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Interview   

Oomph! : une musique pour le corps et l’esprit


Dero - Oomph!On pourrait croire qu’après vingt-cinq ans de carrière, la créativité, la sincérité et la démarche de remise en question d’un artiste seraient usées par la routine et le succès. A l’occasion de la sortie de XXV, le nouvel album d’Oomph! au titre éloquent, nous nous sommes entretenus avec le chanteur Dero. Et pour lui, Oomph!, ce n’est rien d’autre que de la sincérité et de la remise en question perpétuelle. Plus que jamais sur ce disque, d’ailleurs, qui semble avoir été un puissant exutoire pour Dero et qui a également été l’objet d’une importante réflexion du groupe à propos de sa musique, notamment après l’ovni que constituait Des Wahnsinns Fette Beute. Que ce soit dans l’expression musicale de ses émotions ou de son regard sur le monde, Dero essaye toujours d’être le plus juste et le plus nuancé possible, évitant à tout prix les opinions trop tranchées et les analyses trop manichéennes. Quand il parle de sa vie, il en aborde tous les aspects, toutes les couleurs.

Vingt-cinq ans, donc, que Oomph! existe et foule les planches. Vingt-cinq ans au cours desquels le groupe s’est constitué une discographie riche et variée, avec des surprises et se réinventant parfois. Pourtant c’est bien un de ses « rejetons » qui a fini par rafler la mise auprès d’un large public : Rammstein. Et Oomph! étant l’influence historique de ces derniers, la comparaison entre les deux projets est inévitable. Pourtant, Dero nous décrit deux démarches et deux états d’esprits bien différents, avec comme une petite note de sarcasme qu’on décèlerait dans ses éloges…

Oomph! 2015

« [Beaucoup de groupes] se sont rendus compte que leurs fans sont conservateurs et ne veulent pas de changements. Alors ils ne changent pas ! Mais ça, c’est une manière commerciale de penser. »

Radio Metal : Votre album précédent « Des Wahnsinns Fette Beute » a surpris beaucoup de gens et nombre d’entre eux ne l’ont pas compris. Avec du recul, qu’est-ce que tu penses de cet album et de son accueil ?

Dero (chant) : Pour nous, il était temps de montrer que nous étions des personnes capables d’autodérision ! Que nous ne nous prenons pas trop au sérieux ! Je trouve qu’il est très important pour un artiste d’être capable de rire de soi. Autrement, d’autres personnes se paieront ta tête si tu te prends trop au sérieux. Donc ouais, c’était le moment. Oomph!, ce sont des changements. Oomph!, ce sont des surprises. Oomph!, c’est le fait de stimuler de nouvelles dimensions et explorer de nouveaux objectifs. L’art est ce qui importe, et le fait d’avoir la plus grande liberté au sein de cet art. Nous ne pensons donc pas à ce que les fans, les médias ou la presse pourraient penser de notre nouvel album. Nous laissons simplement sortir de nos cœurs, nos âmes et nos esprits ce qui doit en sortir. Si c’est quelque chose de plus satirique, alors ainsi soit-il ! Laissons faire ! Si c’est agressif, faisons un album agressif ! Si tu es triste et mélancolique, fait un album triste ! A mes yeux, ce serait trahir l’art que de considérer ce qu’autrui peut en penser ou ce qui pourrait vendre… Comme beaucoup de groupes le font : ils ne changent tout simplement rien parce qu’ils se sont rendus compte que leurs fans sont conservateurs et ne veulent pas de changements. Alors ils ne changent pas ! Mais ça, c’est une manière commerciale de penser, et nous essayons toujours d’être différents.

Penses-tu que les groupes ou, de façon plus générale, les gens manquent d’autodérision ?

