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Interview   

Pain Of Salvation : un nouveau jour se lève


Daniel Gildenlöw frontman et tête pensante de Pain Of Salvation nous aura fait une belle frayeur lorsqu’on apprenait début 2014 qu’il avait, tout comme le regretté Jeff Hanneman (Slayer) quelques années plus tôt, contracté une fasciite nécrosante, alias bactérie « mangeuse de chair ». Mais la bonne humeur du musicien (qui allait jusqu’à raconter sur Instagram les péripéties hospitalières d’une guitare, baptisée Mr. M) se voulait rassurante.

Ce dont on se rend compte aujourd’hui, c’est à quel point la première journée d’hospitalisation, en particulier, a pu être terrifiante pour le chanteur, dont les perspectives de vie ont changé et se sont assombries en seulement quelques heures, comme il nous le détaille en première partie de l’entretien qui suit, où il nous livre son vécu de ce périple. Car oui, In The Passing Light Of Day, le nouvel album du combo, est un concept qui se concentre sur cette première journée et les réflexions et cheminements psychologiques qui ont pu le traverser. Un album mais aussi des propos, comme souvent avec Gildenlöw, éclairés, qui livrent de vraies leçons de vie.

Mais au delà de la trame conceptuelle, c’est sur la direction musicale elle-même, voyant le grand retour des sonorités metal, que nous l’avons questionné, ainsi que son rapport aux autres membres du groupe, présents et passés, dans ces incessants changements qu’a connu la formation ces dernières années. Des propos, encore une fois, éclairants sur le mode de fonctionnement de Pain Of Salvation et sa dynamique créative.

« J’avais eu peur avant, mais maintenant la douleur était si forte que la peur n’était même pas quelque chose que je pouvais me permettre de ressentir à ce stade. J’avais trop mal pour avoir peur. »

Radio Metal : Tes thématiques ont toujours parlé de philosophie et d’expérience humaine, et en particulier de découverte de soi. Et ce nouvel album ne semble pas différent à cet égard, puisqu’il s’agit d’un concept intimement lié à la maladie que tu as eue et qui a failli t’être fatale. Comment as-tu abordé ça ? Quelles sont les principales idées et réflexions derrière cet album ?

Daniel Gildenlöw (chant & guitare) : Tout d’abord, ce qui est drôle, c’est qu’en fait, j’avais décidé de ne pas écrire d’album à ce sujet. Déjà à l’hôpital, je recevais plein de merveilleux et chaleureux emails et messages de fans partout dans le monde, me soutenant pendant ces mois. Nombre d’entre eux disaient : « Tu devrais faire un album conceptuel sur ça ! » [Rires] Et à ce stade, allongé là dans mes habits d’hôpital pas sexy du tout, et à peine capable de sortir du lit, j’avais le sentiment qu’un concept sur une bactérie mangeuse de chair… Non, je ne me voyais pas faire ça. Mais une fois que j’ai commencé à m’asseoir, et commencé à écrire des paroles et de la musique, j’ai remarqué que beaucoup de choses qui me venaient tournaient autour de ces questions auxquelles j’ai fait face. Pas tant à propos de la bactérie mangeuse de chair en soi mais plus à propos des pensées et du tempérament mental dans lequel tu te retrouves.

Tout d’abord, dans ce moment urgent de ces deux premiers jours, lorsque les médecins essayaient de battre cette chose… A la fin du premier jour à l’hôpital, je pense que j’étais sous quelque chose comme six types différents d’antibiotiques en même temps, et les pensées auxquelles tu en viens, à ce stade, étant dans cette extrême douleur, qui ne ressemble à rien de ce que j’ai vécu auparavant, et allant simplement à l’hôpital avec ce truc pénible qui fait vraiment mal mais que tu n’imagines pas sera quelque chose de dangereux… Dans le pire des cas, je pensais que c’était un genre d’abcès qu’ils devaient crever ou je ne sais quoi. Mais ensuite, lentement mais surement, pendant ce premier jour à l’hôpital, tu te rends compte que tu passes de ça à un quelque chose bien plus dangereux et tu te rends compte que ça pourrait ne pas très bien se finir. Donc les pensées qui te viennent à ce moment-là étaient les pensées à propos desquelles je me suis retrouvé à écrire, et les genres de décisions que tu dois prendre. Je suppose que là où j’essaie d’arriver vers la fin de l’album, c’est ce sentiment de : « Donc, si c’est la fin, alors où j’en suis avec les choses ? Où j’en suis avec moi-même ? Qu’est-ce que j’aurais fait différemment ? » Toutes ces pensées, j’essaie de les mettre là-dedans.

