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Interview   

Pain Of Salvation : dernière ligne droite avant Road Salt Two


Il est toujours très agréable de discuter avec Daniel Guildenlöw, frontman d’un des plus talentueux groupes de progressif de ces dernières années. Tout d’abord parce que, comme déjà mentionné dans ces colonnes, l’homme est en apparence vide de défauts et on espère toujours que quelques gouttes de sa perfection rejaillissent d’une manière ou d’une autre sur nous – ne voyez rien de sexuel dans cette affirmation ! Quoique… Mais le plaisir vient aussi, et surtout, du fait que Daniel est quelqu’un d’éminemment sympathique, toujours ouvert, sincère et plein d’humour.

Voilà pourquoi, lorsque nous déambulions dans les coulisses du Hellfest 2011 nous n’avons pu résister à l’envie d’interpeller le chanteur et d’improviser une petite interview.

Voici donc, en audio, la petite discussion que nous avons eu, ainsi que son compte-rendu.

Version audio de l’entretien :

[audio:interviews/pain_of_salvation_2011_06_19.mp3|titles=Pain Of Salvation Interview]

Radio Metal : Ne t’inquiète pas, ce ne sera pas une interview chiante de vingt minutes… C’est pour le fun !

Daniel Gildenlöw (chant/guitare) : C’est peut-être ce que vous pensez ! Jusqu’à ce que vous entendiez mes réponses ! (Rires)

(Rires) OK, donc, comment vas-tu ?

Ça va. Le concert est derrière nous, alors c’est cool.

Comment ça s’est passé ?

Bien. Bon public, beaucoup de monde.

« J’en ai tellement marre des productions modernes, avec la batterie triggée, les murs de guitares, les rectifieurs et toute cette merde. J’en ai ras-le-bol, je ne peux plus le supporter, je ne peux même plus l’écouter. « 

J’ai été un peu surpris de voir autant de gens réagir à la musique de Pain Of Salvation alors qu’il s’agit pourtant d’un festival metal. C’est plutôt cool parce que dans ce genre de situation des groupes comme Anathema ou Pain Of Salvation peuvent ne pas recevoir le même accueil que des groupes purement metal. Dans ce cas, c’est le contraire qui s’est passé.

Quand les gens nous voient sur scène, ils ne peuvent pas ignorer qu’il y a un groove et on ne peut que réagir à ça. Je suis content que ça fasse son effet. Chaque fois qu’on joue au Hellfest, on se dit : « Est-ce qu’on devrait jouer les titres plus metal ? » Mais finalement, on s’en tient à ce qui nous représente vraiment, et généralement, ça paie. C’est une bonne chose.

Les deux fois où vous avez joué au Hellfest, c’était dans l’après-midi et le temps était donc assez ensoleillé. Je trouve que ce sont de bonnes conditions pour Pain Of Salvation. Certains groupes passent mieux dans le noir, mais pour vous, ces conditions sont excellentes.

Ah oui ? Je pense que le groupe fonctionne dans différentes conditions. Bien sûr, quand on est sur scène, c’est toujours mieux quand il fait sombre parce qu’on peut jouer sur les lumières pour souligner la musique. Mais les concerts de jour exercent un autre type de fascination, je pense.

Certains groupes peuvent avoir tendance à se cacher derrière les jeux de lumières…

Tout à fait. En ce moment, je penche davantage vers le très brut et le très honnête, alors ça va bien ensemble. On ne peut pas se cacher derrière de belles lumières ou quelque chose comme ça. Il faut que le groupe et la musique parlent d’eux-mêmes.

As-tu eu l’occasion de voir d’autres groupes ?

J’ai assisté à un bout du concert de Mr. Big. C’était sympa. J’ai participé au Hammer Of The Gods avec Paul Gilbert il y a quelques années, alors c’était cool de le voir sur scène.

En fait, Pain Of Salvation et Mr. Big sont assez comparables en termes d’harmonies vocales. Cet aspect est très travaillé, ce qui est assez rare dans le metal, aujourd’hui.

