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Interview   

Of Mice & Men rassure et se rassure


Celui qui s’était éclipsé durant un an, entre 2010 et 2011, a définitivement pris congé d’Of Mice & Men. On parle évidemment du chanteur Austin Carlile qui, une fois encore pour des raisons de santé, a dû se résoudre fin 2016 à mettre un terme aux longues tournées. Loin de se démonter, malgré l’impact évident de ce départ et les questionnements qui sont venus avec, le groupe décide non seulement de poursuivre l’aventure mais également de ne pas remplacer Carlile, le bassiste Aaron Pauley, qui assurait déjà une partie du chant et étant lui-même à l’origine chanteur (notamment dans Jamie’s Elsewhere), prenant le relais en tant que frontman. Ainsi a commencé un nouveau chapitre dans la carrière d’Of Mice & Men.

Six mois après ce grand chamboulement, avec deux nouvelles chansons déjà parues et une belle poignée de concerts, il est temps de faire le point sur ce récent passé mais aussi où en est le groupe aujourd’hui. Nous avons rencontré Pauley à l’occasion de leur passage à Paris le mois dernier pour en discuter.

« Austin est un showman et un frontman hors pair, et à la fois, c’était notre frère, donc nous ne pouvions pas imaginer regarder par-dessus notre épaule et voir quelqu’un d’autre. »

Radio Metal : Le chanteur Austin Carlile a annoncé son départ du groupe en décembre de l’année dernière. Quel était votre état d’esprit à ce moment-là ? Comment avez-vous réagi mais également les fans ?

Aaron Pauley (chant & basse) : Il nous a annoncé ça début novembre. Donc nous le savions avant que ce soit communiqué au public. Il nous a prévenus un jour ou deux avant de sortir de l’hôpital. Il est clair que nous n’étions pas sûrs de poursuivre avec le groupe au départ. Je ne pense pas que nous ayons décidé de continuer avant peut-être une semaine ou deux après ça. Et ensuite, nous nous sommes tous réunis dans notre salle de répétition pour faire de la musique – en fait, nous disons « faire du bruit », lorsque nous nous retrouvons juste pour faire beaucoup du bruit avec nos instruments et tout. Nous avons commencé à jouer certaines vieilles chansons, et c’est un peu là où nous avons décidé que c’était très important pour nous de continuer.

Je suis arrivé dans le groupe en 2012. Le groupe avait déjà traversé plusieurs changements de line-up auparavant, y compris avec Austin qui est parti pendant un an lorsque Jerry Roush était au chant. Le groupe a toujours été un… Il y a toujours eu une sorte de porte tournante avec les musiciens, si tu veux, pendant les quelques premières années. Lorsque j’ai rejoint le groupe et que j’ai commencé à jouer dans le groupe en 2012, pour nous, Of Mice & Men n’a jamais vraiment été centré sur ses membres, ça a toujours été une question de musique et de toujours se battre le plus lorsque les choses devenaient difficiles, y compris lorsqu’on perd des gens et que d’autres arrivent. C’était dur aussi pour les fans parce que le groupe est très important pour eux, autant que pour nous en tant que membres du groupe. Mais une fois que nous avons annoncé que nous allions continuer, le soutien que nous avons reçu était incroyable.

La raison qui a été annoncée à l’origine pour le départ d’Austin était sa santé, car il souffre du syndrome de Marfan. Mais il a plus tard révélé via Instagram que ce n’était pas la seule raison et que l’une des raisons était que vous n’alliez pas le « laisser composer ce qu[‘il] voulai[t] sur le prochain album. » Est-ce que ça signifie qu’il y avait des désaccords artistiques ?

Non, nous n’avons jamais parlé de nouvelle musique avant qu’il nous dise qu’il partait. Et tout ce que nous avons fait avant était collaboratif. Donc je ne peux pas faire de commentaire là-dessus. Je ne sais pas d’où ça vient, pour être honnête. Les fans ont un peu pris ça pour… Parce que beaucoup de monde auront tendance à prendre quelque chose sur un sujet donné et essayer de le rendre plus dramatique que ça ne l’est ou en faire autre chose, mais tout a toujours été collaboratif. Et nous avons absolument toujours été amis.

