons. Il a cette vision créative démentielle, il passera littéralement des heures sur quelque chose que, selon moi, personne ne remarquera, et moi je l’équilibre en le ramenant vers ce qu’une personne lambda percevra. Il sera super pointilleux avec le moindre détail, tandis que moi, je serai là : « Mec, personne ne va voir ça, ça dure littéralement deux secondes ! » Donc je le freine un peu là-dessus. Il passera littéralement deux cent cinquante heures sur un extrait vidéo de dix secondes, parce qu’il veut que l’emblème russe apparaisse sur une vidéo playthrough officielle de basse en Russie ou quelque chose comme ça. C’est vraiment incroyable qu’il en arrive à faire ça mais, à la fois, la réalité du spectateur lambda est que personne ne le verra. C’est en partie de ce qui rend notre relation si bonne : il est très méticuleux et moi j’atténue un peu cet aspect de sa personnalité pour le ramener à la réalité.

Kimmy, de son côté, est un extraordinaire batteur. Une chose que j’adore au sujet de Kimmy – je pourrais dire la même chose au sujet de Vlad à certains égards et c’est par ailleurs rare que je dise ça d’un batteur – c’est le fait que, quand j’écoute un enregistrement, je peux toujours deviner que c’est Kimmy qui joue. Il a un certain son et un certain style. Je pense que c’est lié à la force avec laquelle il frappe sa batterie, mais je sais toujours quand c’est Kimmy qui joue. Il est inestimable pour le groupe à cet égard aussi, car il apporte un véritable son signature.

Vlad se lâche vraiment dans cet EP, il est intenable, en offrant presque vingt minutes de virtuosité funk, jazz et metal à la basse. As-tu là aussi parfois essayé de le refréner un peu ou bien, au contraire, l’as-tu encouragé ?

Je l’ai encouragé. Nous sommes un trio, de la meilleure manière possible. Chacun a son truc et je les respecte tous deux tellement que je ne… Si quelqu’un me demande mon avis, je le lui donne, mais je ne veux vraiment pas m’immiscer dans les parties qu’ils jouent. J’ai écrit tous les morceaux et j’ai programmé la batterie et ainsi de suite, et j’ai envoyé ça aux gars. Kimmy a écouté la batterie et a complètement refait ses propres parties. Vlad, lui, improvise en studio. Il ne compose pas tellement en avance. Son processus créatif a lieu en studio. Il passe beaucoup de temps avec le producteur et il détermine comme ça ses parties, ce qui, je pense, est une entrave pour lui, car c’est super difficile ! Il te dira que c’est le truc le plus difficile et compliqué qu’il ait jamais fait ; moi, je trouve ça super. Je suis très content de ne pas jouer comme un malade pour une fois [rires]. Il peut jouer comme un malade tandis que moi je suis content d’avoir juste mes solos expressionnistes. Je me soucie plus de la réalisation du morceau sous-jacent et chacun peut y mettre sa patte, et c’est ce qui fait que c’est ce que c’est.

« Quand je vois à quel point Vlad est applaudi pour cet album, ce qui est à cent pour cent mérité, et que de l’autre côté mes contributions ne sont pas aussi hautement reconnues, ça me fait bizarre et ça me blesse un petit peu, mais nous sommes dans la même équipe. »

C’est un équilibre intéressant que vous avez là, car là où Vlad et Kimmy jouent comme des fous, toi tu apportes énormément de mélodies accrocheuses voire chantantes qui compensent l’absence d’un chanteur : vois-tu celles-ci comme des points d’ancrage empêchant l’auditeur de se perdre au milieu de ce maelström musical ou comme des moments de friandise pour le récompenser, et faire que ce ne soit pas qu’un plaisir de musiciens ?

