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Interview   

Oomph! : liberté – identité – pluralité


Il y a trente ans, le mur de Berlin s’apprêtait à tomber. Il y a trente ans, dans les prémices de cette Allemagne nouvelle, Oomph! voyait le jour. Plus que la naissance d’un groupe, c’était aussi la naissance d’un nouveau style de musique, la Neue Deutsche Härte – sorte de fusion entre metal et musiques de synthétiseurs –, que d’autres se réapproprieront ensuite, dont un certain Rammstein avec le succès que l’on connaît aujourd’hui. Sauf que Oomph! ne s’en est jamais contenté. Des débuts agressifs et autoritaires, ils ont progressivement développé leur sens mélodique, foulé des terrains plus « dancefloor », puis touché au gothique et même au symphonique, sans hésiter non plus à s’essayer à l’autodérision et à l’humour.

Oomph! peut parfois être difficile à suivre, surtout ces dernières années, et c’est là un nouveau revirement que le trio nous propose avec son nouvel album : Ritual. A bien des égards, Dero, Flux et Crap font un bond de vingt à trente ans en arrière, ressortant les gros riffs martiaux et cette voix grave et renfrognée, mais non sans dresser des ponts avec le présent. Des ponts musicaux d’abord, mais aussi avec le monde d’aujourd’hui que Dero contemple avec amertume et reflète avec provocation dans ses textes.

Afin d’évoquer tous ces sujets, nous avons longuement échangé avec le frontman – et le guitariste Flux qui intervient plus sporadiquement – qui, au-delà de nous donner les clés de l’orientation musicale de Ritual, avait décidément beaucoup à dire sur le plan socio-politique, la liberté d’expression, l’Europe, les relations hommes-femmes, etc. Un artiste qui se prête toujours aussi volontiers au rituel de l’interview…

« Il faut être aussi authentique que possible. […] Autrement, on se mettrait à se mentir à soi-même et à son public, et ce serait le plus grand crime à l’encontre de l’art. Il y a déjà bien trop de groupes qui font ça, ils font de la musique uniquement pour des raisons commerciales. Ils savent que la plupart de leurs fans sont conservateurs à mort, ils veulent que rien ne change, donc ces groupes offrent à leurs fans ce que ces derniers réclament. Mais c’est quoi ? Est-ce de l’art ? Je ne sais pas. C’est plus un supermarché ou un truc comme ça [petits rires]. »

Vous avez dernièrement donné plusieurs concerts avec un orchestre. Etait-ce l’étape logique pour finir le cycle de XXV, qui lui-même contenait de nombreux éléments orchestraux ?

Dero Goi (chant, percutions, programmation…) : Ce n’était pas vraiment lié à l’album précédent. C’était un rêve de longue date qui s’est réalisé. Depuis toujours nous y pensions de temps en temps. Je crois qu’il y a deux ans, nous avons eu la chance de nous produire à Leipzig durant le Gothic Meets Classic. C’était en compagnie d’un orchestre polonais, nous avons fait quelques répétitions et, lors de celles-ci, nous nous sommes beaucoup amusés. Ensuite, le concert à Leipzig, au Gewandhaus Zu Leipzig, c’était très impressionnant. Nous devions jouer six ou sept chansons durant ce festival, avec un orchestre, à l’instar de chaque groupe qui y jouait. Nous nous disions : « Ajoutons huit ou neuf chansons afin de pouvoir faire un concert complet, peut-être en Russie ou bien en Allemagne, qui sait ? » Nous avons parlé au gars qui a fait les arrangements orchestraux pour le Gothic Meets Classic à Leipzig, et il a dit : « D’accord, donnez-moi les chansons et je ferai de mon mieux pour les transformer en versions avec orchestre. » Nous avons choisi les chansons pour lesquelles lui et nous étions sûrs que ça allait fonctionner. C’était un peu délicat de choisir mais ce n’était pas tant un problème que ça. Ensuite, nous avons rencontré l’orchestre et avons répété avec lui trois jours avant le premier concert. Ils étaient très professionnels, la cheffe d’orchestre était géniale ; c’était une jeune cheffe d’orchestre russe qui parlait allemand, ce qui était super. C’était vraiment une énorme expérience de monter ces concerts à Saint-Pétersbourg et Moscou. Les réactions étaient énormes. Nous nous sommes éclatés. C’était un monde totalement différent, mais c’était génial, en tant qu’expérience et développement du groupe, car c’est dur de vraiment répéter et s’harmoniser avec l’orchestre. Presque toute la responsabilité reposait sur les épaules du batteur ! [Rires]. Mais nous avons osé, ça a super bien marché et ça a été un énorme succès. Nous ne nous sommes pas trop plantés [rires].

Nous avons enregistré ça en vidéo et audio, donc avec un peu de chance, nous sortirons un DVD officiel dans un futur proche. Nous allons aussi réitérer l’expérience en février à Kiev, en Ukraine. Pour Moscou et Saint-Pétersbourg, c’était le même orchestre à chaque fois – comme nous, ils ont pris le train à Moscou pour se rendre directement à Saint-Pétersbourg –, mais à Kiev, ce sera un autre orchestre. Mais on peut faire passer les partitions à des gens, que ce soit même au Japon ou en Australie, et n’importe qui ayant appris à lire les partitions est capable de comprendre et jouer. C’est une question d’effort, et d’expression, mais les notes, le tempo, tout est clair. C’est ce qui est bien avec la musique : c’est un langage universel.

Votre nouvel album, Ritual, est clairement l’album le plus heavy, le plus agressif et sombre que vous ayez réalisé depuis longtemps. De nombreux passages font même penser aux débuts de Oomph!, dans les années 90. Vous avez déclaré n’être « jamais retournés dans le passé pour prendre des phases de [v]otre histoire et les ramener dans le présent du groupe ». Du coup, pourquoi avoir décidé de remonter le temps cette fois ?

Parce que nous voulons rester frais et neufs ! Nous avons envie d’essayer de nouvelles choses, de travailler avec de nouveaux processus, de nouvelles façons de faire la musique et de créer, et dans cette optique, il faut faire des choses qu’on n’a jamais faites auparavant. Et il se trouve que nous n’avions jamais fait ça avant ; c’était tout nouveau pour nous de remonter le temps. Il était donc temps que nous le fassions pour la première fois [petits rires], afin de ne pas nous enfermer dans une routine, ou peu importe comment tu veux appeler ça. Si on anticipe les choses, genre « comment les fans vont réagir à la musique ? Qu’est-ce que les fans pourraient aimer ? Qu’est-ce qu’ils apprécieraient ? », alors on ne prend pas de risque, on ne se développe pas, et on n’est plus authentique. Quand nous avons démarré les sessions pour le nouvel album, c’était après une longue tournée couronnée de succès en Russie. Nous avons essayé de conserver l’émotion, l’énergie, l’enthousiasme et le feeling de la scène et de la tournée en studio, et nous avons essayé de former de nouvelles idées sur la base de cette énergie. J’espère que ça a bien marché. C’était nouveau aussi pour nous de travailler en sessions. Nous avons dit : « Qu’avons-nous jamais fait avant ? » « Nous n’avons jamais voyagé dans le passé ! » « Très bien, essayons ! Voyons ce qui se passera. Retournons au milieu des années 90 et revivons ces émotions, combinons-les avec nos émotions actuelles. » Voilà pourquoi l’album sonne ainsi.

