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Interview   

Otep : pulsion de mort


Otep dit adieu. Au revoir, à la limite. Fin de parcours pour le combo américain et sa charismatique chanteuse Otep Shamaya qui, avec la sortie de Hydra, son dernier opus, tend à sacraliser ce qu’elle est en tant que femme mais aussi en tant qu’artiste. A travers sa musique, le nu-métal du groupe a voulu pendant près de treize ans mettre en exergue certains désirs destructeurs intrinsèques à l’Homme. Comme dans cet opus final sorti en janvier dernier visant à dépeindre ce caractère très humain qu’est le désir de vengeance et de destruction de ce qui est considéré comme mauvais.

A la fois schizophrénique et méthode introspective, l’art est avant tout, pour Otep Shamaya, une main salvatrice qui lui serait tendue pour une escale dans un monde où l’on pense plus au lendemain qu’à l’instant présent. Et la musique, un art conservant des allures de jeu. Une pièce de théâtre ou un personnage que l’on crée de toute pièce et à qui l’on finit par donner vie à force de s’imprégner de sa personnalité fictive. Mais la musique reste également, et avant tout, de la musique et le groupe ne renonçait pas à défendre comme il se doit son dernier petit monstre sur scène, là où il pouvait prendre à son tour vie alors que le groupe était sur la pente finale de son existence. Quelques temps après sa sortie, nous avons fait le point sur tout cela avec Otep Shamaya elle-même. Une artiste extravagante, voire décalée, mais aussi engagée, multi-facettes reflétant l’essence-même de sa fibre créatrice.

« Je suis une artiste, et tout comme on achète ses peintures à un peintre plutôt que de les voler, je crois que ma musique devrait être achetée et pas volée. »

Radio Metal : L’album est sorti il y a quelques semaines. Quelles ont été pour le moment les réactions des fans et de la presse ?

Otep : Elles ont été incroyablement positives, tout le monde a eu l’air de vraiment l’aimer. Ça m’a apporté beaucoup de satisfaction de recevoir tant d’éloges, d’entendre des gens dire que c’est mon meilleur album et que c’est un chef-d’œuvre. Je suis très fière de tout ça parce que j’ai énormément travaillé dessus.

À propos du fait qu’Otep va arrêter de sortir des albums, tu as déclaré : « J’ai passé toute ma vie à vouloir pouvoir gagner ma vie en tant qu’artiste. Je ne voulais pas que ce soit juste un hobby. » Est-ce que ça signifie que ça commence à devenir trop compliqué de survivre, financièrement parlant, même pour un groupe comme Otep qui a beaucoup de succès et une fan-base importante ?

C’était à propos d’une question sur le piratage. Ils voulaient savoir si j’approuvais ou pas. J’ai répondu que je n’approuvais pas. Je suis une artiste, et tout comme on achète ses peintures à un peintre plutôt que de les voler, je crois que ma musique devrait être achetée et pas volée. Quand la musique joue un rôle important dans ta vie, quand tu passes une mauvaise journée, une bonne journée, que tu tombes amoureux ou que tu es en colère contre le monde entier, tu vas écouter ton album ou ta chanson préférée, et ça a de la valeur. C’est de l’art, et ça vaut 99 centimes aux États-Unis. C’est presque un dollar. Seulement quelques centimes !

Est-ce que tu penses que le fait que c’est votre dernier album va attirer l’attention sur le groupe et que de nouvelles personnes découvriront votre musique à cette occasion ?

J’espère. Tout le monde parle du fait que c’est notre dernier album mais, pour moi, c’est seulement le commencement puisque je l’ai écrit il y a seulement quatre mois. Il est sorti il y a trois semaines. J’ai encore beaucoup de travail à faire avec cet album, beaucoup de concerts, beaucoup de promo. Je vais avoir la chance de pouvoir donner vie à ces chansons sur scène. Ça vient d’arriver, l’album vient de sortir, c’est donc le début d’un nouveau cycle pour moi. Avec chaque nouvel album, on espère faire quelque chose qui plaira à nos fans de longue date, mais aussi qui nous permettra d’atteindre de nouveaux fans et de propager notre message.