Absolument. Je pense que c’est très difficile de rendre la musique instrumentale attrayante pour des auditeurs lambda parce qu’ils gravitent la plupart du temps autour du chanteur. Je n’ai pas souvent fait de musique purement instrumentale en groupe, donc l’un des plus grands défis, c’est d’écrire des refrains avec des mélodies accrocheuses tout en les variant subtilement, de façon à les rendre différents à chaque fois et à conserver une certaine fraîcheur à chaque fois que ça revient. C’est l’une des choses les plus difficiles et s’il y avait un regret par apport à cet EP, ce serait que j’aurais pu faire mieux de ce point de vue. Comme c’est nouveau, je ne pourrais que m’améliorer. D’ailleurs, je vais voir mon pote Angel Vivaldi vendredi pour m’emparer de son cerveau pour ce genre de chose. Dans sa carrière instrumentale, quand il fait revenir un thème, il doit le varier de façon à ce qu’il soit familier pour l’auditeur mais aussi super intéressant afin de maintenir son attention. Je suis excité à l’idée de saisir son approche afin de la mettre à profit sur nos nouveaux morceaux ! Mais oui, c’est super important [que ça ne soit pas qu’un plaisir de musicien]. Je veux que cette musique soit pour tout le monde. Honnêtement, j’adorerais si les gens dansaient sur cette musique. Je voulais faire en sorte que les metalleux puissent apprécier – nous sommes sur un label metal, nous sommes tous dans des groupes de metal – mais j’adorerais si mes parents pouvaient écouter et vraiment apprécier aussi. C’est un exutoire pour exprimer d’autres types de musique que j’aime beaucoup.

Tu as donc apporté la base des morceaux, vous n’avez pas vraiment jammé ensemble, c’est ça ?

Oui. J’ai demandé à Vlad comment il faisait habituellement : il improvise, or je suis beaucoup trop névrosé pour fonctionner comme ça [petits rires]. Enfin, je peux improviser mais le résultat n’est jamais ce que je fais de mieux ; ce n’est pas ma plus grande force. Je me suis donc posé pour composer, j’ai apporté les morceaux complets et ensuite Kimmy a eu des idées vraiment géniales, il disait : « Je ne vais pas jouer comme ça. J’ai une meilleure idée » et ensuite il changeait complètement et il avait raison. Puis, Vlad, je ne sais jamais ce qu’il va faire [rires]. Je ne sais jamais comment le morceau va sonner au final ! J’enregistre toutes mes parties et ensuite Vlad arrive, et j’écoute le résultat plus tard. Je suis là : « Oh, wow. » C’est toujours une surprise car c’est un véritable génie. J’ai énormément de chance car j’ai l’impression de jouer avec deux des meilleurs bassistes de la scène metal. Ils comprennent complètement le rôle de la basse. Plein de bassistes dans le metal ont presque tendance à être des guitaristes ratés ou alors ce sont des guitaristes mais le groupe a besoin d’un bassiste, alors ils se mettent à la basse et en jouent comme s’ils jouaient de la guitare. Les vrais bassistes n’ont pas la reconnaissance qu’ils méritent. J’ai la chance de jouer avec des bassistes qui savent quel est le rôle de leur instrument. C’est un instrument rythmique et ils comprennent comment écrire des parties qui complètent la musique. Dans le metal, on n’a pas souvent le luxe de faire ça mais dans le R&B, par exemple, la partie de guitare et la partie de basse sont souvent comme le jour et la nuit, ce sont deux mondes différents. C’est exactement ce qui se passe dans Nuclear Power Trio. Ce que je joue à la guitare n’est pas joué à la basse. Il peut citer ce que je fais ou jouer des contre-mélodies avec moi mais il ne joue pas ce que je joue et j’adore ça parce que les éléments s’additionnent. Ce n’est pas pour rien que tout le monde est gaga en entendant la basse sur cet album, c’est parce que les parties de basse sont évidemment techniquement impressionnantes mais elles sont aussi incroyablement intelligemment écrites.

Y a-t-il une saine compétition entre vous parfois ? Vous nourrissez-vous de votre virtuosité ou musicalité respective ?

