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Metalanalyse   

Oomph! What The Fuck?!


Oomph! le précurseur mais aussi Oomph! le maudit. Pour beaucoup il s’agit de Rammstein avant Rammstein. Pourtant, ils sont loin d’avoir fait la carrière de la bande à Till Lindermann, même s’ils ont, tout de même, obtenu une belle reconnaissance du milieu industriel. Milieu qu’ils n’ont, justement, jamais vraiment su dépasser. Alors qu’est-ce qui leur a manqué ? Nombreux seraient ceux qui contesteraient qu’il s’agisse de talent, on ne devient pas une référence par hasard. Alors quoi ? Davantage de grandiloquence et de divertissement ? Probablement. Une image forte plus facilement assimilable, au risque de tomber dans la caricature ? Sans doute. Des opportunités ? Assurément.

Pourtant, ils n’ont cessé d’essayer très fort. Déjà onze albums et une évolution constante, pas toujours au goût des amateurs du genre martial qui les a installés comme référence dans le milieu des musiques industrielles. Oomph! s’est « poppisé » quelque part au passage à l’an 2000, entre Plastik et Ego, sans toutefois complètement renier le caractère qui est le sien – tout du moins, pas encore, jusqu’à peut-être aujourd’hui. Des titres de plus en plus basés sur des mélodies immédiates faciles à assimiler, des rythmes simples et entraînants et un Dero se raclant de moins en moins la gorge pour se laisser aller à un chant propre et entêtant. Cependant, les grosses guitares ont toujours été là, quelque part, pour garantir la composante metal voire martiale. Ça ne vous rappelle pas un autre groupe qui paraît suivre une progression similaire ?

Il y a eu aussi ces collaborations destinées – au moins en partie – à tourner les regards vers Oomph! : avec Nina Hagen (« Fieber »), L’âme Immortelle (« Brennende Liebe »), Marta Jandová (« Träumst Du? »), Apocalyptica (« Die Schlinge ») ou, plus récemment, la chanteuse de Within Temptation, Sharon Den Adel (« Land Ahead », version anglaise de « Land In Sicht »). Et puis il y a eu, justement, cet album, Truth Or Dare, qui a vu le groupe réenregistrer ses tubes en abandonnant sa langue natale au profit de l’anglais. Oomph! y perdait un peu plus de ce côté rude et rentre-dedans inhérent à la langue germanique (en tout cas, pour les oreilles les moins familiarisées avec la langue de Goethe) pour mieux séduire le public au dehors de ses frontières. Rammstein, lui, n’a pourtant pas eu besoin de ça pour en arriver au niveau de popularité qu’on lui connaît. Mais que voulez-vous ? Ils tentent. Que peuvent-ils faire lorsque la musique telle qu’ils l’ont conçue toutes ces années ne suffit plus ?

Il leur reste ce nouvel album, Des Wahnsinns Fette Beute, sur lequel les Teutons franchissent un pas qu’ils n’avaient pas encore franchi, à savoir pousser le bouchon au plus près de la pop simpliste, parfois volontairement grotesque, quitte à, à certains moments, ne plus reconnaître le trio. Heureusement qu’il y a eu des albums comme GlaubeLiebeTod ou Monster pour adoucir la réception. Car même par rapport à ces deux derniers, Des Wahnsinns Fette Beute déconcertera et laissera un arrière-goût amer à un grand nombre parmi leur public, au moins au début, le temps d’une assimilation et, éventuellement, d’un tri.

Grotesque assurément est l’image pour laquelle a opté Oomph! pour accompagner cet album. Il y a cette pochette façon nanar de guerre, puis – surtout – ce clip à base de seins nus, de symboles phalliques, de strip-teaseuses pétomanes, d’un Dero façon Gym Tonic et tellement plus encore. Tout ceci avec une gratuité des plus déconcertantes, d’autant plus que le groupe n’avait pas vraiment habitué son public à un tel déballage de grand-guignol, même s’il avait déjà montré par le passé son goût pour la provocation. Avec un Rammstein ayant multiplié le comique selon une finesse toute teutonne ces dernières années, il ne serait pas étonnant, vu le succès de leurs célèbres compatriotes à ce petit jeu, qu’Oomph! cherche à leur emboiter le pas, inversant les rôles qui liaient ces deux groupes au début de leurs carrières respectives.

