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Interview   

Obscura : un adieu, un nouveau chapitre


Obscura ouvre un nouveau chapitre, à tous les niveaux. Nouveau line-up : l’histoire semble se répéter pour Steffen Kummerer qui, comme après Omnivium (2011), a essuyé l’an dernier le départ de tous les autres membres du groupe. A la différence près que ce sont cette fois-ci des têtes connues qui font leur retour, le bassiste Jeroen Paul Thesseling et le guitariste Christian Münzner, complétés par le batteur autrichien David Diepold. Nouveau label : après douze années passées chez Relapse Records, Obscura intègre la prestigieuse écurie Nuclear Blast, de quoi doper un peu plus sa carrière ascendante. Nouveau concept : ayant mis un point final à une quadrilogie développée sur dix années avec Diluvium (2018), c’est devant une page blanche que Steffen s’est retrouvé. De nouvelles perspectives s’ouvraient à lui, délaissant les thématiques philosophiques, métaphysiques et astrophysiques complexes au profit d’un concept – d’ores et déjà prévu sous forme de trilogie – plus souple et plus personnel.

Un nouveau départ qui n’est pas sans rappeler où en était le groupe avec le désormais classique Cosmogenesis (2009) et dont nous parle la tête pensante d’Obscura. Le nouvel album A Valediction était l’occasion pour lui de se libérer émotionnellement après des années marquées par la perte de proches et de musiciens qu’ils admiraient, mais aussi de repenser sa musique qu’il veut avant tout pour les fans de metal au sens large – pas juste pour les amateurs d’exercices techniques, même si l’album en offre à foison – et pour la scène. Steffen Kummerer, qui sort également un nouvel album avec son autre formation Thulcandra, nous parle de tout ceci.

« Les personnalités changent, les goûts changent. Moi, en tout cas, je fais exactement la même chose que je faisais il y a vingt ans. »

Radio Metal : En avril l’an dernier, tu as annoncé les départs de Rafael Trujillo, Linus Klausenitzer et Sebastian Lanser à cause de divergences musicales. Ça peut paraître surprenant car il semblait y avoir une bonne alchimie, surtout entre toi et Linus qui était devenu un vrai partenaire créatif. Du coup, quelles étaient ces divergences ?

Steffen Kummerer (chant & guitare) : Pour faire court, aucun d’eux n’écoute du death metal. Or quand on n’a pas envie de jouer du death metal, on ne devrait pas rejoindre un groupe de death metal. C’est tout ce que j’ai envie dire sur le sujet.

Dans une interview passée, tu nous avais dit que tu n’étais pas un dictateur, mais il est évident que ce groupe n’est pas non plus une démocratie, vu que trois membres sur quatre ont dû partir. Comment définirais-tu le régime sous lequel fonctionne Obscura ?

Je suis le cœur du groupe depuis près de vingt ans et nous allons célébrer notre vingtième anniversaire l’année prochaine. Le groupe dure depuis tout ce temps parce que sa force motrice n’a jamais bougé. Je n’ai jamais joué dans d’autres projets. J’ai fondé deux groupes dans ma vie, d’abord Obscura et un an plus tard Thulcandra. Je me concentre entièrement sur ces deux groupes et les deux ont tout le temps sorti des albums, tous les deux ou trois ans, avec une certaine qualité et dans un certain style. Je suis très au clair sur ce que je compte faire et ce que je ne compte pas faire. Donc si des musiciens intègrent le groupe, ils savent exactement où nous allons. Evidemment, ils peuvent me rejoindre, mais je ne changerai pas ma vision et cette trajectoire. Je résume en quelques mots. En général, nous travaillons toujours ensemble et chaque album est le fruit de toutes les personnes impliquées, mais je suis la personne qui prend les décisions dans le groupe et vous pouvez me suivre ou alors faire votre propre truc.

Il est intéressant de noter que Christian Münzner et Jeroen Paul Thesseling ont réintégré le groupe. Quand Jeroen est parti en 2011, il « ne parvenait pas à coordonner sa vie privée et toutes les tournées » et dans le cas de Christian en 2014, « il n’était pas tellement heureux avec ce death metal ultra technique que [v]ous jou[ez] », car il vient d’un background plus power metal. Du coup, qu’est-ce qui a rendu leur retour possible ?

Quand je me suis mis à chercher de nouveaux membres pour travailler sur cet album, ce sont les premiers que j’ai appelés. Il n’a donc pas fallu plus de deux semaines pour constituer le line-up complet. C’est assez facile parce qu’auparavant, quand ils étaient partis, le groupe fonctionnait à un niveau différent. Laisse-moi t’expliquer. Nous tournions beaucoup en 2010 et 2011, peut-être même en 2009, nous faisions entre cent et cent cinquante concerts chaque année. Nous revenions à la maison avec parfois un petit peu d’argent, parfois rien, et parfois nous étions déficitaires. Ça pouvait être très frustrant. Ça a aussi généré des tensions et des problèmes. Si en plus de ça, vous ne travaillez pas en visant un même objectif, musicalement parlant, vous vous séparez. Jeroen a dix ans de plus que nous, donc à l’époque, il était dans une phase complètement différente de sa vie. Christian avait des soucis avec sa main et il a d’ailleurs toujours ces problèmes, mais c’est lié à la pression et au stress.

