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Interview   

Once Human : Logan Mader reprend du service


Logan Mader - Once HumanLogan Mader a toujours eu du flair. Lorsqu’il a fait la rencontre de ceux qui allaient devenir Machine Head, il a immédiatement senti qu’il fallait qu’il fasse partie de cette aventure. Puis lorsqu’il a mis pour la première fois les pieds dans un studio, il a senti qu’il se destinait au métier de producteur. Aujourd’hui, rentrer dans Machine Head, puis en sortir pour se consacrer à la production sont deux choix qu’il ne regrette pas.

Nous voilà en 2015 et, après une vingtaine d’années à faire fleurir son activité en studio, une artiste a suffisamment attiré l’attention de ce flair pour inciter le guitariste à revenir du côté des musiciens compositeurs et interprêtes. Cette artiste, c’est la multi instrumentiste et chanteuse Lauren Hart, en qui lui et Monte Conner (le célèbre découvreur de talents, anciennement chez Roadrunner et aujourd’hui chez Nuclear Blast) ont cru au point de pousser Mader à s’impliquer pleinement dans son projet de groupe, Once Human. Et ce, malgré un contexte difficile pour les nouveaux groupes dans le business de la musique, y compris pour quelqu’un à la carrière pourtant solide comme Mader.

Ce dernier revient dans cet entretien sur sa longue carrière en tant que musicien (avec Machine Head mais aussi avec Soulfly) et producteur et nous parle de l’espoir que représente pour lui Once Human. En bons chauvins, nous n’avons pas pu nous empêcher de lui demander son ressenti quant aux fleurons français, Gojira, Dagoba et Black Bomb A, qu’il a produits.

Once Human by Nathan Mader

(A propos de Once Human) « J’avais le même sentiment d’excitation, d’impatience et d’intuition lorsque Machine Head a démarré. »

Radio Metal : Tu as rencontré Lauren Hart via Monte Conner. Peux-tu nous en dire plus sur comment cette rencontre t’a donné envie de monter un projet avec elle, aboutissant à ce premier album ?

Logan Mader (guitare) : Monte m’a envoyé quelques vidéos de Lauren en train de jouer de la guitare et m’a branché pour construire un groupe autour de cette fille, car il savait que je donnais dans le développement de nouveaux talents. Je prends un chanteur, par exemple, et je l’aide à développer un groupe et se faire signer. J’ai une passion pour ça et Monte a même signé l’un des groupes avec lesquels j’ai travaillé par le passé, c’est donc pour ça qu’il a pensé à moi pour faire la même chose avec Lauren. Je ne pense pas qu’il s’imaginait que je finirais dans le groupe [petits rires]. Je l’ai rencontrée environ une semaine ou deux après l’avoir découverte, elle m’a montré la musique qu’elle voulait faire et c’était vraiment très metal. Elle a grandi en écoutant du black metal et avait un growl un peu scandinave, avec une voix criée naturelle. Pas mal de contrats de productions que j’ai faits étaient plus portés sur l’aspect commercial, des trucs pour les radios, et c’était rafraichissant de jouer à nouveau du vrai metal, juste en tant que producteur. Mais après la seconde chanson que nous avons commencé à écrire ensemble, je m’éclatais vraiment avec la musique, je m’en sentais très proche et ça me passionnait, et j’ai décidé que je voulais faire partie du groupe. C’est la musique que j’ai commencé à faire étant gosse. J’avais l’impression qu’une partie de moi était en sommeil depuis longtemps, et maintenant ce metalleux en moi a commencé à se réveiller. J’avais une bonne intuition par rapport à ce que nous faisions et j’étais vraiment surexcité. Nous avons fait une démo de trois ou quatre chansons. Tu sais, le business de la musique ne fonctionne plus comme avant. Un nouveau groupe en 2015 ne peut pas juste envoyer sa démo aux labels, pensant que c’est comme ça qu’ils seront signés – même lorsque tu as l’histoire et les types de relations que j’ai, c’est difficile. Tu dois monter un groupe au complet, donner des concerts, trouver des places de premières parties sur des tournées, avoir des gens qui te suivent, avoir de bons chiffres sur les réseaux sociaux… Nous n’avions rien de tout ça ! Donc, d’abord, j’ai été voir Monte Conner pour lui demander si Nuclear Blast serait intéressé pour nous signer. Ca le bottait carrément et il a montré ça à ses chefs en Allemagne mais eux n’étaient pas intéressés. Au bout du compte, j’ai envoyé notre musique à sept maisons de disques, et seulement une a donné une réponse positive. Tu sais, la musique que nous faisons n’est pas le genre de metal le plus à la mode qui soit aujourd’hui. Et elle n’est pas forcément facile à définir, c’est juste de la musique purement heavy. Et puis Max Vaccaro de earMusic a vraiment bien aimé ce que nous faisions, et il s’est dit que le fait que je me remette à faire de la musique pouvait provoquer de l’excitation autour du groupe. Il nous a donc proposé un deal avec le label, nous avons ensuite réalisé l’album ensemble avec Lauren et nous voilà aujourd’hui !