J’ai découvert que beaucoup de gens au sein du show business évitaient de rire d’eux-mêmes parce qu’ils ont construit un certain cliché, et ce cliché partirait en poussière s’ils commençaient à rire d’eux-mêmes. Et c’est pareil avec le public, au sein de nombreuses scènes – la scène metal, la scène gothique, la scène EBM, peu importe -, il y a énormément de gens qui se prennent trop au sérieux. Il est donc difficile au sein de scènes typiquement sérieuses de placer des éléments d’autodérision. De nombreux groupes ont eu des soucis avec ça, tu sais. L’un de mes groupes préférés de tous les temps, Faith No More, est un groupe plein d’humour et très satirique, mais à mes yeux, ils sont vraiment incompris et sous-estimés ! C’est vraiment plus confortable de choisir une voie sérieuse et le premier degré, sans jamais changer.

Votre nouvel album XXV se démarque de votre précédent et revient à un style plus proche de ce que les gens attendent de la part d’Oomph!. Est-ce que l’orientation particulière de « Des Wahnsinns Fette Beute » était dès le départ prévue pour être ponctuelle ? Etait-ce important de revenir à une orientation musicale avec laquelle les fans seraient un peu plus familiers ?

Eh bien, comme je l’ai dit juste avant, avec Oomph!, tout est une question de changement. Ca aurait été ennuyeux de se répéter avec cet album. Pour nous, il était clair qu’il devait être différent de l’album précédent, principalement pour nous surprendre nous-mêmes. Donc ouais, nous sommes revenus à une approche plus sérieuse, sombre et orientée vers le rock. Il est important de faire en sorte que ça reste frais pour nous-mêmes. C’est pourquoi nous avons des différences très claires entre les albums.

Dans le communiqué de presse il est écrit que ce nouvel album est constitué de chansons pour danser et pour penser. Dirais-tu que c’est un bon résumé de cet album ou même de votre musique en général ? Une musique pour le corps et l’esprit ?

Je l’espère ! Je pense que Oomph!, c’est de l’énergie et de l’enthousiasme, mais c’est aussi de l’esprit, de la réflexion et des questions qui sont posées, parce que pour moi, il est plus important de poser des questions que de donner des réponses. Si tu peux lire entre les lignes, avec un peu de chance tu pourras apprendre beaucoup de notre musique parce qu’elle reflète le monde et la vie tels que nous les voyons. Et j’espère que nous les traversons les yeux et l’esprit ouverts, et si tu réfléchis à tout ça ainsi, alors il faut espérer que les gens puissent lire, penser, poser leurs propres questions et peut-être trouver leurs propres réponses.

Tu as dit que jamais auparavant tu avais bataillé avec tes démons intérieurs comme tu l’as fait avec cet album. Peux-tu nous en dire plus sur ces démons ?

Ouais, depuis le début la musique a toujours été une sorte de catalyse pour moi, une catharsis où tu peux te laver, où tu peux retrouver tes démons intérieurs et les côtés sombres de ton âme. La musique est l’outil idéal pour réparer les choses qui sont cassées à l’intérieur de moi ou pour apaiser une douleur. Nous avons tous vécu des expériences traumatisantes dans nos vies. L’art en soi, surtout la musique, est un bon moyen de vivre avec. Pour moi, la musique est comme un médicament, tu sais, pour tout soigner, pour faire en sorte que la vie aille mieux parce que tu peux t’exprimer en toute liberté avec la musique. Parfois les mots ne suffisent pas, donc la musique est une bonne chose pour ouvrir de nouvelles dimensions dans ce processus de catalyse. J’ai assez de démons en moi à renvoyer. J’ai appris à vivre avec eux. J’essaie de les garder aussi petits que possible. La musique est le meilleur moyen pour ne pas les laisser prendre le dessus. Pour moi, il est important de trouver l’équilibre entre la lumière et l’obscurité. Tu sais ce qu’est l’obscurité lorsque tu perçois de temps en temps la lumière, et vice versa. Donc, ouais, la musique est parfaite pour moi. C’est une auto-thérapie.

Oomph! - XXV

« La musique est l’outil idéal pour réparer les choses qui sont cassées à l’intérieur de moi ou pour apaiser une douleur. »

Il y a un côté romantique et émouvant dans certaines chansons qui contraste avec d’autres éléments très metal et martiaux, ce qui fait deux sentiments opposés. Est-ce que tu as l’impression parfois d’être pris en étau entre l’amour et, disons, l’oppression que tu peux ressentir dans ta vie ?