Entre la première et la dernière chanson, dans le lit d’hôpital, tu fais un petit voyage, à travers les récents événement et les dernières années, les choses qui se sont produites dans ta vie qui soudainement changent, ça prend une valeur différente à la lumière de là où tu en es sur le moment, et tes perspectives deviennent un peu plus claires. Je ne dirais pas qu’elles changent. Plein de gens m’ont demandé si mes perspectives avaient beaucoup changé, et normalement je répondais que je n’avais pas l’impression que mes priorités avaient changé, je ne crois pas non plus que ce soit le cas pour les autres gens. C’est juste que nous avons déjà nos valeurs et nos priorités avec nous, nous savons déjà que nous devrions passer plus de temps avec les amis et la famille, que nous devrions moins stresser, que nous ne devrions pas garder de rancune, que nous devrions considérer les belles petites choses de la vie et chérir chaque jour de notre vie, comme si c’était le dernier. Toutes ces choses, nous les savons, mais nous ne réussissons pas à être à la hauteur de ces valeurs dans la vie de tous les jours, et ça devient un peu plus facile une fois que tu es dans une situation comme celle-là, de faire de ces valeurs une philosophie de vie parce que ta liste de ce que tu dois faire chaque jour se résume à peu de choses, donc ça fait qu’il est plus facile de distinguer tes valeurs et perspectives originelles.

En fait, la fin est un peu confuse car on a un peu le sentiment que le personnage s’apprête à mourir…

Non, autrement, je ne serais pas en train de faire l’interview [rires], tout du moins pas par téléphone. C’est plus ce sentiment d’arriver à une acceptation. Via le chemin difficile, tu en arrives à ce stade où tu te dis que les choses sont ce qu’elles sont, il n’y a pas grand-chose qu’on puisse y faire. J’ai dit dans une autre interview que tu te rends compte à un moment donné que tu peux te battre pour ces choses, tu peux te battre pour survivre, mais tu ne peux pas te battre contre la mort, d’une certaine façon il y a une différence. Pour ma part, c’était le sentiment auquel je suis arrivé lorsque la situation était au pire niveau avec la douleur, ce premier jour, et que les choses commençaient à avoir l’air un peu sinistre. Tu sais, lorsque tu es à l’hôpital, et tu remarques que d’heure en heure, tu te retrouves de plus en plus haut dans la chaîne alimentaire des médecins, il y a de plus en plus de médecins importants qui arrivent, ce n’est généralement pas très bon signe [petits rires]. Ils essaient différentes méthodes, ils sont à chaque fois tout aussi rassurants, disant : « Ceci va fonctionner ! » Et c’est aussi intéressant que plus haut tu te retrouves dans la chaîne de médecins, plus socialement dysfonctionnels ils deviennent [petits rires]. Heureusement, je n’ai pas eu à faire à un genre de Docteur House, mais ils étaient étranges de différentes façons. L’un des principaux médecins qui est venu vers la fin de ce premier jour, je me souviens parfaitement quand il a dit : « Ok, ça va aller parce que maintenant, nous allons te donner les antibiotiques de qualité supérieure, le top du top ! C’est l’équivalent antibiotique de la bombe atomique. » [Rires] Je me suis dit alors : « Ca va aller. » Mais l’équivalent antibiotique de la bombe atomique n’a pas non plus marché, malheureusement. Mais il y a quelque chose d’assurément intéressant dans toute cette expérience. Et je pense qu’après ça, lorsque ceci n’a pas aidé et que je me suis rendu compte que la seule chose qu’ils pouvaient faire maintenant était soit complètement échouer… Car ça peut aller très vite ; tu peux passer d’un état où tu es parfaitement en forme à être parfaitement mort en seulement deux jours, quarante-huit heures. Donc, avec cette bactérie, une fois que tu es atteint, la progression est assez agressive et rapide. Donc vers la fin de cette journée, lorsque la bombe atomique des antibiotiques n’a pas fonctionné, j’en suis venu à penser à ce qui se passerait, où j’étais.