Lauren Hart fait du chant extrême, du chant clair, comme on peut l’entendre sur certaines chansons, et elle joue aussi du piano et d’autres instruments sur l’album. Est-ce que se sont ses capacités multiples qui t’ont impressionné au départ ?

Je ne savais pas qu’elle jouait du piano au début. Je savais qu’elle jouait de la guitare et avait une super voix, et ensuite j’ai voulu qu’elle essaie de chanter en voix claire. Elle n’avait jamais chanté en voix claire avant. Elle était donc un peu réticente, ne serait-ce que pour essayer. Je l’ai motivée et il se trouve qu’elle a un super caractère avec sa voix claire. C’est une personne naturellement musicale, elle y est donc très vite parvenue. Et puis elle a dit : « J’ai aussi ce truc au piano, ça pourrait être bien sur cette partie de la chanson. J’ai écrit ça lorsque j’avais douze ou treize ans. » Et elle s’est assise derrière le piano et a commencé à jouer ce magnifique truc. C’est aujourd’hui dans la chanson « Siren », comme une sorte d’interlude sur notre album. J’étais vraiment soufflé de voir ça. Elle a un esprit et une âme très musicaux qui se traduisent avec beaucoup de puissance, feeling et émotion sur tout ce qu’elle fait.

La section rythmique de Once Human consiste en deux musiciens inconnus, Damien Rainaud à la basse et Ralph Alexander à la batterie. Peux-tu nous dire comment tu les as découverts ?

Damien Rainaud est français, comme tu peux t’en douter d’après son nom ; il a grandi à Nice. Je l’ai rencontré parce qu’il jouait dans un groupe et il bossait comme ingénieur sur un album que j’ai mixé ; le groupe m’avait embauché pour le mixer, c’est un groupe de rock français. Et donc il est venu à mon studio à Los Angeles, il a assisté aux sessions pendant que je mixais cet album. Je me suis bien entendu avec lui et j’ai pu voir que c’était un très bon batteur, et je lui ai dit : « Si tu viens à L.A., je peux t’aider à trouver un groupe, si tu veux. » Je connaissais beaucoup de groupes qui recherchaient des batteurs et tout, et il a dit : « Ok ! » Je ne pensais pas réellement qu’il allait le faire, mais il l’a fait, il a déménagé ici et il a commencé à travailler avec moi en tant qu’ingénieur dans mon studio et il était mon assistant. Il a commencé à jouer dans quelques groupes locaux autour de L.A. et à travailler en tant qu’ingénieur. Je l’ai aidé, comme un agent, à trouver du travail en tant qu’ingénieur studio et il a assuré. Il a travaillé sur le DVD live de Dragonforce récemment, il a travaillé sur le nouvel album de Fear Factory et quelques autres. Ca fait donc maintenant environ quatre ans qu’il travaille avec moi. Il est à la fois batteur et bassiste, donc naturellement, ça me paraissait être un choix évident de l’intégrer au groupe. Il était surexcité de jouer dans ce groupe que je venais de former. C’était le premier membre ajouté au projet. Et ensuite, Ralph est tout simplement l’un de mes batteur préférés à L.A.. Je l’ai rencontré au Musicians Institute il y a quelques années et j’ai travaillé avec lui sur quelques autres projets ; il a joué de la batterie sur une bande son que j’ai composée et produite pour Metal Gear Rising, un bon jeu vidéo militaire. Il voulait être dans le groupe et jouer sur l’album mais il n’est plus dans le groupe aujourd’hui parce qu’il a reçu une offre pour un autre boulot qu’il ne pouvait pas refuser. Il a fallu qu’il reste à L.A., il travaille pour le fils de Robert Downey Jr., à faire de la musique avec son groupe [Deadfinger]. Il a ce super boulot où il se fait plein d’argent, c’est comme un rêve devenu réalité. Donc malheureusement, il ne pouvait pas tourner avec nous. Ensuite, j’ai trouvé le batteur que nous avons sur la tournée, son nom est Dillon Trollope et il est incroyable. Il est aussi bon que Ralph et je pense que pour ce groupe, il pourrait bien être encore meilleur parce qu’il est plus porté sur le metal. Il vient du death metal technique et du death metal, alors que Ralph, c’est un batteur de metal mais pas tellement du côté du death metal, il joue plus du rock et du metal. Dillon joue du metal et du putain de metal, c’est ça qu’il fait. C’est sa vie. Donc pour notre groupe, en concert, je crois qu’il colle mieux. C’était décevant de perdre Ralph mais ça s’est avéré être un mal pour un bien quand on a pu récupérer Dillon. Et aujourd’hui Dillon est là avec nous, il restera dans le groupe et il sera sur le prochain album.