Tu dis que vous ne pensez pas aux fans, mais il est évident qu’ils retrouveront une forme de « confort » avec Ritual, car il se peut que ces dernières années ils se soient sentis un peu désorientés avec Des Wahnsinns Fette Beute (2012) qui était plein d’autodérision et puis XXV (2015) qui, au contraire, était très sérieux, orchestral et gothique dans son approche…

Tout d’abord, il faut avoir conscience que nous sommes un groupe qui change constamment. Ça ne fait aucun doute. A un moment donné, il était clair pour nous que nous devions pouvoir rire de nous-mêmes sans devenir inconsciemment ridicules [petits rires]. Je trouve que les gens qui se prennent trop au sérieux, même au sein de la musique, sont à la fois un peu stupides, pathétiques et ridicules. Donc de temps en temps, il faut savoir faire preuve d’autodérision. Mais si tu le fais sans arrêt, ça devient aussi ennuyeux. Donc avec des Whansinns Fetter Beute, nous l’avons fait simplement parce que c’est ce que nous nous sentions de faire à ce moment-là, autrement nous n’aurions pas été authentiques. Nous reflétons notre état émotionnel du moment. Nous essayons d’être aussi authentiques que possible à cet égard. Donc j’espère que ça restera ainsi, parce que ça signifie que nous sommes ouverts à plein de choses différentes et que nous nous développons en tant qu’êtres humains. Il y a des choses pires que ça, selon moi.

Robert Flux (guitare, samples, basse…) : Pour nous, ça n’aide pas beaucoup, et ça n’a même aucun sens, de réfléchir à ce que nos fans aimeraient parce que, vu que nous avons plein d’albums sonnant différemment – électrique, ou mélodique, ou plus metal –, il y a toujours des fans qui nous disent : « Votre premier album est celui que je préfère » ou « Wunschkind est mon préféré » ou « Mon album favori est l’album ironique Des Wahnsinns Fette Beute ou Wahrheit Oder Pflicht avec le tube ‘Augen Auf!’ ». Si nous devions penser à ce que les fans aiment, ce serait totalement différent pour chaque fan, donc c’est ridicule de se concentrer là-dessus.

« A l’époque, ces deux mondes étaient strictement séparés, tous ceux qui étaient dans le metal détestaient tout ce qui était musique aux synthétiseurs et vice versa. C’était assez pathétique et ridicule à voir […]. Voilà pourquoi nous avons fondé Oomph! et fusionné ces styles. C’était le berceau de la Neue Deutsche Härte »

Dero : On fait de la musique pour soi, car on s’en sert d’outil pour affronter nos démons intérieurs, nos dépressions, nos côtés sombres, nos émotions, peu importe quoi. Pour moi, c’est comme une catharsis et un processus de catalyse. J’aime être un compositeur, écrire des textes, être en studio, enregistrer et être sur scène. Si ça n’était plus le cas, j’aurais déjà abandonné ces conneries, car c’est aussi très stressant [rires]. Donc ça reste une sorte d’auto-thérapie, mais bien sûr, on aime les retours du public. Ça peut même devenir une drogue, si on ne fait pas attention on peut devenir accro, et ça peut être dangereux. Il faut un peu être exhibitionniste pour être musicien, surtout quand on est chanteur. Il faut aimer mettre son âme à nu face aux gens. Il faut être aussi authentique que possible. Si on se sent triste, on fait un album triste. Si on se sent agressif et en colère, on fait ce genre d’album. Si on se sent d’humeur à faire de l’autodérision, on fait un album d’autodérision. Autrement, on se mettrait à se mentir à soi-même et à son public, et ce serait le plus grand crime à l’encontre de l’art. Il y a déjà bien trop de groupes qui font ça, ils font de la musique uniquement pour des raisons commerciales. Ils savent que la plupart de leurs fans sont conservateurs à mort, ils veulent que rien ne change, donc ces groupes offrent à leurs fans ce que ces derniers réclament. Mais c’est quoi ? Est-ce de l’art ? Je ne sais pas. C’est plus un supermarché ou un truc comme ça [petits rires].

La bio promotionnelle va jusqu’à dire que « Oomph! fait la paix avec son passé ». Doit-on comprendre que, fut un temps, vous étiez « fâchés » avec votre passé ?

Pour un groupe qui est considéré comme le pionnier de tout un style, les fondateurs de la Neue Deutsche Härte, pour un groupe dont d’autres groupes comme Rammstein ou Eisbrecher disent que sans lui, il n’y aurait jamais eu leur groupe, c’est dur de réfléchir sur ce qu’on fait, parce que nous nous sommes contentés de faire ce que nous avons fait sans rien forcer. Nous n’avons pas beaucoup réfléchi à ce qui serait la meilleure chose à faire, ce qui aurait le plus de succès. Nous avons juste combiné les deux mondes que nous apprécions le plus à l’époque. Nous étions des adolescents ayant grandi dans les années 80, ce qui signifie que nous étions énormément influencés par des groupes tels que Kraftwerk, Liaisons Dangereuses, Deutsch-Amerikanische Freudschaft, Depeche Mode, The Cure d’un côté, et d’un autre côté, des groupes de heavy metal et hard rock, comme AC/DC, Motörhead, Iron Maiden et ce genre de choses. Donc à l’époque, comme on le sait tous, ces deux mondes étaient strictement séparés, tous ceux qui étaient dans le metal détestaient tout ce qui était musique aux synthétiseurs et vice versa. C’était assez pathétique et ridicule à voir, alors nous avons dit : « Pourquoi ne pas combiner les deux mondes ? Ça ne devrait pas être interdit ! » Voilà pourquoi nous avons fondé Oomph! et fusionné ces styles. C’était le berceau de la Neue Deutsche Härte. Donc ouais, peut-être qu’après autant de temps, maintenant avec Wikipedia qui dit « Oomph!, les fondateurs d’un tout nouveau style », nous avons réalisé que nous étions ces pionniers et avons dit : « D’accord, qu’est-ce qui a fait de nous des pionniers ? » Donc, pour la première fois, nous sommes revenus en arrière, avons aspiré toute l’énergie de nos racines et l’avons combinée avec nos émotions actuelles.

A cet égard, tu as déclaré que vous avez « essayé à nouveau de ressentir ce que [v]ous ressenti[ez] à l’époque ». Mais n’était-ce pas difficile de retrouver ces émotions alors que vous êtes vingt à trente ans plus vieux ?

Ouais, c’était un peu dur, mais très vite, il était clair qu’il fallait aborder ça de la même manière qu’à l’époque. C’était une époque où nous avions des phrasés très rythmiques de mots allemands, et ces accroches rythmiques en allemand poussaient les riffs de guitare à être comme ci ou comme ça, ou vice versa. Nous travaillions de façon très rapprochée sur l’aspect phonétique de l’allemand et le riffing. C’est comme ça que nous faisions à l’époque. C’était très dur au début de retrouver ça, mais ensuite, à mesure que nous réalisions comment nous procédions au milieu des années 90, ça devenait assez facile de trouver des idées vraiment accrocheuses.

Il y a bien plus de riffs heavy sur cet album qu’on n’en a entendu de votre part depuis un petit moment. Donc, surtout après XXV qui était plus doux et orchestral, est-ce que ça vous démangeait de revenir sur du riffing plus heavy ?

Je crois que ça vient simplement du fait que nous avons tourné pendant longtemps avant d’aller en studio ; nous étions dans ce mode, dans le mode « riff », les guitaristes se faisaient plaisir sur scène à jammer et balancer tous ces riffs metal ou Neue Deutsche Härte. Nous avons joué énormément de chansons sur cette tournée provenant du milieu des années 90, d’albums tels que Defekt, Wunschkind, Unrein, etc. Il y avait énormément de chansons orientées riffs dans la setlist. Nous étions donc dans cet état d’esprit et nous nous sommes retrouvés à proposer plein de riffs juste après cette longue tournée. Donc peut-être est-ce la raison pour laquelle il y a tant de riffs sur ce nouvel album, car la tournée était très proche, elle venait juste de se finir, mais c’est une bonne chose ! Nous avons réalisé que ce n’était pas si stupide de transporter cette énergie dans la phase de composition.