Pour expliquer toute la situation, nous travaillons aujourd’hui dans un cadre complètement différent qu’il y a dix ans. Entre-temps, nous avons enregistré et sorti des albums qui ont eu beaucoup plus de succès que les précédents. Quand nous partons en tournée maintenant, nous sommes dans un environnement différent, nous avons une équipe, nous travaillons sans trop de stress, et ça se traduit aussi dans notre manière d’enregistrer les albums. Le nouvel album a été super facile. Nous avons travaillé avec Fredrik Nordström. Nous avons un nouveau partenariat avec Nuclear Blast qui nous donne l’opportunité de travailler plus longtemps en studio qu’avant, donc nous n’avons pas de problème de planning ou quoi. Nous sommes simplement un peu plus libres et ça a aidé à maintenir un équilibre. Je fais ce que je sais faire de mieux et nous travaillons ensemble sur les albums. Voilà comment ça fonctionne. Je suis très content du résultat. Si tu écoutes ces onze chansons que nous sortons, je pense que tu peux entendre le plaisir et l’excitation que nous avons ressentis pendant que nous étions en train de créer ces musiques.

Et tu penses que Christian a repris goût au death metal technique ?

Eh bien, les personnalités changent, les goûts changent. Moi, en tout cas, je fais exactement la même chose que je faisais il y a vingt ans.

Le line-up d’A Valediction est plus ou moins le même que celui de Cosmogenesis et Omnivium, à l’exception du batteur Hannes Grossmann. As-tu aussi essayé de le faire revenir ou bien votre relation est-elle toujours au point mort ?

Non. Ça ne m’intéresse plus de travailler avec lui.

« Je ne fais pas de la musique pour musiciens. Je fais de la musique pour des fans de metal. »

David Diepold est le petit nouveau dans l’histoire du line-up d’Obscura. Evidemment, jouer de la batterie dans ce groupe est très exigeant. A quel point est-ce que ça peut être difficile de recruter un batteur comme lui ?

Nous avions déjà été en lien il y a pas mal de temps, avant qu’il ne rejoigne le groupe, quand nous étions à l’affiche d’un festival assez connu en Allemagne. Notre ancien batteur n’était pas disponible pour cette date, donc nous cherchions des remplaçants potentiels et David était l’un d’entre eux. Ce n’était pas pour rien : c’est un batteur extrêmement talentueux. En plus, il réside en Europe, ce qui facilite les choses, et bien sûr, il est capable d’assurer les parties. Il suffit de regarder son CV, de voir ce qu’il a fait et pendant combien de temps, et la constance avec laquelle il développe ce qu’il fait… C’est un bon assortiment, je trouve. Quand je cherchais un nouveau membre, c’était la première personne que j’ai contactée parce que je sais comment travailler avec des gens vivant à l’étranger. Ses goûts musicaux, non seulement par rapport à son style de jeu, mais aussi à ce qu’il écoute, ça correspond très bien à ce que je voulais faire avec le nouvel album.

Tout l’album a-t-il été composé après le changement de line-up ou est-ce que ça s’est fait en plein milieu ?

Je travaillais sur deux ou trois squelettes de chansons et quelques chansons avaient déjà une structure avant que nous opérions ce changement dans le groupe. Par exemple, le morceau d’ouverture « Forsaken » était censé être le morceau d’ouverture de Diluvium. A l’époque, il était arrangé différemment et faisait plus de neuf minutes, pratiquement dix, mais nous l’avons raccourci un peu. Nous avons conservé les parties principales. Si tu écoutes les deux versions, ça n’a pas énormément changé. Il y a de nombreux liens entre les deux, mais évidemment, ça sonne un petit peu différemment avec des membres différents. Au final, quand nous avons commencé à travailler avec l’équipe sur cet album, j’ai été clair sur ce que je voulais faire. Mon intention était de ne pas jouer des cliniques sur scène. Au fond, Obscura est un groupe de metal et je joue sur scène pour nos fans – car c’est la raison principale pour laquelle on fait des concerts – et pas pour moi. Je ne fais pas des concerts pour un public jazz, je fais des concerts pour un public metal, pour des gens qui ont simplement envie de passer un bon moment à un super concert de metal. En conséquence, j’ai envie de composer de la musique qu’il est possible de jouer en live et qui peut être appréciée par des fans de metal qui ne sont pas des musiciens. Je ne fais pas de la musique pour musiciens. Je fais de la musique pour des fans de metal. C’était l’un de mes objectifs pour lequel j’ai été clair avant que nous commencions à composer cet album : chaque chanson doit pouvoir être transportée en situation live. Quand nous arrangions ces chansons, nous avions déjà la scène à l’esprit. C’est clairement quelque chose qui a changé par rapport aux albums précédents.

Tu as l’impression que certains albums ou chansons passés passaient mal sur scène ?

Oui. Nous avons appris à nos dépens comment les choses peuvent évoluer. Par exemple, la majorité de l’album Omnivium a été composée sans préproduction. Ça a été simplement composé sur Guitar Pro et bien sûr, l’ordinateur joue tout, mais quand tu es en studio et que tu te rends compte que tu ne peux pas jouer tel riff avec deux mains et qu’il faut le diviser en six guitares, ça ne marche pas. C’est aussi la raison pour laquelle nous n’avons joué que trois chansons de cet album en live. Tout le reste n’est tout simplement pas adapté au live. Deux ou trois autres chansons ont été composées exprès comme ça, juste parce que nous voulions expérimenter un peu et il est probable que nous ne les jouerons jamais en concert.

Comment la dynamique créative fonctionne désormais ?