Tu as pris en charge les deux rôles vocaux. Comment avez-vous pris cette décision ?

Je suppose que c’est juste ce qui paraissait le plus naturel. Je faisais déjà la moitié du chant en live. Crier est quelque chose que j’ai déjà fait dans mon précédent groupe, et j’ai aussi fait des chœurs criés en live. Donc lorsqu’est venu le moment d’essayer de voir comment jouer les vieilles chansons, c’était la transition la plus facile. Et pour nous, nous sommes vraiment une famille, en dehors d’être juste un groupe, donc ça n’aurait pas paru bien de remplacer Austin avec qui que ce soit, je trouve. Car Austin est un showman et un frontman hors pair, et à la fois, c’était notre frère, donc nous ne pouvions pas imaginer regarder par-dessus notre épaule et voir quelqu’un d’autre.

Etant donné que tu étais déjà un chanteur lead à l’origine, comment t’es-tu senti de retrouver cette position centrale ?

Ca semblait très naturel ! Et tu sais quoi ? Même maintenant, ça ne donne pas l’impression d’une position centrale, pas autant que ça donne l’impression que je fais les mêmes choses. Je joue toujours ma basse et je chante toujours. C’est juste que j’ai le sentiment de faire plus de chant aux endroits où je n’en avais pas l’habitude. Donc la transition était très facile. C’était un défi, mais ça ne l’était pas autant que les gens peuvent le penser. Ca paraissait bien plus facile parce qu’au lieu qu’il y ait des moments où je ne chante pas et où je joue… Parce que je joue de la basse depuis si longtemps sur ces chansons que je peux facilement chanter par-dessus. Et puis Alan s’est aussi proposé pour faire des chœurs. Donc c’est ce qui paraissait le plus naturel. Il pourrait y avoir d’obscurs morceaux que nous n’avons pas joué depuis longtemps qui pourraient me donner du fil à retordre mais pour la majeure partie, pour tout ce que nous avons répété, nous avons trouvé le moyen de les recréer avec moi et Alan au chant.

Te sens-tu plus chanteur ou bassiste ?

Les deux. Tu sais quoi ? C’est marrant parce que pour moi, il n’y a pas vraiment plus d’importance pour l’un ou l’autre. Je nous vois comme un quatuor qui fait des chansons et ma contribution, c’est ma basse et ma voix. Donc c’est simplement équivalent, je pense.

Comment le fait d’être quatre affecte la dynamique du groupe, sur scène et en dehors ?

Nous avons été très proches, même avant qu’Austin ne parte, nous avons toujours été un groupe très uni. Moi, Tino et Phil sommes voisins, donc nous nous voyons tout le temps, et Alan vit dans la ville juste à côté. Ça donne le sentiment d’être encore la même famille. Sur scène, je bouge beaucoup moins maintenant parce que je suis devant le microphone [petits rires] mais ça n’a pas changé tant de choses, pas pour les autres gars, je ne crois pas. L’alchimie entre nous quatre est toujours là et est toujours forte. Il y a bien eu quelques moments inconfortables en n’ayant pas Austin sur scène mais c’est bizarre parce que, globalement, tout semblait très naturel. Et je peux me souvenir du premier concert que nous avons donné à Las Vegas, nous nous sentions bien ! Ça faisait du bien d’avoir un genre de nouveau souffle et une seconde chance pour montrer au monde ce qu’est Of Mice & Men.

« [Cold World] est probablement l’un des albums les plus importants, si ce n’est le plus important, que nous ayons jamais fait. »

Vous avez déjà sorti deux nouvelles chansons (“Unbreakable” et “Back To Me”) depuis qu’Austin est parti du groupe, seulement huit mois après l’album Cold World. Etait-ce important de montrer à vos fans que le départ d’Austin n’a pas du tout entaché la vitalité du groupe ?