Peut-être un peu après coup… Mais non. Je ne suis pas un compétiteur. Je suis très compétiteur avec moi-même mais je ne le suis pas vraiment avec les autres. Je ne me repose pas là-dessus. Je suis beaucoup trop sensible… Par exemple, quand je lis une critique négative, je suis anéanti [rires]. Je ne lis pas les chroniques ou les commentaires parce que je n’arrive pas à gérer. Il n’y a pas de compétition. Enfin, quand je vois à quel point Vlad est applaudi pour cet album, ce qui est à cent pour cent mérité, et que de l’autre côté mes contributions ne sont pas aussi hautement reconnues, ça me fait bizarre et ça me blesse un petit peu, mais nous sommes dans la même équipe. Je ne fais pas la compétition avec Vlad, mais je me dis : « Peut-être que je devrais essayer de rehausser mon jeu sur le plan technique pour le prochain album. » C’est plus intérieur. A la fois, l’auditeur lambda n’a pas envie de nous entendre jouer un million de notes à la minute, et les guitaristes qui jouent de manière technique n’impressionnent plus beaucoup. En 2021, ça a déjà été tellement fait, peut-être que ce qui est plus impressionnant, c’est simplement d’écrire de bons morceaux, et peut-être que c’est une autre raison pour laquelle la basse est si extraordinaire, car on a un bassiste lead, ce qui n’est pas très courant.

« Les guitaristes qui jouent de manière technique n’impressionnent plus beaucoup. En 2021, ça a déjà été tellement fait, peut-être que ce qui est plus impressionnant, c’est simplement d’écrire de bons morceaux »

Vous proposez une musique instrumentale qui est assez inclassable, un pot-pourri de toutes vos influences : metal, jazz, funk, flamenco, classique, etc. Tu as déjà utilisé tes compétences en guitare classique et flamenco par le passé, mais pas au niveau que tu le fais dans Nuclear Power Trio. Etait-ce une occasion pour vous d’explorer toute l’étendue de votre éducation musicale ?

A cent pour cent. Je suis tellement fier de ce groupe parce que c’est tout ce que… Nuclear Power Trio est une représentation plus exacte de qui je suis en tant que musicien. Je peux faire tout ce que j’ai envie de faire et que je ne peux pas forcément faire ailleurs, comme du funk, car j’adore ça ! Ça m’offre l’occasion de tout mélanger. Toutes les progressions d’accord sous-jacentes viennent du jazz, car j’adore le jazz, et faire ceci, ça crée un côté fusion. C’est mon expression ultime ; je déploie mes ailes. Et ces éléments latins, ces formes dansantes, ce sont un peu la base de ce que nous faisons, ça apparaît généralement dès le début. Le fait que je peux jouer une ballade dans ce groupe, ça aussi ça change un peu [petits rires]. Le mélange des éléments doit se faire sans accroc mais ça se fait un peu tout seul. C’est l’amour de la musique ! Nous sommes des musiciens de metal mais nous aimons plein d’autres types de musique. Peut-être que le plaisir à explorer ces autres genres musicaux vient aussi en partie de mon désir d’être désinhibé avec ce que je joue. Le metal peut être très restrictif. J’ai envie de jouer autre chose, peut-être comme une forme de libération émotionnelle vis-à-vis de la frustration. Je pense que c’est très lié dans certaines des compositions. Enfin, j’adore le death metal mais à certains moments je n’ai pas envie qu’on me crie au visage [rires]. Je pense que plein de musiciens metal disent la même chose : quand ils sont en tournée, très peu d’entre eux écoutent du metal quand ils montent dans le bus. C’est super, c’est un style de vie, on adore la musique, mais en tant que musiciens, on aime aussi plein d’autres types de musique.

Il y a un beau travail de production, tout est très clair, chaque instrument est parfaitement audible et ne supplante pas les autres. L’équilibre, le fait de valoriser chacun des trois membres, était-ce l’un des défis ou, en tout cas, l’un des critères ?