C’est principalement Christian et moi qui écrivons la musique, mais au final, nous arrangeons les chansons tous les quatre. Chacun apporte ses parties. D’abord, nous avons les squelettes des chansons faits à partir des parties des deux guitaristes et nous partageons ces versions très brutes avec le reste du groupe. Ensuite, nous décidons de la direction que nous pouvons prendre avec cette idée et tout le monde rajoute ses parties. Donc d’abord, nous ajoutons la batterie, puis la basse, puis nous commençons à arranger le tout, et à la toute fin, je travaille sur le chant et nous commençons à travailler un peu plus sur les détails. Parfois, nous ajoutons quelques guitares acoustiques, des instruments inhabituels, du vocodeur, des chœurs et deux ou trois idées. Parfois, quand toutes les lignes de chant sont faites, nous changeons un peu les arrangements. Il y a toujours des allers-retours. Parfois, les chansons sont faites en deux semaines. Parfois, tu travailles sans fin sur un petit morceau. Mais ça vaut probablement pour tous les groupes.

« Faire un album indépendant, qui n’est relié à rien, je trouve que ça n’irait pas, car un groupe a toujours une certaine identité et tu formes cette identité au travers de toutes ces connexions, ces traditions, quelque chose qu’on établit avec le temps. »

Tout l’album a été composé, enregistré et finalisé durant la pandémie. Est-ce que ça n’a pas été trop compliqué, surtout avec Jeroen en Hollande et David en Autriche ? Comment avez-vous géré les restrictions ?

Il est clair que ça nous a fait changer nos plans. L’album aurait pu sortir six mois plus tôt. Nous avions déjà un planning de production et d’enregistrement de calé deux ou trois mois plus tôt, mais comme les restrictions ne permettaient pas aux autres de se rendre en Allemagne… La Hollande a fermé ses frontières, pareil pour l’Autriche. Ce n’était pas facile. Nous avons donc dû reprendre de zéro. Nous avons utilisé ce temps pour travailler un petit peu plus sur les détails et les arrangements. Je pense que ce temps additionnel a été très bénéfique à l’album. Après ça, nous n’étions toujours pas certains de la manière dont nous allions enregistrer l’album, parce que nous avons l’habitude de travailler avec un seul producteur dans un seul studio. Habituellement, nous réservons un studio pour peut-être un mois, peut-être deux semaines, suivant le budget, et tout le monde fait le voyage pour s’y rendre, enregistre ses parties et repart chez lui. Mais durant la pandémie, ce n’était pas possible. Il fallait donc soit que nous trouvions un moyen, soit que nous n’enregistrions pas l’album. Au final, les instruments ont été enregistrés dans des studios nationaux. La basse a été enregistrée en Hollande. La batterie a été enregistrée en Autriche. Les guitares en Allemagne. J’ai aussi pris l’avion pour me rendre à Göteborg, en Suède, afin d’enregistrer les guitares acoustiques et le chant avec Fredrik Nordström. Toute la démarche a beaucoup changé, et le producteur aussi a changé. Je pense qu’on entend clairement la différence dans la production. L’approche est différente et le groupe sonne différemment. Pour autant, nous avons conservé tous les éléments signature ; tout ce qui constitue le noyau dur du groupe est toujours présent, mais nous avons arrêté de sur-analyser et de trop polir le son au profit d’une touche plus organique et humaine.

Vous aviez terminé avec Diluvium la quadrilogie conceptuelle, qui s’est étendue sur dix ans. Quelle était ton idée en te mettant sur A Valediction dans l’optique d’ouvrir un nouveau chapitre ?

Nous avons connu de nombreux changements dans le groupe et aussi hors du groupe. Comme je l’ai mentionné, nous avons changé de maison de disques, nous avons changé d’artiste pour la pochette, de producteur, de line-up… C’était plus ou moins comme une page blanche face à moi. Si on ajoute à ça vingt ans d’expérience à faire de la musique, ce qui est très gratifiant, j’ai voulu changer pour aller vers quelque chose de plus personnel. J’ai voulu apporter un peu plus de pureté, pour ainsi dire. Ces quatre albums précédents sont liés par les visuels, les textes, la musique, la production, etc. C’est donc un gros chapitre, mais il est clos désormais. Maintenant, nous avions l’occasion de recommencer quelque chose de zéro et j’ai changé de petits détails dans tous les domaines. Pour comprendre le tableau d’ensemble, pour moi, un album ce n’est pas que de la musique, c’est aussi les textes, les visuels, les sons, etc. Faire un album indépendant, qui n’est relié à rien, je trouve que ça n’irait pas, car un groupe a toujours une certaine identité et tu formes cette identité au travers de toutes ces connexions, ces traditions, quelque chose qu’on établit avec le temps. Evidemment, sur le plan musical, c’est assez facile à comprendre, mais la musique, ce n’est pas suffisant pour moi. Je m’intéresse à la production vidéo, à tout l’aspect visuel, aux artworks et tout. Pour moi, tous ces domaines sont aussi importants que la musique, et pour cet album, j’ai opéré des petits changements dans chacun d’entre eux.

