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Chronique   

Orphaned Land – Unsung Prophets & Dead Messiahs


Orphaned Land pourrait être considéré comme le pionnier de son propre genre, l’ « oriental metal », pour leur aisance à conjuguer le heavy et les influences moyen-orientales au sein de leur musique. Après 26 ans de carrière, on peut même arguer que le groupe a une « carrière humanitaire », étant donné leur propension à critiquer et lutter contre les maux de notre société contemporaine et les conflits qui la déchirent. Cela fait depuis 2013 que le groupe se faisait discret, suite à l’excellente réception de All Is One. Orphaned Land a muté, le guitariste co-fondateur, Yossi Sassi, a décidé de quitter la formation et de se consacrer à ses projets solo. Chen Balbus a récupéré son rôle, accueillant Idan Amsalem en guitariste rythmique pour l’épauler. On pouvait craindre un effritement suite à ce changement de line-up. Il n’en est rien. Le successeur d’All Is One intitulé Unsung Prophets & Dead Messiahs présente un condensé des meilleurs aspects de la musique des Israéliens.

Afin de réaliser l’album, le chanteur Kobi Farhi s’est inspiré de l’Allégorie de la Caverne de Platon (des hommes qui refusent de voir la lumière et qui se complaisent dans leur statut, pour faire simple), en établissant de nombreux parallèles avec les influences médiatiques et gouvernementales d’aujourd’hui. Le titre de l’album fait hommage aux personnalités tuées pour leurs idéaux, les « messies » à l’image de Victor Jara, musicien chilien assassiné par le gouvernement, évoqué par Kobi. Quant aux prophètes, ils sont ceux qui ont perçu des évolutions de la société et des problématiques auxquelles personne n’avait encore pris la mesure, tel Aldous Huxley, l’auteur de la dystopie Le Meilleur des Mondes (1932). L’absence de Yossi Sassi n’a pas bridé l’ambition des Israéliens, qui opèrent un retour vers des aspects progressifs, aidés par la production irréprochable de Jens Bogren (Sepultura, Moonspell, Opeth, Dimmu Borgir, Paradise Lost, Rotting Christ…). Les huit minutes du titre d’ouverture « The Cave » fait d’ailleurs part de la volonté d’Orphaned de recourir à nouveau aux structures alambiquées et aux orchestrations complexes, essentiellement composées de violons et de chœurs (dont le Hellscore Choir d’Israël) enregistrés notamment en Turquie. Kobi Farhi se paie même le luxe d’intégrer les écrits de Platon dans les paroles. On note en outre le retour à un growl convaincant, à même de respecter la teneur des thèmes abordés. « We Do Not Resist » s’interprète de la même manière, Orphaned Land prend une posture plus agressive et directe. Matan Shmuely retrouve ainsi ses gimmicks rythmiques hérités du death derrière les fûts, surtout sur « Only The Dead Have Seen The End Of War ». Les influences orientales sont omniprésentes tout au long du disque, avec une prégnance presque inédite dans la discographie d’Orphaned Land. Les Saz et Bouzouki sur « In Propaganda » nous renvoient d’ailleurs au folklore arabe, tandis que « Yedidi » nous fait profiter de la langue natale de Kobi Farhi. Preuve d’un rapprochement avec le rock progressif, la participation de Steve Hackett (Genesis) au solo de l’un des titres phares de l’album, le délicat « Chains Fall To Gravity ». On notera aussi la collaboration de Tomas Lindberg (At The Gates) au chant growl sur « Only The Dead Have Seen The End Of War » et celle d’Hansi Kürsch (Blind Guardian) sur « Like Orpheus » qui vient donner de la crédibilité aux airs de power metal à la composition.

S’il est plus épique et plus complexe, Dead Prophets & Unsung Messiahs n’a pas nié son prédécesseur pour autant. Orphaned Land a savamment conservé les pans accessibles de sa musique, on peut d’ailleurs parler aisément d’accents « pop » à l’image des refrains à la Steven Wilson d’ « All Knowing Eye » faits de guitares battantes, d’un rythme binaire et de nappes de clavier mielleuses. On peut parfois aller jusqu’à dresser un parallèle avec le dernier album du groupe franco-tunisien Myrath, Legacy (2016), et l’intégration d’éléments pop assumés tels les refrains ampoulés de « Take My Hand » et « Like Orpheus ». On comprend alors aisément pourquoi Kobi Farhi conçoit cet album comme une fusion entre All Is One et Mabool (2004). Unsung Prophets & Dead Messiah est avant tout une synthèse de l’identité d’Orphaned Land.

La formation israélienne n’a rien perdu de son éloquence malgré les bouleversements de line-up. Elle se montre même davantage mesurée, conscient de sa visibilité accrue grâce à l’expérience All Is One. Orphaned Land réussit à rendre accessible des compositions plus hermétiques en apparence, avec suffisamment de facilité pour revenir parfois à ses racines death. Unsung Prophets & Dead Messiahs bénéficie ainsi d’une justesse dans le propos, qui peut être entendu de tous et est surtout prononcé avec la voix et le registre adéquats.

Lyric vidéo de la chanson « We Do Not Resist » :

Clip vidéo de la chanson « Like Orpheus » :

Album Unsung Prophets & Dead Messiahs, sortie le 26 janvier 2018 via Century Media. Disponible à l’achat ici



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