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Live Report   

Obscura et ses amis : l’évolution émergente du death metal


Fort de son succès depuis Cosmogenesis paru en 2009, le quatuor Obscura revient en France dans le cadre d’une tournée européenne en tête d’affiche. Avec cinq albums à son actif, les Allemands ont largement matière à produire une setlist riche retraçant leur discographie en faisant honneur à leur carrière démarrée en 2002, même s’ils sont bien entendu de passage par chez nous pour présenter le remarquable Diluvium paru l’année passée.

Ces dates axées death technique et progressif pouvaient être annoncées comme immanquables pour les aficionados du style puisque le plateau réunissait également deux grosses figures montantes de la scène US, Fallujah et Allegaeon, qui à ne pas douter marqueront l’année 2019 puisque les deux formations prometteuses proposeront de nouvelles parutions dans les prochains jours. Ce sont les Québécois de First Fragment qui auront l’honneur d’échauffer les nuques pour cette tournée, où nous nous sommes rendus sur deux dates françaises pour immortaliser ce moment, par la photographie sur Paris, et par l’écrit sur Lyon.

Artistes : Obscura Fallujah Allegaeon First Fragment
Date : 15 février 2019
Salle : CCO
Ville : Lyon [69]

First Fragment

Si on prend un peu de distance pour observer ce monstre à quatre têtes, on peut affirmer sans prendre trop de risques qu’on est confrontés à l’incarnation du death metal actuel, si ce n’est celui du futur. Ces dernières années, un territoire en particulier est devenu un milieu fertile en termes de technical death moderne : le Québec. Instinctivement on a à l’esprit les désormais vieux Teutons de Kataklysm, mais également dans un style plus extrême en termes de technicité les camarades de Beyond Creation. Sur les planches ce soir se présentera une formation plus méconnue du public français, First Fragment, qui a à son actif un album et un EP, ainsi qu’une œuvre en gestation dont les Québécois présenteront quelques extraits. Sur un light show bleu, et en épargnant l’audience de toute introduction, First Fragment balance ses riffs death tech dès 19h30 devant un public encore un peu épars. Au début de la performance, le son semble équilibré mais paradoxalement un peu brouillon. Ce manque de clarté empêchera le public de se mettre pleinement en phase avec la musique proposée par le combo et les spectateurs resteront relativement statiques pendant le premier quart d’heure. Si le groupe s’essaye à provoquer la masse en réclamant un circle pit, le cercle se formera… mais sans le pit.

Pas de découragement cependant de la part des musiciens qui continuent leur show en toute confiance, notamment le batteur torse nu qui headbanguera de manière circulaire tout au long des trente minutes du set sans s’arrêter. Pourtant les mélodies portent avec elles quelques idées remarquables, avec des passages progressifs presque loufoques, le tout étant desservi par une bonne maîtrise musicale qui n’est, malgré tout, pas sans montrer quelques failles rythmiques audibles pour les spectateurs les plus exigeants. De même, le jeu de lumière peut paraître assez pauvre par rapport à la richesse musicale de First Fragment, et surtout vis-à-vis des groupes qui vont suivre pendant la soirée. Mais on les pardonne sans sourciller, car les musiciens ont un capital sympathie indéniable qui donne le sourire malgré leur concentration très lisible. Finalement leur persévérance et la stabilité de leur prestation finissent par payer puisque l’audience est progressivement saisie par les musiciens, en particulier sur le titre accrocheur « Gula » qui au mieux commencera à agiter quelques têtes chevelues, et au minimum intéressera les spectateurs plus sceptiques. Terminant par « Paradoxal Subjugation », la balle revient dans le camp des Québécois, si l’on en croit les réactions positives et les applaudissements chaleureux du parterre bien plus fourni en fin de set.

Setlist First Fragment :

Le Serment de Tsion
Voracité (Apothéose, partie 1)
Soif Brûlante
Gula
Paradoxal Subjugation