Pour l’artwork, par exemple, nous avons précédemment travaillé avec Orion Landau qui a fait un boulot fantastique qui colle très bien aux idées cosmiques et au côté futuriste de l’univers de ces quatre albums. Maintenant, nous avons fait appel à Eliran Kantor, un artiste que j’ai découvert il y a un petit moment. Il a conservé la symétrie dans l’arrangement de l’artwork. Si on compare notre discographie passée à ce nouvel album, la différence n’est pas énorme, c’est une question de détail. Il travaille un peu plus comme un artiste qui fait de la peinture à l’huile à l’ancienne, et c’est la touche différente que je voulais avoir. Avec la musique, c’était pareil : je voulais aller dans une direction plus pure, directe et live. Avec les textes, c’était pareil : ils se sont ouverts pour être un peu plus directs et digestes, plus compréhensibles et moins abstraits que ne l’était le chapitre précédent. Avec la production, c’était similaire : il n’y a pas d’erreur ou quoi, mais ce n’est pas extrêmement propre ou lustré. C’est exactement le résultat que je voulais. Tous ces domaines combinés montrent un tableau d’ensemble et on comprend où nous allons. Pour moi, ceci est la nouvelle direction que ce groupe doit suivre. Deux autres albums feront partie de cette trilogie, avec le même artiste visuel, avec le même producteur. Je suis déjà en train de travailler sur des titres et de rassembler des idées de chansons.

« Fredrik Nordström a appelé cet album ‘B.O.M.’ : best of metal [rires]. Car il y a tout dessus. « 

Ce sera donc une nouvelle fois un concept sur plusieurs albums…

Oui, mais il ne sera pas aussi rigide. Les albums précédents étaient guidés et ils étaient très clairs. Maintenant, si j’écris sur un sujet comme sur A Valediction, on peut l’interpréter sous plein d’angles différents. J’ai plus ou moins cette thématique générale de l’adieu, et peux écrire cinq à onze chansons sur différents sujets liés à cette thématique. Ça me donne un peu plus de liberté.

Dirais-tu que c’était un soulagement de ne pas avoir les contraintes de ce gros concept complexe de la précédente quadrilogie ?

Tout d’abord, quand nous avons fini Diluvium et ces quatre albums, j’étais très fier d’arriver au bout de ce concept. Sans toutes les déconvenues et tout tout ce qui s’est passé dans l’histoire du groupe, c’était censé être fait plus tôt, mais le groupe est toujours là et avec tout ce que nous avons traversé, nous avons quand même terminé ce que nous avons commencé. Oui, j’en étais super fier, mais à la fois, quand tu finis un projet aussi long, on ressent effectivement un soulagement d’enfin passer à quelque chose de nouveau. C’est un mélange des deux sentiments. Evidemment, j’étais très content de démarrer un nouveau concept, d’ouvrir un nouveau chapitre. C’est un peu plus exaltant de faire autre chose.

L’album comprend l’instrumental « Orbital Elements II ». Comment le lies-tu au premier « Orbital Elements » présent sur Cosmogenesis ?

Il y a plusieurs significations. Evidemment, « Orbital Elements » faisait partie de l’album Cosmogenesis en 2009, et Jeroen et Christian ont aussi joué sur cet album. A la fois, Cosmogenesis a été enregistré et est sorti dans une situation semblable à celle que nous avons maintenant. A l’époque, nous venions de signer notre premier contrat avec une maison de disques. Nous commencions aussi à tourner internationalement, en Asie et en Amérique du Nord. Tout était frais. J’étais le seul membre fondateur à l’époque aussi. Aujourd’hui, nous avons signé un nouveau contrat avec une maison de disques, je retravaille avec mes deux anciens collègues, et nous avons trouvé que ce serait un geste sympa de souligner ce que nous avons fait dans le passé et de le lier à ce que nous faisons aujourd’hui – par exemple, nous avions déjà ce côté à la Megadeth dans « Orbital Element », donc « Orbital Elements II » a été composé exprès comme ça – tout en faisant quelque chose de nouveau. « Orbital Elements » avait aussi été composé exactement comme nous allons le jouer en live. Si tu regardes en détail, chaque membre a son passage solo, exactement comme ils sont listés dans l’album : guitariste, guitariste, bassiste, batteur. C’est une mise en lumière de chaque membre du groupe.

Comme tu l’as dit, A Valediction a de nombreux points communs avec Cosmogenesis. Comment comparerais-tu ces deux albums, musicalement ?

C’est très dur. Enfin, il y a des chansons qui font le lien avec la carrière entière du groupe. A la fois, je ne regarde pas en arrière, je ne vais pas devenir un groupe rétro. Nous n’allons pas jouer la moitié de chansons de Cosmogenesis en live. Nous nous concentrons principalement sur le nouvel album, y compris pour élaborer la setlist des tournées à venir. Nous nous focalisons entièrement sur le nouvel album et ne jouons qu’une ou deux chansons de chaque album passé. Il y a des liens, parce que c’est le même groupe et ce serait assez triste si ça n’était pas le cas, si c’était complètement détaché des albums précédents. Pour ce qui est de Cosmogenesis, je pense que c’est « Orbital Elements » qui fait le lien, et l’atmosphère d’« A Valediction » est assez proche de ce que nous avons pu faire par le passé. Personnellement, je vois des chansons comme « Incarnated », « The Anticosmic Overload », « Akróasis » et « Emergent Evolution » comme étant dans la même veine, mais tout le reste est plus ou moins différent. Si tu écoutes une chanson comme « When Stars Collide », c’est quelque chose que nous n’avons jamais fait avant ; si tu écoutes « Heritage » ou « In Adversity », c’est complètement nouveau. C’est assez drôle, quand tu composes un album dans un certain cadre, évidemment, tu essayes de faire quelque chose de neuf, mais à la fois, tu sais d’où tu viens, où sont tes racines. Je pense que c’est la meilleure combinaison entre nos forces, nos racines, notre origine, notre son signature, tout en explorant quelque chose de nouveau.