Je n’avais pas vu les enfants. Il avait fallu que je parte de chez moi lorsqu’ils dormaient, je pensais que j’allais juste à l’hôpital et que je serais de retour le lendemain. Et me voilà dans un lit d’hôpital, soudainement en train de me battre contre quelque chose qui pourrait véritablement me tuer, et je n’ai même pas eu l’occasion de dire au revoir aux enfants. D’une certaine façon, je me sentais vraiment bizarre et ridicule. Voilà donc plutôt le sentiment que j’essaie de mettre en avant, vers la fin de ce premier jour lorsque la douleur est si atroce que je ne peux presque rien faire d’autre que rester allongé là, fermer mes yeux et me concentrer pour être aussi immobile que possible. Je me souviens que Johanna, ma femme, que j’ai rencontrée quand j’avais dix-neuf ans, a dit à un moment donné que je ne devais pas avoir peur, qu’elle était là, etc. Je me souviens que je ne pouvais pas vraiment dire grand-chose parce que j’étais allongé et immobile, et n’importe quel mouvement, n’importe quelle action, quelle qu’elle soit, me ferait vomir dans cette situation, mais je me souviens sourire quelque part intérieurement et penser que je n’avais pas peur. J’avais eu peur avant, mais maintenant la douleur était si forte que la peur n’était même pas quelque chose que je pouvais me permettre de ressentir à ce stade. J’avais trop mal pour avoir peur. C’était un sentiment que j’ai toujours essayé d’incorporer à la dernière chanson, et aussi le fait d’arriver à cette acceptation que quoi qu’il puisse arriver, ça arrivera, et il n’y a pas grand-chose que nous puissions y faire. Depuis le moment de notre naissance, nous marchons tous vers notre mort, ça fait simplement partie de la vie. Et à ce stade, je pensais que je pourrais juste arriver un peu plus tôt que prévu. Ce qui aurait été intéressant, d’une certaine façon, parce que j’ai toujours été en retard pour tout dans la vie et là j’aurais été en avance pour ma mort [petits rires].

« Depuis le moment de notre naissance, nous marchons tous vers notre mort, ça fait simplement partie de la vie. Et à ce stade, je pensais que je pourrais juste arriver un peu plus tôt que prévu. Ce qui aurait été intéressant, d’une certaine façon, parce que j’ai toujours été en retard pour tout dans la vie et là j’aurais été en avance pour ma mort [petits rires]. »

Dans la chanson « On A Tuesday », tu dis : « Le visage de la mort ne fera pas de moi un évangéliste. » Et tu nous as une fois expliqué que tu « crois fermement que par défaut, toutes les religions ont tort. » Mais Dieu est en fait mentionné plusieurs fois dans l’album. As-tu été tenté, à certains moments, de croire en Dieu dans cette situation ?

