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Live Report   

Opeth et Pain Of Salvation : deux faces d’une pièce suédoise


Si ces deux groupes ont en commun le fait de faire du progressif suédois d’une richesse rare dans notre petit univers musical du metal, ils ont aussi comme gros point commun leur surprenant virage musical récent, étant tous les deux partis vers du rock typé seventies sur leurs albums les plus récents. Ainsi, le choix de partir en tournée ensemble est on-ne-peut plus logique et on peut même s’étonner qu’ils n’aient pas décidé de le faire plus tôt étant donné leur large base de fans commune.

Tandis qu’Opeth vient de sortir son largement acclamé Heritage, dénué de growl et autres éléments death, Pain Of Salvation laisse également derrière lui ses influences metal avec Road Salt One et Road Salt Two qu’il défendra ce soir sur scène. La soirée s’annonce donc riche en surprises et en partis pris d’une finesse oubliée depuis trente ans !

Artistes : OpethPain Of Salvation
Date : 16 novembre 2011
Lieu : Paris
Salle : Bataclan

Pain Of Salvation

Tandis que le Bataclan se remplit encore, c’est sur le thème de Road Salt, uniquement en voix harmonisées que Pain Of Salvation fait son entrée en scène, enchaînant avec « Softly She Cries », son intro et son couplet incorporant des éléments blues assez marqués. Si la voix de Daniel Gildenlöw impressionne, c’est son exubérance scénique qui marque le plus, rappelant beaucoup un Dave Grohl en pleine overdose de caféine (quelqu’un a dit « Fresh pot ! » ?). S’ensuivra le lancinant « Ashes », issu de The Perfect Element, avant un retour à un feeling plus rétro et plus punchy grâce à « Conditioned ». La diversité étant un aspect particulièrement remarquable dans la setlist de ce soir, après la balade « 1979 », nous aurons droit à « To The Shoreline », permettant une belle démonstration des talents vocaux du reste du groupe avec son refrain harmonisé à… trois ? quatre ? bref, beaucoup de voix. Quel que soit le morceau, agressif ou lent, c’est une mélancolie poignante qui sort de la voix du frontman, appuyée par les progressions d’accords de la section mélodique.

Et Dieu créa Daniel Gildenlöw. Puis il créa l’homme…

Sans surprises, la setlist est principalement axée sur les albums Road Salt. Daniel lâchera néanmoins sa guitare sur « Kingdom Of Loss » de Scarsick et fera encore montre d’un charisme hors pair, avec la ligne de chant très particulière sur le couplet consistant à parler très rapidement de choses et d’autres tout en rejoignant la mélodie sur seulement quelques mots chantés de temps en temps. Ce discours le faisant presque ressembler à un annonceur publicitaire croisé avec un humoriste cynique. Il demandera ensuite au public de faire du bruit pendant les silences du riff d’intro de « Linoleum ». « Celui-là, au premier rang, il doit être suédois. Parce qu’on les connaît les gens comme ça en Suède : ils viennent aux concerts, restent les bras croisés à regarder ce qui se passe sur scène et, quand on demande au public de faire du bruit, ils sont toujours là, tout calmes, les bras croisés et ont l’air de passer un moment vraiment sympa… en silence ». C’est sûr que, à ce niveau-là, l’hyperactif sur scène ne tient pas beaucoup du caractère suédois. En revanche, il tient un micro et sait très bien s’en servir. Le groupe clôt sa représentation avec l’excellent « No Way » avant de laisser la place à leurs compatriotes d’Opeth.

Setlist de Pain Of Salvation :

Softly She Cries
Ashes
Conditioned
1979
To The Shoreline
Kingdom Of Loss
Linoleum
No Way

Mikael Åkerfeldt (Opeth)

C’est dans une ambiance beaucoup plus sombre qu’Opeth arrive, sous les couleurs de son dernier album Heritage à l’artwork bien particulier, avec le morceau « The Devil’s Orchard » et son refrain « God Is Dead » si nietzschéen. Daniel Gildenlöw nous expliquait avant le concert (interview à paraître bientôt) que, bien que Pain Of Salvation et Opeth aient eu une influence très seventies sur leurs albums récents, Opeth avait une approche bien plus progressive que Pain Of Salvation qui voulait juste groover sur des morceaux simples. Cela s’entend aisément à l’écoute d’Opeth qui, bien entendu, groove tout à fait, mais ce groove n’a rien à voir avec celui entendu lors de la première partie. Les morceaux sont bien plus longs et plus complexes.