Flux : Et la plupart des chansons du nouvel album ont été écrites lors de sessions, comme un groupe live : tout le monde a un instrument, et simplement, nous jammions et écrivions de nouvelles chansons. C’est très différent des albums précédents où la plupart des chansons ont été écrites par seulement l’un d’entre nous, seul dans son home studio, dans un contexte d’isolation. Là, c’était un groupe qui jouait et composait.

Dero : Ouais, ça faisait longtemps que nous n’avions pas fait une phase de composition à trois membres dans une session. Et c’était le bon moment de faire une phase de composition aussi rapprochée d’une tournée.

« Nous avons ouvert des portes, musicalement, pour Rammstein, et maintenant, ils nous ouvrent des portes à l’échelle internationale en raison de leur succès mondial. C’est du gagnant-gagnant. »

Vous pensez que c’était bénéfique de retravailler ensemble en session afin d’obtenir un feeling plus organique ?

Tout dépend. Si tu sens que c’est bon pour ton groupe de faire ça… Tu dois aussi prendre en compte l’alchimie, c’est aussi très important. Après une longue tournée, il se peut que vous ayez besoin de temps libre et de dire : « Ok, ne nous voyons pas pendant six mois », pour le bien du groupe. Evidemment, dans ce cas, davantage de chansons seraient créées par des membres de façon individuelle, chacun de leur côté. Mais cette fois, nous ressentions que ce serait bien de le faire en session, parce que l’alchimie entre les membres du groupe était positive en raison de cette tournée en Russie, couronnée de succès, que nous avons faite juste avant la phase de composition. Donc ouais, notre façon d’aborder le processus de travail dépend de l’état d’esprit émotionnel au sein du groupe, c’est certain.

Dero, on ne t’a pas entendu chanter comme tu le fais sur certaines parties, avec cette voix grave et agressive, depuis grosso modo l’album Unrein il y a vingt ans. Les plus vieux fans avaient plus ou moins accepté le fait que tu ne rechanterais plus comme ça. Mais on peut remarquer maintenant que tu l’as toujours en toi…

Ouais ! Comme je l’ai dit, c’est parce que la vie est faite de changements. Si je ne me sens pas de faire ci ou ça, je ne me force pas. Cette fois, c’était le moment de redonner vie au Dero grogneur. C’est bon à voir : nous ne sommes pas un groupe répétitif ! Je veux que ce groupe reste frais et vivant, et c’est pour ça que je change de temps en temps ma façon de chanter. Car c’est ennuyeux pour moi de stagner. Donc ouais, cette fois, il s’agissait de voir et ressentir ce qui est en moi, caché. J’ai ouvert de vieilles portes en moi. C’est bon de voir que je n’avais pas peur de le faire.

Flux : Quand nous jouons en live, nous jouons une sorte de best of de nos propres albums aussi, pour les fans, donc ces vieilles chansons ne sont pas si loin, ça ne fait pas si longtemps pour nous, parce que nous jouons encore des morceaux d’Unrein, comme « Gekreuzigt », par exemple, « Mitten Ins Herz » de Defekt, et Dero chante encore comme ça tous les soirs sur scène. Donc la dernière fois qu’il avait chanté dans ce style, ce n’était pas il y a vingt ans.

Comment vois-tu ton évolution en tant que chanteur ? Qu’est-ce qui t’a poussé à un moment donné – à partir de Plastik, surtout, qui marquait un peu la transition – vers un type de chant plus mélodique et « joli » ?

Dero : Il s’agissait de mon horizon musical. Je veux dire que j’ai toujours été très diversifié et curieux en ce qui concerne la musique que j’écoutais en privé. J’aime beaucoup les trucs de Rat Pack, comme Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr., etc., le style swing des années quarante et cinquante. J’aime aussi beaucoup le classique, je m’intéresse aux BO de film, j’aime les opéras… Un de mes chanteurs préférés est Mike Patton de Faith No More, qui est également un chanteur très polyvalent, avec un éventail de capacités vocales incroyable. Evidemment, en tant que chanteur, on se focalise sur les bons chanteurs. Ça ne fait aucun doute que Freddy Mercury était l’un des plus grands chanteurs de rock de l’histoire de la musique. J’apprécie beaucoup les gens qui ont ces capacités vocales et j’ai moi-même essayé de m’entraîner, d’élargir mon spectre et de renforcer mes horizons musicaux, renforcer ma voix, travailler sur ma respiration, etc. Autrement, ce serait trop ennuyeux. Comme je l’ai dit plus tôt, il y a bien trop de groupes qui sonnent tout le temps pareil. Ça se défend mais ce n’est pas ma tasse de thé.

Flux : Et ça va main dans la main avec la musique, ça ouvre également à de nouvelles dimensions pour la composition. Si tu as un chanteur qui peut vraiment chanter, ça permet d’écrire d’autres lignes de refrain que si tu as un chanteur qui ne sait que crier, par exemple. Ça a été très important pour nous, dans notre développement musical, le simple fait d’étendre nos horizons dans notre composition.

Il y a toujours eu cette comparaison entre Oomph! et Rammstein, même si évidemment Oomph! était là avant. Mais cette comparaison est progressivement devenue obsolète à mesure que Oomph! évoluait. Seulement, vu que vous revenez en partie à votre style de vos débuts sur Ritual, n’avez-vous pas peur de voir resurgir cette comparaison ?

Dero : Je ne pense pas parce que, comme je l’ai dit précédemment, vu que nous sommes le premier groupe à avoir fait ce genre de chose, il n’y a pas de risque de… Enfin, évidemment, il y aura toujours des gens qui ne connaissent que Rammstein, c’est sûr, parce que c’est le groupe en provenance d’Allemagne qui a le plus de succès aujourd’hui partout dans le monde. Mais ça nous ouvre aussi des portes. Si ces gens font le lien sur internet, ils peuvent dire : « Oh, il y a un autre groupe de la Neue Deutsche Härte qui s’appelle Oomph!, oh, et ils étaient même là avant Rammstein, et ils ont influencé Rammstein ! Wow, c’est super de voir ça. » C’est donc une opportunité pour nous également, afin de générer davantage de fans, pourquoi pas ? Je veux dire que nous avons ouvert des portes, musicalement, pour Rammstein, et maintenant, ils nous ouvrent des portes à l’échelle internationale en raison de leur succès mondial. C’est du gagnant-gagnant, c’est une bonne chose. Et ils sont toujours assez honnêtes en ce qui concerne le fait qu’ils ont été grandement influencés par Oomph!, ils continuent à le dire dans diverses interviews. Donc c’est cool !

D’un autre côté, même si on ne retrouve pas le Oomph! plus dansant à la « Labyrinth » ou « Gott Ist Ein Pop Star! », on peut encore entendre le Oomp!h plus mélodique et gothique des dernières années. Etait-ce voulu de faire se rejoindre la vieille et le nouvelle époque, dressant ainsi une sorte de pont entre le passé et l’avenir ?