Oh, j’essaie depuis que je suis petit ! C’est juste que je n’y arrive jamais [rires] ! Peut-être faut-il avoir un certain tempérament qui te permette de commencer à croire en quelque chose dont tu n’as aucune preuve, car pour moi, c’est tout simplement impossible. Si quelqu’un commençait à me raconter quoi que ce soit dont je ne pourrais avoir la preuve, je ne réussirais pas à y croire. Je veux dire que si tu grandis avec ça, il se peut que ce soit différent aussi. Genre, tu grandis dans quelque chose et ça devient une partie de ton tempérament, je ne sais pas. C’est juste que je ne vois strictement aucun indice de l’existence de Dieu. Et je trouve que les idées humaines de la religion et de Dieu sont tellement humaines, tellement bornées par ce… J’ai fait le parallèle dans l’album BE que, pour moi, la religion c’est : s’il existe une quelconque sorte de chose qu’on pourrait appeler une divinité, ce serait simplement quelque chose de bien trop grand pour que nous puissions la comprendre dans ce contexte. La plupart des humains ne parviennent même pas à comprendre la physique quantique de base, ce qui est comme commencer à penser à plus de dimensions que trois ou possiblement quatre avec le temps, même ça c’est difficile, et presque impossible pour la plupart des gens. Et s’il y a quelque chose comme une divinité, ça doit aller encore bien au-delà de ça.

J’ai une fois fait la parabole que : c’est comme vivre dans un univers en deux dimensions, et puis tu permets à deux personnes dans cet univers en deux dimensions de voir un cylindre, l’un le voit d’un côté et l’autre de l’autre côté. L’un voit un cercle et l’autre un rectangle. Et dans leur monde, il est impossible qu’un objet puisse être à la fois un cercle et un rectangle, car ce sont deux formes contradictoires. Dans un monde en trois dimensions, on n’a aucun problème à voir un cylindre sous deux angles différents, tu le verras comme un rectangle ou un cercle. Mais ces deux gars se battront jusqu’à la fin pour savoir si le cercle est correct ou si le cylindre est correct, et il est impossible que l’un ou l’autre puisse un jour comprendre le concept du cylindre parce que ça va bien au-delà la structure de leur monde, et je pense que s’il y a une quelconque sorte de religion, elle est vouée à être exactement comme ça : quelque chose que nous ne comprenons pas.

Je suis sûr d’une chose, c’est que je vais un jour mourir, je vais revenir dans l’état dans lequel j’étais avant de naître, c’est ma croyance. Et si c’est une autre forme de vie, alors très bien. Mais moi, en tant que personne, je n’en sais rien, je ne sais pas ce que j’ai fait avant de vivre, et ça signifie que je serai, tout du moins dans une certaine mesure, quelque chose d’autre ou quelqu’un d’autre. Donc la personne que je suis là maintenant périra et deviendra autre chose.

Quand bien même, est-ce que le fait de réfléchir sur cette expérience a fait d’une façon ou d’une autre évoluer tes idées et ta vision sur Dieu, la religion et la spiritualité ? Comme le fait de comprendre pourquoi les gens commencent à croire en Dieu dans ce genre de situations ?

J’imagine que je peux comprendre pourquoi, mais pour ma part, c’est juste impossible [rires]. Le truc, c’est que je parle à Dieu de temps en temps, pas très souvent, et la première chose que j’ai fait, c’est m’excuser pour ne pas croire en lui ou elle. Et, deuxièmement, je m’excuse pour me tourner vers lui ou elle uniquement dans les moments difficiles. Mais ensuite, j’explique en quelque sortes que c’est un tempérament très humain, c’est comme ça. La troisième chose que j’ai dite quelques fois est que si tu existes et si tu es une divinité et si tu es suffisamment grand, je suis certain que tu es suffisamment grand pour me laisser te détester, car j’ai besoin de te détester là tout de suite, et j’espère que tu peux le supporter exactement comme un parent peut supporter l’emportement d’un enfant qui devient fou furieux et crie après papa ou maman : « Je te déteste ! » J’espère que Dieu est même encore bien plus grand que ça, si il ou elle existe. Je suis même assez convaincu que tu ne peux pas le définir par « il » ou « elle ». Ca paraîtrait très étrange d’avoir un Dieu homme ou femme, je trouve. En fait, l’univers est la chose que je suis le plus à même de considérer comme une sorte de divinité. Je ressens des émotions fortes et fantastiques par rapport à l’idée d’univers. Tel qu’il est, il est bien plus divin, je trouve, que n’importe quel type d’idée religieuse d’une divinité que j’ai pu croiser.