Est-ce qu’au moment de son écriture, tu savais que ce serait votre dernier album ?

Je n’ai absolument pas pensé à ça. J’ai seulement essayé d’écrire le meilleur album que je pouvais. Je l’ai écrit de la même manière que j’écris tous mes disques. J’y vais, j’ouvre tous mes cahiers, les carnets sur lesquels j’ai écrit des paroles, je les parcours et je passe douze voire quatorze heures par jour au studio à simplement essayer de faire du mieux que je peux, et à me perdre dans ce moment de création. Donc j’essaie de ne pas y penser. Tout ce que j’ai fait, c’est essayer d’écrire les meilleures chansons que je pouvais, de raconter des histoires du mieux que je pouvais, et d’être la meilleure chanteuse possible, c’est tout.

« C’était un peu étrange, un peu effrayant, un peu excitant en même temps […] comme si je pensais comme quelqu’un d’autre, comme si j’étais quelqu’un d’autre, comme si j’avais laissé cette personne m’habiter et écrire des chansons par mon intermédiaire. »

Sur ta page Facebook, tu as déclaré au sujet du nouvel album : « J’ai permis à la personnalité de la créature que j’ai créée de prendre corps »

Oui, ça a été une expérience très étrange pour moi car c’était la première fois que j’écrivais à propos d’un personnage que j’ai créé. Elle s’appelle Hydra. Ça a presque été comme les acteurs font lorsqu’ils jouent selon la méthode de l’Actors Studio, quand ils restent dans leur personnage en permanence. Évidemment, lorsque j’écris tout ça, j’essaie de trouver toutes les émotions, les sensations et les pensées que je partage avec Hydra, mais je permets aussi à toutes ces pensées et émotions interdites qui m’envahissent de s’exprimer. C’était un peu étrange, un peu effrayant, un peu excitant en même temps. C’était comme si je pensais comme quelqu’un d’autre, comme si j’étais quelqu’un d’autre, comme si j’avais laissé cette personne m’habiter et écrire des chansons par mon intermédiaire.

Selon toi, qu’est-ce que tu as en commun avec Hydra ?

Je crois que je comprends son désir de vengeance envers les personnes mauvaises, son envie de les anéantir, de détruire le mal. Ce qu’elle ne comprend pas, c’est qu’elle aussi fait du mal. Elle aussi est un personnage violent qui pourchasse la violence. Je crois qu’on a tous ces pulsions qui nous poussent à poursuivre les gens qui nous ont insultés ou à se battre après avoir été blessés. On a des réflexes moraux qui refoulent ces émotions, ces peurs, ces émotions primaires, ces instincts animaux qui nous incitent à détruire ce qui nous menace. Hydra, le personnage, n’a pas ces traits de caractère, donc pour elle, c’est tout ce qu’elle veut.

Peut-on avancer que si cette créature a pu prendre possession de toi, c’est parce qu’il y a un peu de toi en elle ?

Oui, je pense qu’il y a un peu de moi en elle [rires].

Est-ce que tu n’as pas eu peur de te perdre dans ce personnage ?

Parfois. À vrai dire, il y a des parties d’elle qui subsistent toujours en moi, ce qui signifie qu’elles ont toujours été en moi, mais qu’elles étaient enfouies plus profondément dans mon inconscient. Si tu retournes écouter House Of Secrets, mon deuxième album, tu trouveras qu’il y a déjà des références à elle. Elle a toujours été une partie de moi en quelque sorte, peut-être que c’est mon côté le plus sombre, celui qui ressort dans mes peurs et qui me prépare pour attaquer lorsque je dois défendre certaines choses politiques en lesquelles je crois, ou détruire certains aspects de notre culture. Elle est là, et depuis que je l’ai autorisée à remonter à la surface, elle y est restée.

