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Chronique   

Obituary – Dying Of Everything


Depuis deux ans déjà, cet album était terminé, prêt à jaillir à la face du monde et surtout à être joué en live aux quatre coins de celui-ci. C’est justement l’impossibilité de venir tourner en Europe à cause de la pandémie qui a obligé Obituary à patienter jusqu’en 2023. Cela a pu aider à aiguiser l’impatience sans doute moindre de ses fans, habitués, faute de sortie marquante depuis des années, à ne plus forcément s’enthousiasmer à chaque annonce d’un nouvel album des cinq de Tampa. Les trois concerts donnés en livestream par le groupe pendant le confinement, au cours desquels il avait joué ses deux premiers albums, Slowly We Rot et Cause Of Death, dans leur intégralité, avaient également pu rallumer la flamme.

Le death metal mid-tempo qu’Obituary a toujours pratiqué et qui a fait la qualité de ses premiers albums avait avec les années tourné de plus en plus au ralenti côté inspiration. Sans s’être jamais vraiment éloigné de ses deux séminaux premiers albums, le groupe semblait en avoir épuisé les possibilités, asséché jusqu’à la putride moelle. L’album précédent, Obituary, se terminait sur le morceau « Ten Thousand Ways To Die » auquel semble répondre le titre de ce nouvel album, Dying Of Everything. Celui-ci prolonge en effet la flamme rallumée par son prédécesseur et l’attise même d’un souffle nouveau. Il n’est bien sûr pas question d’une inspiration résolument refondée, d’une révolution stylistique, mais simplement, et c’est déjà appréciable, d’une musique revivifiée par le plaisir de jouer et perpétuer aussi honnêtement que possible un genre que l’on a contribué à forger. Inébranlablement fidèle à son style, Obituary le relève – là est la nouveauté – d’une énergie sincère et communicative qui le régénère.

D’Obituary (l’album), Dying Of Everything garde le meilleur, à savoir l’apport du guitariste Ken Andrews, arrivé dans le groupe il y a dix ans, et qui lui a insufflé ses penchants thrash. Outre cet apport qui infuse son death d’une certaine bonne humeur que l’on peut regretter mais qui reste canalisée, l’album choisit, non pas de prendre des chemins de traverse peu convaincants à la manière d’un « Betrayed » frôlant le neo metal, mais de s’aventurer à chaque extrémité du spectre habituellement mid-tempo du death à la Obituary : vers le beaucoup plus véloce et vers le beaucoup plus lent. « Barely Alive », avec sa double pédale frénétique, appartient à la première catégorie et ouvre le bal d’une flopée de titres fougueux qui empruntent cependant des directions différentes. « By The Dawn » se libère de sa lenteur initiale par des salves de riffs hargneux et laisse échapper à mi-course, en un dérapage entraînant, un imparable solo de guitare tout en bend et vibrato. « Weaponized The Hate », brûlot sans concession qui va droit au but, voit le groupe renouer avec ses tendances hardcore, dont on retrouve également l’influence dans l’implacable « War ». Comme dans « Without A Conscience », le chant rageur de John Tardy y prend des accents punkisants et oscille entre death guttural et craché hardcore. A l’autre extrémité, la lenteur et la pesanteur immuables de « Be Warned » et ses mouvements appuyés presque épiques en font le morceau le plus doom qu’Obituary ait jamais composé.

Brutal et sans fioriture, « The Wrong Time », premier single de l’album, montre la facette la plus simple et efficace du Obituary actuel. Le morceau éponyme trahit quant à lui la patte de son compositeur Ken Andrews par ses riffs fougueux et son rythme enlevé, avant que son élan enthousiaste soit modéré à mi-parcours par une brusque rupture de tempo. Il se mue alors en un mouvement rampant, presque doom, et rejoint des régions caverneuses où la voix de John Tardy creuse plus loin vers les profondeurs de ses tripes. Lui répond, comme une saine rebuffade, le teigneux « My Will To Live », arc-bouté sur ses riffs acérés et son solo tonitruant. La variété de tempi qu’offre Dying Of Everything ravive toutes proportions gardées la dynamique des premiers albums, tout en bénéficiant d’une production bien actuelle qui renforce le potentiel percutant de chaque morceau. Produit par le groupe lui-même, l’album ne laisse cependant pas les technologies modernes corrompre son authenticité, il est même plus sobre en effets que ses premiers et l’on doit surtout au mixage de Joe Cincotta son excellent équilibre sonore. Si l’on ne retrouve désormais plus, ni dans les ambiances ni dans le chant, la teneur réellement viciée de Slowly We Rot et Cause Of Death, la qualité d’accroche des riffs, leur fraîcheur malgré leur simplicité et leur familiarité, et surtout le sens du groove que détient le groupe et qui entraîne Dying Of Everything du début à la fin en font un des meilleurs albums d’Obituary.

Clip vidéo de la chanson « The Wrong Time » :

Album Dying Of Everything, sortie le 13 janvier 2023 via Relapse Records. Disponible à l’achat ici



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