Cet album a un peu le côté direct et concis de Dilluvium, le sens mélodique de Cosmogenesis et la complexité d’Akróasis et d’Omnivium. C’est presque une sorte de synthèse…

Fredrik Nordström a appelé cet album « B.O.M. » : best of metal [rires]. Car il y a tout dessus. J’aime tout simplement la diversité et c’est quelque chose, selon moi, que nous avons encore plus exploré cette fois que sur les albums précédents. L’écart entre une chanson comme « Devoured Usurper » et « When Stars Collide » est énorme, mais malgré tout, elles sont liées par une atmosphère et le son de chaque membre du groupe. En conséquence, je ne regarde pas notre discographie passée, je préfère regarder devant et faire du neuf.

« Je suis né en Allemagne de l’Est et ma famille et moi avons fui la partie communiste du pays avant la chute du mur. Nous étions officiellement des réfugiés. […] Il faut une volonté de fer pour persévérer et faire que les choses se fassent, alors qu’on n’a rien au début. Je dirais que ça fait partie de mon caractère. »

Björn Strid apparaît sur « When Stars Collide ». Comment t’es-tu retrouvé à l’impliquer sur cette partie ?

C’était assez spontané, parce que quand nous sommes entrés en studio, toute la situation était nouvelle. Je n’enregistrais que deux chansons par jour au chant. Avant que nous ne commencions à enregistrer, Fredrik et moi avons écouté toute la préproduction, je lui ai expliqué où je voulais aller, ce que je voulais faire à tel ou tel endroit, sur cette partie, etc. simplement en discutant avant de nous y mettre. C’était drôle parce que j’ai mentionné que là, sur cette partie, j’aimerais faire un truc à la Soilwork, en lui donnant des exemples de chansons, parce que je trouvais que ça irait super bien. Il a dit : « Soit dit en passant, j’ai dû produire dix albums avec Björn Strid, donc autant l’appeler si tu veux un côté à la Soilwork ! » [Rires] Il n’a pas fallu plus de trois jours pour qu’il nous renvoie toutes ces lignes de chant, tout était là. Je suis super fier d’avoir Björn Strid sur l’album, parce que je trouve que c’est l’un des meilleurs chanteurs de la scène actuellement, et personnellement, je suis un énorme fan de The Night Flight Orchestra et Soilwork.

Ça ne va pas être difficile à reproduire en live ?

Il faut que nous invitions Soilwork sur une tournée, comme ça il sera obligé de chanter le morceau sur scène [rires].

Du point de vue des textes, c’est un album très personnel où tu abordes des sujets liés à ta vie. Penses-tu qu’après avoir parlé du cycle de l’existence sur quatre albums, l’étape logique ensuite était de contempler ta propre existence ?

C’est une bonne question, mais aussi une question à laquelle il est difficile de répondre. Je suis tombé sur cette thématique parce que les deux ou trois dernières années n’ont pas été très exaltantes pour moi sur le plan personnel, car j’ai perdu quelques amis, notamment le bassiste de mon autre groupe, qui est décédé l’an dernier, et de façon générale, on a tous perdu un certain nombre de musiciens… J’ai eu l’honneur d’être sur scène avec Sean Malone, Sean Reinert, Alexi Laiho, pour n’en citer que quelques-uns. Je viens d’avoir trente-six ans et on dirait qu’à cet âge-là, c’est normal de voir de temps en temps un être cher décéder – en tout cas, c’est l’impression que ça donne. J’ai commencé à y penser un petit peu, j’ai écrit quelques premières bribes de paroles là-dessus, et je me suis pas mal intéressé à toute cette thématique. Mais le fait d’écrire seulement sur l’idée d’adieu m’a paru un peu trop limité et négatif. Des chansons comme « When Stars Collide » ou « In Adversity » sont assez exaltantes, parce que parfois, quand tu laisses quelque chose derrière toi, de la négativité en particulier, ça peut correspondre à un nouveau départ. « Devoured Usurper » est complètement différent, ça parle de fausse amitié. « In Unity » parle d’une histoire très personnelle, car je suis né en Allemagne de l’Est et ma famille et moi avons fui la partie communiste du pays avant la chute du mur. Nous étions officiellement des réfugiés. Nous avons laissé tout ce que nous avions à l’époque derrière nous, nous avons dû tout reconstruire de A à Z et nous n’avons pas été très bien accueillis, pour être honnête. Il faut une volonté de fer pour persévérer et faire que les choses se fassent, alors qu’on n’a rien au début. Je dirais que ça fait partie de mon caractère. Toutes ces choses différentes sont d’une façon ou d’une autre liées à cette thématique du discours d’adieu.

Est-ce que la perte de tous ces gens, proches ou musiciens que tu admirais, a eu un impact sur ta vision de la vie ?

Pour être honnête, oui. Je me fiche un peu maintenant de ce que les gens pensent. De même, avec cet album, je me suis dit : « Si c’est le dernier album sur lequel j’apparais, qu’il en soit ainsi, mais je vais l’enregistrer exactement comme j’ai envie », car tôt ou tard, on verra la fin de nos jours. Avec cette attitude, on est un peu plus détendu, car on se fiche des critiques et de ce que les gens pensent en général, et on fait ce qu’on veut faire et ce qu’on fait de mieux. Avec cette attitude, je pense que ce qu’on fait est plus honnête et pur. Et puis le fait de pleurer la perte d’un ami… Christian Kratzer, le bassiste de Thulcandra, était un ami proche. Je le retrouvais très souvent dans le centre-ville de Munich, y compris en dehors du groupe. Ça te fait un sacré choc, tu ne t’y attends pas. On ne sait jamais quand on va perdre quelqu’un, donc ça m’a aussi fait penser à tous mes liens personnels et poussé à simplement prendre le temps, surtout pendant la pandémie, de contacter autant de gens à qui n’ai pas eu l’occasion d’écrire ou de répondre à temps quand j’étais en tournée pendant des mois.