On a seulement eu… Je ne parlerais pas de chance parce qu’on a fait beaucoup d’efforts pour engager les bonnes personnes dans le groupe. Mais nous avons au moins trois membres du groupe qui sont bien au-dessus de la moyenne en termes de chant lead. C’est plutôt cool parce qu’on peut faire beaucoup de choses que les autres groupes ne peuvent pas se permettre. Normalement, dans un groupe, il y a un chanteur et les autres sont des pseudo-chanteurs. Mais grâce à Johan et Leo, on peut pousser ça très loin et en faire du chant lead. Ce qui est vraiment bien.

C’est génial parce que votre guitariste peut assurer le chant lead pendant que tu te lâches…

Oui, j’ai besoin de sauter partout parfois ! (rires) Quand on assure des concerts complets, surtout quand on joue pendant deux heures et demi, comme on vient de le faire au Brésil, on peut se permettre n’importe quoi pour le rappel. Je peux me mettre à la batterie pour une chanson de Dio et Leo peut assurer le chant. Johan a aussi chanté sur des chansons des Beatles. C’est vraiment sympa. On peut faire tellement de choses parce que chacun de nous a une base énorme sur laquelle travailler. C’est un plaisir et un honneur. C’est un super line-up, je l’adore.

« J’adore la musique, mais je suis tellement occupé par l’aspect créatif de la musique que, quand j’ai du temps libre, j’aime écouter le silence. Ou regarder une bonne série télé ou un bon film. Ou lire un livre. Ou encore mieux, lire un livre en prenant un bain bien chaud ! »

Le dernier titre que vous avez joué aujourd’hui était un peu différent par rapport à d’habitude…

En fait, nous n’avions que quarante-cinq minutes, ce qui n’est pas vraiment un concert, pour nous. C’est un peu un échauffement ! Quand on a commencé à réfléchir à la setlist, on s’est dit qu’on ne pourrait pas jouer la totalité de Perfect Element, à cause de l’intro « Falling » où je fais un petit solo. Ça commence assez doucement avant d’attaquer vraiment et on se disait qu’il fallait attaquer d’entrée de jeu. C’était une expérience très différente, on n’avait encore jamais fait ça. On ne l’avait même jamais joué, on en a seulement parlé vingt minutes avant le concert ! (Rires) Nous nous disions, « OK, peut-être que tu devrais faire juste ‘tick clack uh’ et ensuite on commence à jouer ». Donc, même si nous en avions parlé, ça paraissait très étrange de faire ça parce qu’on ne l’avait encore jamais fait. C’était une situation assez curieuse.

Vous avez déjà modifié des chansons par le passé. Je pense notamment à « Ashes » en mode majeur. C’était génial.

La chanson qui a sans doute subi le plus de transformations au fil des années est « Nightmist ». J’ai une vieille démo de 93 ou 94 quelque part et la chanson est très directe du début à la fin. Par la suite, on n’a pas arrêté de la développer. Déjà sur notre premier album, en 1997, on avait ajouté beaucoup de détails. Aujourd’hui, elle a subi un paquet de changements. Il y a une partie reggae, une partie power death metal, et on termine avec un blues à douze mesures en cinq/quatre. C’est un changement permanent, on s’est permis tout et n’importe quoi au fil des années.

Vous devriez faire plus d’albums live pour immortaliser ces transformations !

Les albums live, c’est une fausse bonne idée. Aujourd’hui, les gens veulent réenregistrer tellement de trucs après coup et je suis totalement contre. Je ne fais jamais ça. Mais évidemment, je m’implique dans le mixage. Ça commence toujours par une idée du genre : « Enregistrons tout le concert et sortons ça en totalité ». Mais au final, il y a beaucoup plus de travail. Je préfère travailler sur du nouveau matériel. Je suis toujours impatient d’avancer.

En parlant de nouveau matériel, quand Road Salt Two doit-il sortir ?

Fin septembre. Le 27 septembre, je crois. Mais je l’ai déjà entendu, donc pour moi, c’est du réchauffé ! (rires)

À quoi peut-on s’attendre ?

C’est du même tonneau que Road Salt One. Le son est vraiment similaire. Avant, je disais que c’était sans doute plus sombre que Road Salt One, mais je n’en suis plus si sûr. J’ai un point de vue trop subjectif. Je suis tellement immergé dedans, c’est difficile à dire. Il y a plus de titres façon seventies, old rock, type Zeppelin ou Sabbath, mais il y a aussi des chansons plus douces, avec plus de sensibilité. C’est très difficile d’imaginer comment l’album va être reçu par quelqu’un qui ne l’a jamais entendu. C’est plus dans la continuité de l’album précédent que ce qu’on peut généralement attendre de Pain Of Salvation étant donné que c’est une autre partie d’un même tout.