Eh bien, ce ne serait pas authentique si nous nous étions contentés de revenir dans le passé. Je veux dire que nous vivons dans le présent et c’est pourquoi nous devons aussi refléter notre état d’esprit émotionnel actuel au sein de notre musique. C’est pourquoi il y a une combinaison des anciennes et nouvelles émotions. Mais ça s’est fait un peu de manière annexe, c’est juste que nous avons ressenti que ça devait se passer comme ça. Nous n’y avons pas trop réfléchi. Ce n’était qu’une question d’émotions, qu’elles soient anciennes ou nouvelles. C’est ça la musique : ça doit provoquer des émotions en nous et, avec un peu de chance, ça provoquera des émotions chez l’auditeur. Ouais, nous voulions transporter de l’énergie, de l’enthousiasme, et bien sûr, nous voulons aussi refléter la société telle que nous la voyons aujourd’hui, et elle n’est pas toujours brillante, marrante et aussi divertissante que les gens veulent nous faire croire. Il y a donc assurément des parts d’ombre en nous et parmi ce que nous pouvons tous voir, donc nous les reflétons.

« Si tu surfes sur internet, […] tu peux résumer sur une certaine période de temps certains gros titres qui apparaissent partout dans le monde. Il y a trois “chapitres”, qui sont le terrorisme et la guerre, la sexualité et la pornographie, et évidemment le nazisme. C’est ce qui fait tourner le monde. »

A ce propos, la chanson « Terror – Ficken – Hitler » est justement une critique de notre société. Penses-tu que ces trois mots résument nos sociétés occidentales actuellement ?

Si tu regardes dans le domaine digital, si tu surfes sur internet, que ce soit dans les forums politiques, les forums religieux, les forums philosophiques, les clips vidéo sur YouTube, etc. tu peux résumer sur une certaine période de temps certains gros titres qui apparaissent partout dans le monde. Il y a trois « chapitres », qui sont le terrorisme et la guerre, la sexualité et la pornographie, et évidemment le nazisme. C’est ce qui fait tourner le monde, de toute évidence, partout sur la planète. C’était très intéressant pour nous de le constater, car nous pensions que le monde était plus diversifié en ce qui concerne les sujets de discussion, mais on est tellement obnubilé par ces gros titres – les gens ont tendance à les produire, y compris au sein des forums de discussion. Un autre aspect de cette chanson est que dans tous ces domaines, politique, religieux et sexuel, les structures du pouvoir, de la maltraitance et de la séduction sont assez similaires. Il est donc vraiment évident qu’il y a des gens qui veulent être séduits et des gens qui sont des séducteurs. On doit se poser la question de savoir si on veut être séduit, si on veut être un séducteur ou si on a envie d’être un penseur libre, si c’est plus important de poser des questions que d’écouter des gens qui ont des prétendues réponses faciles à des questions difficiles, car je ne crois pas que les choses soient aussi simples qu’on veut nous le faire croire. Ils débarquent en criant leurs réponses faciles. Donc, pour moi, c’est bien plus important de se poser les bonnes questions.

C’est une chanson très provocante, comme vous aimez parfois l’être. Penses-tu que provoquer ou choquer les gens reste encore le meilleur moyen de les sensibiliser sur des sujets importants, surtout aujourd’hui où ils sont facilement distraits ou manquent d’attention ?

Oui, bien sûr. Si tu as quelque chose à dire, s’il y a un véritable fond qui justifie la provocation ou que tu veux que les gens prennent conscience d’un problème ou de quelque chose qui t’énerve dans la société, la politique, l’économie ou autre, c’est légitime de faire de la provocation. Mais s’il n’y a pas de fond, si on provoque pour provoquer, c’est ennuyeux, nul et stupide. Et il existe de nombreux groupes, surtout dans le hip hop et le rap, qui ne font que provoquer pour provoquer. Nous avons toujours eu des raisons pour faire de la provocation et c’est encore le cas aujourd’hui. Ça reste une des marques de fabrique d’Oomph!. Nous voulons soulever des discussions, nous voulons pousser les gens à débattre, nous voulons poser des questions : veut-on vraiment aller plus loin dans cette direction ? Veut-on vraiment participer à changer la société ? A quoi ça va ressembler ? La vie est faite de changements et on prend tous part à ce processus d’évolution au sein d’une société, c’est ce qui rend la démocratie intéressante. C’est compliqué, et c’est pourquoi il y a de plus en plus d’extrémistes qui poussent comme des champignons, parce que c’est la voie de la facilité. Mais ce n’est pas une bonne chose de voir partout dans le monde des gens qui ne veulent plus penser par eux-mêmes. Donc, comme je l’ai dit, il y a toujours des raisons pour que nous fassions de la provocation.

Il y a justement dans cette chanson l’idée « des tendances dogmatiques et fondamentalistes au sein de la politique, des médias et de la religion qui cherchent à réprimer ou même bannir les opinions dissidentes dans un monde libre, laïque et éclairé ». Ressens-tu dans ta vie quotidienne ou même en tant que groupe ces tendances s’accroître ?

Bien sûr ! Il faut se rendre compte qu’un nouveau totalitarisme moral est en train de s’installer dans le monde occidental. Il y a des gens qui pensent être… qui affirment qu’on n’a pas le droit d’utiliser tel mot, de dire telle chose, de formuler telle phrase, etc. A mes yeux, c’est à moi de décider comment j’utilise les mots en tant qu’artiste. Je suis libre. J’apprécie vraiment la liberté de parole. Je n’ai pas envie de voir se réaliser le monde de George Orwell dans 1984, où ils ont cette Neusprech, cette Novlangue, ce nouveau langage qu’ils ont créé, qui est très limité et nous empêche d’utiliser des mots qui pourraient causer des révolutions. C’est la raison pour laquelle la Novlangue a été créée dans cette dystopie, 1984. Nous en prenons un peu le chemin aujourd’hui parce qu’il y a tellement de gens qui pensent savoir ce qui est bien et mal, et ils pointent du doigt les gens qui ne sont pas politiquement corrects.

Je trouve que le politiquement correct est très dangereux. C’est une évolution très grave et sérieuse en Europe. Je n’ai pas envie que quiconque me dise ce que je dois ou ne dois pas dire. Je ne veux pas réprimer ma liberté. La liberté est la liberté et personne ne devrait me dire que ma liberté n’est plus bonne parce que ce que je fais n’est pas acceptable moralement. Je suis vraiment pro-liberté de parole et dans l’art. On devrait tout permettre. On doit simplement admettre qu’il existe des opinions différentes et la façon dont l’Europe évolue est qu’on ne veut plus accepter les opinions divergentes. « Tant que l’opinion est la même que la mienne, je l’accepte. Si elle diffère de la mienne, alors je ne veux plus l’accepter. » C’est le chemin qu’on est en train de prendre, selon moi, partout dans le monde aujourd’hui, à cause des extrémistes qui prennent de plus en plus d’importance. Si quelqu’un pense à ma place… Pour moi, c’est une vision effrayante, parce que je suis un libre penseur. Je ne veux pas compromettre ma liberté, pour qui que ce soit. Je trouve ça très dangereux d’être tolérant envers l’intolérance, c’est la fin de la liberté, selon moi.

J’espère qu’on vit dans une société éclairée et féministe, or je constate qu’il y a de plus en plus de mouvements qui expliquent que le monde est noir et blanc, et c’est dangereux. Les nuances de gris entre les deux se perdent de plus en plus. Ce n’est pas bon parce que la vie est pleine de diversité et, surtout, d’une variété d’opinions, à mes yeux. Il faut avoir eu une éducation suffisamment poussée pour nous inciter ou nous forcer à penser par nous-mêmes. C’est la plus grande diversité possible d’opinions qui fait une société libre et éclairée, et on doit vraiment apprendre à accepter y compris les opinions étranges. Je dois aussi accepter les opinions que je n’aime pas. Une démocratie en bonne santé, c’est lorsque les gens débattent librement, lorsque plein d’opinions différentes sont capables de coexister, tant que ces opinions ne sont pas radicales et qu’elles n’essayent pas d’attaquer notre mode de vie, la façon dont on aime vivre, avec notre liberté, notre démocratie, nos droits de l’homme. Tant que ça reste dans un cadre démocratique et qu’on respecte les droits de l’homme, alors tout le monde est le bienvenu, tous les arguments sont les bienvenus, qu’ils soient de droite, de gauche, du centre ou provenant de personnes religieuses.