C’est peut-être un peu morbide, mais comment aimerais-tu partir ?

Probablement en glissant sur une peau de banane sur scène et en me tuant dans la chute [rires]. Quelque chose avec classe, parce que de toute façon, on ne peut pas prévoir. Il faut s’y préparer, mais pas trop.

« On peut jouer du AC/DC et faire un concert fantastique, sans jouer mille millions de notes avec des contrepoints et de la polyrythmie, et être heureux. On peut aussi le faire et peut-être y trouver du plaisir, mais c’est comme avec tout, il faut juste essayer. »

Est-ce que la pandémie, avec l’angoisse générale et l’incertitude engendrées, a aussi joué un rôle dans la thématique de cet album ?

Je ne dirais pas ça. En général, je suis quelqu’un d’assez optimiste et positif. Quand la pandémie nous a frappés, le timing n’était pas si mauvais que ça, car nous venions de terminer notre tournée européenne en mars 2020 avec un concert à guichet fermé dans notre ville, et cinq jours plus tard tout était fermé. Donc quand nous avons fait les derniers concerts, il était clair qu’il se tramait quelque chose et qu’il n’y aurait probablement pas de concert cet été-là. Nous avions donc terminé la tournée et le cycle de l’album. Après, quand les concerts étaient plus ou moins interdits, nous avons dû annuler une tournée nord-américaine que nous pensions pouvoir faire avec Dark Tranquillity. Nous n’avons pas arrêté de travailler. Nous avons juste dévié notre centre d’attention. Au lieu de nous préparer pour des concerts, nous sommes passés sur la production de clips. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons quatre clips maintenant ; nous allons probablement en publier un cinquième l’an prochain. Une biographique complète du groupe est en cours de travail. Nous avons commencé à préparer notre propre festival pour nos vingt ans. Nous ne restons pas là à ne rien faire et à nous plaindre de la situation du monde parce que nous ne pouvons pas être sur scène. Ça pourrait être pire, à mon avis. En conséquence, nous devrions être contents de pouvoir faire ce que nous voulons faire à un autre niveau ou, disons, dans un autre domaine.

Est-ce que le fait de réfléchir sur des problématiques philosophiques, métaphysiques et astrophysiques sur les quatre derniers albums t’a aidé à structurer ta pensée et à mieux aborder les problématiques complexes de ta vie personnelle ? En d’autres termes, est-ce un bon exercice pour l’esprit ?

C’est là encore une question difficile à laquelle je ne peux pas parfaitement répondre. J’ai été très longtemps intéressé par ces sujets, mais je me suis aussi intéressé à la psychoacoustique et à la physique de l’électricité, et est arrivé un moment donné où, après avoir lu et fait des recherches pendant deux ou trois ans, je me suis dit que je savais tout ce que je voulais savoir et que je pouvais maintenant me mettre sur autre chose. Il s’est passé la même chose pour mon intérêt dans tous ces sujets. Actuellement, je m’intéresse plus au monde ici-bas et au bien-être personnel, à celui de mes amis, de ma famille, de ma fille, par exemple. Mon centre d’intérêt a beaucoup changé, je pense. Mais, pour revenir à ta question, il n’y a pas de bonne et de mauvaise manière de faire. On peut être une personne très heureuse même si on ne lit pas les livres les plus difficiles à assimiler qui soient. Tout comme on peut jouer du AC/DC et faire un concert fantastique, sans jouer mille millions de notes avec des contrepoints et de la polyrythmie, et être heureux. On peut aussi le faire et peut-être y trouver du plaisir, mais c’est comme avec tout, il faut juste essayer.

Je suis sûr qu’un tel titre d’album soulèvera des questions parmi les fans sur l’avenir d’Obscura, à l’idée que c’est votre album d’adieu…

Ce n’était pas intentionnel, mais vu que j’ai parlé de glisser sur une banane sur scène, on ne sait jamais ce qui peut se passer [rires].

La couleur orange-bronze de l’artwork fait un peu écho à celui du premier album d’Obscura Retribution. Et je sais que les couleurs des albums dans la quadrilogie avaient chacune une signification. Du coup, y a-t-il un symbole derrière cette couleur et peut-être un lien avec Retribution ?

C’est un lien assez intéressant, car je n’y avais jamais pensé. Quand je parle du premier album, je fais toujours référence à la pochette d’origine, qui est entièrement rouge. Il n’y avait pas de véritable réflexion pour lier le premier album à A Valediction. A Valediction est quelque chose de nouveau et probablement que les deux prochains albums feront changer de point de vue par rapport aux couleurs. Pour ce qui est du symbole de la couleur, ça fait référence à la troisième place, et comme je sais que nous n’avons pas encore écrit notre meilleur album, ceci est l’album de bronze, et le prochain sera l’album d’agent, et après il y aura l’album d’or.

Est-ce toi qui es représenté sur l’artwork ?

