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Chronique   

Opeth – Sorceress


Opeth - SorceressMikael Åkerfeldt aime dériver sans jamais perdre le contrôle. Dans les affres d’un rock progressif obscur des 70’s dont lui seul et quelques initiés connaissent les albums, à toutes les frontières des genres qu’il aime, le metal, le rock symphonique, les 80’s, la pop ou le black… mais sans jamais se départir d’un flegme qui a tout de britannique et qui irait à merveille avec son accent de Dandy, sans jamais perdre de vue une excellence musicale, dans l’écriture, le pointillisme des arrangements ou la teneur du champ lexical qu’il utilise pour les mots d’un nouvel album. Ce Sorceress parle d’amour, dans ses dérives, encore, de jalousie, de possession amoureuse, de ce sentiment fort qui peut détruire comme sublimer.

L’amour, pour Åkerfeldt, est protéiforme, à l’image de ses velléités de composition pour ce douzième opus. Heritage semble loin, mais il a tellement marqué le groupe… comme un coming-out prog qui a marqué à jamais la trajectoire musicale d’Opeth. Pourtant, Pale Communion, le précédent de 2014, n’était pas toujours à la hauteur, malgré quelques sommets (« Eternal Rains Will Come » ou « River ») et il tardait de voir si les Suédois allaient à nouveau voguer vers des cimes de composition, comme à tant d’occasions dans leurs vingt années révolues de carrière. Et cette fois-ci, pas de déception liée à une quelconque fadeur. Le parti pris est explosif, multidirectionnel, florissant, éclatant. Plus cadré, accessible, mais aussi déraisonnable. Piochant partout où c’est bon de le faire, où Åkerfeldt prend du plaisir musical : chez Abba (« Sorceress ») comme chez Queen (« The Wilde Flowers »), vers Jethro Tull (« Will O The Wisp ») ou Led Zeppelin, avec une maîtrise vocale et technique toujours plus impressionnante, peu importe le terrain de jeu.

Sorceress est d’une diversité effarante, sans que l’on ne recherche forcément une cohérence absolue. L’album n’en a pas besoin, sa folie en emporte les doutes. Un « Persephone » introducteur, à la guitare classique, en forme d’ode à Ennio Morricone, un « Sorceress » au riff sublimement lourd et accrocheur qui peut même se payer le luxe de se passer de refrain sans dommage, un « Will O The Wisp » en forme de beauté mélodique au firmament émotionnel, un voyage extraordinaire au Moyen-Orient avec « The Seventh Sojourn » dont la section à cordes a été réalisé par Will Malone, génie méconnu, producteur du premier Iron Maiden, collaborateur de Black Sabbath et idole d’Åkerfeldt… Seuls éventuellement « The Wilde Flowers » ou « Chrysalis » rappellent l’écriture et le style plus typique d’Opeth ; pour le reste, c’est une ouverture sans limite. Le Suédois ne peut s’empêcher de retourner dans un monde prog 70’s complètement décalé, désarticulé et polyrythmique, dans ce brassin au nom plus qu’équivoque qu’est « Strange Brew », pour le coup pas accessible pour un sou.

Mais cet écart n’atténuera pas un sentiment général de douceur, d’enchantement et de délicatesse. L’orfèvrerie dans les arrangements, l’application sans pareil dans l’exécution technique des parties vocales, la symbiose avec les autres membres du groupe dont le travail lumineux et varié du claviériste Joakim Svalberg (les arpèges fabuleuses d’ « Era », entre autres)… tout concorde et tend vers un idéal nouveau de composition propre à Åkerfeldt, qui correspond à ses envies, toujours en perpétuelle évolution.

Opeth n’aurait donc plus rien à voir avec son passé ? Bien au contraire. Dans les détails d’un « Fleeting Glance », on peut retrouver l’âme mélodique d’un « Forest Of October » de 1995, dans « Era », les parties plus musclées de l’époque Blackwater Park… et l’esprit de l’album Damnation de 2003 flotte dans l’air à tant d’occasions qu’on ne peut toutes les nommer ici. Cette douzième offrande d’Opeth semble courte, dans le temps, car le voyage est tellement intense qu’il fait perdre la notion de celui-ci. La profondeur des compositions interpelle, pourtant le monde musical d’Åkerfeldt n’a jamais paru si accessible. Peut-être parce que l’expression du talent induit une arrivée naturelle de l’universalité, et que le compositeur suédois en apporte ici une preuve éclatante. Dépareillé d’un carcan metal qui ne lui sied plus guère sans pour autant renier son atavisme ou les artefacts du genre qu’il utilise toujours à sa guise, voilà en ce Sorceress l’incarnation la plus pure, apaisée et enchanteresse de ce qu’est Opeth en 2016 : un étrange et merveilleux vaisseau qui n’a que le ciel pour limite.

Lyric vidéo de la chanson « Will O The Wisp » :

Lyric vidéo de la chanson « Sorceress » :

Album Sorceress, sortie le 30 septembre 2016 via Moderbolaget/Nuclear Blast Entertainment. Disponible à l’achat ici.



Laisser un commentaire

  • BEYRAND Thierry dit :

    Encore un excellent album d’Opeth mais la chronique n’aborde pas un point important : le son catastrophique et sans puissance.

    C’est bien d’enregistrer en analogique en 2016 mais pourquoi ne pas s’inspirer entre autres des premiers Black Sabbath parus en 1970 au son monstrueux (même sans remaster..).

    C’est indigne d’Opeth et de Nuclear Blast et la comparaison avec Deliverance fait mal… Sur le dernier sampler de Rock Hard, même le Suicidal parait surproduit..

    Je me rattraperai au Trianon car là, c’est inécoutable

    [Reply]

  • Ecouté le 30 septembre, pas du tout déçue, mais il va falloir que je l’écoute et le réécoute plusieurs fois avant d’en déceler toutes les subtilités…
    Bref, un bel album d’Opeth, comme tous les précédents 😀

    [Reply]

  • J’ai pas compris : il est bon ? 😉

    Je savais déjà que je l’achèterais, mais maintenant plus de doute 🙂

    [Reply]

  • annoying orange dit :

    je compte les jours…

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