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Chronique   

Obscura – Diluvium


Obscura arrive enfin au terme de son cycle de quatre albums amorcé par Cosmogenesis (2009), passant par Omnivium (2011) et Akróasis (2016). Diluvium marque la fin d’une ère pour Obscura, celle qui a propulsé les allemands sur le devant de la scène du death metal technique et de la musique progressive. Le groupe est passé par de nombreux états, on était en droit de s’inquiéter en 2015 lorsque les départs respectifs du batteur Hannes Grossmann et du guitariste Christian Münzner étaient annoncés, pourtant Akróasis avait su rassurer les plus sceptiques. Diluvium est un album qui s’est composé dans un contexte plus stable (même s’il inaugure la première participation du guitariste Rafael Trujillo à un album du groupe) et qui, s’il marque bel et bien la fin d’un cycle, dévoile des indices quant à quelques légers ajustements d’orientation musicale d’Obscura.

Obscura n’a pas changé de style, loin de là. Simplement, les nombreuses écoutes de Diluvium amènent au constat suivant : Obscura tergiverse beaucoup moins et se veut plus direct. Il suffit d’étudier la durée des chansons pour en avoir le premier signe : seules deux compositions dépassent à peine les six minutes. En outre, le groupe avait au préalable présenté le clip vidéo de « Diluvium » comme l’une des compositions les plus brutales de l’album, à raison. Sur cette composition, le chant de Steffen Kummerer se situe en plein dans le registre du death traditionnel, sans artifice, avec quelques essais du côté du growl ultra-caverneux. La batterie de Sebastian Lansner se veut plus rentre-dedans, plutôt axé sur la continuité de la double-pédale. On retrouve des aspects de cette philosophie plus violente à de nombreuses reprises sur l’album, notamment sur le riff de « Mortification Of The Vulgar Sun », l’un des plus lourds de l’album avec l’introduction d’ « Ekpyrosis » (qui ne tarde pas à se muer en cascade de notes). Le côté en apparence plus brutal du nouvel exercice d’Obscura ne signifie pas pour autant un recul en termes de technicité. Pour preuve, les allemands ouvrent l’opus via « Clandestine Stars » et son break syncopé. Les guitares s’en donnent à cœur joie, multipliant accords dissonants et leads débridés, pour aboutir sur un refrain au vocodeur qui, évidemment, rappellera les lignes vocales de Paul Masvidal avec Cynic. La suite du titre alterne entre démonstration de basse fretless (qui perce encore mieux le mix que sur Akróasis) et soli de guitare, dont un excellent lead qui se charge d’accrocher l’auditeur au sein de ce florilège. Obscura est peut-être moins éprouvant lorsqu’il lève le pied et laisse son côté le plus mélodique s’exprimer à l’instar du travail de tapping sur « Emergent Evolution », appuyé là encore par le vocodeur, ou du refrain presque épuré (relatif à Obscura) de « Convergence » qui vient trancher avec la virtuosité rythmique constamment mise en avant par la formation.

Paradoxalement, c’est lorsqu’ Obscura ne se laisse pas complètement emporter qu’il imprime le plus sa marque. « The Seventh Aeon » se contente d’alterner passages acoustiques et riffing death au sein d’un songwriting plus simple et pourtant infiniment plus accrocheur, à l’instar de la voix de Steffen Kummerer bien plus expressive lorsqu’elle n’est pas retraitée à outrance. Il ne faut pas s’y tromper, les envolées techniques peuvent laisser bouche bée à l’image des parties guitares d’ « Ethereal Skies » qui rivalisent d’intensité. Pourtant, et ce malgré le côté plus direct de l’album, les démonstrations d’Obscura peuvent se révéler malignes lorsqu’elles brisent la dynamique d’une composition. « Ekpyrosis » peine à s’ancrer en raison du fait qu’il est totalement protéiforme, parfois lourd, parfois proche du death scandinave, parfois justement à la frontière entre le heavy metal et le death progressif – ce qui fait qu’on apprécie que mieux la respiration au milieu du morceau. À ce titre, l’audace des changements abrupts de registres au sein d’ « An Epilogue To Infinity » semblent mieux maîtrisés car Obscura a réussi à baliser le chemin via suffisamment d’accroches, que ce soit par la récurrence d’une mélodie ou d’une rythmique plus appréhensible.

Moins « progressif », pas moins technique, bien au contraire. Obscura a privilégié des compositions plus courtes, pourtant leur extrême densité empêche de retenir d’emblée les moments forts de ce Diluvium, qui en est pourtant rempli. Évidemment, pour une approche aussi technique de la musique, le temps doit faire son œuvre. Cependant, force est de constater que les moments exaltants de la musique d’Obscura se laissent moins apprivoiser. Si l’on recherche de la virtuosité, impossible de passer à côté de Diluvium qui clôt élégamment le cycle de Cosmogenesis. Pour ce qui est de l’émotion, il faudra creuser davantage (et lorgner du côté du titre bonus « A Last Farewell », qui est un bijou de fretless).

Chanson « Emergent Evolution » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Diluvium » :

Album Diluvium, sortie le 13 juillet 2018 via Relapse Records. Disponible à l’achat ici



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