J’y ai pensé, mais ça vient d’Eliran Kantor. Il a pris une photo de lui-même, en étant plus ou moins son propre modèle, mais bien sûr on peut l’interpréter.

« Personne ne bougeait le petit doigt et n’était intéressé, parce que nous jouions ce genre de musique qui n’était pas très populaire à l’époque. Nous avons donc monté notre propre tournée et fondé notre propre label. Nous avons tout fait nous-mêmes. Cette attitude DIY est ancrée dans nos racines. »

Après quatre albums chez Relapse, vous sortez maintenant A Valediction chez Nuclear Blast. Qu’est-ce qui t’a poussé à changer ? A quoi t’attends-tu avec Nuclear Blast par rapport à ton expérience avec Relapse ?

Nous venions de finir notre contrat avec Relapse en livrant Diluvium. Donc le contrat ainsi que tout ce chapitre avec les albums connectés étaient remplis. Nous avons eu des offres de labels qui étaient intéressés. Avec Nuclear Blast, j’ai fait le choix du label ayant les meilleures intentions. Je me suis dit que ce serait celui qui aiderait mieux le groupe et, surtout, nous permettrait de travailler sur le long terme. J’ai aussi reçu des offres avec de beaucoup plus gros budgets, mais j’ai privilégié la stabilité et la durabilité. Jusqu’à présent, je suis très content de la manière dont tout fonctionne. Nous avons pu réaliser le rêve de travailler en Suède au studio Fredman. Nous avons aussi produit des clips très classieux. Nous avons pu travailler avec Eliran Kantor. Tout ce que je voulais faire, nous sommes parvenus à le faire, et Nuclear Blast nous a beaucoup soutenus. D’un autre côté, nous travaillons toujours avec Relapse sur la discographie passée. Donc tout ce qui est lié aux anciens albums continue et sera publié via Relapse Records. Nous avons une merveilleuse relation avec le label. Je suis très content des membres passés et présents ou de toute l’équipe chez Relapse. Nous ne coupons pas le cordon. Nous avons simplement travaillé avec une autre entreprise pour le nouvel album et je cherche toujours à avoir une bonne relation avec tous ceux avec qui je travaille.

Obscura aura vingt ans l’an prochain. Quelle était ton idée de ce groupe lorsque tu l’as créé ? Est-ce que cette idée a évolué ou changé d’une manière ou d’une autre ?

L’an prochain, en octobre je crois, nous célèbrerons nos vingt ans et nous prévoyons aussi de monter notre propre festival en décembre, ainsi que de sortir une biographie complète du groupe avec une avant-première dans un cinéma avec tapis rouge et tout ce qu’il faut pour une fête sophistiquée. J’ai trouvé ça très intéressant de parler justement des questions que tu avais sur nos anciens membres, les membres fondateurs et tous ceux qui ont travaillé avec le groupe entre-temps. J’ai dû moi-même me poser la question, et je pense que ce que nous faisons aujourd’hui, c’est exactement ce que nous faisions il y a dix-neuf, presque vingt ans : nous faisons la musique que nous aimons. Chacun apporte des idées sur lesquelles il a envie de travailler et ensemble, nous créons de la musique. C’est exactement ainsi que la première démo, Illegimitation, a été faite et c’est aussi de cette manière qu’A Valediction a été assemblé. Au final, il s’agit avant tout d’aimer faire de la musique ensemble. Tout le reste, en dehors de ça, ce n’est que du bonus.

Quatre ans se sont écoulés avant que vous ne sortiez Retribution en 2006. Ces quatre premières années ont-elles servi à vous trouver musicalement et sur le plan créatif ?

Ça aussi c’est une longue histoire. Nous avons décidé de consacrer tout un chapitre à cette période dans la biographie. Retribution a été enregistré en 2004, à peine neuf mois après notre première démo je crois, mais nous n’arrivions pas à trouver de maison de disques à l’époque. Personne n’était intéressé par ce type de musique, donc nous avons simplement commencé à organiser nos propres tournées et nos propres petits festivals. Je suis devenu l’organisateur du Munich Deathfest à l’âge de dix-huit ans ou quelque chose comme ça, donc il y a longtemps. Quand il n’y avait absolument aucune porte qui s’ouvrait pour nous et que nous essayions de partir en tournée, personne ne bougeait le petit doigt et n’était intéressé, parce que nous jouions ce genre de musique qui n’était pas très populaire à l’époque. Donc nous avons simplement organisé notre propre tournée et invité Suffocation. Nous avons donc monté notre propre tournée de sortie d’album et fondé notre propre label. Nous avons tout fait nous-mêmes. Cette attitude DIY est ancrée dans nos racines. Même avant ça, quand nous avons enregistré notre première démo, nous avons organisé des tournées nationales, d’abord dans le sud de l’Allemagne, principalement en Bavière, et après la tournée pour la sortie de l’album en 2006, nous avons fait notre propre tournée en tête d’affiche en Europe pendant trois semaines.

Nous nous sommes énormément investis durant ces années-là et ça a clairement façonné notre mode de pensée, parce que si tu comprends les deux situations, c’est-à-dire pas seulement être sur scène mais aussi travailler sur tout en coulisse, tu as un regard différent sur la manière dont les choses fonctionnent. C’est quelque chose dont je suis toujours fier aujourd’hui. Nous avons pu tourner dans des endroits où, en temps normal, on n’irait pas avec un groupe de metal. Ça nous a permis d’être tous très terre à terre. Quand je repense, par exemple, à notre tournée dans le sud et l’est de l’Europe en 2007, c’était l’une des meilleures tournées que j’ai jamais faites, notamment grâce à toutes les personnes que nous avons croisées. C’était super punk rock de jouer à trois, sans équipe, sans rien, juste avec le matériel que nous avions, mais nous avons été hyper bien accueillis dans des lieux où on ne s’attendrait pas du tout à voir un concert. Ces histoires et bien d’autres valent vraiment la peine d’être vues dans cette longue biographie du groupe.