Ouais, je pense que c’est ça la vie ! C’est l’amour, le sexe, la déception, la chance, la perte et parfois le fait de gagner [petits rires]… Nous sommes principalement ici pour nous reproduire [rires] et l’amour semble aller avec, même si ce n’est pas forcément nécessaire pour avoir des rapports sexuels mais, comme on le sait bien, c’est mieux lorsque c’est inclus. Donc, ouais, nous devons tous, d’abord, apprendre à nous aimer nous-mêmes. Si tu n’es pas capable de t’aimer et de t’accepter toi-même avec tous tes défauts, alors tu ne peux pas aimer qui que ce soit. Donc, ouais, pour moi, l’amour est important, évidemment. Mais, comme je l’ai dit avant, comme avec la lumière et l’obscurité, tu dois savoir ce qu’est la haine. Tu ne peux mesurer le trésor qu’est l’amour que si tu as haï. C’est la même chose, tu dois connaître les deux côtés pour décider lequel est le plus important pour toi.

Je sais que tu es généralement inspiré par la religion et les sujets sociaux, et si j’ai raison, c’est encore une fois le cas avec cet album. Donc, as-tu été inspiré par le climat très tendu que le monde traverse actuellement, avec le fanatisme religieux, ce qui se passe avec la Grèce et l’Europe, etc. ?

Bien sûr ! Comme je l’ai dit avant, j’essaie de vivre les yeux et l’esprit ouverts. Donc, ouais, je m’intéresse à toutes ces choses, même si je ne suis pas un politicien. C’est vraiment difficile de voir la vérité derrière tout ça parce que les médias sont plein de propagande venant des deux côtés. Chaque partie impliquée a son propre intérêt. Il faut donc que nous restions critiques en tant que citoyens. Nous sommes le lien le plus important dans tout ça. Nous sommes les consommateurs, et dans une société consumériste, nous sommes le lien le plus important. Nous pouvons donc décider de ce que nous consommons et nous pouvons décider en démocratie à qui nous donnons notre voix. C’est important, même si je me rends compte et comprends que de plus en plus de gens sont fatigués. Ils ont tendance à croire les réponses faciles. Il y a tellement de démagogues de nos jours qui suggèrent d’avoir des réponses simples à ces choses complexes. J’ai vraiment, vraiment peur de ces gens parce que, d’après les heures sombres de l’Europe, surtout venant d’Allemagne, nous savons que c’est très dangereux de croire ces démagogues avec leurs réponses toutes faites et leurs grandes gueules, qui perçoivent le monde en noir et blanc, sans nuance de gris entre les deux – et là je ne parle pas du mauvais film [rires]. J’essaie donc de me faire ma propre idée des choses. J’essaie de poser mes propres questions. J’essaie de rester sceptique. J’essaie de faire confiance en mon cœur et mon esprit. Si ton cœur dit que ce n’est pas bien de traiter notre environnement comme nous le faisons en ce moment, alors pour moi il est clair que nous devons changer quelque chose, et chacun doit commencer avec soi-même. C’est très facile de montrer du doigt les autres mais c’est difficile de commencer avec soi-même. Nous pouvons faire beaucoup de choses en tant qu’individus. Tant de gens disent : « Qu’est-ce que je peux faire moi, tout seul ? » Je dis : « Tu dois commencer avec toi-même parce que tu ne peux changer personne d’autre, et ce n’est pas ton droit de changer qui que ce soit d’autre. Tu dois d’abord te changer toi-même. » Si, avec un peu de chance, quelqu’un voit en toi une bonne manière de vivre, peut-être suivra-t-il ton exemple. Mais tu n’as pas à essayer de changer les autres parce qu’à mes yeux, c’est inutile. Tu dois commencer avec toi-même, et c’est la voie la plus difficile. Les gens sont fainéants. Les gens ont tendance à d’abord pointer du doigt les autres plutôt que de commencer avec eux-mêmes. C’est le plus gros problème dans notre société consumériste et dans le comportement de nos nations industrielles fatiguées.

