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Live Report   

Omega Alive ou le royaume d’Epica


Dès l’annonce de « Omega Alive » en avril dernier, Epica avait fait dans le superlatif : ce live stream destiné à promouvoir la nouvelle galette des Néerlandais, Omega, était annoncé comme « le concert le plus spectaculaire » du groupe, un « spectacle audiovisuel massif », riche en « surprises » et soutenu par une « production énorme ». La setlist, axée principalement autour des nouveaux titres mais émaillée de classiques plus anciens, serait découpée en cinq actes, avec des décors « en constante évolution », et le combo promettait de ne s’épargner aucun effort pour rendre l’événement absolument mémorable.

Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, cette publicité hyperbolique n’était pas exagérée.

Le ton est donné dès la cinématique d’ouverture, dont l’héroïne, une fillette perdue au milieu d’un labyrinthe et confrontée au moindre détour à une Simone Simons aux faux airs de déesse vengeresse, refera son apparition entre chaque acte. Les décors léchés, qui alternent entre le noir et chrome futuriste d’Overtura, l’ambiance de temple mésopotamien d’Elysia et le dépouillement absolu de Gravita, sont dignes d’une superproduction hollywoodienne, et les effets scéniques ne sont pas en reste : claviers montés sur rails, pianos enflammés, pyrotechnie à gogo, acrobates suspendus au lustre, cracheurs de feu, danseuses, plateforme ascendante pour les guitaristes… Epica n’a jamais aussi bien porté son nom et l’espace colossal d’AED Studios – le plus grand complexe de tournage du Bénélux, où le concert est filmé – est exploité à la perfection.

Cette volonté affichée d’éclat et de grandiosité se retrouve jusque dans la setlist, qui fait la part belle aux titres les plus longs et les plus progressifs de la discographie du groupe, au détriment des « tubes » plus immédiatement accessibles. Le public d’Omega Alive est composé de fidèles, pas de festivaliers à convaincre en un temps limité, et Epica en a parfaitement conscience. L’acte III, Elysia, est ainsi exclusivement consacré à la très emphatique saga « Kingdom Of Heaven », dont les parties une et trois sont jouées coup sur coup et prouvent, s’il en était encore besoin, qu’Epica sait y faire en matière de compositions sophistiquées. Affranchi des contraintes d’un concert traditionnel, le combo est même rejoint sur scène par une chorale d’enfants pour « The Skeleton Key », puis par un chœur d’adultes pour une version a capella saisissante de « Rivers ». De la première à la dernière note, les titres sélectionnés sont le reflet d’un groupe arrivé à maturité et au sommet de son art, à des années-lumière de la pâle copie d’After Forever que les mauvaises langues l’avaient accusé d’être au début des années 2000.

Oui, décidément, Epica a bien livré la performance la plus impressionnante et la plus théâtrale de sa carrière, et va sans doute désormais entrer dans l’histoire comme le groupe ayant tourné le plus long clip vidéo de tous les temps. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : moins qu’un concert, Omega Alive est un clip éblouissant d’une heure quarante-cinq, un blockbuster sans dialogues, à la réalisation soignée et au montage nerveux. Ce stream-là n’a absolument rien de live, et c’est bien la seule chose qu’on peut lui reprocher.

Si l’on peut raisonnablement se poser des questions quant à l’aspect « direct » du show pendant toute la durée du premier acte, le doute n’est plus permis dès le second : les vingt secondes de la cinématique de transition sont largement insuffisantes pour démonter et reconstruire un décor de cette ampleur, et à plus forte raison, comme n’importe quelle femme se préparant à sortir vous le dira, pour permettre à Simone de changer non seulement de costume, mais également de coiffure et de maquillage. La pluie qui se met à tomber sur scène à la fin de l’acte II, Magnituda, est un autre révélateur : visuellement, les plans obtenus sont du plus bel effet, mais l’absence de la moindre goutte d’eau sur les musiciens comme sur le décor dès le début de l’acte III, une poignée de secondes plus tard, est éloquente.

Même si les différents actes ont été soigneusement montés, rien n’empêche la musique d’être jouée en live, me direz-vous. En effet, et là encore, l’acte I laisse planer le doute. Mais à moins d’avoir développé des superpouvoirs pendant la pandémie (qui sait, après deux doses de vaccin…), il est impossible pour un être humain normalement constitué de passer d’un bout à l’autre d’une scène de cette taille en un claquement de doigts – ce que Simone et le claviériste Coen Janssen semblent pourtant faire à plusieurs reprises – sans la moindre interruption musicale. Le chant, féminin comme masculin, solo comme choral, est quant à lui souvent bien trop proche des versions studio pour que l’hypothèse de la performance live tienne la route.

Le son a donc subi le même traitement que l’image, semble-t-il, mais cela gâche-t-il le plaisir ? Honnêtement, non. Un tel chef-d’œuvre visuel aurait pâti d’une interprétation moins que parfaite, et s’il fallait pour cela tricher avec la technologie, qu’il en soit ainsi. Entre une mise en scène admirable et une réalisation aux petits oignons, Epica nous aura offert du très grand spectacle, mais peut-être pas un « concert » tel qu’on le conçoit habituellement. Si un concert peut être comparé à une pièce de théâtre, alors Omega Alive est une adaptation cinéma à gros budget, où les imprévus et les imperfections ne sont pas de mise. Mais qui a dit qu’il était impossible d’aimer la pièce et le film ?

Setlist :

Act I: Overtura
Alpha – Anteludium (intro)
Abyss Of Time – Countdown To Singularity (première fois en live)
The Skeleton Key (première fois en live)
Unchain Utopia

Act II: Magnituda
The Obsessive Devotion
In All Conscience
Victims Of Contingency

Act III: Elysia
Kingdom Of Heaven
The Antediluvian Universe – Kingdom Of Heaven Pt. III (première fois en live)

Act IV: Gravita
Rivers (première fois en live, a capella)
Once Upon a Nightmare

Act V: Alpha & Omega
Freedom – The Wolves Within (première fois en live)
Cry For The Moon
Beyond The Matrix
Omega – Sovereign Of The Sun Spheres (première fois en live)

Photos : Tim Tronckoe.



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