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Chronique   

Orakle – Eclats


Orakle - EclatOrakle ne parle pas à tout le monde, malgré une vingtaine d’années d’existence. Seulement, cela fait sept ans que Tourments Et Perdition (2008) est paru. Un hiatus considérable, désormais achevé par l’arrivée d’Eclats, premier opus dans lequel s’illustrent Emmanuel Rousseau (claviers) et Antoine Aubry (guitare). La musique d’Orakle a toujours eu d’innombrables facettes, s’aventurant dans les terres du progressif, de sonorités black et parfois des structures jazz, le tout porté par un chant en français qui participe à l’identité unique du groupe. À n’en pas douter, Eclats est une sorte d’OVNI musical capable d’émouvoir et de surprendre autant qu’il peut laisser perplexe.

Insaisissable en somme.

La délicatesse de l’opus transparaît dans l’artwork, qui reprend des œuvres du sculpteur Robert Le Lagadec. Décharnées, mouvantes, en constante mutation : les compositions d’Orakle semblent lui faire écho, s’évertuant d’apporter des réponses ou du moins proposer une réflexion sur l’essence et l’existence, pour peu qu’on soit enclin à s’aventurer dans les distinctions philosophiques. Seulement, la prouesse d’Orakle est de ne pas transformer ses thématiques en prétextes. C’est la musique, uniquement la musique qui pousse l’auditeur à se plonger dans l’univers du groupe : rien n’est forcé ou sur-joué. Orakle ne prône pas l’érudition et une technique « intellectualiste ». Eclats est porté par une sensibilité qui a pour conséquence d’écarter le superficiel, malgré la complexité de ce qui est proposé. Oui, Orakle est complexe. Ou plutôt organique. Les dissonances se transforment en mélodies, les grooves en rythmiques black qui amorcent elles-mêmes des moments de grâce rappelant indéniablement la musique d’Opeth. À ce titre le travail sur le son des guitares est d’une propreté rarement égalée. Une multiplicité de styles, doublée d’une aisance dans leur agencement ; une fois la cohérence du propos cerné, il se laisse pleinement apprécier. « Bouffon Existentiel » est un véritable concentré de la philosophie d’Orakle : une progression en plusieurs étapes, libérée des entraves stylistiques ; les huit minutes alternent entre passages mélodiques, riffs tordus et blasts plus traditionnels, avec l’apparition d’un saxophone, le tout se rapprochant désormais davantage des contorsions d’Ephel Duath que d’Arcturus auquel Orakle a souvent été comparé sur ses œuvres passées. Le pont d’ « Humanisme Vulgaire », sobre et intimiste crée une véritable atmosphère introspective, aboutissant sur une fin aussi grandiloquente que déroutante, qui ne fait que rendre justice à l’ensemble de l’œuvre qui la précède.

Le chant en français est sans doute l’une des caractéristiques qui peuvent rebuter autant qu’attirer l’auditeur. On peut avancer que la langue française n’est pas a priori la langue la plus mélodique et la plus intuitive, que les sujets développés par Orakle peuvent sombrer dans une forme de « kitch ». Il n’en est rien. Au contraire, le chant présent sur Eclats est remarquable pour deux choses : la première est la qualité de la prestation du chanteur sur le plan musical (« Le Sens De La Terre ») et l’intelligence du placement dans des compositions qui ne le facilitent pas. La seconde est que les paroles françaises participent à créer cette étrangeté, cette alchimie qui crédibilise l’album tout entier.

L’opulence d’Eclats est effectivement trop imposante pour être pleinement appréhendée. Pourtant, Orakle livre toutes les clés nécessaires à l’auditeur pour se plonger corps et âme dans sa musique, comprendre n’a pas ici autant d’importance que ressentir. Eclats s’impose comme une œuvre gracieuse, raffinée, où la seule véritable ambiguïté réside dans les définitions de « folie » et « intelligence » qui semblent n’être ici qu’une seule et même chose.

Ecouter l’album en intégralité :

Album Eclats, sorti le 11 mai 2015 chez Apathia Records.



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  • apathia ou agonia records ?

    [Reply]

    Thibaud Bétencourt / RM

    C’est Apathia Records.

    Amaury Blanc

    C’est rectifié merci.

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