Au passage, est-ce que tu te sens en accord avec la position allemande dans la crise grecque qui secoue l’Europe en ce moment ?

C’est difficile de répondre à ça. Je pense qu’il y a des problèmes qui ont émergé en Grèce à cause des Grecs eux-mêmes. Maintenant, la politique de Madame Merkel et le parti majoritaire ne fait qu’alourdir ces problèmes. Comme toujours dans la vie, il faut trouver des compromis, même s’ils sont difficiles. Je pense que la Grèce a du travail à faire sur elle-même. Ils doivent d’abord voir ce qu’ils peuvent faire pour augmenter les rentrées d’argent avec de nouveaux impôts sur leurs propres riches, car ce n’est pas sain pour une nation d’avoir des riches qui ne paient aucune taxe et que la plus grande majorité des pauvres paient tout. Maintenant, ce qu’il faut faire, c’est trouver des solutions. Je veux dire que sur le long terme, ce ne sera pas possible pour la Grèce de rembourser ce qu’ils ont déjà reçu. Donc, ouais, il faut l’accepter et trouver une solution viable. Mais d’abord, la Grèce a surtout besoin de s’aider elle-même.

Oomph! 2015

« Je n’ai pas besoin de gagner des millions avec ma musique. Car on sait bien qu’il y a toujours un prix à payer par ailleurs. »

L’album s’intitule XXV. Est-ce que tu vois cet album comme une célébration de la carrière du groupe ?

Ouais, il y a un an, nous célébrions le vingt-cinquième anniversaire de la formation d’Oomph! et cette année, ça fera vingt-cinq ans qu’Oomph! se produit sur scène. L’année dernière nous n’avons rien sorti. Donc cet album est parfait pour combiner ces deux fêtes, pour ainsi dire. Nous avons aussi trouvé que ces trois lettres romaines nous représentaient un peu, les trois membres du groupe. Ça représente le chromosome X en nous [rires]. Nous avons tous des côtés féminins. Et nous savons tous que le monde serait un bien meilleur endroit si les femmes avaient plus d’impact au cœur de la politique. Il y a plusieurs aspects derrière ce titre d’album. Et c’est nouveau : nous n’avons jamais eu de titre de ce genre auparavant. Je pense que tu peux mettre tout ce que tu veux derrière ces trois lettres. Et l’illustration montre l’énergie et l’enthousiasme du groupe Oomph!, j’aime beaucoup ça aussi. En même temps, il y a ce petit attrait post-apocalyptique, qui est une approche de l’illustration que j’aime bien aussi.

C’est intéressant ce que tu viens de dire sur les femmes. Est-ce important pour toi, en tant qu’artiste, de rappeler aux gens que le combat pour l’égalité des sexes n’est pas encore terminé ?

Evidemment que ça ne l’est pas. Je veux dire que, même si nous avons eu pas mal de réussites de ce côté au sein des pays occidentaux européens, par exemple, il y a toujours beaucoup de pays partout dans le monde qui n’acceptent pas l’égalité des hommes et des femmes. Les hommes ont toujours voulus réprimer les femmes. Je pense que la raison principale derrière ça, c’est que les hommes ne peuvent pas être totalement sûrs de donner leurs gènes aux femmes. C’est pourquoi ils essaient de les capturer et les réprimer. Mais c’est une attitude stupide parce qu’il est évident que si tu traites les femmes plus poliment et leur témoigne plus de respect, alors plus de chances tu auras qu’elles ne te trahissent pas [petits rires]. Je pense donc que l’attitude qui consiste à réprimer est vraiment stupide d’un point de vue de l’évolution, parce que tout est une question de processus d’évolution ; tout est une question de gènes. Si tu veux être aussi sûr que possible de donner tes gènes à ta femme ou ta petite amie, alors essaie de la respecter, de l’aimer et d’être aussi poli que possible.

Qu’est-ce que ça te fait de te rendre compte que vous avez atteint une carrière longue d’un quart de siècle ?