Tu as déclaré : « L’alchimie créative pétait le feu et la musique me parlait vraiment. Pendant toutes ces années de production, je n’ai jamais été aussi attaché et surexcité à développer un projet. » Qu’est-ce qu’il y a de si spécial dans ce projet ?

[Il réfléchit, et rigole] Bon, par où je commence… J’avais le même sentiment d’excitation, d’impatience et d’intuition lorsque Machine Head a démarré. Lorsque j’ai joué pour la toute première fois avec Machine Head, j’ai eu cette impression : d’une façon ou d’une autre, à l’intérieur de moi, cette musique me disait que c’est important, c’est spécial et il faut que je le fasse. Et j’adore ! J’adore jouer, je me sens tellement en vie de pouvoir à nouveau jouer de la musique, d’avoir de méchants riffs qui sortent de mes mains, avec beaucoup de caractère, de groove, de lourdeur, d’obscurité… C’est une super forme d’expression pour moi que je n’ai pas pratiqué pendant trop de temps. C’est le projet qui m’a ramené à ce que j’étais !

Once Human - The Life I Remember

« Je me sens tellement en vie de pouvoir à nouveau jouer de la musique, d’avoir de méchants riffs qui sortent de mes mains, avec beaucoup de caractère, de groove, de lourdeur, d’obscurité… »

L’album s’appelle The Life I Remember. A quelle vie et à quel passé fais-tu référence ?

[Petits rires] Pour moi, personnellement, ça paraît assez évident, n’est-ce pas ? J’ai été absent de cette vie que je recommence à vivre aujourd’hui. Ca faisait très longtemps. C’est une vie dont je me souviens et c’est une vie que j’aime.

Il n’y a pas longtemps, tu as donné ton premier concert avec Once Human. Vu que tu travailles surtout en tant que producteur, c’était ta première fois en douze ans. Comment c’était ?

C’était génial ! Nous avons été dans ce petit club à Flagstaff, en Arizona, nous ouvrons pour Fear Factory en ce moment et nous sommes montés sur les planches pour la première fois, nous avons tout tué et le public était dingue, ils criaient comme des malades, ils pogotaient et à la fin de notre set, ils chantaient « Once Human », genre à tue-tête : « once-hu-man, once-hu-man, once-hu-man… » Je n’arrivais pas à le croire ! [Petits rires] Je ne m’y attendais pas ! C’était un moment triomphant et ça justifiait ce que nous faisons. J’étais tellement fier. Lauren, c’était sa première fois sur scène et elle était tellement naturelle ! Elle a tout défoncé ! Personne n’aurait pu deviner qu’elle ne faisait pas ça depuis des années ! Elle est née pour faire ça et tu peux vraiment te rendre compte que quand elle débarque, la scène lui appartient ! Ça fait simplement du bien. Je vois Lauren et les gars qui font [de la scène] pour la première fois, dans une tournée de petites salles mais c’est une bonne tournée, le public est bon. Ils adorent. Ils s’éclatent comme jamais, alors qu’ils n’avaient jamais fait ça auparavant. Moi, oui, j’ai déjà fait ça, j’ai donné plein de concerts, tu le sais bien, mais je suis tout aussi excité qu’eux de le faire pour la première fois avec Once Human, parce que ça faisait longtemps et parce que je peux voir comme ils sont heureux et excités. Ils me rendent heureux également, et ils me rendent fier.

