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Chronique   

Obscura – Akróasis


Obscura - AkróasisÇa a été le grand chamboulement chez Obscura depuis l’album de 2011 Omnivium. Le départ de Jeroen Paul Thesseling n’aura pas vraiment étonné, le bassiste fretless est réputé autant pour son talent hors norme que pour être un mercenaire insaisissable. En revanche, voir le guitariste Christian Muenzner et le batteur Hannes Grossmann, tous deux devenus de vrais piliers au sein du groupe, faire leurs valises aura quelque peu surpris. Mais quand il y a une profonde divergence de vision musicale – puisque c’est la raison principale invoquée par les deux musiciens -, il vaut peut-être effectivement mieux ne pas chercher à forcer les choses jusqu’au point de rupture et partir s’épanouir chacun de son côté. Et on a pu voir avec le premier album d’Alkaloid, le nouveau groupe de Muenzner et Grossmann, à quel point ils avaient une décharge créative à libérer qui ne convenait peut-être pas à Steffen Kummerer, le leader historique d’Obscura, et la conception bien établie qu’il a depuis le début pour son bébé. La divergence devient d’autant plus évidente aujourd’hui à l’écoute d’Akróasis, nouvel opus d’Obscura et troisième dans un concept philosophique sur le cycle de l’existence prévu pour s’étendre sur quatre albums.

Dans son communiqué pour annoncer son départ, Grossmann expliquait : « Ma vision musicale allait dans le sens de chansons comme ‘Aevum’ ou ‘Septuagint’, peut-être même plus loin en termes de complexité. Les idées musicales de Steffen sont plutôt dans la veine de l’album Cosmogenesis. » Et il est clair que ce qu’il propose avec Alkaloid dénote d’une envie d’aller beaucoup plus loin dans la brèche entre-ouverte par certains titres d’Omnivium vers des horizons encore plus décomplexés que ce que propose aujourd’hui Obscura. Là où Omnivium pouvait effectivement préfigurer d’un avenir progressif dans son sens le plus large (ce qu’est donc devenu The Malkuth Grimoire d’Alkaloid), Akróasis reste cantonné au death metal technique et progressif pur. Et ceci passe par le registre vocal de Kummerer qui se concentre sur sa palette extrême – tantôt guttural, tantôt plus criard, quelques susurrements lugubres, etc. -, abandonnant les voix claires introduites dans l’opus précédent, conservant juste les voix au vocoder. A cet égard, il y a d’autant plus comme une forme d’hommage à Cynic et son mythique album Focus (1993) dans la façon dont il est ici fait usage de ce dispositif et sa sonorité. Ce qui atteste d’un désir de s’inscrire dans une tradition, un héritage.

Mais surtout, Akróasis reste extrêmement orienté technique, même s’il joue sur une variété de tempos bien venue (la lourdeur à la Gojira d’ « Ode To The Sun » est assez inédite chez Obscura) et respire davantage que les deux précédentes réalisations. Et il en faut des écoutes avant de vraiment parvenir à poser son grappin sur cet album. Obscura avance et ne se pose pas la question de savoir s’il laisse l’auditeur sur le carreau. Certes, le duo de guitare que forme Kummerer avec Tom Geldschläger (déjà parti, en juillet 2015, remplacé depuis novembre par Rafael Trujillo qui n’a cependant pas participé à l’album – oui, Obscura est difficile à suivre à tous les points de vue) est époustouflant, se livrant à des cassures de rythme à donner des hauts le cœurs, des trémolos fulgurants de précision, des sweepings cataclysmiques, des leads et solos funambulesques, des dissonances à vriller les neurones et autres arpèges extraterrestres. On pourra cependant regretter que cette technicité tende à se faire au détriment du sens mélodique qui prend, parfois, une tournure démonstrative plus qu’émotive. Parfois, parce qu’Akróasis ne manque pas de moments d’orfèvrerie mélodieuse (« Sermon Of The Seven Suns » ou, la plus accrocheuse du disque, « Akróasis » en sont de bons exemple) mais il faudra souvent faire l’effort d’aller les chercher dans la masse d’informations et les saisir avant qu’ils ne s’évaporent, au lieu que ce soit eux qui s’imposent à nous et nous guide. Et certainement que le manque de thèmes de basse entêtants, de la qualité de ceux que Jeroen Paul Thesseling avait l’art de sortir de derrière les fagots, participe à cette sensation. Pas que Linus Klausenitzer démérite, loin s’en faut (sa ligne sur l’éponyme, digne d’un Sean Malone), mais son jeu certes des plus virtuoses et bien mis en avant n’a pas toujours toute la pertinence de celui de son illustre prédécesseur.

Pourtant, à bien y regarder, tout dans Akróasis est à sa place et d’une logique implacable, y compris les quelques vraies nouveautés qu’on peut y entendre. A commencer par les chœurs qui donnent une dimension quasi liturgique au final d’ « Ode To The Sun » (pourquoi diable ne pas avoir plus exploiter ceci ?) en reprenant l’un des refrains les plus mémorables du disque, ainsi que les arrangements de percussion qui parcourent cette chanson et participent à lui donner de l’envergure. Et puis il y a le cas « Weltseele » : quinze minutes de méandres progressifs hauts en couleurs, avec notamment de légères teintes orientales, aux ambiances d’un autre monde, complètement délurés par moments mais également aérés par des accalmies délectables (l’introduction acoustique, l’interlude orchestral, le solo qui serpente à 9:50, etc.). Mais c’est aussi l’apport des cordes, précieuses et finement arrangées, qui propulsent cette chanson au rang de la plus ambitieuse et grandiose du répertoire d’Obscura.

Ça ne fait aucun doute, Akróasis est un album de haute voltige. On n’en attendait pas moins de la part des Allemands. Mais quitte à saper l’évolution vers plus d’ouverture appelée par Omnivium, on l’attendait sur l’équilibre qui a fait de Cosmogenesis l’un des plus grands albums du genre mais aussi un album relativement accrocheur en dépit de son intense complexité. Or Obscura a plutôt choisi de jouer la carte de l’élitisme qui pourra autant fasciner que rebuter.

Clip de la chanson « Akróasis » :

Ecouter les chansons « Sermon Of The Seven Suns » et « The Monist » :

Album Akróasis, sortie le 5 février 2016 via Relapse Records.



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