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Chronique   

Oomph! – XXV


Oomph! - XXVDécidément, on ne sait plus sur quel pied danser avec Oomph!. Après un Monster (2008) gorgé de hits metal indus, les Allemands ont pris leur public de court avec un Des Wahnsinns Fette Beute humoristique, ironique et plein d’autodérision, pas toujours compris et apprécié. Alors forcément, les interrogations sur la direction musicale de la prochaine oeuvre ont été bon train. Aujourd’hui Oomph! revient mettre fin aux spéculations et par là même un point final à leur 25ème anniversaire qui a eu lieu l’an passé, avec le sobrement intitulé XXV. Autant le dire tout de suite, la musique de cet album apparaîtra plus familière et confortable à ceux qui s’étaient laissés décontenancer par celle de 2012. Plus encore, l’opus en prend le contre-pied, un chemin radicalement opposé, avec une musique bien plus sérieuse voire « tragique ». Pas question de proposer un album d’Oomph! ordinaire dans une tentative de se faire pardonner, ce n’est pas le genre de la maison.

Exit donc le Oomph! « rigolo » qui avait proposé le clip halluciné de « Zwei Schritte Vor », la reprise délirante de « Small Town Boy » de Bronski Beat ou une ode à la gloire des bonobos, une chape de plomb s’installe immédiatement avec le martial « Dein Retter ». Mais une forme d’ambivalence semble par ailleurs régir ce XXV, entre ombre et lumière. Des morceaux musclés comme celui d’ouverture précédemment cité, l’inquiétant « Tick Tack » ou « Fleisch Un Fell », sur le refrain duquel le chanteur Dero prend sa voix la plus rauque, côtoient des morceaux plus langoureux et romantiques comme la gothique « Als Waers Das Letzte Mal » ou la power-ballade « Unter Diesem Mond » qui débute au piano et monte en puissance vers un final grandiose, sans oublier la petite sucrerie d’inspiration pop/new-wave finement arrangée et entêtante « Jede Reise ». Mais l’ambivalence intervient tout autant au sein des chansons elles-mêmes, comme avec ces couplets dramatiques et saccadés de « Alles Aus Liebe » qui laissent place à un refrain plus lisse et réconfortant, le tout sous d’opulentes orchestrations. Ce qui amène à l’une des caractéristiques principales de l’opus : ses arrangements, pour l’essentiel orchestraux, poussant parfois Oomph! aux limites de ce que l’on peut appeler le rock/metal « symphonique ». Une dimension presque théâtrale se dégage même de la performance de Dero sur « Jetzt Oder Nie » voire cinématographique sur la ballade de clôture « Leis Ganz Leis » qui renvoie avec ses sonorités et chœurs dans un monde de songes au bord de l’esthétique de films fantastiques (on peut penser aux musiques d’Harry Potter mais aussi à celles des films de Tim Burton).

Mis à part le côté martial des riffs et quelques sonorités de synthés ici et là, difficile de dégager encore une véritable identité electro-indus de la musique d’Oomph! qui penche ici plus largement vers le gothique. Les refrains tendent à se montrer lancinants et mielleux, cassant l’énergie – précisément là où auparavant Oomph! la faisait exploser – au profit d’émotions plus mélancoliques. L’une des conséquences est le manque flagrant de hits immédiats et toniques comme le combo sait pourtant si bien en proposer, mais aussi, et ce malgré les contrastes dont fait preuve l’album et la concision des chansons, une impression globale de linéarité qui rend l’enchaînement des quatorze titres assez long.

Certains déploreront le manque de « fun » dans ce XXV, d’autres apprécieront de retrouver de la noirceur mais aussi de l’émotion dans la musique d’Oomph! ainsi que le gros travail d’arrangements. Oomph! démontre une fois de plus ne pas vouloir se reposer sur ses lauriers et bouscule encore un peu son public. Si ce dernier se verra rassuré au début de son écoute, il la finira sans doute un peu plus perplexe, tout du moins les premières fois. Un album qui, à l’instar de Des Wahnsinns Fette Beute, est à prendre pour ce qu’il est, pour son parti pris assumé. Sauf que cette fois-ci celui-ci est particulièrement grave et personnel – Dero expliquait d’ailleurs qu’ils n’avaient « jamais ouvert leurs gouffres psychiques et combattu leurs démons intérieurs » comme ils l’ont fait sur cet album. En ça le défi artistique est relevé.

Album XXV sortie le 31 juillet 2015 chez Airforce 1.



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