Allegaeon

Pendant la courte pause de quinze minutes, Allegaeon se prépare et finalise ses réglages. Nous avions vu les Américains pour la dernière fois lors d’une date assez atypique, et ces derniers avaient eu le bon goût d’utiliser comme musique test pour les samples le morceau culte « 7th Element » de Vitas. Ce vendredi soir, il s’agira du générique de New York, Unité Spéciale, qui suscitera quelques réactions du style : « Mais je connais cette musique, c’est quoi déjà ? » Passé l’anecdote, revenons à la musique avec une question qui aurait le mérite d’être posée : Allegaeon vulgarise-t-il le death metal technique ? Entendons le terme de vulgarisation telle la vulgarisation scientifique qui tend à rendre plus facile d’accès ce qui est de prime abord très compliqué. Car effectivement la musique des Américains est complexe et extrême, en termes de technique et de mélodie puisqu’on parle malgré tout de death metal. Et pourtant, ce qui s’entendait déjà dans leurs travaux studio devient encore plus flagrant en live : tout semble fluide et évident, parvenant à atteindre tout un chacun. Les multiples solos bien placés sont particulièrement exquis même pour ceux qui ne sont pas des mordus de guitare. Guidée par le charismatique chanteur Riley McShane, qui accompagne avec ses mouvements de bras ses musiciens, l’accroche est immédiate avec le public. Une bonne partie de l’audience était d’ailleurs déjà acquise à leur cause puisqu’on a pu observer pas mal de T-shirts et de patchs Allegaeon confirmant que le groupe n’est pas « qu’une première partie ».

Depuis leur dernier passage en France, le groupe a modifié un peu la setlist en laissant de côté le peu de chant clair qu’il y avait, et avec semble-t-il l’intention de durcir le ton peut-être pour être davantage en raccord avec le plateau du soir. Les Américains anticipent leur sortie prochaine en jouant deux morceaux, dont « Stellar Tidal Disruption », sur des lumières vives rouges servant à merveille le propos. Le public est enthousiaste et offrira son premier pogo sur la demande du leader pour accompagner « Allegaeon – Gravimetric Time Dilation » tiré de Elements Of The Infinite (2014). Techniquement, tout est irréprochable et le son est impeccable, Allegaeon fait donc un sans-faute pour une performance qui est tout sauf automatique, ce qui n’est pas anodin pour le style. Les musiciens sont expressifs et communicatifs, et mention spéciale au jeune guitariste à la casquette à l’envers Michael Stancel qui du haut de ses 24 ans semble totalement à son aise sur les planches. La musique incarnée par les instrumentistes plonge les spectateurs dans leur univers, à moins de ne présenter que très peu d’affinités avec le groupe évidemment, ce qui semble être le cas de bien peu de personne ce soir. Prenons donc les paris et voyons le résultat dans quelques années, mais Allegaeon semble s’inscrire dans les futurs incontournables du « nouveau » death metal.

Setlist Allegaeon :

All Hail Science
Gravimetric Time Dilation
1.618
Stellar Tidal Disruption
Behold (God I Am)

Fallujah

Direction la Californie avec une formation qui a su faire parler d’elle ces dernières années : Fallujah, qui malgré son jeune âge a déjà connu quelques changements majeurs de line-up. Annoncé récemment, c’est Anthony Palermo qui succède à Alex Hofmann au poste de chanteur, se présentant pour la première fois sur les planches lors de cette tournée européenne. Un nouveau style pour incarner l’évolution musicale de Fallujah qui se démontrera sans doute davantage avec la sortie prochaine d’Undying Light. Se courbant et observant son nouveau public avec un sourire se situant entre le narquois et le totalement flippant, la nouvelle voix de Fallujah lance les hostilités avec « Carved From Stone » tiré de The Flesh Prevails. Nous déconseillons aux futurs spectateurs d’être en phase de digestion pour assister à une performance scénique des Californiens, car les musiciens proposent en effet un hybride entre death technique et break metalcore qui soulève l’estomac. Leur son est opaque, et s’il peut freiner les plus susceptibles dans leurs travaux studio, l’exercice du concert favorise grandement l’immersion dans leur musique pourtant éminemment complexe.

Impossible de nier que le chant de Palermo apporte une couleur nouvelle soulignant peut-être davantage un trait deathcore aux mélodies, puisque celui-ci tire sur un growl bien plus aigu que son prédécesseur, qui pour autant ne semble pas freiner l’audience dans son engouement. Le jeu de lumière est intense et permet de captiver le public qui s’énerve progressivement. Le pit s’agite, et les musiciens aux allures de lycéens rebelles semblent totalement en symbiose et interconnectés. Les parties samplées planantes arrivent à aérer avec une grande justesse l’épaisseur des compositions. Difficile de rester réfractaire au groupe face à l’énergie scénique qui se dégage et à la puissance de ses breaks, mais si Fallujah confirme sa réputation, il vient aussi montrer un aperçu des nouvelles compositions avec les titres « Last Light » et « Ultraviolet ». Evidemment le public sera peut-être plus réceptif aux anciens morceaux comme sur la puissance d’un « Sapphire » qu’Anthony Palermo réinterprétera avec brio, ou « Amber Gaze » de Dreamless au riffing entêtant sorti en 2016, qui sera particulièrement bien servi lors de ce set. Le Fallujah nouvelle génération est particulièrement bien reçu par le CCO et a su s’attirer des curieux qui creuseront la discographie du combo et suivront le tournant artistique des musiciens… Rendez-vous au 15 mars, donc.