Tu as l’air très enthousiaste à propos du style seventies – d’abord Road Salt One, et maintenant Road Salt Two. Est-ce le nouveau Pain Of Salvation ? Peut-on s’attendre à ce style à l’avenir ?

Je vais probablement en avoir ras-le-bol aussi et passer à autre chose ! (rires) Je ne sais pas. En ce moment, j’en ai tellement marre des productions modernes, avec la batterie triggée, les murs de guitares, les rectifieurs et toute cette merde. J’en ai ras-le-bol, je ne peux plus le supporter, je ne peux même plus l’écouter. Il fallait que je trouve quelque chose de plus authentique et honnête. Je reviens souvent au style des années 70, aux titres très honnêtes et joués en live. Ça continue à me toucher, d’une façon dont la musique des années 80 et 90 ne parvient tout simplement pas à le faire.

Votre bassiste est-il un membre permanent à présent ?

Non ! C’est ça qui est drôle. Disons que c’est un membre quasi-permanent. C’est notre premier choix quand on va donner un concert. Quand on a joué en Inde, on a embarqué ce type, qui s’appelle lui aussi Daniel, pour assurer le clavier parce que Fredrik n’était pas disponible à ce moment-là. Daniel, donc, qui était en fait notre technicien de scène sur la tournée de 2007, a joué du clavier sur la tournée. C’est un très bon claviériste. Mais à la base il est bassiste – c’est aussi un très bon bassiste ! Donc, pour la tournée au Brésil que nous venons de boucler, il nous a suivis, mais comme Fredrik était aux claviers, il a assuré la basse car Per ne pouvait pas être là pour jouer la basse ! La place est donc plus ou moins libre mais on verra ce qui se passera à l’avenir. C’est assez difficile d’avoir quatre personnes pouvant venir aux répétitions et les pousser à investir le temps et l’effort nécessaire. Avec cinq personnes, ça commence à devenir vraiment compliqué. On n’a plus dix-huit ans, on a nos familles et beaucoup d’autres engagements. C’est difficile de faire en sorte que tout fonctionne.

« Ne le répétez pas mais j’ai encore ce que j’ai fait avec Transatlantic ou Axamenta sous plastique chez moi… C’est vraiment très embarrassant ! »

As-tu écouté l’album que ton frère a sorti avec The Shadow Theory, son nouveau groupe ?

Non. J’adorerais répondre « oui » à cette question. Ça passerait tellement mieux si je disais oui ! Mais en fait, non, je ne l’ai pas écouté. C’est bien ?

C’est excellent. C’est avec Devon Graves de Psychotic Waltz.

Oh, c’est cool. Il y a de la batterie triggée ?

Non, je ne crois pas ! Il y a également le batteur de Threshold.

Johanne ? Attends, ils en ont eu trois… On a joué avec eux plusieurs fois par le passé mais ils ont eu plusieurs batteurs. Tu parles de Johanne, le type noir ?

Oui, c’est lui !

C’est un excellent batteur. Un type super sympa aussi. C’est cool.

Excuse-moi, mais comment est-il possible que tu n’aies pas écouté un album sur lequel joue ton propre frère ?!

J’ai déjà dit ça avant, mais vous seriez surpris de ce que je n’ai pas écouté ou entendu en fait !

Tu sais que tes propos vont finir déformés sur Blabbermouth, et que tout le monde va penser que tu détestes ton frère et qu’il y a un problème dans la famille Gildenlöw ?!