« Il faut se rendre compte qu’un nouveau totalitarisme moral est en train de s’installer dans le monde occidental. […] Il y a tant de guerriers de la justice sociale, cette police morale qui accuse tous ceux qui n’ont pas les mêmes opinions qu’eux, les traitant de racistes, de nazis ou autres. C’est une honte, pour être honnête ; c’est une évolution vraiment dangereuse. »

Sauf qu’on peut constater que certains ont beaucoup de mal à le comprendre et à l’accepter. On peut prendre l’exemple de gens qui se sont fait insulter voire menacer pour avoir ne serait-ce qu’affirmé – comme Zineb El Rhazoui qui vit aujourd’hui sous protection policière – que l’islam, à l’instar de toutes les religions, devait se soumettre aux critiques…

Ouais en France, et c’est pareil avec les critiques allemands de l’islam, comme Hamed Abdel-Samad, par exemple, un Germano-Egyptien, ou une certaine musulmane progressiste qui a monté une nouvelle mosquée où les homosexuels sont acceptés, et elle vit sous protection permanente. C’est très triste à voir, car, comme je l’ai dit, j’ai toujours cru qu’on vivait dans un monde libre et éclairé. Il faudra voir comment on va gérer ces problématiques, mais on ne peut pas rester silencieux, c’est impossible. On ne peut pas tolérer les intolérants. La liberté d’expression doit être au-dessus de tout. Ça passe avant les textes religieux, c’est au-dessus. On n’est plus à l’époque médiévale. La religion doit être une chose privée. Autant les athées et les agnostiques doivent accepter les églises, les mosquées, les temples, peu importe, autant les croyants doivent accepter les athées et les agnostiques ainsi que leur mode de pensée. Bien évidemment on doit même avoir droit de se moquer des religions, et les religions doivent l’accepter, ils doivent le supporter, tout comme on les supporte, jusqu’à un certain point, tant qu’ils n’attaquent pas notre mode de vie, notre liberté, notre démocratie et nos droits de l’homme. Chaque religion, chaque mouvement politique doit accepter la critique. Je suis absolument pro-critique pour tout ce qui concerne notre société. Autrement, on irait directement en dictature, n’est-ce pas ?

C’est ce que je fais aussi : je n’hésite pas à critiquer les choses qui m’énervent, même si les gens me traitent de nazi simplement parce que je suis très critique envers l’immigration de masse à sens unique, incontrôlée et illimitée en Europe provenant d’une seule culture. J’y vois tellement de désavantages et de dangers par rapport à ça, mais on m’a traité d’extrême droite, de nazi ou je ne sais quoi pour cette critique, pour cette façon de penser. Il y a tant de guerriers de la justice sociale, cette police morale qui accuse tous ceux qui n’ont pas les mêmes opinions qu’eux, les traitants de racistes, de nazis ou autres. C’est une honte, pour être honnête ; c’est une évolution vraiment dangereuse. Aujourd’hui, ce mode de vie, cette démocratie est attaquée à l’extrême gauche, à l’extrême droite et par des extrémistes religieux. On doit donc faire très attention de conserver tout ça, car la chose la plus importante est de protéger notre société, notre liberté, notre démocratie, nos droits de l’homme pour les prochaines générations. On va devoir bien plus réfléchir à l’avenir que certains de ces rêveurs – ainsi que je les appelle – aimeraient le croire ou le voir. C’est important de rester critique. C’est important de diverger. Evidemment que tous ceux qui critiquent ne sont pas des extrémistes. Si quelqu’un l’affirme, c’est qu’il est lui-même un extrémiste.

Avez-vous souffert de censure en tant qu’artistes qui parfois aiment provoquer pour faire passer leurs messages ?

Ouais, bien sûr. Avec « Gott Ist Ein Popstar! », par exemple. Nous avons été invités à un énorme show musical à l’époque qui s’appelait les Echo Music Awards. Nous devions jouer cette chanson là-bas. C’était la première fois après les caricatures de Mahomet, et la chaîne de télévision a dit : « Non, on ne veut plus de chansons qui critiquent les religions parce que c’est encore trop chaud. Vous n’êtes plus les bienvenus dans notre émission. » Nous avons dit : « Wow ! Nous qui pensions vivre dans une société libre et tolérante. » Il est donc évident qu’on ne supporte plus les opinions critiques sur les religions. C’était très triste et étrange à voir.

Toujours à propos de la chanson « Terror – Ficken – Hitler », tu as déclaré qu’elle soulève délibérément la question des « limites du bon goût ». Mais quelles sont ces limites pour toi ?

J’ai évidemment mes frontières et mes limites morales et éthiques. C’est nécessaire. Une société sans frontière et sans limites ne serait que pur chaos. Ce n’est pas ma vision d’une bonne société. Bien sûr, il ne peut pas non plus y avoir une absolue liberté, parce que si tu vis dans une absolue liberté, alors tu violes la mienne, par certains aspects. Il faut donc des lois et quelqu’un pour les énoncer, il faut une police, il faut des politiciens indépendants… [Petits rires] Y en existe-t-il encore beaucoup ? Je ne sais pas ! Car, après tout, on vit dans une démocratie qui prétend en être une, mais c’est une dictature des lobbys. C’est malheureusement la putain de vérité. Je crois que les gens ont la responsabilité de reprendre le pouvoir entre leurs mains parce qu’il leur appartient et pas aux quelques gens qui gagnent quatre-vingt-dix pour cent de l’argent ; ce n’est pas juste et ce n’est pas bien sur le long terme. Donc ouais, il y a des limites partout, y compris en moi. Je ne ferais pas tout. Je ne blesserais ou nuirait pas à quelqu’un ou à un animal physiquement pour justifier l’art, ce n’est pas bien à mes yeux. Je sais qu’il y a de l’art qui le fait, comme des gens qui massacrent des vaches en live sur scène et appellent ça de l’art ; ce n’est pas ma vision de l’art. Donc, pour moi, il y a des limites au bon goût, des limites morales et éthiques. Je fais ce avec quoi je suis à l’aise et je ne vais pas plus loin. Mais, de temps en temps, il m’arrive d’aller à la limite de mes frontières [petits rires].

Vous avez une chanson intitulée « Europa », dont l’atmosphère est assez dramatique. Qu’est-ce que l’Europe représente pour vous ?

Tout d’abord, il faut réaliser que l’Europe a été en paix durant les soixante-dix dernières années. Sans tous ces différents pays qui ont commencé à se faire confiance, nous n’aurions pas eu cette paix en Europe, qui, comme on le sait tous, était auparavant constamment en guerre. C’est une bonne chose, évidemment, par rapport à l’Europe, mais il faut aussi réaliser qu’il y a un prix à payer pour ça, parce que notre paix est également fondée sur le développement économique, il s’agit de capitalisme, qui génère un certain niveau d’éducation. Mais le capitalisme signifie aussi que quelque part, partout dans le monde, dans le tiers monde, un tas de gens travaillent pour trop peu d’argent voire presque pas d’argent, juste pour pouvoir se nourrir, ou bien on force des enfants à travailler pour que l’Europe ou le monde occidental puissent prospérer économiquement. C’est notre système. On doit réaliser que, d’une certaine façon, il est pervers. Il développe et crée un certain niveau moyen d’éducation, ce qui est bien, mais le revers de la médaille est que des gens souffrent parce que nous vivons comme nous vivons. L’Allemagne est l’un des plus grands fournisseurs d’armes, y compris au Moyen-Orient, donc nous créons cette crise ; l’OTAN crée en permanence des crises. La Grande-Bretagne et même la France, il y a cent ans, ont créé une crise au Moyen-Orient, et maintenant il y a le retour de bâton, et on se demande tous : « Wow, pourquoi tous ces gens veulent-ils venir en Europe ? » Je peux te dire pourquoi : parce qu’on a fait que leurs pays ressemblent à de la merde, tout est dévasté et en ruine là-bas, à cause de nos armes, de notre politique.

