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Chronique   

Onkel Tom – H.E.L.D.


Les metalheads connaissent surtout Tom Angelripper en qualité de bassiste, chanteur et solide capitaine depuis plus de trente ans de l’un des vaisseaux amiraux du thrash teutonique, le groupe Sodom, mais moins pour son exutoire Onkel Tom, projet personnel entamé en 1996, dans une veine plus rock et débridée, qui rompt avec les thèmes plus graves et guerriers de Sodom. Abandonnant son instrument à quatre cordes pour se recentrer sur son chant toujours aussi écorché, le frontman continue de se nourrir de ses influences fétiches, plus orientées sur la New Wave Of British Heavy Metal, vouant particulièrement une admiration pour Motörhead (« Prolligkeit Ist Keine Schande ») ou Tank (« Im Suff »). Ce nouveau H.E.L.D. confirme le tournant pris en 2011 à l’occasion d’un Nunc Est Bibendum de transition, dont il résultait déjà un profond détachement vis-à-vis de la recette classique du groupe, à savoir medleys de chansons à boire, reprises punkifiées de chansons de variété allemande (les fameux ‘Schlager’) et chants de Noël.

C’est peu dire que l’homme a mis ces dernières années de l’eau dans son schnaps, car H.E.L.D. tempère avec sobriété les moments foncièrement énervés tels que « Der Duft von Lavendel » ou « Auf Gedeih und Verderb », s’essaie à la ballade pop (« Am Morgen Danach »), multiplie les riffs rock accrocheurs et groovant (« Zu Wahr Um Schon Zu Sein », « Wer Nach Dem Lied Noch Stehen Kann »), et va même jusqu’à gratifier la fin de l’album d’une ballade acoustique inédite pour le groupe, « Ich Bin Noch Am Leben » (« je suis encore en vie »), sorte de « Nothing Else Matters » éraillée et sarcastique dans laquelle Tom Angelripper dresse le bilan de son parcours et prend conscience de sa chance d’avoir été épargné, alors que d’autres musiciens qu’il a côtoyés comme le batteur Chris Witchunter (Sodom) sont morts prématurément pour ne pas avoir pu se dépêtrer des pièges du rock’n’roll, et en premier lieu celui de l’alcool. Car là est le paradoxe d’Onkel Tom de pouvoir disserter en toute décontraction sur moult histoires d’alcool pour ensuite rappeler à la modération et baigner dans des thèmes plus mâtures, articulés sur plusieurs pans de la condition humaine. Bien que la pochette puisse suggérer un contenu graveleux, il n’est plus question ici d’un délire gras et survolté à la Tankard comme jadis, et il s’agit bien là d’une avancée intéressante, en ce sens que l’Oncle Tom est (enfin) devenu un adulte.

Que l’on se rassure aussi, cette sixième kermesse organisée par Tom Angelripper ne reste pas sagement figée avec son stand de merguez carbonisées par l’attente, son jeu de quilles en bois et son petit chamboule-tout, car la production et l’harmonisation des différents morceaux font de H.E.L.D. une pièce agréable à traverser, de même que la dimension festive propre au combo demeure finalement, comme sur « Im Suff » qui véhicule les mêmes ondes positives que la reprise faîte en 1990 par Sodom de « Turn Your Head Around » de Tank, ou encore lors de l’hilarant brûlot « Ein Bisschen Alkohol » où toute une chorale de supporters de football s’invite pour scander à l’unisson son amour pour l’alcool de bois. Nul doute que cette figure paternelle que représente l’Oncle Tom, guide touristique infatigable des journées des conscrits, aura encore bien de passionnantes histoires à conter.

Album H.E.L.D. sortie le 19 septembre 2014 chez le label SPV/Steamhammer



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