« Ce serait sympa que les gens se disent que ce groupe a eu une volonté de fer et des couilles d’acier, simplement à cause de tous les déboires que nous avons eus [rires]. Et si en plus on se souvient d’une ou deux chansons, ça ne me dérangerait pas. »

A Valediction se termine sur la chanson « Heritage ». A ton avis, quel sera l’héritage du groupe ?

C’est dur à dire. Enfin, nous sommes un groupe, Obscura, qui est toujours là. Nous sommes là depuis près de vingt ans et j’espère que nous continuerons vingt ans de plus. J’ai vu des groupes aller et venir. Il y a de nombreux groupes qui ont eu du succès et ont fait de super albums, de super tournées, et qui se sont arrêtés à un moment donné, ils se sont séparés, mais nous, nous sommes toujours là. Je pense que ce serait sympa que les gens se disent que ce groupe a eu une volonté de fer et des couilles d’acier, simplement à cause de tous les déboires que nous avons eus [rires]. Et si en plus on se souvient d’une ou deux chansons, ça ne me dérangerait pas.

Tout juste un mois avant la sortie d’A Valediction, tu sors aussi un nouvel album de Thulcandra, intitulé A Dying Wish. As-tu fait ces deux albums en parallèle, en même temps ? Comment es-tu parvenu à jongler entre les deux ?

Je ne peux pas travailler en parallèle sur deux groupes différents. Je travaille toujours en termes de projet. Donc quand je commence à travailler sur un album d’Obscura, je commence et je le finis d’une traite, et c’est pareil pour Thulcandra. L’album d’Obscura a été terminé probablement vers fin mars, début avril, et Thulcandra c’était quelque part durant l’été. J’essaye toujours de séparer les deux groupes, autant que possible.

Peux-tu nous parler d’A Dying Wish ? C’est le premier album de Thulcandra en six ans…

Oui, il a pris pas mal de temps, mais Thulcandra est toujours tributaire des plans d’Obscura. Comme je vis d’Obscura, car nous tournons internationalement et régulièrement, c’est ma priorité. Tous les membres de Thulcandra ont un boulot à côté. Nous vivons assez proches les uns des autres, donc nous pouvons répéter régulièrement. Toute l’attitude du groupe est un petit peu différente. Nous sommes très sélectifs avec les concerts, mais nous célébrons chaque concert ainsi que chaque répétition que nous faisons et nous prenons la musique très au sérieux. Nous sommes aussi sérieux que je le suis avec Obscura. Les deux groupes viennent de deux planètes totalement différentes, de mondes différents, mais j’adore les deux. Je fais ceci depuis très longtemps et j’en suis très content. Avec ces deux groupes, je n’ai besoin de rien d’autre. C’est aussi la raison pour laquelle je n’ai jamais joué dans un autre groupe à côté.

Mais concernant A Dying Wish, si vous aimez la musique sortie en Scandinavie dans les années 90, surtout sur les vieux labels No Fashion Records ou War Anthem Records, et les albums de Mörk Gryning, Unanimated, Sacramentum, Dissection évidemment, alors je pense que vous adorerez cet album. Je ramène à la vie tout ce qui a trait à cette période. Jusqu’à présent, les réactions sont très positives. Je suis en plein en train de faire les interviews pour l’album. J’ai eu les premières chroniques et les réactions, surtout celles des fans, sont extraordinaires. Nous avons une nouvelle fois vendu tous les vinyles, en tout cas sur notre boutique en ligne. C’est assez intéressant. Je pense que nous n’avons perdu aucun fan durant ce laps de temps de cinq ou six ans. Au contraire, nous en avons gagné. Le groupe n’est pas très actif mais à la fois, on dirait que la communauté de fans n’a cessé de grandir.

Pour finir sur une anecdote, durant la tournée américaine de Diluvium, le sac contenant ton passeport a été volé et tu n’as pas pu rentrer au Canada. Au final, Max Phelps et Alex Weber d’Exist t’ont remplacé au chant. Comment as-tu personnellement vécu cette malheureuse situation, à ne pas pouvoir jouer dans ton propre groupe que tu as créé ?

Je n’ai pas réfléchi à ça au départ, car le plus important était simplement d’obtenir un nouveau passeport et, surtout, un visa US valide à temps. Nous avons été à deux doigts d’annuler toute la tournée, car si je quittais les Etats-Unis, je n’avais pas le droit de revenir. C’est la raison pour laquelle je ne suis pas rentré au Canada. Pour ce qui est du concert, ça va. Le groupe a joué à trois, ils n’avaient pas d’autres choix. Je suis content que tous les groupes d’ouverture nous aient aidés à rendre ces concerts possibles, mais pour les fans, je suis vraiment désolé qu’ils aient eu à voir Obscura dans ces circonstances. Nous allons revenir sur la prochaine tournée et nous faire pardonner pour ces trois concerts sans moi.

Interview réalisée par téléphone le 24 octobre 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Vincent Grundke & Chris Rogl.

Site officiel d’Obscura : realmofobscura.com

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