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Chronique   

Opeth – Pale Communion


« Nous sentons que Heritage est un petit peu comme une nouvelle jeunesse. Nous avons trouvé un nouveau son que nous aimerions explorer un peu plus » affirme Opeth sur son site officiel. Ainsi, si une part du public des Suédois est tombée de haut en 2011 et a pu croire un instant s’en remettre en se disant que Heritage ne serait qu’une escapade hors des sentiers du death metal battus et rebattus (ne serait-ce que par eux-mêmes dans leur propre style, aussi particulier soit-il) plus qu’un véritable nouveau départ pour le groupe, Akerfeldt et sa bande n’ont pas opéré cette renaissance pour retourner au relatif confort de leurs prouesses passées dès l’étape suivante. « Je ne veux pas m’accommoder avec tout le monde, du genre : ‘Oh, désolé les gars ! Nous avons fait une erreur ! Nous allons faire un album rien que pour vous cette fois !’ Je ne pense pas de cette façon », déclarait le frontman en début d’année. Et donc voici Pale Communion, deuxième album de ce nouveau jeune groupe (ou groupe à nouveau jeune) qui porte toujours le nom de l’un des champions des musiques extrêmes scandinaves mais qui poursuit sa voie dans l’histoire des musiques progressives.

Pourtant, si Akerfeldt ne saurait s’excuser pour Heritage, il semblait quand même, en pleine genèse de ce nouvel opus, parti pour rassurer son public en promettant des choses « lourdes », « heavy metal », « épiques », et même une chanson qui rappellerait le Opeth vieille école. Mais de vieille école, se sent encore et avant tout celle du prog rock (Rush, Pink Floyd) ou du heavy classique à claviers (Deep Purple, Uriah Heep) des années 70. A l’accueil de ce nouveau disque, dès « Eternal Rains Will Come », orgue Hammond et batterie jazzy, dont le couple marque grandement cet album, se chargent de donner la couleur générale du disque, seulement suivie d’une guitare d’abord lourde puis sinistre créant une ambiance reprise par l’orgue puis abandonnée pour quelque chose de plus lumineux avant qu’arrivent ces harmonies vocales encore très travaillées offrant un sentiment de paix et de beauté qui sera l’un des ingrédients principaux de cet album. Car s’il ne faut certes pas s’attendre à retrouver growl ou riffs tranchants sous-accordés, le groupe n’hésite pas non plus à faire disparaître à l’occasion la guitare, voire tous les instruments (passages orgue – batterie – chant ou a cappella durant la pièce majeure « Moon Above, Sun Below ») quand on ne leur coupe pas tout simplement l’électricité (« Elysian Woes » porté par les instruments à cordes en acoustique).

Opeth poursuit donc son expérience et va même plus loin, tout particulièrement sur l’instrumentale « Goblin », hommage au groupe italien du même nom, véritable exercice de reproduction du style de celui-ci avec cette ambiance funky mais avec une tension sous-jacente créée par l’usage de synthé qui orne certains films d’horreur célèbres. Néanmoins, là où Heritage paraissait d’abord marqué par l’envie d’évolution et d’expérimentation, Pale Communion montre plus de talent pour l’accroche. Opeth a-t-il été possédé par l’esprit de Queen en enregistrant aux Rockfield Studios, où a été enregistré A Night At The Opera, et donc « Bohemian Rhapsody » ? En tout cas, il y a des airs de famille qui transpirent des « Moon Above… », « River » (avec en plus quelques gènes de Led Zep ou Lynyrd Skynyrd) ou « Faith In Others ». Enfin, il y a ce caractère organique. Pas seulement parce que le son se veut plus naturel, plus proche du son réel des instruments (et avec de vrais instruments et pas des violons et flûtes reproduits par synthétiseurs), mais aussi par cette recherche d’harmonie entre les différents morceaux, avec notamment ce climat oriental développé dès la fin de « Eternal Rains… » introduisant ainsi « Cusp Of Eternity », qui se retrouve dans « Moon Above… », puis plus tard dans « Voice Of Treason ». Ainsi, tout comme la continuité entre les différentes parties d’un corps semble évidente à l’observateur, la communion organique des éléments de cet album forme pour l’auditeur une entité des plus abouties, pour ne pas dire proche de la perfection.

Ci-dessous les chansons « Eternal Rains Will Come » et « Cusp Of Eternity » :

Album Pale Communion, sortie le 26 août 2014 chez Roadrunner Records.



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  • RainEchoes dit :

    Tout cela me semble bien plus proche de Damnation que de Heritage. Aussi bien dans le rendu sonore (plus moderne, moins « analogue » que sur Heritage) que dans l’esprit global (plus cadré et mélodique, moins groovy et mystique).

    Ma foi, du moment qu’ils se sont fait plaisir. Difficile de faire plus aventureux que Heritage aussi, il faut l’avouer.

    [Reply]

    geezer21

    j’avais beaucoup apprécié l’esprit aventureux de Heritage mais le problème c’est quand les compos ne suivent pas…. :/

    RainEchoes

    Si tu fais référence à l’aspect un peu décousu de Heritage, c’est une observation relativement exacte… Cela dit, je pense que certains morceaux perdraient beaucoup de leur impact s’ils avaient été composés d’une façon disons plus « classique » (ou devrais-je dire, plus « rock »).
    Dans ces mouvements prog/fusion de la fin des 60s/début 70s dont Heritage s’inspire (et parvient avec brio à ressusciter le son et l’esprit), la spontanéité jouait un rôle clé dans la composition. On cherchait à surprendre l’auditeur et donner l’impression d’une musique en mouvement, en partie improvisée, s’éloignant en fait de l’esprit du rock et de ses structures rapidement identifiables.

    Voilà en partie pourquoi que cet album a autant dérouté, je pense. C’est clair que c’est un OVNI… A la limite, il aurait très bien pu être enregistré en 69 et placé dans une capsule temporelle jusqu’à aujourd’hui. Qu’est-ce qu’on en sait? ^^

    Il continue de sonner toujours aussi frais à mes oreilles, en tout cas.

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