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Chronique   

Opeth – In Cauda Venenum


In Cauda Venenum fera, quoi qu’il arrive, date dans la carrière d’Opeth et se taillera une place de choix dans la discographie des Suédois. D’une certaine façon, le treizième opus d’Opeth ne pourra pas laisser indifférent, et si les fervents amateurs du groupe trouveront une multitude d’arguments pour défendre leur œuvre favorite, In Cauda Venenum paraît être l’œuvre la plus riche de Mikael Åkerfeldt. C’est aussi la première fois qu’Opeth choisit de s’exprimer dans sa langue natale (en prenant tout de même soin d’adjoindre à la version principale une seconde chantée en anglais), et chose rare, le groupe a pu écrire et arranger sans pression aucune. Mikael Åkerfeldt devait prendre une année sabbatique à la suite de Sorceress (2016) mais n’a pu s’empêcher de composer et de travailler sur de la nouvelle musique. In Cauda Venenum est l’album d’un groupe en pleine confiance qui, après trente ans de carrière, a pu écrire sans nécessité, par seul amour de la musique.

In Cauda Venenum n’est aucunement une évolution significative dans le style d’Opeth. Que ce soit les mélodies, les arrangements, les soli ou le chant : la patte Åkerfeldt est toujours aussi reconnaissable, ce que le riff alambiqué des premières secondes de « Svekets Prins », accompagné de vocalises massives, confirme. Opeth livre un rock progressif aux constructions pharaoniques (le chant proprement dit n’arrive d’ailleurs pas avant deux minutes trente sur la chanson, six si on compte « Livets Trädgård », l’intro pink floydienne de l’album) en respectant son credo : proposer une musique à deux vitesses. Il y a un accent sur la mélodie qui facilite l’appréhension des compositions et la légèreté de l’écoute, ainsi que suffisamment de gemmes cachées dans les arrangements et les mouvements pour rassasier les auditeurs les plus pointilleux. Ainsi « Minnets Yta » laisse apprécier le timbre de velours du frontman, simplement supporté par une mélodie de piano mélancolique, évoluant jusqu’à la power ballade rock en empruntant même le traditionnel solo du genre. Ce qu’In Cauda Venenum laisse surtout constater en premier lieu est une forme d’agressivité ou plutôt d’énergie retrouvée par Opeth qui, s’il a délaissé les terres du metal depuis un certain temps déjà, parvient encore à dégager une intensité considérable, à l’instar de « Hjärtat Vet Vat Handen Gör » et de sa rythmique heavy cavalière et décomplexée, du solo héroïque sur « Kontinuerlig Drift » ou de l’introduction franche de l’enfer rythmique qu’est « Charlatan », de sa basse granuleuse imposante et de son riff sous-accordé.

À ce jour, peu de groupes parviennent à jouer sur une palette d’émotions aussi vaste qu’Opeth. Si « Charlatan » va raviver une forme de nostalgie des premières œuvres agressives du groupe (non, ne comptez pas pour autant sur un retour du death metal), « Ingen Sanning Är Allas » montre le deuxième visage de la formation : des arpèges acoustiques envoûtants et un travail raffiné et approfondi sur les cordes. La conclusion grandiloquente « De Närmast Sörjande » démontre justement que cet aspect orchestral et quasi cinématographique est l’un de ceux qu’Åkerfeldt a cherché à développer. La prestation vocale de celui-ci ne se trouve d’ailleurs pas entravée par les textes en suédois, bien au contraire. Il va jusqu’à donner un grain très rock à son timbre sur « Svekets Prins », tandis que « De Närmast Sörjande » le voit s’illustrer avec davantage d’exubérance, quitte à flirter avec le timbre aigu d’un Josh Homme (quitte à le dépasser sur « Ingen Sanning Är Allas »). Le travail sur le phrasé répond parfaitement aux besoins de la composition et des atmosphères, à l’image du jazz lugubre de « Banemannen » (jeu de batterie aux balais, leads désinvoltes…), l’ovni de l’album et l’une des chansons les plus évocatrices présentes sur celui-ci. In Cauda Venenum se paie en outre le luxe de terminer sur une note grandiose, le final d’« Allting Tar Slut », qui grave une mélodie libératrice particulièrement chantante (on peut déjà prévoir un carton en live) dans la tête de l’auditeur au terme d’une progression homérique.

In Cauda Venenum n’est pas un album difficile à apprécier pleinement, petite prouesse lorsqu’on connaît le goût d’Åkerfeldt pour les compositions organiques et changeantes. La présence d’une version anglaise (qui n’apporte pas réellement un autre regard sur l’opus) découle seulement d’une certaine frilosité quant à sortir un album uniquement en suédois. En réalité, In Cauda Venenum sera éloquent, qu’on comprenne ou non ce qu’Åkerfeldt scande. Opeth sublime ce qui fait sa force aujourd’hui : une fougue et une liberté issues du jazz, du rock progressif et des mélodies atypiques, jamais gratuites, chargées émotionnellement.

Clip vidéo de la chanson « Svekets Prins » :

Chanson « Heart In Hand » :

Album In Cauda Venenum, sortie le 27 septembre 2019 via Moderbolaget / Nuclear Blast Entertainment. Disponible à l’achat ici



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