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Chronique   

Pain Of Salvation – In The Passing Light Of Day


Début 2014, Daniel Gildenlöw, qui croyait ne souffrir que d’un souci de santé bénin, apprenait être victime d’une sérieuse infection bactérienne, une fasciite nécrosante alias bactérie mangeuse de chair, remettant en cause son pronostic vital. En l’espace de quelques heures sa vie basculait et l’entraînait dans un éprouvant parcours médical. Les fans de Pain Of Salvation le savent, le frontman a toujours centré ses albums sur l’expérience humaine, en particulier la découverte de soi, et les réflexions philosophiques et spirituelles qui en découlent. Ainsi, il paraissait impensable que cette expérience de vie – et la perspective palpable de la mort – n’affecte pas un nouvel album de Pain Of Salvation qui se faisait grandement attendre.

Six ans après Road Salt Two (sans compter Falling Home, plus une sorte d’amuse-bouche de luxe pour patienter et présenter le nouveau line-up), arrive donc In The Passing Light Of Day. Et si Gildenlöw avoue sa réticence au départ à écrire un album au sujet de ses périples hospitaliers, il n’a pu faire autrement que s’y résoudre. Mais ce n’est pas tant le cheminement d’un homme dans des couloirs immaculés, au milieu des médecins, que l’on suit, que le cheminement psychologique de cet homme qui, allongé sur un lit, cogite, oscille entre espoir et défaitisme, avec sa vie qui lui éclate à la figure au moment où elle semble lui échapper. « Nos priorités ne changent pas face à la mort, » affirme le frontman, « simplement elles s’intensifient. On nous les rappelle. Soudainement, douloureusement, honnêtement, nous nous souvenons comment vivre. »

En parallèle à cette trame conceptuelle, après deux albums à explorer le son des années 70, Gildenlöw nous le disait, presque comme une promesse faite aux fans qui n’attendaient que ça : « Je veux revenir aux sons plus heavy et trouver un moyen d’amener le son de Perfect Element et Remedy Lane dans une nouvelle ère, trouver un nouvel habillage pour ça. » Promesse tenue comme on peut le constater immédiatement avec le riff rouleau compresseur d’ « On A Tuesday » suivi d’une rythmique de grosse caisse saccadée à la « Inside » (album One Hour By The Concrete Lake). Les guitares et la frappe de Léo Margarit sont d’une lourdeur écrasante sur « Reasons », mais ce n’est rien en comparaison du final de « Full Throttle Tribe » qu’on croirait tout droit sorti du Roots de Sepultura, sous accordé au possible, mené par une rythmique syncopée, quasi-déstructurée, aux consonances tribales.

Mais Pain Of Salvation n’a jamais été un groupe unidirectionnel, et ces élans métallisés sont loin de résumer In The Passing Light Of Day. « On A Tuesday » place d’ailleurs parfaitement le décor, autant de l’histoire que musicalement. Dix minutes faites de montées et de descentes, de couplets rampants, agrémentés de guitare slide et d’un jeu de batterie jazzy, d’un refrain qui arrive comme un rayon de soleil inopiné, avant un développement qui nous fait traverser toute une palette d’émotions pour aboutir à un final en forme de catharsis. Tout l’art de Pain Of Salvation résumé en une chanson. Le combo n’a rien perdu de sa sensibilité, en particulier Gildenlöw, plus poignant et expressif que jamais. Particulièrement touchant sur la ballade tout en velours « Silent Gold » ou sur la latente « Angels Of Broken Things », qui se termine en apothéose sur un solo de guitare bouleversant. C’est même la chair de poule qui attend l’auditeur sur « The Taming Of A Beast » et sa montée en intensité progressive dont Pain Of Salvation a le secret.

Mais certainement que ce qui rend l’émotion d’autant plus vraie et palpable, outre un récit intime incarné de façon presque impudique, c’est une production extrêmement organique, héritage des expériences Road Salt, avec cette distorsion qui crachote ou ces baguettes dont on sent le bois frapper les peaux de batterie. Une production brute en apparence, qui cache un réel travail de textures, notamment avec ces claviers qui grondent et ces percussions trip-hop sur le final d’ « On A Tuesday », un son d’accordéon sur « If This Is The End », ou le thème principal de « Meaningless » qui n’est autre que la voix du guitariste Ragnar Zolberg, trafiquée pour lui donner un rendu de synthétiseur. Zolberg qui prend une importance inédite dans l’album, à peine a-t-il intégré le groupe qu’il s’est imposé comme un véritable partenaire de composition pour Gildenlöw, partageant même une portion du chant. C’est d’ailleurs lui qui prend le lead sur le refrain de « Meaningless », et pour cause, il s’agit ni plus ni moins que d’un recyclage de « Rockers Don’t Bath », chanson parue en 2012 sur l’EP Out From The Dirt de son autre groupe Sign.

In The Passing Light Of Day reste cependant un album qui s’apprivoise au fil des écoutes. L’immédiateté n’a jamais été une composante fondamentale de Pain Of Salvation. Sa musique fait appel à des émotions complexes, avec des finesses qui, aux premiers abords, peuvent échapper à notre attention. Les quinze minutes de la chanson éponyme finale, dont les sept premières qui ne décollent pas du tout, pourront même paraître rébarbatives à certains. C’est l’exemple typique de la chanson qui se révèle à la lecture des paroles d’un Gildenlöw se repassant le film de sa vie en compagnie de son « amour et meilleure amie », semblant comme apaisé dans sa douleur, ses regrets, acceptant l’issue quelle qu’elle sera. Car il s’agit là d’un album à envisager en parallèle de son concept, que ce soit l’avalanche de questionnements de « Reasons » ou l’importance de la famille, des amitiés, de sa « tribu », développé dans « Full Throttle Tribe », dont le refrain ne manque pas de rester en tête. Pain Of Salvation fait partie de ces artistes qui réclament de la part de l’auditeur un effort, un investissement émotionnel voire intellectuel. Mais ça, les habitués du groupe le savent bien et n’auront donc aucun mal à se délecter d’une œuvre de très grande force.

Clip vidéo de la chanson « Reasons » :

Clip vidéo de la chanson « Meaningless » :

Album In The Passing Light Of Day, sortie le 13 janvier 2017 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici.



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