Dans la chanson « If This Is The End », tu reviens à ces phrases du discours du début de « On A Tuesday » : « Je suis né dans cet immeuble – c’était le premier mardi que j’aie jamais vu et si je vis jusqu’à demain, ce sera mon mardi numéro 2119. » Quel est le lien entre ces deux moments de l’histoire ?

L’histoire commence dans le lit d’hôpital où les médecins ont du mal à essayer de faire face à cette bactérie mangeuse de chair, et moi, évidemment, qui fais face à la même chose et ce que ça signifie pour ma vie et tout. La façon la plus simple de l’expliquer est si tu penses ça comme un film et tu commences avec moi dans mon lit d’hôpital, et ensuite tu réfléchis sur la vie, donc il y aurait cet effet de flou kitch, tu vois, lorsque tu reviens sur des souvenirs et des choses qui semblent importantes à ce moment-là. En gros, on revient à quelques moments clefs et pense à différentes philosophies et différentes choses dans la vie sous cette perspective où on se trouve maintenant, dans ce lit d’hôpital, et comment tout ceci possiblement change les valeurs ou les accroit ou peu importe ce qui leur arrive, mais ces pensées sont ton interprétation de la vie et de situations auxquelles tu réfléchis dans ces circonstances, dans ce lit d’hôpital, et ensuite, tu reviens à ce lit d’hôpital vers la fin du concept. Donc tu arrêtes l’effet de flou et tu reviens à l’hôpital dans le présent. C’est donc en quelque sorte la structure du concept.

Les phrases en soi soulignent simplement le fait que je suis né dans cet hôpital, un mardi, et ce jour, où ils ont du mal à me soigner et échouent constamment, est un lundi, et si je survis jusqu’au jour suivant, ça sera mon 2119ème mardi. Donc c’est ça le truc avec « Je suis né dans cet immeuble… » Je suis vraiment allongé dans le même hôpital où il fut un temps je suis né. J’ai toujours trouvé fascinant, déjà quand j’étais enfant, que… Car nous savons tous que nous allons mourir un jour, c’est une prise de conscience très troublante lorsque tu es enfant, mais elle est là, tu ne peux pas vraiment la saisir mais tu peux la comprendre d’un point de vue intellectuel ; émotionnellement, c’est difficile. Mais la chose qui m’a parue fascinante était que, même si nos propres morts sont hypothétiques, d’une certaine façon, je veux dire qu’elles sont inévitables mais elles semblent hypothétiques, car tu ne sais pas quand, tu ne sais pas où, mais j’ai simplement pensé au fait que… On pense généralement au jour où nous mourrons mais ce qui m’a frappé c’était : on va mourir à un endroit donné. Tu ne sais pas où tu vas mourir. Disons que tu meures dans un accident de voiture un jour, ce pourrait en fait être à un endroit à côté duquel tu es passé en voiture plein de fois dans ta vie, sans te rendre compte qu’à exactement ce même endroit, juste là, qui ne signifie rien pour moi là tout de suite, un jour, ce sera là où je vais mourir. Exactement là. Mais tu ne sais pas, à cause du temps qui ne va que dans un sens. Donc ce bout de terre insignifiant pourrait soudainement devenir un endroit crucial de ta chronologie, le dernier point. Chaque pas, chaque déplacement que l’on fait, si on posait… Par exemple, tu aurais la Terre et ensuite, tu pourrais voir tous les déplacements que tu as fait, le plus précis et le plus cool des GPS de l’histoire, qui montre exactement où tu as été durant toute ta vie, tu peux simplement suivre ce long fil conducteur. Il commencera quelque part, et dans mon cas, c’était dans cet hôpital, et ensuite, il tournerait sans arrêt vers, dans mon cas, plein de pays différents, à cause des tournées [petits rires], et un jour, il s’arrêtera à un endroit donné. Et être dans le même hôpital était la façon la moins satisfaisante qui soit de refermer la boucle [petits rires].