Absolument. Je pense que le groupe est très important pour plein de gens qui… Et tu sais, nous faisons tout le temps de la musique. Donc lorsque nous sommes en tournée, nous avons grosso-modo notre studio d’enregistrement dans le salon à l’arrière du bus, où nous nous retrouvons pour faire de la musique. Pour nous, il était très important de montrer aux fans, leur donner un aperçu de ce que sera le prochain chapitre du groupe. Donc ça présentait une partie de mon chant crié, il y a aussi Alan qui fait des trucs criés. C’était important pour nous de créer de la musique – c’est toujours important pour nous de créer de la musique mais je pense que nous voulions vraiment rassurer nos fans, leur montrer que nous étions toujours là, que nous sommes toujours capable de… Je pense que les nouvelles chansons, d’une certaine manière, montrent que nous sommes toujours capables de faire les anciens morceaux d’une façon qui leur rend justice. « Unbreakable » est en fait une déclaration à propos de l’importance de la famille. Je me le suis tatoué : la famille d’abord. C’est une philosophie de vie, que ce soit ma famille de sang ou ma famille de groupe. Et Of Mice & Men est vraiment une famille. Et donc cette chanson est vraiment là pour rassurer nos fans mais aussi nous rassurer nous-mêmes.

Austin était l’un des trois compositeurs principaux avec toi et Alan. Est-ce que ça paraissait différent de composer sans lui ?

En grande partie, nous nous sommes juste réunis et avons jammé, de la même manière que nous l’avons fait dans le passé, et les chansons se sont faites de manière organique. Ça a paru un peu différent parce qu’Austin et moi travaillions sur les paroles ensemble, et donc pour cette fois, il n’y avait que moi, d’une certaine façon, à essayer de comprendre comment exprimer ce que j’avais en tête et ressentais, et aussi essayer de trouver comment nous rassurer nous-mêmes et nos fans. Mais ouais, ça paraissait effectivement différent mais c’est parce que c’est différent. On apprend tous à accepter les changements et accepter la vie à mesure qu’elle avance, car tu ne peux pas le contrôler lorsque ce genre de choses se produit. Dans tous les cas, tous les quatre, nous nous sommes rapprochés et sommes devenus plus efficaces en tant que compositeurs et créateurs, parce que lorsque quelque chose comme ça se produit, tu passes par un changement… Car ce n’est pas qu’un changement dans le line-up du groupe, c’était aussi un changement dans nos vies. Car Austin a déménagé au Costa Rica pour recevoir son traitement et tout. Donc nous avons traversé ça ensemble, et donc nous sommes devenus plus proches en tant qu’amis, en tant que frères et aussi en tant que compositeurs.

Cold World était un peu différent, vous avez clairement essayé de nouvelles choses sur cet album. Qu’est-ce que tu penses aujourd’hui de cet album, avec un peu de recul ?

Je pense que cet album est probablement l’album le plus important que nous ayons jamais fait, et je pense que, même si ce n’est peut-être pas le préféré des fans, cet album a complètement sa place dans l’histoire d’Of Mice & Men. Ce chapitre était rempli de tristesse et d’expériences de vie difficiles que nous avons tous traversé en tant que groupe et aussi en tant qu’individus. Donc il y a beaucoup d’obscurité, beaucoup de douleur et beaucoup de tristesse dans cet album, alors qu’une majorité de la musique d’Of Mice & Men dans le passé évoquait le fait d’être enthousiaste, d’être fort et tout, mais tu sais quoi ? Parfois on n’est pas comme ça ! Parfois tu es triste, et parfois tu as mal, et parfois tu es faible, et c’est ce qu’évoque une bonne part de cet album. Nous ne sommes que des gens, tu sais, je suis une personne comme toi, comme n’importe qui d’autre, et nous ressentons des choses, et ce n’est pas toujours tout beau, ce n’est pas toujours « ouais, on y va ! On est fort ! On est là ! » C’est comme ça que nous nous sentons aujourd’hui mais durant cette période, c’était plein de tristesse, de douleur et de ce genre de choses. Les albums sont des instantanés dans le temps, ils représentent où nous sommes. Cet album sonne comme nos vies à ce stade. Donc je ne sais pas s’il a autant touché les gens qui nous aiment pour les choses plus excitantes que certaines de nos autres musiques, mais je sais que pour nous, en tant que ceux qui l’ont conçu, c’est probablement l’un des albums les plus importants, si ce n’est le plus important, que nous ayons jamais fait.