OK, je reformule : je n’ai pas écouté l’album mais je suis sûr que c’est bien ! Je suis convaincu que Kristoffer fait un super boulot à la basse ! (rires) J’adore la musique mais je suis tellement occupé par l’aspect créatif de la musique que, quand j’ai du temps libre, j’aime écouter le silence. Ou regarder une bonne série télé ou un bon film. Ou lire un livre. Ou encore mieux, lire un livre en prenant un bain bien chaud ! Écouter de la musique, c’est… J’ai besoin de faire une pause quand je ne suis pas dans le processus créatif. Je passe tellement de temps à peaufiner les détails, ça me rend dingue, parfois. Voilà l’explication. En fait, j’ai participé à tellement d’albums en dehors de Pain Of Salvation, et pour la plupart d’entre eux, je ne les ai même pas écoutés une fois terminés ! Quand j’ai terminé mon travail sur un titre, je suis content de l’avoir entendu mais je sais ce que j’ai fait et ça s’arrête là. Je n’ai pas besoin de revenir dessus. Ne le répétez pas, mais j’ai encore ce que j’ai fait avec Transatlantic ou Axamenta sous plastique chez moi… C’est vraiment très embarrassant ! Mais heureusement, je fais aussi ça pour Pain Of Salvation. Prenez le dernier DVD, par exemple : j’ai passé tellement de temps à travailler dessus, à étudier les menus, à passer en revue tous les petits détails… Une fois tout ce travail terminé, quand j’ai reçu le produit final, je l’ai ouvert, je l’ai regardé, mais ça va me prendre des années pour le mettre dans mon lecteur DVD et le visionner. Pour l’instant, j’en ai fini avec ça !

Tu as dit que nous serions surpris de la quantité de choses que tu n’as pas entendues. Mais je suis certain que tu connais Lady Gaga !

J’ai entendu ce titre qui passe tout le temps à la radio. C’est tout ! Pourquoi, elle joue ici ? (rires)

Mais n’importe quel metalleux a déjà écouté Lady Gaga !

Ah oui ? Je ne savais pas !

En fait, elle est fan de Kiss et d’Anhtrax.

C’est vrai ? C’est cool, ça. La chanson que j’ai entendue, même si elle est extrêmement commerciale d’un côté, reste assez intéressante. D’une certaine façon, c’est sans concession. Il y a un refrain super accrocheur, mais le reste de la chanson ne correspondant pas vraiment à ce qu’on attend de la variété, en règle générale. Donc, je ne suis pas surpris d’apprendre ça.

Vous avez vous-mêmes fait du Lady Gaga avant l’heure avec « Disco Queen » !

Effectivement ! C’est juste que le monde ne l’a pas tant remarqué, n’est-ce pas ? Nous étions en quelques sortes Mister Gaga, je suppose ! (rires)

Que vas-tu faire ou voir maintenant ?

Je sais que Per veut aller voir Judas et… C’est qui, l’autre, déjà ? Ozzy ? Et je viens de croiser un vieux copain qui joue chez Dark Tranquillity aujourd’hui. C’est drôle : en 1994, je crois, Pain Of Salvation a gagné un concours de musique national en Suède. Et à côté, on jouait dans ce groupe de fac appelé The Q-Krunkers From Hell – je ne vous explique même pas ce que ça veut dire. Lui avait 19 ans à l’époque et il était l’un des deux types qui s’occupaient de notre groupe. Nous avons même utilisé leur salle de répétition à un moment. Il est monté sur scène avec ce groupe parodique parce que nous avions décidé de bousiller la soirée pour le premier concert. Il jouait du bongo et moi de la batterie. C’était du thrash death metal avec des influences country – et en suédois, bien sûr. C’était vraiment tordu, avec des paroles sataniques et sexistes. Mais c’était pour rire, évidemment. Je dois insister là-dessus, ce groupe était une vaste blague. Il jouait du bongo dans ce groupe, et maintenant, il est chez Dark Tranquillity. Je crois que nous nous sommes vus pour la dernière fois en 1994, et là, on vient de se croiser. Donc je pense que je vais aller voir son groupe. Ça va être marrant de voir le vieux joueur de bongo des Q-Krunkers From Hell sur scène !

OK, bon, tu sais, tu n’es pas quelqu’un de très intéressant. Mieux vaut donc en rester là pour cette interview…

Vous voyez, c’est ce que je disais ! Je vous avais prévenus ! (Rires)

Interview réalisée le 19 juin 2011 par Spaceman et Metal O’ Phil en face à face.
Site internet de Pain Of Salvation : www.painofsalvation.com



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  • Très sympa l’interview, comme d’habitude !

    J’en profite pour faire une petite remarque de guitariste : les « rectifieurs » ce sont en fait des amplis emblématiques pour le gros son métal, les Mesa Boogie Dual Rectifier(s), donc faut pas traduire ça en français 😉

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