Il y a vingt ans, tu as sorti deux albums avec Machine Head, Burn My Eyes et The More Things Change, qui sont devenus des albums très importants et influents au sein de la communauté metal. Comment perçois-tu aujourd’hui ces albums et le temps que tu as passé dans Machine Head ?

C’est une super époque de ma vie. J’étais content de faire partie de ces albums. Une bonne partie de mon âme est allée dans la composition de ces albums et dans ce groupe. Je suis fier de ces albums. C’est génial de faire partie de quelque chose qui, encore aujourd’hui, est pertinent et a du sens. Maintenant, il faut que je dise que Robb Flynn et moi sommes amis. Nous avons eu des frictions à l’époque mais c’est terminé aujourd’hui. Peut-être quatre ou cinq ans après mon départ du groupe, il m’a un jour appelé et a dit : « Logan, je voulais t’appeler et te dire que je ne suis plus fâché. » C’est tout ce qu’il voulait dire. Nous avons donc un peu bavardé. J’étais vraiment content de recevoir cet appel, ça m’a fait du bien de voir que l’esprit positif et les bons souvenirs perdurent plus longtemps que la négativité. Si tu choisis de te débarrasser de la négativité, alors les bons souvenirs resteront à jamais. A chaque fois que Machine Head vient à Los Angeles, ils m’invitent à venir, je viens et je traine ensuite en coulisses, nous buvons des bières, on se rappelle le passé et on rattrape le temps perdu. Nous sommes amis ! Je crois que beaucoup de gens ne le savent pas, car il y avait beaucoup de frictions entre nous à l’époque mais tout ça c’est fini aujourd’hui.

D’ailleurs, peux-tu nous parler des circonstances de ton départ de Machine Head en 1998 ? Car ce que les gens ont en tête, ce sont des histoires folles où tu serais venu en retard aux répétitions sous l’effet de stupéfiants, insultant les membres du groupe, etc.

Je ne sais rien de tout ça ! Je voulais juste passer à autre chose et m’adonner à d’autres projets. J’étais… Ecoute, je faisais pas mal la fête, donc… Il se peut que j’ai dit quelque chose lorsque j’étais ivre mais ça ne comptait pas parce que justement j’étais ivre ! [Rires]

Est-ce que tu as jamais regretté d’avoir quitté le groupe lorsqu’il était en pleine ascension et encensé par le monde du metal ?

Non, je ne l’ai jamais regretté ! Je pense que j’avais besoin de le faire pour développer ma carrière en tant que producteur. C’était très important pour moi, et donc c’est ce que j’ai fait.

Que penses-tu de ce qu’est devenu Machine Head après ton départ ?

Lorsqu’ils ont sorti Through The Ashes Of Empires, j’avais l’impression qu’ils se réinventaient. Et ensuite, avec The Blackening, ils m’ont vraiment impressionné avec la façon dont ils ont atteint un nouveau sommet après tant d’années. Je trouve qu’ils se sont construit une carrière incroyable, se faisant une place dans l’histoire du metal comme un groupe emblématique, influent et important. Je trouve ça extraordinaire qu’ils soient toujours aussi forts après plus de vingt ans !

Juste après avoir quitté Machine Head, tu as fait un bref passage dans Soulfly. Peux-tu nous en dire plus sur cette expérience ?

C’était amusant ! J’aimais jouer avec Roy Mayorga et Max. J’ai apprécié cette époque mais ce n’était pas un groupe qui me passionnait vraiment. J’avais juste été embauché pour jouer. Ce n’était pas mon groupe. Je ne composais pas de musique, je jouais juste de la guitare. Et aussi, je faisais un peu trop la fête, donc lorsque j’ai quitté le groupe, c’était un peu le même genre de situation [qu’avec Machine Head]. Je crois que j’avais besoin de sortir des tournées… A cette époque, pour pouvoir démarrer ma carrière de producteur, il fallait que je sois sobre, que je remette de l’ordre dans ma tête et que je fasse toutes ces choses que j’ai faites ces vingt dernières années.

Est-ce que le travail que tu as fait avec Machine Head t’a par la suite d’une façon ou d’une autre inspiré dans ton travail en tant que producteur ?