« Il y a des limites au bon goût, des limites morales et éthiques. Je fais ce avec quoi je suis à l’aise et je ne vais pas plus loin. Mais, de temps en temps, il m’arrive d’aller à la limite de mes frontières [petits rires]. »

J’ajouterai, sur un autre plan, que les gens en Europe ont tendance à avoir de plus en plus peur de perdre leur identité culturelle, et je pense qu’il faut vraiment les entendre. Il ne faut pas les traiter d’idiots ou d’extrémistes simplement parce qu’ils ont peur de perdre leur identité culturelle. Je trouve que c’est légitime d’avoir sa propre identité culturelle. Quand je vais en vacances en France, j’apprécie beaucoup la culture française, j’aime voir qu’il y a des habitudes différentes, de la nourriture différente, des gens différents. Je n’ai pas envie que la culture française devienne une certaine culture européenne standard. Ce serait quoi ? Tout serait pareil partout en Europe ! Ce serait dangereux. C’est une idée vraiment effrayante pour moi. Toutes les spécificités n’existeraient plus. Ça aussi, c’est un crime contre l’humanité, si tu veux mon avis. J’aime vraiment les différences entre cultures, mais j’aime aussi le fait que nous nous fassions confiance et que nous soyons amis. J’adore les différences et la diversité. C’est ça qui fait une société, la pluralité des opinions, des cultures, peu importe.

Bien sûr, n’importe qui peut être amoureux de son pays sans être un extrémiste. Bien sûr, n’importe qui peut être un patriote sans être nationaliste. Nous devons nous différencier, et ça se perd de plus en plus au sein de la société. Il y a des gens qui disent : « Quand tu es patriote, tu es nationaliste ! » Ce sont des conneries ! C’est stupide ! Ce n’est pas du tout vrai ! Evidemment pas ! Il faut s’en soucier. On doit conserver notre propre esprit culturel et notre propre héritage culturel, et il faut aussi vraiment qu’on se remémore les mauvais moments de notre histoire et de notre héritage. On doit refléter ça de la façon la plus honnête qui soit, mais on doit faire attention de ne pas perdre notre identité culturelle. Selon moi, c’est légitime d’avoir peur que ça arrive, c’est légitime d’en parler, car on s’est battus contre la disparition de l’identité des Indiens d’Amazonie ou des Aborigènes, mais dès qu’il s’agit de nous battre pour notre propre identité culturelle, on nous qualifie de nazis ou de je ne sais quels extrémistes de droite. Je ne comprends pas ce mode de pensée. Je trouve qu’il est très important de respecter les différences.

Pour revenir à ta question, nous ne faisons que refléter les symptômes de l’Europe dans cette chanson. L’Europe est malade. C’est presque un cadavre qui tombe en lambeaux aujourd’hui. Voilà comment nous voyons l’Europe, telle que nous la reflétons, et nous posons des questions : « Voulons-nous que ça soit comme ci ou comme ça ? Quel est l’avenir de l’Europe ? » Prenons part au débat et posons des questions. C’est notre objectif en tant que musiciens. Encore une fois, nous voulons, bien sûr, provoquer, et nous voulons un petit peu déranger les gens, mais nous voulons aussi poser des questions, ce qui est bien plus important que de trouver des réponses.

L’illustration de l’album dépeint une femme en train d’être couronnée dans une sorte de rituel. La dernière fois, tu nous as parlé de l’égalité homme-femme, et des hommes voulant réprimer les femmes, et tu nous as dit : « Nous avons tous des côtés féminins. Et nous savons tous que le monde serait un bien meilleur endroit si les femmes avaient plus d’impact au cœur de la politique. » Depuis, on a vu la montée du mouvement #MeToo, qui a amené des débats, avec d’un côté ceux qui se réjouissent de la libération de la parole de la femme, et de l’autre ceux qui déplorent qu’on se fasse justice soi-même sur les réseaux sociaux, avec les dérives que ça peut impliquer. Quel est ton sentiment à ce sujet ?

C’est encore une étrange évolution, un tableau en noir et blanc et toutes les nuances de gris entre qui se perdent, exactement comme en politique. Les gens ont tendance à faire ça de nos jours. Bien sûr, je ne soutiens pas les femmes qui disent que faire des blagues sexistes ou les regarder de manière lascive est à mettre sur le même plan que le viol : il y a des femmes qui l’affirment. C’est tout simplement stupide et incroyablement cruel si quelqu’un pense réellement ça, car c’est une gifle envers toutes les vraies victimes de viol. Je ne comprends pas vraiment pourquoi de soi-disant féministes font ça et essayent de tout égaliser comme étant ce qu’elles appellent des crimes envers elles. On doit vraiment faire la part des choses et voir les légères nuances de gris. Evidemment, si quelqu’un fait une blague sexiste, c’est juste du gris clair, alors que si quelqu’un viole une femme, c’est du noir total. Je ne comprends pas pourquoi tout est équivalent aux yeux de certaines militantes. Ça ne fait même qu’empirer les choses, ça n’aide en rien. Ça fait du bien de voir que de nombreuses femmes soit ne soutiennent pas du tout ce comportement, soit disent que ce genre de féminisme empire les choses. Ça fait du bien de voir qu’il reste des gens qui pensent par eux-mêmes et qui n’hésitent pas à prendre le risque d’être traités d’antiféministes juste parce qu’ils critiquent ces comportements.

Et comment vois-tu le futur des relations hommes-femmes ?

Comme je le disais, j’apprécie beaucoup les différences. Je suis pour l’égalité des droits, mais ça ne veut pas dire que je veux que nous soyons égaux sur tous les plans, parce que c’est impossible. Un bon signe de diktat, c’est la tendance à tout rendre égal. Le fait de se battre pour l’égalité des droits n’implique pas forcément que les gens veulent rendre tout égal. Donc j’apprécie vraiment les différences : différences de sexe, d’apparence, de culture… Mais aussi, si les relations entre hommes et femmes finissaient par être régies par une police de la morale, que resterait-il du romantisme et de la séduction ? Je veux dire que la séduction appartient à la nature humaine. Si les hommes ne peuvent pas être sûrs quand c’est mal et quand c’est encore bien, alors ça devient dangereux pour tout le monde, ce n’est plus amusant, ça devient froidement technique ou je ne sais quoi [petits rires]. Il faut un peu faire confiance à son intelligence. On a une voix, on a des mains, on a des yeux et un regard, donc si quelqu’un dit non ou nous repousse avec les mains, c’est un signe, ça veut dire stop, c’est fini. C’est un sujet délicat, évidemment, mais je pense qu’il ne faut pas le sur-dramatiser, parce qu’autrement, tout se perd en ce qui concerne la séduction romantique, l’amour, la tendresse, etc. Ce serait une vision horrible. Bien sûr, il y a des situations où la femme pense « c’est agréable » ou « ce mec est sympa » et il la séduit, peu importe, et après l’acte, elle ressent : « Ça n’était pas bien, je me sens mal. » Mais était-ce un viol ? Vraiment, je pose la question. Etait-ce un viol ou juste une erreur ? Je ne sais pas ! Je ne peux vraiment pas dire. C’est tellement délicat. Je suis reconnaissant d’avoir vécu mes heures de folie il y a vingt ans [rires].