Est-ce que les nouvelles que tu as écrites pour cet album vont paraître d’une autre manière, sous forme de livre par exemple ?

Oui, on a déjà sorti un livre d’essais et de nouvelles par le passé, mais là je suis en train de travailler en ce moment et on n’aura pas le temps d’y réfléchir avant bien plus tard dans l’année, après tout ça. Mais je veux consacrer bien plus de temps à l’écriture pour finir le livre Hydra, la bande dessinée Hydra et les nouvelles sur Hydra.

Est-ce qu’on peut espérer voir sur scène des effets visuels spéciaux liés au concept de l’album ?

Cette fois, on va incorporer plusieurs choses différentes. Je pense que tout le monde sera très content de ce qu’il se passera.

« La musique fera toujours partie de moi, c’est ce que je fais de ma vie, c’est une partie de mon instinct créatif. »

Fondamentalement, que va-t-il se passer avec Otep maintenant ? Tu as dit que cet album serait le dernier mais que vous alliez continuer à tourner. Pendant combien de temps ?

Aussi longtemps que je pourrai ! On va aller en Australie ; on fera une tournée aux États-Unis dans quelques semaines puis on ira en Australie et à Mexico, et ensuite on essaiera d’aller en Amérique du Sud puis, j’espère, en Europe. Je suis déjà venue en vacances en Europe, mais je n’y ai jamais joué, et maintenant c’est mon rêve de le faire. De toute façon, l’objectif est d’aller jouer notre musique dans le plus d’endroit différents dans le monde entier.

Et comment sais-tu que tu ne seras pas tentée d’écrire de la musique à nouveau ?

On ne peut pas savoir, moi-même je n’en sais rien ! Personne ne connaît le futur, à part les oracles. Tu sais, c’est ce qui a l’air de devoir se passer maintenant, mais ça ne veut pas dire que ça va toujours être le cas. Et vraiment, les gens y donnent beaucoup plus d’importance que j’aurais cru. Je ne me serais pas imaginé que ça attirerait autant l’attention [rires]. Je préférerais que les gens se concentrent sur l’album parce que si encore l’album était sorti il y a six ou sept mois, je me serais dit : « OK, c’est de ça que les gens veulent parler », mais il vient de sortir, donc pourquoi on ne parlerait pas plutôt de ça ? La musique fera toujours partie de moi, c’est ce que je fais de ma vie, c’est une partie de mon instinct créatif. La musique me parle en permanence, donc je devrais le retranscrire d’une manière ou d’une autre. Là, Hydra vient de sortir, et je veux lui donner toute l’attention que cet album mérite.

Est-ce que tu sais ce que tu feras après la tournée ? Est-ce que tu comptes écrire de la musique pour d’autres projets ?

Je ne sais pas. Je pense que j’écrirai tout ce qui voudra bien sortir, tout ce que l’inspiration me dira d’écrire, voilà ce que je ferai. Là, on doit se préparer, on a trois ou quatre chansons du nouvel album sur lesquelles on va devoir travailler pour la prochaine tournée, puis on montera sur scène, on jouera pour les fans et on aura cette communication spirituelle entre le groupe et le public. Ce rituel de créativité est tellement unique, tellement puissant, c’est très excitant. J’ai vraiment hâte de me retourner sur la route.

Interview réalisée par téléphone le 21 février 2013
Retranscription et traduction : Chloé

Otep sur Facebook

Album Hydra, sorti le 22 janvier 2013 chez Victory Records.



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  • Moi, je me remet un petit coup d’Hydra dans se cas…

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  • De ce groupe j’adore le côté « laisse moi te raconter une histoire », de plus le jeu se prête parfaitement au style abordé.
    J’espère que avec les nombreuses tournée OTEP et Shamaya reviendrons sur leur décision de ne plus produire d’album.
    C’est un groupe qui est loin d’avoir fait son temps !

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