C’est incroyable de se rendre compte de ça, et nous sommes fiers de toujours être là, même si nous sommes un groupe plein de changements et de surprises. Et, comme nous le savons tous, c’est dangereux pour un musicien qui essaye de vivre de sa musique d’être aussi versatile, car si tu changes autant que nous l’avons fait, tu risques toujours de perdre ton public, ou une partie de celui-ci. Mais nous nous en foutions royalement, pour être franc ! Nous voulions être aussi libres que possible ! Autrement, nous aurions pu travailler à l’usine ou autre. Si tu veux faire de la musique, alors essaie d’être aussi libre que possible. C’est notre approche de la chose. Nous sommes fiers, nous sommes heureux, nous sommes chanceux. Nous voulons aussi dire merci beaucoup à tous ces fans qui croient encore en nous et continuent à garder la foi, même s’ils ne savent jamais avec quoi ils vont se retrouver lorsqu’ils ouvrent un nouvel album d’Oomph! [rires]. Nous espérons sortir, au moins, quelques nouveaux albums dans le futur – avec un peu de chance, autant que possible. J’estime qu’il y a tant de nouvelles dimensions musicales que nous pouvons encore explorer et tant de choses que nous n’avons pas encore racontées à ce jour. Donc, ouais, je suis impatient de travailler dans le futur. Nous sommes encore plein d’énergie.

Dans vingt-cinq ans, comment imagines-tu le futur d’Oomph! en termes de carrière et aussi de musique ?

Si nous pouvons encore vivre de notre musique à l’avenir, alors tout me va. Si nous pouvons rester aussi libres que possible, si nous pouvons encore composer nos propres trucs, nous produire nous-mêmes et faire ce que nous voulons, alors vraiment, tout me va. Je n’ai pas besoin de gagner des millions avec ma musique. Car on sait bien qu’il y a toujours un prix à payer par ailleurs. Le succès, c’est génial, évidemment, mais trop de succès réduit ta liberté sur d’autres aspects de la vie. Si tu es trop connu, tu ne peux plus sortir sans être vu ou reconnu par tout le monde. Et si tu gagnes beaucoup d’argent, tu commences à avoir peur de tout perdre et des gens qui veulent te voler ce que tu as gagné. Tant de gens vivent reclus dans des genres de châteaux, avec de hauts murs qui les entourent. Je ne sais pas. Je ne pense pas vouloir échanger ma vie avec la leur. Je suis vraiment heureux comme je suis, là aujourd’hui. Je peux vivre de ma musique. Je peux sortir lorsque je suis habillé normalement, et personne ne me reconnaît. Pour ce qui est de l’argent, je ne suis pas riche, donc je n’ai pas peur de tout perdre à nouveau. Je n’ai pas à avoir peur que des personnes kidnappent mes enfants parce que je suis riche [petits rires]. Je suis content de ne pas avoir à payer ce prix pour être une méga célébrité. C’est super comme c’est actuellement.

Oomph! 2015

« [Rammstein] a vraiment soutenu et diffusé une image cliché du gars allemand typique que tout le monde partout sur terre voulait voir ou avait en tête avant. C’était très malin, tu sais, parce qu’ils ont simplement offert aux gens ce qu’ils voulaient voir [petits rires] ! »

Vous avez toujours été comparés à Rammstein, mais Oomph! est bien plus vieux que Rammstein et les gars de Rammstein ont toujours admis avoir été influencés par Oomph!. Quand bien même, ils sont devenus l’un des plus gros groupes de metal au monde. Qu’est-ce qui a manqué à Oomph! pour rencontrer le même type de succès ?