« Je parle à Dieu de temps en temps, pas très souvent, et la première chose que j’ai faite, c’est m’excuser pour ne pas croire en lui ou elle. Et, deuxièmement, je m’excuse pour me tourner vers lui ou elle uniquement dans les moments difficiles. »

Chaque pas que nous faisons représente comme un long et très, très obscur voyage vers cette étape finale, quelque part. Nombre d’entre nous vont probablement faire ce dernier pas dans un hôpital mais quand même, nombre d’entre nous feront ce dernier pas dans d’autres circonstances que la vie leur réserve. C’était donc en quelque sorte la chose qui a donné naissance à ces phrases. J’étais dans le même hôpital, et si je survivais jusqu’au jour suivant, ce serait un mardi, et ça définirait un peu si je vivrais ou mourrais. Donc ça avait du sens de voir ça. Je n’ai pas fait le calcul à l’hôpital, j’avais d’autres choses à faire ce jour-là [petits rires], mais après, par curiosité, j’ai cherché quel jour je suis né et combien de mardis étaient passés depuis ce mardi.

La dernière fois qu’on s’est parlé, tu disais déjà que tu voulais « revenir aux sons plus heavy et trouver un moyen d’amener le son de Perfect Element et Remedy Lane dans une nouvelle ère, trouver un nouvel habillage pour ça. » Et on peut voir que c’est exactement ce qui s’est passé avec The Passing Light Of Day. Pourquoi voulais-tu revenir à ce type de son ? Penses-tu que The Perfect Element et Remedy Lane sont les albums qui ont défini le son de Pain Of Salvation ?

Pour moi, ça a toujours été une question d’avoir musicalement un genre de direction principale, et ensuite, tu fais des écarts et tu explores des choses. Je pense que j’ai toujours été motivé par une sorte de frustration et un désir fébrile de se réinventer. Je pense qu’on peut le voir dans l’album. Même si différents albums ont différentes atmosphères, différents caractères, ils ont quand même quelque chose de très typique en commun, dans le sens où ils cherchent quelque chose, ils sont frustrés et ils essaient de regarder des choses sous des angles différents. Donc je suppose que pour les fans, ils ne peuvent voir que ces moments clés, avec chaque sortie d’album. Pour moi, c’est un flux constant, les mouvements sont bien plus fluides et doux pour moi. C’est comme si je faisais des courbes vers les différents côtés, comme si je faisais des spirales autour de ma direction musicale, et puis, tu balances un album de temps en temps, et ces albums deviennent des points rigides pour les fans qui les reçoivent, et ils ont le sentiment que nous avons beaucoup changé de direction, alors qu’ils sont les dernières représentations de ces mouvements en spirale. Je ne sais pas, je suppose que c’était une façon très bizarre de le décrire [rires].

Cet album possède des riffs et parties de batterie vraiment heavy, comme à la fin de « Full Throttle Tribe » qui sonnerait presque comme quelque chose que Sepultura aurait pu faire sur son album Roots. Quelle a été votre inspiration pour cette direction ?

Je pense que c’est ce qui se produit naturellement lorsque je m’assois derrière la batterie. Si tu prends One Hour By the Concrete Lake, en l’occurrence, une bonne part de cet album a été écrite avec moi derrière la batterie, avec une guitare à côté de moi et Daniel [Magdic], qui était le guitariste lorsque cet album a été écrit, qui jouait l’autre guitare – c’est ainsi que nous travaillions sur les chansons –, et ceci est très typiquement ma façon de jouer de la batterie, je pense. Et ceci est ce que nous avons fait pour plein de morceaux de cet album. J’emmenais Ragnar à la salle de répétition, nous mettions en place le matériel d’enregistrement et j’utilisais les idées rythmiques que j’avais à la batterie comme point de départ, et je m’asseyais derrière la batterie, et je pense que ça se reflète beaucoup dans la musique. Si tu compares ça, en l’occurrence, à l’album BE, où j’écrivais une bonne part des musiques uniquement dans ma tête et sur partitions, et aux albums Road Salt, qui étaient écrits pour beaucoup avec moi en train de jouer de la guitare et recherchant une sorte de son brut classique et laissant Léo [Margarit] utiliser son jeu de batterie très typique comme une des pierres angulaires de ces albums… Donc je suppose que cet album est bien plus basé sur ma manière de jouer de la batterie, qui est très orientée sur les motifs et… [Réfléchit] agressif de façon en quelques sortes créative.

