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Chronique   

Obsidious – Iconic


Ce serait un grotesque abus de langage de dire qu’Obsidious est né des cendres d’Obscura, ces derniers ayant continué à prospérer au fil des changements de line-up. Toujours est-il que c’est au sortir du groupe que trois membres (guitare, basse, batterie) ont forgé cette nouvelle entité. À cette triplette virtuose s’accole le chanteur Javi Perera, issu d’un milieu plus thrash et groovy mais dans lequel la technicité n’était pas non plus une denrée rare. Lui et le bassiste Linus Klausenitzer (qui officie parallèlement pour Alkaloid) sont des habitués des expérimentations progressives et autres croisements, et comptent bien insuffler le nécessaire à Obsidious pour ne pas être étiquetés comme un « Obscura Bis ». Le quatuor cosmopolite, pris sous l’aile solide de Season Of Mist, s’est payé pour ses débuts les services du producteur V. Santura, membre de Triptykon ayant justement servi Obscura en studio, entre autres faits d’armes. L’objectif martelé est assez clair mais non moins ambitieux : pousser à l’évolution des genres qui leur servent de base.

Les thèmes couverts par Iconic sont divers, allant de la démence (une affliction hélas familière pour le chanteur, professionnel de santé à ses heures non musicales) avec la chanson-titre… au BDSM sur « Sense Of Lust » (pour une fois, il ne s’agit pas d’une faute de frappe sur « DSBM »). Rien de tel qu’un cocktail de sujets pour servir un florilège stylistique et démontrer les capacités d’un groupe sorti de l’œuf. La musique d’Obsidious pourrait grossièrement s’introduire comme une fusion entre du prog/heavy (voire power) et du death technique. De quoi donner de mauvais pressentiments à certaines franges du public, mais la recette, enrichie en agents liants, parvient – dans les faits et dans l’ensemble – à convaincre. Les soli, pour ne citer qu’eux, font office d’efficace jonction entre les deux mondes. Le contraste reste marqué – parfois trop, comme avec certains ponts de chant clair. Avec le recul, on peut néanmoins voir là, plutôt qu’un défaut, un témoin de l’absence de contraintes chère au groupe.

Les membres n’hésitent pas à mentionner Dream Theater parmi leurs nombreuses influences, et chacun pourra placer une tripotée de noms (de Kamelot à Stratovarius) sur cette musique selon ses affinités et les passages étudiés. De la collision entre cette veine épique et l’héritage d’Obscura émerge un péplum spatial où tout devient possible. « Under Black Skies » fait d’entrée le grand écart, avec quelques incursions de chant (très) clair au sein de six minutes où la brutalité reste la norme. Loin du « tout ou rien », Javi Perera s’appuie également sur des formes relativement mélodiques de cris, conciliant gravité, poésie et brutalité (« I Am »). Sur « Bound By Fire », sa voix se fait étonnamment traînante par rapport à la vitesse de croisière moyenne de l’album, mais peut-être est-ce là ce qui en fait l’une des mélodies les plus mémorables de l’album. « Iron & Dust » montre qu’Obsidious n’a pas non plus peur des accroches vocales que l’on pourrait taxer d’appartenir au metal alternatif, fédératrices mais pas nécessairement dépourvues d’émotions authentiques. Surprise parmi d’autres : sur « Devotion », le vocaliste semble jouer des coudes, avec un refrain au phrasé et au style particuliers, très groovy mais qui se refuse aux tiroirs conventionnels.

Officiellement, même s’il reste ébouriffant, Iconic ne se veut pas ostentatoire dans la technicité. Des titres comme « Sense Of Lust » optent même pour une relative lenteur et vous laisseront vous recaler au fond de votre siège. L’opaque côtoie ainsi des avances plus directes et transparentes. La combinaison des riffs saccadés et écorchés avec un growl tout aussi difficile à prédire tend parfois vers le style caractéristique de Between The Buried And Me, une autre inspiration revendiquée. S’il n’est en outre pas rare de finir piétiné sous une basse insistante, façon Cattle Decapitation (et autres formations ne faisant pas nécessairement dans la finesse), cette dernière revêt généralement des atours plus mélodiques, batifolant du côté de Beyond Creation. Le tout est lissé par les accroches vocales, notamment les brefs refrains et autres lignes de chant mélodiques. Ces mixtures d’émotions et d’humeurs ne sont jamais bien évidentes à mettre en place : Obsidious se devait de rester rapide et heavy tout en se montrant catchy. Le côté épique qui ressort par moments de ces collisions est un bonus fort bienvenu.

« Quitte ou double ? » aurions-nous envie de demander à la suite de l’écoute d’Iconic. L’approche d’Obsidious divisera à n’en pas douter, voire semblera prétentieuse par sa démarche (« mener la charge » pour l’évolution de plusieurs genres, etc.). Reste qu’il relèverait d’un élan de mauvaise foi que de nier le talent de musiciens des protagonistes ; dans l’ensemble, les compositions présentées sur Iconic font mouche. Qui ne tente rien n’a rien. Les frontières ne se repousseront pas d’elles-mêmes : il convient d’introduire quelques éléments perturbateurs et d’observer ce qu’il se passe. Obsidious compte bien se frotter à cette tâche et n’a cure des restrictions habituelles.

Clip vidéo de la chanson « Lake Of Afterlife » :

Clip vidéo de la chanson « Sense Of Lust » :

Chanson « Bound By Fire » :

Lyric vidéo de la chanson « Under Black Skies » :

Clip vidéo de la chanson « Iconic » :

Album Iconic, sortie le 28 octobre 2022 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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