Oui. Ce n’est pas pour rien que Dave Otero est devenu un grand nom dans le monde du metal pour la production. Il est incroyablement talentueux. Avoir un instrument acoustique qui bataille avec un groupe, c’est super exigeant et à ce stade, Dave a eu de nombreuses années de pratique. Au début, peut-être que par dépit il était là : « Oh bon sang, revoilà Donny avec sa putain de guitare classique ! » Alors que maintenant, ce n’est plus aussi dramatique pour lui. Je pense qu’il est même possible qu’il apprécie à certains égards. Déjà, nous avons fait énormément d’expérimentations que je n’ai jamais faites avant musicalement, et c’est un autre truc qui est magnifique concernant Dave Otero. Il traite chaque projet très différemment. Généralement, on a un son pour les guitares rythmiques et un son pour les guitares lead, et peut-être un son pour la guitare clean et ainsi de suite. Avec Nuclear Power Trio, il y avait différents sons pour chaque morceau ; c’est quelque chose que je n’avais jamais fait avant et c’était génial. Tandis que tous les morceaux étaient mixés et masterisés simultanément, les sons de guitare ont tous été choisis séparément. Je pense que ça insuffle un nouveau dynamisme et ça a aussi un peu aidé pour le mix, car t’es là : « Oh cette partie, c’est juste une guitare crunch et pas une distorsion à fond » ou « C’est juste un son clair un peu poussé dans cette section », en plus de l’arrangement de tous les instruments et le fait de faire en sorte que tout s’imbrique bien.

Ensuite, tu as la magie et la connaissance de Dave Otero qui sait quelle est la place de chaque élément dans le spectre… C’est là aussi un truc génial quand on travaille avec Vlad et Kimmy : ils connaissent tous les deux très bien le spectre de fréquence de leurs deux instruments. Vlad dira par exemple : « Mec, je veux plus de 4K dans le mix » et il saura exactement ce qu’il veut dans son instrument. Alors que moi, je suis là : « Je ne sais pas, ça sonne bien. » J’ai juste envie de jouer et certaines de ces choses me passent au-dessus de la tête, alors que Kimmy était là : « Je veux plus de cette fréquence dans ma caisse claire pour que ça claque plus. » Ils étaient très spécifiques. Cette connaissance qu’ils avaient et que je ne possède pas était très impressionnante aussi.

« Les guitaristes qui jouent de manière technique n’impressionnent plus beaucoup. En 2021, ça a déjà été tellement fait, peut-être que ce qui est plus impressionnant, c’est simplement d’écrire de bons morceaux. »

La dimension humoristique, avec le groupe composé de Donald Trump, Vladimir Poutine et Kim Jong-Un, a beaucoup attiré l’attention. Comment avez-vous eu l’idée de faire ça ?

C’est un jeu dangereux car nous sommes trois personnes sur terre qui divisent beaucoup [rires]. C’est fait à cent pour cent avec humour, par amour de la musique et pour notre quête de paix dans le monde. Nous avons fait notre maximum pour ne pas être politisés parce qu’autrement tu perds à tous les coups. Vlad, Kimmy et moi-même avons des opinions politiques très différentes. Chacun a sa propre opinion. Dans le groupe, nous croyons ce que nous croyons, mais cette opinion n’a pas sa place ici, donc nous nous sommes demandé : « Comment peut-on être dans un groupe avec des personnages politiques sans être politisés ? » Une chose que nous observons et sur laquelle nous sommes tous plus ou moins d’accord nous concernant dans une certaine mesure, c’est que quelqu’un qui fait de la politique doit forcément être un sociopathe pour vouloir ainsi le pouvoir sur d’autres êtres humains [rires], donc ça mérite qu’on s’en moque, peu importe quel est notre penchant politique. Tout ça c’est pour s’amuser, c’est ainsi que nous le voyons, et avec un peu de chance ça se reflète avec des gens qui s’unissent indépendamment de leurs opinions politiques pour s’amuser et profiter de quelque chose ensemble.

Avez-vous déjà été confrontés à des gens qui l’ont mal pris ?