Tu sembles avoir trouvé en Ragnar Zolberg un vrai partenaire, dans la mesure où tu as coproduit l’album avec lui, et il est presque comme un second chanteur pour le groupe. Peux-tu nous en dire plus sur la relation que vous entretenez ?

Tu l’as plus ou moins parfaitement résumé ! Les gens sont différents, et tu dois être un certain type de personne qui possède cette force motrice frustrée, je pense. Car je maintiens un certain rythme lorsque je créé. Lorsque Daniel Magdic était dans le groupe, nous nous posions et nous échangions des idées. Tout dépend de qui tu es en tant que personne. Tu as différents points forts en musique, et tu dois être un petit peu dingue, je pense, dans cette industrie [rires]. Donc ça fait de nombreuses années où je n’ai pas vraiment eu ce genre de relation. Il faut un certain feeling, je ne sais pas, c’est difficile à décrire. Il a aussi beaucoup l’habitude de composer de la musique, et il sera aussi motivé par des idées. Si tu lui balances quelque chose, il en fera quelque chose et il mettra ses idées atour. Donc j’imagine que c’est juste que tu colles différemment avec différentes personnes de façon différente, et nous avions simplement un processus de travail très intuitif lorsque nous nous posions pour composer de la musique. Nous avons essayé ça pour une chanson il y a quelques années et ça a très bien fonctionné, donc je me suis senti très à l’aise et content de l’amener, me poser avec lui et écrire ensemble.

Est-ce que ça signifie que tu n’as pas trouvé ce même feeling avec les autres membres qui sont actuellement à tes côtés ?

Les autres ne composent pas vraiment beaucoup de musique. Je me souviens lorsque mon frère était dans le groupe, il a dit à un moment donné qu’il voulait également écrire de la musique, et j’ai dit : « Eh bien, fait-le, personne ne t’en empêche ! » [Petits rires] Je ne sais pas pourquoi mais personne me demande d’écrire de la musique, j’écris juste de la musique, c’est simplement ce qui se produit. Je ne peux pas m’en empêcher, c’est ce que je fais. J’écris énormément de musique. Je suppose que quatre-vingt-dix pour cent de toute la musique s’évapore, elle finit par ne jamais être enregistrée sous quelque forme que ce soit. J’ai des tonnes d’idées de chansons tous les jours ! Seulement quelques-unes d’entre elles survivent. Quelques-unes d’entre elles sont suffisamment bonnes et intéressantes pour que je m’en souvienne, et parmi celles-ci, disons que j’en garde dix pour cent ; je vais aussi en jeter quatre-vingt-dix pour cent parce que j’ai l’impression que ce n’est pas très original ou que c’est un style musical qui ne va pas vraiment fonctionner, je ne sais pas. Mais quand même, avec ce petit dix pour cent qui reste, il y en a plus qu’assez pour Pain Of Salvation. Donc j’ai des tonnes et des tonnes de musique qui sont juste là à attendre la bonne occasion. Et je pense que c’est probablement une raison pourquoi nous… Ça se produit assez rapidement, et ensuite, je suis très difficile lorsqu’il s’agit de finaliser les chansons, donc ça fonctionne à des vitesses très différentes. J’écris très rapidement, et ensuite je travaille de façon très ennuyeuse et méticuleuse dessus pour que ça devienne exactement comme je veux. Donc j’imagine qu’il faut avoir un tempérament très spécial pour que ça colle avec quelqu’un d’autre à ce niveau-là.