Je pense qu’il y a plusieurs choses qui propulsent une carrière. La chance, évidemment, est la principale. Il y a tant de choses qui t’arrivent et que tu ne contrôles pas directement. Mais concernant Rammstein, je pense qu’ils ont vraiment soutenu et diffusé une image cliché du gars allemand typique que tout le monde partout sur terre voulait voir ou avait en tête avant. C’était très malin, tu sais, parce qu’ils ont simplement offert aux gens ce qu’ils voulaient voir [petits rires] ! Et ils l’ont boosté avec un truc traditionnel dans le rock et le metal, qui est le feu. On sait bien depuis Kiss que c’est une bonne manière de mettre en avant un spectacle. Ils ont gonflé ça pour devenir une énorme [institution]. J’ai lu une interview où Richard [Z. Kruspe] disait : « Rammstein n’est pas un groupe, c’est une [institution]. » C’est de ça dont il s’agit. Ils continuent à donner ce que les gens veulent, tu sais. Ils ne changent pas, grosso modo. Ils se répètent encore et encore, car ils savent que c’est payant, que les gens veulent que leur musique soit ainsi. Ouais, c’est fait de manière intelligente. Ils ont créé un super truc promotionnel. C’est une machine qui roule et tu peux te faire une énorme quantité d’argent avec ça !

Il y a cinq ans vous avez sorti votre première compilation en anglais Truth Or Dare. Etait-ce important pour vous de sortir une telle compilation pour que ceux qui ne parlent pas allemand puissent comprendre vos chansons ?

Il faut voir ça comme un cadeau envers notre public qui ne parle pas allemand, car beaucoup de gens à travers le monde disait : « J’aime votre musique, j’aime votre style et j’aime ta voix, mais en fait je ne sais pas vraiment de quoi parlent vos textes ! » Nous avions un peu de temps à l’époque, alors nous avons dit : « Ok, pourquoi pas ? Essayons de faire un bon best of en anglais avec des traductions ou adaptations vraiment bien faites de ces chansons. » C’était difficile de transformer la langue allemande en anglais mais, au bout du compte, je suis très satisfait des résultats. Il y a encore des gens qui disent : « Merci pour ce cadeau qui nous a permis d’en apprendre un peu plus sur votre musique et de comprendre plus clairement vos paroles. »

Comment comparerais-tu la langue anglaise et allemande en termes de musicalité ?

L’allemand est vraiment une langue dure, rude et rugueuse. Pour être honnête, parfois ça sonne un peu arabe à cause de tous ces [il fait divers sons rugueux]. L’anglais est une langue plus douce, mélodique et musicale. C’est vraiment différent. Je pense que l’allemand convient parfaitement au hard rock. L’anglais convient mieux aux musiques mélodiques, selon moi. Tu dois déterminer chaque aspect et faire avec, car les deux langues sont trop intéressantes pour se contenter d’une seule. J’aime les deux langues mais, évidemment, je suis plus à l’aise avec ma langue maternelle. Je vis mes émotions et je rêve en allemand. Je peux aller en hauteur et en profondeur avec ma langue maternelle. Je pense que tu peux être plus intense avec ta langue maternelle. C’est pourquoi je reste sur l’allemand sur nos albums.

Chaque fois que nous interviewons des groupes qui chantent dans leur langue maternelle, ils nous disent que lorsqu’ils ont essayé de sortir des chansons en anglais, leurs fans étrangers ne sont pas tellement enthousiastes car préfèrent les chansons dans la langue d’origine, même si ça leur permet de comprendre les paroles. Est-ce que vous avez eu ce genre de retours avec Truth Or Dare ?

Ouais, il y a eu un peu de ça mais pas en général, parce que par le passé nous avons fait des albums qui présentaient un mélange d’anglais et d’allemand, donc peut-être que nos fans les plus assidus ont l’habitude de nous écouter aussi en anglais. Mais il y avait certains fans qui disaient : « Oh, merci, c’est super mais je préfère les versions allemandes ! » Et je le comprends. C’est pareil pour moi. Je trouve que l’allemand convient mieux dans les versions originales. Mais, comme je l’ai dit avant, c’était un cadeau. Ça n’avait pas vocation à remplacer les versions originales. C’est juste une adaptation. Mais je pense que ces versions sont vraiment bonnes parce que nous avons réussi à les adapter sans en perdre l’essence.

Interview par téléphone réalisée le 8 juillet 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Oomph! : www.oomph.de.



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