L’album s’intitule Ritual. Que mettez-vous derrière ce terme ? A quel type de rituel se réfère-t-il ?

Flux : Ce n’est pas qu’un seul type de rituel. On a plein de rituels toute la journée, comme quand on se lève, on se brosse les dents, on prend son petit déjeuner… Il y a aussi des rituels effrayants dans le monde, comme les meurtres rituels. Il y a de bons et mauvais rituels. Nous aimons le fait que ce soit un titre ouvert. Ça résume la plupart des paroles de l’album.

« Nous voulons, bien sûr, provoquer, et nous voulons un petit peu déranger les gens, mais nous voulons aussi poser des questions, ce qui est bien plus important que de trouver des réponses. »

Avez-vous des rituels particuliers dans vos propres vies ?

Dero : Il y en a plein ! Mais il y en a beaucoup qui sont gênants, que je n’ai pas envie de dévoiler [rires]. Je pense que tout le monde en a. Je veux dire que certains sont conscients et d’autres sont inconscients. Il y a des rituels étranges dans notre vie quotidienne, c’est certain. Je me parle à moi-même quand je suis seul : « C’est bizarre ! » Je m’en rends compte.

Flux : Nous avons un rituel dans le groupe : faire des interviews Skype totalement nus [rires]. Donc tu peux te réjouir que ce ne soit pas une interview vidéo.

Dero : Avant que nous montions sur scène, nous nous rassemblons et nous nous prenons dans les bras comme une équipe de football juste avant un match. Nous nous souhaitons « guten Appetit ! », ce qui veut dire « bon appétit ». C’est notre rituel. Sans ça, nous ne montons jamais sur scène. Donc nous avons nos rituels. Je pense que les rituels sont ou peuvent être importants, pour la société, pour la famille, pour des individus, mais il y a aussi des rituels dangereux. On doit donc décider des rituels que l’on choisit. Il y a aussi des rituels qui empêchent une société de grandir ou de se développer. D’un autre côté, sans rituel, peut-être n’aurait-on même pas formé de société. Il faut donc vraiment faire attention et voir l’envers du décor. De temps en temps il faut briser ces vieilles habitudes et ces rituels pour se développer. Si on ne vivait qu’à travers des rituels, on n’évoluerait pas du tout, ni en tant qu’être humain, ni en tant que groupe, ni en tant que personnalité et ni en tant que société. Donc, comme je l’ai mentionné plus tôt, de temps en temps, nous disons : « Non ! On ne veut pas se répéter, donc on doit briser telle ou telle habitude. Essayons de nouvelles choses. Travaillons avec un autre musicien ou faisons des sessions au lieu que tout le monde compose ses propres trucs chez lui. » Donc, de temps en temps, nous changeons complètement nos processus de travail afin que ça reste frais et vivant pour nous-mêmes. Mais comme je l’ai également dit plus tôt : on a aussi besoin de rituels, car autrement, on perd son identité. Ritual, c’est un titre sombre et mystérieux, et c’est pour ça que ça convient très bien à notre musique.

L’illustration possède un côté tribal et le titre, Ritual, renvoie également aux pratiques tribales et religieuses ancestrales. Voyez-vous quelque chose de tribal dans votre musique ou communauté de fans ?

Je pense qu’il y a quelque chose de mystérieux dans notre musique. Il y a aussi une approche un peu transcendantale quand on fait de la musique. La musique en soi peut être très religieuse. Il y a des philosophes qui disent que ce à quoi ton cœur se raccroche, c’est ton Dieu. Pour certains c’est l’argent, pour d’autres le sexe, d’autres encore la musique… Mais le côté tribal, c’est une bonne question ! J’aime cette approche très ancienne de la musique parce que, de ce que l’on sait aujourd’hui, d’après les scientifiques, la musique est plus vieille que le langage. Les premiers êtres humains, peu importe de quoi ils avaient l’air ou comment ils étaient, avaient les premières formes de musique ; peut-être qu’ils tambourinaient avec des os ou prenaient des pierres pour en faire sortir des sons. Donc ouais, il y a clairement des aspects tribaux dans la musique et j’apprécie beaucoup ça.

As-tu parfois l’impression d’être un gourou tribal sur scène, face à tes fans ?

Non, pas du tout. C’est plus comme une conversation ou un dialogue entre nous, en tant que groupe, et les fans. Je n’aime pas les monologues, ni dans la vie privée, ni sur scène. Il y a déjà bien trop de groupes qui célèbrent un long monologue sur scène, mais c’est ennuyeux, je trouve. Il faut qu’il y ait une connexion entre le public et l’artiste. Ils doivent fusionner, d’une certaine façon, leurs émotions doivent fusionner. Ils doivent mêler ou assimiler tous ces sentiments, s’unir et former une énorme supernova émotionnelle. C’est ma vision parfaite d’un bon concert.

Ritual sort pour les trente ans du groupe. Ce dernier s’est formé en 1989, à la même époque que la démolition du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne. Quels sont tes souvenirs de cette époque, de ces premiers pas du groupe dans ce contexte particulier en Allemagne ?

Je me souviens très clairement de tout ça. Nous avons joué dans l’ex-RDA avant la chute du mur, une fois, avec un groupe précédent. C’était une chouette expérience. Assez vite après la chute du Mur et la réunification, nous avons joué avec Oomph! dans l’ex-RDA. De nombreuses choses se passaient simultanément à l’époque. C’était une époque incroyable. C’était super, car j’avais toujours en tête l’époque où le Rideau de fer était encore fermé, j’ai été visité Berlin et Berlin Est avec ma classe d’école, et on entrait dans un tout autre monde. Le socialisme et le communisme étaient très différents. C’était excitant et palpitant de vivre cet énorme chapitre de l’histoire. J’aime me remémorer tous ces concerts et ces conversations avec les gens de l’ex-RDA, me disant à quel point ils appréciaient notre musique depuis le début. Nous avons très vite eu une importante fan base dans l’ex-RDA, ce qui était très bon à voir. Je pense que de nombreuses personnes ont vraiment dû explorer le monde, et elles en avaient la volonté. Il y avait tant de choses qu’elles voulaient savoir, et vice versa.

Je veux dire que j’apprécie encore beaucoup les documentaires sur l’ex-RDA et la chute du Mur, et les choses qui se sont passées en Russie avec [Mikhaïl] Gorbatchev et la révolution là-bas, le putsch militaire… Tant de choses avaient lieu ! C’était une super époque. On peut être vraiment reconnaissant de ce qui s’est passé. Je veux dire que l’Allemagne a connu une révolution pacifique. Ça aurait pu tourner bien pire. Comme en Chine, à la place Tiananmen, c’était presque au même moment, où les gens manifestaient également de façon pacifique pour plus de liberté et de démocratie [mais ça a mal très tourné avec l’action militaire], et ça aurait pu se passer pareil dans l’ex-RDA. Mais bien sûr, il y a de plein de gens dans l’ex-RDA qui se sentent comme les perdants du système, qui sont très insatisfaits et furieux contre l’évolution des choses et veulent le retour de l’ancien système. C’est une épée à double tranchant, tout comme n’importe quelle évolution. Il y a toujours des gens qui n’aiment pas la nouvelle progression des choses, qui veulent retrouver leur ancien pays et reconstruire le mur [petits rires]. Il y a plein de gens dans l’ex-RDA qui pensent ainsi.