Etait-ce important aussi pour le groupe d’évoluer et aller sur de nouveaux terrains à ce stade ?

Absolument. Et je pense aussi, ceci dit, à la fois… Je ne sais pas si nous y pensions, vraiment. Je pense que nous avons un peu créé ce qui venait naturellement. Je ne sais pas si nous pensions à ce que nous faisions autant que nous nous contentions juste de le faire, si ça a du sens. Tout s’est un peu fait comme ça. Nombre des chansons se sont faites de manière très organique en jammant. Nombre des paroles sont simplement venues de façon très sincère, viscérale et authentique. Et nous ne pensions pas vraiment à l’évolution ou à comment ça serait reçu, et peut-être que ça nous a causé du tort mais pour nous, c’est un album vraiment honnête.

Certains ont salué l’évolution musicale tandis d’autres n’ont pas été convaincus. Qu’est-ce que tu penses de ces avis mitigés ?

Je pense que c’est une bonne chose. Si tu fais quelque chose où tout le monde dit « oh, c’est correct, c’est bien, » pour moi, c’est un peu comme de l’eau tiède. Les gens boiront de l’eau tiède mais personne n’aime vraiment l’eau tiède. Les gens veulent soit de l’eau chaude pour leur thé, soit de l’eau froide parce que c’est bon, et nous avons fait un album un album d’eau très froide avec Cold World – ou d’eau très chaude, suivant comment tu perçois les choses. Donc je pense que ça veut dire qu’il avait du sens, car ça veut dire qu’il a provoqué les gens. Il te montrait comment tu y réagissais.

A quoi peut-on s’attendre maintenant de ce nouveau chapitre dans la carrière d’Of Mice & Men ? Allez-vous profiter de ce changement pour explorer encore davantage votre son et expérimenter ?

Absolument, mais l’une des façons que nous avons d’expérimenter est en ne définissant pas vraiment d’attente ou de poteaux de buts, si tu veux. C’est vraiment une question de se retrouver dans une pièce et voir ce qui se dégage. Mais aussi, il est très important pour nous de s’attacher aux éléments qui font que notre musique est ce qu’elle est. Tu sais, nous nous sentons très revigorés. Nous avons l’impression d’avoir un nouvel élan, d’une certaine façon. Une majorité de musiques sur laquelle nous avons travaillé dernièrement est très palpitante, c’est vraiment heavy et rapide. Il y a clairement des chansons très heavy sur lesquelles nous avons travaillé, et il y en a clairement aussi qui le sont moins. Mais ça sonne incontestablement comme Of Mice, et je pense que c’est justement parce que nous avons vraiment essayé de nous concentrer sur ce qui faisait de notre musique ce qu’elle est et sur ce que chacun de nous peut apporter et qui représente une couleur déterminante dans le tableau qu’est notre musique, et nous trouvons comment faire ceci dans des chansons qui sonnent différentes, etc. Mais aussi, je dirais, nous aimons surprendre les gens. Si Cold World était une quelconque indication, nous dirions de ne pas s’attendre à quelque chose que sonne comme ça, mais attendez-vous à l’inattendu. Car nous aimons mélanger un peu les choses. Nous sommes tellement contents de pouvoir venir ici et faire ceci, et je pense que ça transparaîtra énormément dans notre nouvelle musique.

Interview réalisée en face à face le 12 juin 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions, retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Of Mice & Men : ofmiceandmenofficial.com.

Acheter l’album Cold World.



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