C’est sans surprise que la setlist de ce soir est centrée sur le dernier opus du groupe, Heritage, mais ce sera une déception pour certains fans de voir que la setlist sera carrément à l’image du dernier album : dénué du moindre growl, les quelques morceaux choisis avec attention dans le reste de la discographie du groupe n’ont pas d’éléments death. Parmi ceux-ci, on compte « Face Of Melinda », « Porcelain Heart » (dont le solo de batterie avant le deuxième couplet sera malheureusement très long et superflu), « Hew Omega » et bien d’autres encore.

Martin Axenrot (Opeth)

A l’instar des concerts de Devin Townsend ou de Paul Gilbert, bien que la musique soit exquisément bien jouée, nous nous retrouvons avec plus à dire sur le charisme et la communication du frontman que sur le groupe en lui-même. Et ce charisme n’a rien à voir avec celui de Daniel Gildenlöw. En effet, Mikael Åkerfeldt affiche fièrement son flegme suédois dans ses prises de paroles très froides et cyniques face au public, mais cela ne l’empêchera pas de faire preuve d’un humour pince-sans-rire très bien dosé tout au long du concert. « Vous allez bien ? » Le public se fait bruyamment entendre. « C’est bien… Nous aussi ça va. On vient d’aller manger là, avec Martin Mendez à la basse. Il a pris de la crème brûlée. Quel que soit le restaurant où on va, s’il y a de la crème brûlée dans la carte, Martin en prendra ». Cette pique reviendra d’ailleurs tout au long du concert, Åkerfeldt rappelant régulièrement que, bien que Martin ait l’air à fond dans le concert, il ne pense qu’à une chose : de la crème brûlée.

Fredrik Åkesson (Opeth) acoustique

En milieu de set, les guitares acoustiques seront sorties pour trois morceaux, dont le premier ne figure sur aucun album. « On nous a demandé de faire un morceau pour un jeu vidéo [ndlr : God Of War III]. C’est un jeu d’action sur la guerre donc je suppose qu’ils voulaient quelque chose de bourrin, mais ils ne l’ont pas précisé, donc on leur a sorti ce morceau qui s’appelle ‘The Throat Of Winter’ ». C’est cette communication très posée et détendue qui fait d’un concert d’Opeth un moment privilégié, nous donnant l’impression de passer une soirée assis autour d’un feu à écouter un groupe de génie jouer ses morceaux sans contraintes de temps, de tournée ou de promotion d’album.

Ça ne se remarque pas au premier coup d’œil mais cet homme est drôle.

La longueur des morceaux implique un nombre restreint dans la setlist et c’est après « seulement » onze titres que le groupe annonce la fin du concert. Pas de rappel à proprement parler, juste une pause de cinq minutes où Åkerfeldt prendra le temps de déconner un peu avec tout le monde, présentant chaque membre du groupe, demandant au public de crier ce que Martin Mendez a dans la tête. Arrivé à Fredrik Åkesson, il dira : « Maintenant, Fredrik va vous jouer un plan typique d’Yngwie Malmsteen » et Fredrik de regarder sa guitare en se grattant la tête (retranscription d’un monologue intérieur imaginaire : « Ha, l’enfoiré, qu’est-ce que je vais bien pouvoir jouer ? Bon, on va sortir une petite descente néo-classique vite fait, comme ça, ça sera bouclé ! »). Un petit plan rapide et Mikael reprend : « C’était pas mal, mais on va la refaire encore une fois ! ». Le guitariste virtuose reprendra encore le plan en l’allongeant un peu… « Et encore une fois ? » demandera Mikael. La troisième fois sera la bonne et, bien que tenant plus de Zakk Wylde que d’Yngwie Malmsteen, ce plan sera le dernier que le frontman lui demandera de faire ce soir. Le groupe reprend donc avec un dernier morceau, « Folklore », issu de Heritage, avant de quitter la scène, triomphant : Paris a encore une fois été conquise.

Setlist d’Opeth :

The Devil’s Orchard
I Feel The Dark
Face of Melinda
Porcelain Heart
Nepenthe
The Throat Of Winter (acoustique)
Credence (acoustique)
Closure (acoustique)
Slither
A Fair Judgement
Hex Omega

Rappel:
Folklore

Photos : Julien Perez



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  • Sympathique Live Report ! J’ai pu voir ces deux monstres sacrés à Zürich fin novembre et je dois dire que j’ai passé un moment inoubliable… Cet retour aux sources 70s traduit clairement une volonté de faire de la musique sincère et cela s’est pleinement ressenti lors du concert. L’absence de la voix gutturale de Akerfeldt n’était finalement qu’une maigre déception tant on prends son pied en les écoutant à chaque titre. Ces deux là compte d’après moi parmi les groupes les plus créatifs à l’heure actuelle !

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  • Encore un article qui me ferait regretter d’être provincial. Salauds !

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  • Les photos déboitent !!!

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