« J’apprécie beaucoup les différences. Je suis pour l’égalité des droits mais ça ne veut pas dire que je veux que nous soyons égaux sur tous les plans, parce que c’est impossible. Un bon signe de diktat, c’est la tendance à tout rendre égal. »

Comme tu l’as précisé, vous avez été les fondateurs de la Neue Deutsche Härte. Trente ans plus tard, où en est le genre ?

Il y a quelques plus jeunes musiciens qui s’y mettent, mais vu qu’il est assez facile d’être malencontreusement kitsch quand on fait ce type de musique, ou qu’on peut avoir l’air d’une blague si on n’est pas suffisamment authentique, peut-être que les gens n’osent pas s’y essayer. Peut-être aussi que c’est plus tendance d’être un gangsta rapper, y compris si l’on vient d’une famille de classe moyenne, je ne sais pas. Mais il y a un certain nombre de jeunes groupes qui font ce type de musique, mais par rapport à d’autres styles, c’est rare, il n’y en a pas beaucoup. Ce qui facilite les choses pour nous ! Je veux dire qu’il n’y a pas la pression de la jeune génération [rires].

Il y a quelques années, on a parlé à Lupus du groupe Kadavar à propos du chant en allemand, et il nous a dit qu’il ne se sentait pas encore suffisamment à l’aise pour chanter en allemand, qu’il devrait attendre encore quelques années et lire plus de Goethe, Schiller et Nietzsche, car il adore les mots. Et comme nous avons eu une conversation similaire avec toi par le passé, on t’a mentionné ainsi que Oomph!. Mais il nous a dit qu’il n’était pas très fan de ce que tu faisais, car c’est trop simple pour lui, ce sont comme des slogans, et il préfère les sens plus profonds et les assemblages de mots intelligents. Pourtant, d’un autre côté, il disait respecter Rammstein… Que penses-tu de son opinion sur ton utilisation de la langue allemande ? La comprends-tu ?

C’est légitime. La musique et les textes sont une histoire de goûts. Ce sera toujours ainsi. Je connais ce groupe, c’est du rock rétro 60s/70s, ils ont l’air de sortir de Woodstock, mais je trouve qu’on peut entendre qu’ils viennent d’Allemagne, rien que par leur prononciation de l’anglais, mais peut-être est-ce un genre de marque de fabrique. Je sais que les Scorpions chantaient un anglais très allemand, si je puis dire, ou avec un accent allemand. C’est donc légitime, ça ne me pose aucun problème que quelqu’un n’aime pas ma musique. Pourquoi pas ? Ce serait étrange de voir que tout le monde aime ma musique, alors ça voudrait dire que je joue de la pop, non ? Ceci dit, il y a bien trop de gens qui détestent la pop, donc… Bref, ce serait étrange. J’aime le fait qu’il existe des gens qui aiment notre musique et d’autres qui la détestent, ou l’ignorent. Bon, vu qu’ils semblent vraiment aimer les années soixante et soixante-dix, ce n’est pas étonnant qu’ils n’aiment pas tellement les années 90 ou 2000 [petits rires]. Ça me va parfaitement. Peut-être qu’il ne s’est pas trop intéressé à notre musique, peut-être qu’il ne connaît qu’une ou deux chansons, qui sait ? Je ne sais pas. Mais bien sûr, tout le monde aime Rammstein parce que c’est le groupe le plus célèbre venant d’Allemagne, ils sont connus dans le monde entier. Je ne sais pas s’il aurait dit la même chose si Rammstein avait encore été un groupe underground. Notre perception de la musique dans un monde capitaliste est toujours liée au succès. C’est étrange. Ce serait intéressant de savoir, si Rammstein était encore un groupe indépendant ou underground, si les gens penseraient la même chose d’eux. J’en doute, mais qui sait ?

D’ailleurs, quelle est ton approche de tes textes en allemand ?

C’est variable. Parfois j’aime les slogans et la structure rythmique des mots allemands qui m’indiquent à quoi ressembleront les riffs. Parfois, c’est le sens de certaines rimes qui m’intéresse. Parfois, c’est la mélodicité de l’allemand. Quelques fois auparavant, nous avons également eu des chansons dans lesquelles nous avons transformé tout un poème en musique. Tout dépend donc de mon humeur, des idées et des chansons. On ne peut pas dire qu’il n’y a qu’une façon. Parfois, l’idée d’un refrain vient en premier, et parfois, c’est une phrase d’un couplet qui vient en premier. Et de temps en temps, le riff est là d’abord et les paroles suivent. Je n’ai pas de plan précis. La plupart du temps, ça ne fait que sortir de mon esprit et je ne réfléchis pas trop au pourquoi du comment. Ensuite, plus tard, quand j’ai formé tout le texte, ou toute la chanson, ou composé la musique, bien sûr, tu rentres plus en profondeur dans la musique, les paroles et le sens. C’est toujours ça le truc : les gens voient les doubles sens et le côté métaphorique de la musique s’ils sont disposés à le faire. Ça dépend d’eux, de s’ils sont pressés, s’ils ont envie de lire entre les lignes, s’ils prennent le temps d’entrer dans les choses, etc. Ça dépend de leur éducation aussi. Ce sont des mots et les mots peuvent avoir des sens différents, y compris en Allemagne [petits rires]. Il y a tant d’aspects dans la musique, la façon dont on la crée, comment on la perçoit ou la ressent. Ça reste très intéressant. Ça change constamment. C’est ce que j’aime dans la vie et la musique.

Interview réalisée par téléphone le 14 novembre 2018 et le 10 janvier 2019 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Oomph! : www.oomph.de

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  • Mouais, les poncifs sur le thème du « on peut plus rien dire », je suis pas convaincu. Il y a de plus en plus de gens qui ouvrent leur gueule, justement. Beaucoup plus de gens qui en ont ras le bol d’entendre des propos sexistes, racistes ou homophobes, et qui le disent. Pour autant, à ma connaissance, les racistes, sexistes ou homophobes ont toujours le droit de parler. J’ai même l’impression que ce genre de discours est de plus en plus décomplexé. Alors on assiste peut-être à une polarisation plus forte des discours, mais je n’ai pas l’impression de voir un recul de la liberté d’expression. Après, chacun ses impressions, mais si on n’a rien de sérieux derrière pour appuyer son propos, alors ça n’a pas grand intérêt (oui, je m’inclus là dedans).
    Il y a d’autres pentes glissantes dans ses propos, « on ne pourra plus séduire les femmes », « il n’y aura plus de différences entre les hommes et les femmes », « la culture des pays européens va s’uniformiser »… C’est facile de passer pour la voix de la raison après des inepties de ce genre. Surtout que derrière c’est pour balancer des platitudes. « Si quelqu’un dit non ou nous repousse avec les mains, c’est un signe, ça veut dire stop, c’est fini. » Bien vu Einstein, heureusement que t’es là pour donner des leçons aux féministes.
    En revanche, ils mettent le doigt sur un point intéressant: ils revendiquent de défendre la liberté d’expression, tout en disant « Je trouve ça très dangereux d’être tolérant envers l’intolérance, c’est la fin de la liberté, selon moi ». C’est le paradoxe qui gratte, et mériterait de ne pas être caché sous le tapis quand on parle de liberté d’expression. Plus intéressant que de chouiner pour dire qu’on peut plus rien dire.

    PS:
    – Petit bug à la fin « Site officiel d’Oomph! : http://www.rivalsons.com »
    – Quand je clique sur vos publications Facebook, ça m’envoie vers une page frauduleuse pseudo-antivirus. Il faut que je mettre l’adresse directe de Radio Metal dans mon navigateur.

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