A cent pour cent. Et c’est aussi ce qui est amusant avec ce groupe, parce que nous voulons que les gens aux Etats-Unis qui me vénèrent pensent que Nuclear Power Trio est pro-moi et nous voulons que les gens qui me détestent pensent que je me moque de moi. Je peux encaisser une blague, donc je trouve que c’est divertissant. Pour ce qui est de la posture politique, c’est complètement ouvert à l’interprétation. Nous voulons juste nous amuser. La manière dont vous interprétez ça, c’est votre prérogative, mais rien de tout ça ne vient du groupe. Quoi qu’il en soit, nous nous amusons avec ça. Pour ma part, qu’on m’aime ou qu’on me déteste, je suis un mème. Je suis un personnage jovial et risible. Je ne suis parfois pas fan de moi-même mais il y a certaines choses que je fais qui me font rire tellement c’est absurde, et je pense que c’est important de rire de soi ! Quand les gens me demandent si Biden va maintenant intervenir dans le groupe, c’est non, parce que je suis un tel personnage ; qu’on m’aime ou qu’on le déteste, je suis un personnage divertissant. J’offre sur un plateau d’argent la matière pour les blagues. Nuclear Power Trio peut être comme Gwar : ça ne doit jamais s’arrêter. Quand quelqu’un quitte ses fonctions, on pourrait le remplacer, mais au final, maintenant que je ne suis plus au pouvoir, j’ai plus de temps pour me consacrer au groupe [rires]. Biden n’est pas autant un personnage. Tous les trois, nous sommes parfaits ensemble.

Je suppose qu’il faudra quand même que tu changes ta guitare…

[Rires] Eh bien, je reste Monsieur le Président, même après avoir quitté mes fonctions. Il arrive parfois que Kimmy ne nous donne plus de nouvelles. Je veux dire, combien de fois l’année dernière a-t-on cru qu’il était mort ? [Rires] Alors que Vlad, on en sait tellement sur lui – genre qu’est-ce qu’il a ? Trois diplômes, il est ceinture noire, il joue du piano, ce mec fait tout, que ce soit vrai ou que ce soit de la propagande, on ne sait pas, même si je l’ai déjà vu dans un deltaplane voler avec des oies… Une chose que l’on sait, c’est que tout le monde nous adore ou nous déteste [rires].

Avez-vous travaillé sur votre présence scénique pour les clips vidéo, par exemple ?

Oui, beaucoup ! Vlad est très bon pour ça. Il me disait quels gestes faire et tout. Ca a impliqué pas mal de recherches. J’ai une manière typique de bouger mes mains d’avant en arrière, comme s’il jouait à tape-des-mains, sans contact, et il y a ces signes OK qu’il fait et ce genre de choses. Tout ça c’est grâce à Vlad et à son attention au détail. C’est plus dur pour Kim. Comme je l’ai dit, je ne sais pas comment c’est en France, mais ici on ne trouve pas beaucoup d’informations sur la Corée du Nord, donc nous lui demandons et il est très secret sur tout ce qui le concerne. Mais comme on ne sait pas grand-chose sur lui, donc nous le laissons faire ce qu’il veut quand il bouge.

« Quelqu’un qui fait de la politique doit forcément être un sociopathe pour vouloir ainsi le pouvoir sur d’autres êtres humains [rires], donc ça mérite qu’on s’en moque, peu importe quel est notre penchant politique. »

Rien que le sourire de Kimmy est hilarant !

Oui, c’est mon masque préféré ! On ne peut pas être de mauvaise humeur en voyant ce masque. Je l’ai d’ailleurs fait imprimer sur notre grosse caisse [rires]. Comment ne pas être de bonne humeur en voyant cette grosse caisse ?

La dimension humoristique entourant le projet pourrait-il être une manière aussi pour vous de dédramatiser la virtuosité, de lui donner une dimension plus légère et moins sérieuse ?

Oui, à cent pour cent. C’est très intéressant. J’ai un peu une dissonance cognitive en ayant le cerveau aussi focalisé sur la musique tout en étant impliqué dans quelque chose… Je n’ai pas envie de parler de notre groupe comme étant un gimmick car ça a une consonance négative, mais je n’ai pas de meilleur terme. J’ai du mal à équilibrer ces deux aspects. Le bon côté est que nous offrons aux gens une expérience plus divertissante. C’est désormais autant une expérience visuelle qu’auditive. Je pense que c’était la plus grande surprise pour les gens quand ils ont entendu les morceaux, car ils pensaient que ça allait être de la musique horrible avec juste ces trois dirigeants politiques. Je travaille très dur sur l’aspect musical et Vlad travaille très dur sur l’aspect vidéo, et les deux sont réalisés avec autant d’investissement ; nous passons beaucoup de temps sur les deux aspects. La musique est faite entièrement en premier et nous travaillons après à fond sur les vidéos. Je pense que ça donne aussi aux gens de quoi s’identifier, car tout le monde nous connaît, pour la plupart – à moins d’être un Américain qui ne sait pas qu’il existe d’autres pays [rires]. J’ai eu pas mal de : « Qui c’est ce mec ? » Et j’étais là : « Euh, Poutine. Genre le gars dont tu disais qu’il a piraté notre élection. » « Oh, ce gars. » [Rires].