Je me souviens que durant les enregistrements d’albums avec Machine Head, j’adorais vraiment l’atmosphère en studio. J’adorais le travail d’ingénieur et je posais des questions, du genre : « Qu’est-ce que ceci fait ? Qu’est-ce que cela fait ? » J’étais très intéressé par le processus d’enregistrement et tous les équipements. Ça me parlait et c’était vraiment ce qui m’a fait prendre conscience que je voulais aussi me mettre à produire. C’est vraiment quelque chose que j’appréciais dans le fait d’être dans un groupe, être en studio.

Once Human by Nathan Mader

« La musique qu[e Gojira a] faite sur [The Way Of All Flesh] et la façon dont je l’ai faite sonner, c’est l’un des temps forts de ma carrière de mixeur. »

Qu’est-ce qui t’as fait choisir d’être un producteur plutôt qu’un musicien qui tourne et donne des concerts ces dernières années ?

Lorsque j’ai commencé à produire, j’avais le sentiment que c’était quelque chose qu’il fallait que je fasse. Il a fallu que je m’y consacre à cent pour cent. Je ne pouvais pas faire les deux à la fois. Il a fallu que j’apprenne plein de choses sur le travail d’ingénieur et sur le mixage, et aussi que je développe mes talents de compositeur et de producteur, ce qui m’a mené à proposer de la musique pour des médias visuels. J’ai fait un tas de bande annonces de films, de jeux vidéo, de bandes originales sur quelques films, des trucs pour la télévision… Je voulais m’embarquer là-dedans. Je voulais me diversifier être une « machine » à musique. Je savais que je devais y consacrer tout mon temps pour que ça fonctionne, car c’est une industrie compétitive et j’avais beaucoup à apprendre et à prouver. Je ne pouvais pas me contenter de débarquer du jour au lendemain et dire : « Je veux être un producteur, donc je suis un producteur ! » Ca m’a pris environ quatre ans, à travailler dur, à bosser sur de très mauvaises démos et tout ce que je pouvais dégoter, à me procurer mon matériel… J’ai finalement percé grâce à des trucs sur de grosses maisons de disques, et là ça a commencé à marcher. Mais ça m’a demandé énormément d’efforts !

Qu’est-ce que le travail en tant que producteur t’apporte qu’être dans un groupe ou un musicien qui tourne ne t’apporte pas ?

Eh bien, la production m’apporte de l’argent [rires], plus que le fait de tourner avec un petit groupe, comme aujourd’hui, nous débutons tout juste. Ouais, avec la production, je peux vivre, tu sais. C’est déjà une chose que ça m’apporte. Ça m’apporte aussi de la satisfaction et de l’estime de soi. Ca fait me dire que je fais quelque chose de bien lorsque je suis assis devant mon ordinateur. J’adore aider les gens à faire bien sonner la musique parce que ça me rend heureux. J’aime travailler avec des groupes qui sont vraiment inspirés et excités à l’idée de faire leur album, c’est exaltant d’être entouré de ce genre d’énergie, c’est une bonne énergie, c’est positif. Voilà ce que ça m’apporte. Ce que j’obtiens en jouant dans un groupe est différent, c’est l’autre facette. Je veux prendre part à tout !

Qu’est-ce que serait la qualité essentielle d’un producteur ?

Je crois que la qualité la plus importante pour un producteur, c’est de pouvoir identifier les forces des artistes et les explorer de façon à rester fidèle à qui ils sont et ne pas les changer en quelque chose qu’ils ne sont pas, essayer de maximiser qui ils sont vraiment et identifier ça dès le départ. Et puis, au-delà de ça, avoir un sens de la composition. Tu sais, avoir un bon sens de la composition est une part importante de la fonction de producteur. Je crois aussi qu’être un ingénieur et un éditeur, être le gars qui peut tout faire est une bonne qualité à avoir en tant que producteur de nos jours, car c’est plus efficace. Ça rend le workflow meilleur que si plein de gens sont impliqués.

Dernièrement, tu as travaillé avec trois groupes français : Gojira, Dagoba et Black Bomb A. Peux-tu nous en dire plus sur ta collaboration avec ces groupes ?