Pourtant, sur le volet musical, ce grand-guignol n’est pas forcément aussi poussé. Oomph! se range derrière une pop rock simple (les chansons tournent presque toutes autour des trois ou quatre minutes réglementaires), dans l’air du temps (« Kosmonaut », « Aus Meiner Haut », « Bis Der Spiegel Zerbricht », la ballade mélancolico-romantique « Unendlich » ou celle plus enjoué « Regen ») et même joviale (« Zwei Schritte Vor », « Komm Zurûck »). Des titres parfois vaguement électro, et si électro il y a c’est pour tomber de plain-pied dans une sorte de musique dancefloor (« Such Mich Find Mich », « Kleinstadboy »), teintée de hip-hop (« Bonobo », « Dein Eltern ») ou possédant un penchant davantage électro-pop qu’industriel (« Deine Elterne »). Est-ce mauvais pour autant ? Vous en serez juges mais il faudra ouvrir grand son esprit pour ce faire. Cependant, s’il y a bien quelque chose que l’on reconnaît de Oomph! dans cet album c’est ce sens aiguisé de la mélodie efficace qu’il a façonné ces dernières années, dont ces refrains qui s’invitent dans les têtes pour y rester. Puis, il y a aussi ces quelques restes de riffs de guitares qui rappellent, d’une manière plus ou moins proche, d’où vient le trio (« Unzerstöbar », « Dein Eltern »).

En revanche, lorsque le grand-guignol fait apparition, il a pour avantage de faire de ce Des Wahnsinns Fette Beute un album divertissant et même surprenant. On pourrait d’ailleurs très largement parler d’une certaine folie « pattonienne » (les délires d’un Mr. Bungle ne sont parfois pas loin). Une voix robotique par-ci (« Kosmotaute »), des simili-cuivres par là (« Zwei Schritte Vor » , « Komm Zurûck », « Fütter Mich »), du scratch ici (« Bonobo » avec ses petits cris de singes) et de la musette soviétique là (« Seemannsrose », son accordéon et ses chœurs imbibés de vodka). De manière générale, Oomph! fait preuve dans son approche d’une prise de liberté accrue, bien plus qu’il ne l’a jamais fait par le passé. Le paroxysme étant cette reprise ou plutôt refonte ou encore « massacre », jugerons certains, du « Smalltown Boy » de Bronski Beat, en allemand, sous le nom de « Kleinstadtboy ». Oomph! y trouve un large terrain de jeu et d’expérimentations entre rythmes dance, hip hop et grand n’importe quoi, avec ce pont en guitare sèche, flûte hippie et ses « ouh ouh » faisant écho au « Sympathy For The Devil » des Stones. Une approche dévergondée et guillerette qui n’est pas sans rappeler nos Shaka Ponk nationaux… Tout ceci est de loin ce qui capte le plus l’attention sur cet album et même lui confère une diversité quelque peu nécessaire pour digérer ces pas moins de seize titres qu’il contient.

Alors, album désespéré ou je-m’en-foutiste ? Probablement un peu des deux. Oomph! semble de plus en plus parler à une masse populaire en utilisant les codes qu’elle pourra facilement comprendre – mais rien ne dit qu’elle finira par l’écouter – tout en choquant pour, volontairement ou pas, attirer l’attention vers lui ou simplement s’amuser. Oomph! joue le tout pour le tout avec cet album d’ores et déjà à part dans sa discographie. Oomph! fait d’ailleurs comprendre, non sans auto-dérision, par le biais de ce son d’électro-cardiogramme linéaire qui clôture l’album, qu’il a conscience que cette onzième œuvre pourrait le mener six pieds sous terre. Un album au tempérament suicidaire par bien des aspects, venant d’un groupe qui donne l’impression de ne rien avoir à perdre si ce n’est sa légèreté (toute référence à la célèbre déclaration d’un homme politique sortant de la douche est purement fortuite).

Des Wahnsinns Fette Beute : sortie le 21 mai 2012 via Sony Music.



Laisser un commentaire

  • On a l’impression que ce groupe veut quitter en quelque sorte le monde du « métal pur/initial » qu’ils avaient. En effet, leur nouvel album est très différent et m’a assez déçue …
    Je préfère le Oomph! d’avant …

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  • Bonjour,

    Perso j’ai connu ce groupe avant Rammstein, c’était en 2005 il me semble et j’ai tous leurs albums sauf celui en anglais car vraiment ils m’ont déçu avec celui-ci.
    J’ai écouté vite fait les extraits de leur dernier et je ne suis pas convaincue mais je dis à voir ! J’aimerais aller les voir en concert soit à Paris ou Bordeaux (car pas de Toulouse à l’horizon :() mais j’ai peur d’être déçue :/

    J’espère que ce n’est que passager …

    En tout cas, des albums de fous qui ne ressemblent pas du tout !

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