On a eu une discussion au sujet de l’humour dans la musique avec Christophe Godin de Mörglbl qui compose de la musique instrumentale avec un côté humoristique. D’après lui, la vitesse et la technicité sont des éléments clés pour faire de la musique drôle. Penses-tu qu’il y ait aussi un peu de ça dans Nuclear Power Trio ?

Je ne sais pas. C’est subjectif. Ça varie selon les groupes. Ce qui est super important pour moi, c’est que Nuclear Power Trio, musicalement, ne sonne pas comme d’autres groupes instrumentaux. Nous avons un autre morceau qui sonne un peu plus comme du metal traditionnel ou du thrash vraument heavy. Mais je pense que tu as raison, le tempo joue pas mal dans le côté léger de la musique. On peut danser dessus, c’est très important pour nous. J’ai récemment composé avec Vlad et nous avons expérimenté avec des tempos plus lents, et c’était tout de suite évident que ça ne convenait pas au motif de notre groupe.

Les titres des morceaux sont eux-mêmes très drôles, en particulier « Grab ’Em By The Pyongyang ». Comment les trouviez-vous ? Est-ce la preuve qu’avant tout, vous vous êtes beaucoup marrés à faire ce projet ?

Oui, c’est aussi ça le truc : quand tu t’amuses, tu ne travailles pas. Quand nous nous retrouvons et balançons des titres de morceaux, littéralement, si tu te marres, alors ça veut dire que tu as fait du bon boulot. J’ai proposé « A Clear And Present Rager » et je crois que j’ai aussi proposé « Grab ’Em By The Pyongyang » – il y a la capitale nord-coréenne et tout le monde a entendu le coup de « les attraper par la chatte ». C’est juste ce qui nous fait marrer. Si nous nous amusons, avec un peu de chance d’autres gens peuvent écouter ça et aussi s’amuser. Il y a plein de gens qui ne saisissent pas notre postulat ou qui sont tout simplement furieux de ce qui se passe dans le monde et ne trouvent pas ça amusant. Je le comprends aussi mais, honnêtement, à partir de quel moment ça va tellement mal que tout ce qu’il reste à faire, c’est d’en rire ? Car la personne lambda n’a pas le pouvoir que nous avons tous les trois. Si on peut en rire, je trouve que c’est une manière saine de le gérer [rires].

« J’ai un peu une dissonance cognitive en ayant le cerveau aussi focalisé sur la musique tout en étant impliqué dans quelque chose… Je n’ai pas envie de parler de notre groupe comme étant un gimmick car ça a une consonance négative, mais je n’ai pas de meilleur terme. J’ai du mal à équilibrer ces deux aspects. »

Vous n’avez encore fait aucun concert mais ça n’est pas compliqué de jouer dans ces costumes et avec les formes que deux d’entre vous arborent ?

C’est une très bonne question, parce que c’est pratiquement impossible. Nous allons donc jouer mais nous sommes en train de résoudre le problème. Pour Kimmy ça va. Il arrive à jouer malgré son poid, pas de problème. Une chose qui nous pose problème est, par exemple, que j’ai du mal à rester debout avec mon embonpoint. Du coup, je me retrouve à avoir super chaud et à avoir du mal à respirer. Nous avons trouvé une solution : nous allons avoir des bouteilles d’oxygène portables pour pouvoir respirer. Espérons que les gens ne se moqueront pas de nous avec des bouteilles d’oxygène sur scène, mais c’est dur, j’ai quand même soixante-quatorze ans et Kimmy pèse cent trente-cinq kilos ! C’est assez difficile ! A chaque fois que nous faisons une vidéo playthrough ou un clip, la quantité de préparation que tu dois faire pour apprendre ton instrument… Genre je me bande les yeux et je m’entraîne. Il faut que je puisse jouer ces morceaux sans voir ce que je fais car je dois regarder le public dans les yeux pour qu’il y ait vraiment une connexion entre lui et moi et pour lui montrer à quel point je suis incroyable à la guitare. C’est encore plus dur pour Vlad parce que ses parties sont déjà presque impossibles à jouer quand il est assis ! Mais nous avons quelques idées, nous travaillons avec quelques amis techniciens et nous pensons utiliser des caméras Bluetooth et des Google Glass avec reconnaissance faciale pour identifier les gens dans le public et s’ils ne nous applaudissent pas, on peut les sortir et les inscrire sur une liste pour les rééduquer plus tard. Nous sommes donc en train de voir ça mais nous allons faire des concerts.

