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Chronique   

Oomph! – Ritual


Trop souvent, Oomph! est considéré à l’ombre de Rammstein qui a évidemment eu le plus de rayonnement sur la scène internationale, fait rare pour un groupe chantant en langue allemande. C’est oublier que sans Oomph!, Rammstein n’existerait pas, ce que ces derniers reconnaissent volontiers. Oomph! a fondé le genre Neue Deutsche Härte (considéré comme le “dance metal”, ce qui n’est qu’en partie pertinent) et s’est construit une solide réputation durant les années 90. Depuis, le groupe a emprunté des chemins différents, jusqu’à pratiquement se moquer de lui-même avec Des Wahnsinns Fette Beute (2012), pour aboutir à un son plus gothique avec le dernier album en date, XXV (2015). Oomph! n’a jamais cherché à obéir aux attentes du public aveuglément, pourtant leur nouvel opus, Ritual, devrait ravir les fans de la première heure. Le groupe a puisé dans ce qui faisait sa force dans les années 90, opérant un retour en arrière. En somme, Ritual est le résultat d’une formule bien connue : faire du neuf avec du vieux.

Ce qui apparaît d’emblée dès les premières écoutes de Ritual, c’est que celui-ci est l’album le plus noir d’Oomph! de ces dernières années. Exit les orchestrations grandiloquentes qui laissent place à un riffing omniprésent qui illustre des thématiques graves telles que les dérives de la société actuelle. La prégnance des guitares est semble-t-il liée au contexte de composition de Ritual, qui intervient peu de temps après une tournée. Andreas Crap et Robert Flux étaient encore imprégnés de l’énergie live, résultant en une forme de décomplexion et de spontanéité dans la plupart des titres de Ritual. Les premières minutes de « Tausend Mann Und Ein Befehl » ne trompent pas, Oomph! est revenu à des rythmiques martiales appuyées et des lignes vocales calquées sur les battements. « Achtung! Achtung! » en est le parfait exemple. Indéniablement, Oomph! nous renvoie aux origines de la Neue Deutsche Härte. Le choix du retour en arrière rapproche logiquement à nouveau Oomph! de certains traits de composition caractéristiques du jeune Rammstein. Le timbre rauque de Dero Goi sur les riffs aussi austères qu’entraînants de « Kein Liebesleid » rappelle immanquablement Till Lindemann. Dero renoue avec le growl qu’il n’avait plus utilisé depuis Unrein (1998), soit vingt ans auparavant. « TRRR-FCKN-HTLR » est peut-être le symbole le plus marquant de l’orientation musicale de Ritual. Sa rythmique, ses éléments électroniques et son chant froids et martiaux : le titre émerge de manière singulière justement parce qu’il est celui qui respecte au plus près les codes du genre qu’Oomph! a fondé.

Oomph! a néanmoins l’intelligence de ne pas regarder en arrière sans nuancer, le groupe qu’il est aujourd’hui n’est plus le même qu’il y a vingt ans, érigeant ainsi des ponts entre le passé et le présent. D’une certaine manière, Ritual a conservé de nombreux éléments de l’attention à la mélodie présente dans les opus récents d’Oomph!. Le groupe opère une sorte de synthèse entre le metal syncopé et industriel et les lignes mélancoliques, avec pour point d’orgue des refrains entêtants, à l’instar de la marche militaire galvanisante « Trümmerkinder » ou des élans lyriques de « Achtung! Achtung! ». Dero Goi fait ainsi étal d’un vaste panel vocal allant du guttural aux inspirations new wave. « Europa » mêle amertume et sens du théâtral pour élaborer un « hymne » dramatique à l’Europe qui se délite, avec une section façon Chœurs de l’Armée Rouge en prime. Le langoureux « Phoenix Aus Der Asche » a davantage de points communs avec les productions les plus récentes d’Oomph!, jusque dans les arrangements symphoniques grandiloquents. Oomph! est d’ailleurs parfois victime de son compromis, entre l’agressivité répétitive de l’indus et les mélodies exubérantes, pouvant donner une impression de platitude sur le pataud (malgré l’aspect fédérateur du titre) « Das Schweigen Der Lämmer » ou la conclusion mièvre « Seine Seele ».

Ritual comblera ceux qui sont tombés amoureux du groupe pour ses premiers efforts. Oomph! renoue avec une forme de violence et la manière singulière, entraînante, de la communiquer. L’album est l’une des seules sorties qui illustre le genre de la Neue Deutsche Härte avec un vrai gage de qualité à l’heure actuelle. La synthèse avec les éléments gothiques est parfois plus malaisé mais fonctionne la plupart du temps, suffisamment en tout cas pour séduire également ceux qui ont eu vent d’Oomph! plus récemment. Quoi qu’il en soit, malgré l’absence de tubes dansant à la « Gott Ist Ein Popstar! », Ritual fait presque office de bilan de la discographie d’Oomph! à ce jour et démontre à quel point le groupe sait encore se montrer redoutable.

Clip vidéo de la chanson « Tausend Mann Und Ein Befehl » :

Lyric vidéo de la chanson « Kein Liebeslied » :

Album Ritual, sortie le 18 janvier 2019 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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