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Live Report   

Om et son public font corps


Entre deux concerts de Sleep (au Roadburn en avril dernier puis à Amsterdam en octobre), Al Cisneros est de retour en Europe, et plus précisément aux Pays-Bas, avec Om, son autre projet. Métissage unique de stoner-doom et de sonorités orientales menant de l’Europe de l’Est aux confins du Tibet en passant par le Proche-Orient et l’Inde, le groupe, dont la filiation avec Sleep est évidente – de son origine au départ du batteur Chris Hakius, il partageait deux de ses trois membres – se faisait rare en Europe ces derniers temps : raison de plus pour ne pas manquer ça.

Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé : au TivoliVredenburg d’Utrecht, la date a été très rapidement sold-out, incitant les organisateurs à déplacer le concert dans une salle plus grande…

Artiste : OM
Date : 27 juillet 2019
Salle : TivoliVredenburg
Ville : Utrecht [Pays-Bas]

Groupe atypique oblige, le public assemblé devant la salle l’est tout autant, mélange de metalleux en tenue des grands soirs, d’étudiants baba cool, de hipsters dans le vent et de curieux qui savourent ensemble une journée orageuse salutaire après des semaines de canicule. C’est donc cette foule, et un gigantesque nuage de fumée de weed, évidemment, qu’on traverse pour accéder à la salle, où Walter « Roadburn » Hoeijmakers propose un mix en guise d’apéritif. Au programme : psychédélisme et reggae. De quoi se préparer au décollage…

Lorsque le trio entre en scène avec une dizaine de minutes de retard, il est acclamé comme le messie, et pour cause : fort de cinq albums pensés comme cinq pèlerinages, brassant beaucoup de spiritualités et un peu de profane, ce sont de vrais trips voire quelques illuminations qu’il propose. Ce soir, le voyage se fera en trois étapes : d’abord un tour dans Advaitic Songs, le dernier disque en date du combo sorti en 2012 et qui évoque un trajet de l’Éthiopie à Jérusalem, puis une exploration exhaustive du très indien God Is Good de 2009, pour enfin terminer sur un enchaînement du passé et du futur du groupe.

Si la setlist ne mélange pas les disques entre eux pour en préserver l’unité et l’ambiance, elle en mélange les titres : c’est donc avec les bourdonnements de tamboura – un instrument indien voisin du sitar réputé pour ses « drones » – de « Gethsemane » que les Américains ouvrent leur set. L’ambiance est posée, contemplative voire méditative, lumineuse et orientalisante, lors d’une longue introduction avant l’entrée en scène de la basse vrombissante et des récits mystiques d’Al Cisneros. Le public répond immédiatement, comme un seul corps, aux rythmiques lancinantes, secouant lentement la tête, les yeux fermés, disposé à suivre le groupe où il voudra l’emmener.

Si on pense souvent à Sleep évidemment, un Sleep qui aurait troqué les blagues de stoner et le culte de Black Sabbath pour les voyages intérieurs – d’autant plus qu’avec son dernier album The Sciences, Sleep n’a jamais autant sonné comme Om –, ce dernier allie ses riffs ultra-lourds à une instrumentation plus sophistiquée, surtout utilisée en live sous forme de samples (hélas – on imagine bien que la logistique nécessaire ne laisse pas trop le choix au groupe, mais on peut toujours rêver). Emil Amos derrière ses fûts et Al Cisneros semblent tous deux complètement absorbés par leur musique, oscillant doucement, portés par le son ; un seul objectif : se caler, avec la foule, sur la Grande Note, la vibration primordiale qui selon l’hindouisme a structuré l’univers et que l’on appelle… OM.

Tyler Trotter, au clavier, à la guitare ou au tambourin, se fait discret, et sans rien ne lui enlever de ses qualités, difficile malgré tout de ne pas se languir de la présence du magique Robert Lowe : multi-instrumentiste présent sur le dernier opus qui accompagnait Cisneros et Amos sur scène jusqu’à il y a peu, il volait pratiquait la vedette à ses illustres camarades grâce à ses performances habitées, comme celle qu’on avait pu voir lors d’un concert précédent du combo à Boulogne-Billancourt en 2013. Après « State Of Non-Return » et « Sinai », changement d’album et changement d’atmosphère : le trio aborde God Is Good par un « Cremation Ghat I » instrumental hypnotique. Rythmé et pour l’occasion particulièrement metal, il déclenche son lot de headbanging et autres chorégraphies élaborées – les transports enthousiastes de certains spectateurs font d’ailleurs plaisir à voir.

God Is Good sera joué dans son intégralité, dans le désordre lui aussi, s’achevant après le gigantesque « Thebes » par les mélopées narcotiques (un spectateur s’écoulera d’ailleurs durant le titre !) de « Meditation Is The Practice Of Death ». Si en début de set, la cohésion du groupe impressionne et emporte le public, il faut bien reconnaître que sur la fin, elle se délite un peu, et on est parfois laissé sur le bas-côté, notamment sur l’abrasif et ascensionnel « Bhima’s Theme ». Pas de quoi gâcher le trip pour autant : se perdre dans les méandres des longues compositions des Américains fait partie intégrante de l’expérience. Cerise sur le gâteau ? Le voyage s’achève en des contrées inconnues ; extension pour l’occasion de « Bhima’s Theme », outro, nouveau morceau ? Tous les espoirs sont permis ; après tout, le successeur d’Avaitic Songs se fait attendre.

Le retour sur terre est rude malgré tout lorsque les lumières se rallument : les yeux vagues, les spectateurs semblent quitter la salle à contre-cœur. Après une heure et demie de set, on ne sait toujours pas si « God Is Good », mais Om l’est, pas l’ombre d’un doute !

Setlist :

Gethsemane
State Of Non-Return
Sinai
Cremation Ghat I
Cremation Ghat II
Thebes
Meditation Is The Practice Of Death
Bhima’s Theme



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