Nous avons déjà des offres pour aller en Amérique du Sud et faire des festivals ici cet été. On verra si les festivals auront lieu. Je n’y crois pas trop mais nous avons clairement des offres. Nous avons tous les agents à notre disposition. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce groupe pourrait ne serait-ce qu’exister, parce qu’on nous a fait des offres de tournées dès 2017, genre de grosses tournées impressionnantes, et j’étais là : « On n’a qu’un morceau… Est-ce qu’il faut que j’en compose d’autres ? » Tout le monde était là : « Oui ! » Les gens veulent que nous tournions, donc c’est le plan. Ça va être dur avec les emplois du temps de chacun mais le dollar parle [rires]. Il y a un gros chèque à la clé, donc on verra qui devra peut-être trouver un remplaçant dans un autre groupe. Nous franchirons le pas quand nous y serons, mais il est clair à cent pour cent que nous ferons des concerts. Nous sommes juste en train de travailler sur la partie logistique.

Tu as parlé de ce morceau inédit que vous devez terminer, mais en avez-vous d’autres ? Avez-vous des plans pour un autre EP ou un album ?

Oui, nous avons prévu d’enregistrer notre album cette année. Je crois que nous avons prévu d’enregistrer en octobre. L’année va être chargée pour moi ! Beaucoup de composition, beaucoup de golf. Heureusement, j’ai presque terminé. Je dirais que nous avons cinq morceaux finis pour Nuclear Power Trio à l’heure actuelle. Je suis super excité par ces morceaux. Ils sonnent super bien ! Je pense que nous voulons enregistrer d’autres chansons pour les sortir avant, car même si nous l’enregistrons en octobre, l’album ne sortira pas avant 2022. Nous voulons donner d’autres morceaux aux gens avant 2022. C’est le plan pour l’instant. Je compte proposer un morceau cette année, donc peut-être que nous le sortirons. Nous sommes simplement très reconnaissants du soutien que nous avons reçu et nous voulons mettre autant que possible dans le développement de ce projet et la création de contenu pour tout le monde. Maintenant je suis de retour en Floride, c’est le moment d’envoyer du riff, bébé ! Un grand merci pour l’interview et nous vous aimons tous. La paix dans le monde !

Interview réalisée par téléphone les 7 janvier 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Nuclear Power Trio : /www.facebook.com/nuclearpowertrio

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  • Dommage pour les amateurs depuis les dernières élections américaines le groupe a splitté… Tu vas nous manquer couin couin !

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  • Zut, avec la réécriture de l’entretien, vous avez fait disparaître la mention du studio qui réalise les masques. Je voulais aller voir leur travail sur internet…
    Mais bon, comme Donny l’expliquait dans la version originale, c’est plus sympa si le concept tient jusqu’au bout.

    [Reply]

    Spaceman

    Oui, le groupe et son management ont souhaité revoir l’interview, car « Donny » en disait un peu (beaucoup) trop à leur goût, y compris apparemment par rapport à des histoires contractuelles qui pouvaient leur causer des problèmes. Or on n’a évidemment pas envie que le groupe ait des soucis internes ou externes, au contraire, on espère que ça marchera pour eux car ils ont vraiment beaucoup de talent ! 🙂

  • Un super-groupe qui pousse le débat plus loin.
    A mon goût très réussi.

    [Reply]

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