Setlist Fallujah :

Carved From Stone
Ultraviolet
Adrenaline
Sapphire
Abandon
Last Light
Scar Queen
Amber Gaze
The Void Alone

Obscura

Alors que le dernier changement de plateau s’effectue et qu’Obscura s’apprête à rentrer sur scène, un drame survient au CCO. En effet, les spectateurs lyonnais ont été particulièrement assoiffés (vendredi soir oblige), et les stocks de bières sont épuisés. Certains mécontents râleront quelques minutes, mais ils devront se faire une raison, les riffs d’Obscura devront s’apprécier sans breuvage houblonné… C’est donc un défi de taille pour le quatuor de réussir à captiver les spectateurs, même s’ils sont la véritable tête d’affiche de la soirée. D’ailleurs le frontman Steffen Kummerer évoquera le précédent passage du groupe en terre lyonnaise : c’était il y a dix ans en première partie de Cannibal Corpse et Dying Fetus (donc dans un autre registre de death metal) sur la tournée de leur album désormais incontournable Cosmogenesis. Dix ans et trois albums plus tard, les Allemands qui ont remanié leur line-up se sont précisés en termes de direction artistique, et ont surtout pris de la bouteille. Scéniquement, cela se révèle par des lumières chaudes rappelant par ailleurs souvent celles de l’artwork d’Akróasis, et des jets de fumées réguliers en guise d’effets visuels. Bien que la prestation soit carrée et le son précis, elle semble parfois reposer sur ces artifices puisque les musiciens sont relativement statiques derrière leurs instruments. On peut regretter aussi que les passages de guitares acoustiques soient samplés dans une musique pourtant riche. Le groupe n’épargne cependant pas le public de leur bonne humeur avec un Steffen communicatif, et le bassiste Linus Klausenitzer jovial et particulièrement décontracté. Ce dernier aura d’ailleurs droit à un interlude avant « Ode To The Sun » où il montrera ses prouesses assez impressionnantes. Seul Sebastian Lanser paraîtra en retrait derrière sa batterie imposante.

Obscura

Côté setlist, le groupe pioche dans tous les albums excepté le premier, Retribution, faisant surtout bonne promotion des deux derniers, qui se suivent d’ailleurs conceptuellement parlant. En ce lendemain de Saint-Valentin, le leader encourage les voisins et voisines de spectacle à se prendre dans les bras pour une ballade respirant l’amour, « Mortification Of The Vulgar Sun » tiré de Diluvium, qui est bien entendu bien plus massive et saisissante en live que romantique. Là où Fallujah provoquait pas mal de mouvements dans la foule, le public pendant Obscura sera plus attentif qu’actif, préférant admirer la gestualité des musiciens et leur maîtrise irréprochable. Mais la musique d’Obscura ne peut se résumer qu’à de la technicité et un titre plus vieux comme « Incarnated » est un hit, en témoigne une partie du public qui reprend en chœur certains de ses riffs fédérateurs. C’est sur un titre de la même époque que les Allemands feront leur rappel, ainsi « The Anticosmic Overload » conclura leur prestation, montrant à lui seul le chemin que le groupe a parcouru pour en arriver là où il en est aujourd’hui.

Steffen Kummerer a demandé au public de ce vendredi soir si le death metal était toujours vivant. Si les spectateurs de cette tournée en sont bien entendu convaincus, les groupes ont même fait la démonstration qu’une nouvelle génération est bel et bien installée. Là ou des groupes de l’ancienne école donnent parfois l’impression de tourner en rond, en studio ou en live, ces formations des années 2000 montrent que savoir-faire, créativité et inspiration sont toujours possibles dans le death metal.

Setlist Obscura :

Emergent Evolution
Ten Sepiroth
Diluvium
Akróasis
Septuagint
A Last Farewell
Mortification Of The Vulgar Sun
Ode To The Sun
Incarnated
Perpetual Infinity
An Epilogue To Infinity
Rappel :
The Anticosmic Overload

Report : Jean-Florian Garel
Photos : Matthis Van der Meulen



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