Les trois groupes que tu as mentionnés sont géniaux. J’ai adoré travailler avec eux. J’ai passé un super moment avec Gojira. J’ai rencontré Joseph lorsque je produisais le premier album de Cavalera Conspiracy, il jouait de la basse sur cet album. Ensuite j’ai été écouter Gojira et je me suis dit : « Oh, mais c’est génial ! » Joseph et moi, nous nous sommes bien entendus, donc nous avons décidé de travailler sur The Way Of All Flesh ensemble. J’ai vraiment apprécié de travailler sur ce projet avec ces mecs. Ce sont des musiciens incroyables et de chouettes personnes à côtoyer. La musique qu’ils ont faite sur cet album et la façon dont je l’ai faite sonner, c’est l’un des temps forts de ma carrière de mixeur. J’ai adoré ce projet. Et ensuite, Dagoba, j’ai mixé et masterisé leurs deux derniers albums. J’ai adoré travailler avec Pierre – ou Shawter, comme ils l’appellent -, c’est un super gars. J’adore la musique qu’ils font. On s’amuse bien à travailler avec lui. Et nous nous entendons bien. Nous sommes devenus amis, tout comme les mecs de Gojira. C’est ce qui arrive lorsque tu travailles avec des groupes : tu te fais de nouveaux amis. Et ensuite, Black Bomb A était un groupe que je ne connaissais pas vraiment avant. Je sais qu’ils sont très importants en France. J’ai fait le mixage et le mastering de leur dernier album. C’était super. Ce sont de supers musiciens. Ils ont tout très bien enregistré. Arno est venu dans mon studio à L.A. pendant quelques jours pour travailler ensemble sur les mix et il était super cool. J’ai l’impression de m’être fait encore un nouvel ami. Je travaille pour pas mal de groupes français, et j’ai aussi un français dans mon groupe ! Et Machine Head a toujours été très important en France, donc… Je vais te dire : j’aime beaucoup la France ! [Rires]

Tu as travaillé sur l’EP pour Sea Shepherd de Gojira qui n’est toujours pas sorti à ce jour. Que peux-tu nous en dire ?

Ouais, il y avait quatre chansons. Je crois que l’une d’entre elles est sortie, avec Devin Townsend dessus (NDLR : « Of Blood And Salt »). La raison pour laquelle il n’est jamais sorti c’est parce que Joseph était arrivé à la fin du contrat avec Prosthetic ou Listenable, peu importe, et il était libre de faire ce qu’il voulait pendant une brève période de temps avant de signer chez Roadrunner. Et il pensait pouvoir le terminer à temps, le sortir et faire en sorte que personne ne se fasse de l’argent dessus. Il voulait donner tout l’argent à Sea Shepherd. Généralement, les labels ne permettent pas ça. Ils ne font jamais de la charité à cent pour cent. Et donc il essayait de le terminer entre deux contrats mais ensuite, le deal avec Roadrunner est arrivé, et ils voulaient en prendre en partie le contrôle et Joseph ne voulait pas ça. Il voulait que ce soit totalement indépendant et à cent pour cent de la charité. C’est donc pour ça que ça s’est retrouvé coincé. Peut-être qu’un jour il sortira et vous pourrez entendre les chansons.

Peux-tu nous parler de tes projets à venir ?

J’ai terminé le nouvel album de Butcher Babies (NDLR : Take It Like A Man, sorti fin août). Je vais travailler sur quelques trucs pour Snot lorsque je vais revenir. Je vais sûrement mixer quelque chose pour Zakk Wylde et Blasko, c’est un album de reprises de Black Sabbath qui s’appelle Zakk Sabbath – ça va arriver tout de suite, dès que je rentre à la maison. Et ensuite je vais partir en tournée, je crois, en novembre et décembre.

Interview réalisée par téléphone le 8 septembre 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Nathan Mader.

Page Facebook officielle de Once Human : www.facebook.com/oncehuman.



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  • Je vais faire mon chieur mais…
    Il avait quitté Soulfly pour monter Medication avec Withfield Crane pas pour se consacrer exclusivement à sa carrière de producteur.
    Carrière qui a commencé après l’échec de Stereo Black.

    [Reply]

    Mr Claude

    Medication qui a sorti un putain d’album à l’époque, entre Paradise Lost, Neo et grosses mélodies façon Ugly Kid Joe. Un album passé inaperçu qui vaut son pesant de cacahouètes.

    Je ne connaissais pas stereo black. Faut que je jette une oreille…

    Pok

    \o/ Un autre fan de Medication !!
    Copain !

  • Game-system dit :

    Excellente interview !

    [Reply]

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