« J’ai toujours eu le sentiment que j’étais trop, ou trop peu, ou trop quelque chose, et former un groupe, c’était ma façon de créer mon propre petit univers tribal ou familial où je pouvais me sentir à l’aise, et m’identifier aux choses. »

Tu as beaucoup changé de musiciens ces dernières années avec Pain Of Salvation, et même si ça s’expliquait par des raisons familiales et autres, on aurait pu croire que le fait que tu composes un peu toute la musique dans le groupe les aurait découragés, n’ayant pas le sentiment que c’était leur groupe, etc., mais d’après ce que tu dis, tu as toujours été ouvert à ce qu’ils écrivent de la musique…

Oui. Ce n’est pas comme si tous ceux qui jouent de la musique étaient ne serait-ce qu’intéressés pour écrire de la musique. Composer est généralement quelque chose de très différent de jouer de la musique [petits rires]. Si tu peux combiner ces deux choses, alors c’est bien. Normalement, il faut jouer de la musique pour pouvoir composer de la musique, mais il n’est pas nécessaire de pouvoir composer de la musique pour jouer de la musique. C’est quelque chose de très différent. Les gens travaillent de façons très différentes. Je me souviens lorsque Fredrik [Hermansson] était dans le groupe, il était même réticent à trouver ses propres sons. Il préférait qu’on lui dise quels sons utiliser avec son clavier ! Il voulait en quelque sorte être là et être un rouage dans la machinerie. Je me souviens la dernière fois où nous sommes allés au Melody Festival, nous étions censés répondre à quelques questions, et une des questions était : « Si tu ne jouais pas de musique, que ferais-tu ? » J’ai écrit que je serais probablement un auteur ou je travaillerais dans la physique. Lui a écrit que s’il existait un quelconque type de boulot où il peut se poser dans un sous-sol et ce genre de choses, il ferait ça, ou peut-être, s’il y avait un boulot où il peut caresser des chiens [rires]. Donc, comme je l’ai dit, les gens sont très différents, et je pense que c’est quelque chose de merveilleux, parce que les gens sont géniaux de différentes façons.

Pour ma part, c’était très difficile de voir… Je veux dire que « Full Throttle Tribe » parle de ça, de former sa propre famille, sa propre tribu, dans une société et une vie dont on ne se sent pas pleinement appartenir. Je me souviens être à l’école et ne pas avoir l’impression de pouvoir m’identifier aux choses auxquelles les autres personnes semblaient s’identifier. Je ne pouvais pas encourager des équipes sportives et me sentir sincère, parce qu’en toute franchise, je me fichais des différentes équipes car je ne connaissais pas les personnes dans ces équipes. De ce point de vue, ça avait autant de sens pour moi d’encourager une équipe sportive locale et une équipe venant de Russie ! Pour moi, c’était une question de : « Quelle est la meilleure ? N’est-ce pas ce que nous sommes supposés déterminer là ? » [Petits rires] Ce qui, évidemment, n’est pas la bonne façon de voir la chose, et de l’aborder, pour ce qui est de soutenir une équipe de sport. J’ai toujours eu le sentiment que j’étais trop, ou trop peu, ou trop quelque chose, et former un groupe, je pense, en y repensant, que c’était ma façon de créer mon propre petit univers tribal ou familial où je pouvais me sentir à l’aise, et m’identifier aux choses, comme la musique et les mots, et travailler ensemble en petit groupe où nous pouvions fixer nos objectifs, et nous travaillions avec des choses, nous transformions des choses. C’était la force motrice, à une échelle plus large, dont j’ai pris conscience à l’époque, et sous cette perspective, c’était très difficile… Et chaque fois que quelqu’un quittait le groupe, c’était dur pour moi parce que, tout d’abord, c’était comme un membre de la famille qui partait.

Plein de gens qui sont partis, sont partis pour des raisons logistiques, ou dans ce cas, pour des raisons familiales, et ils détestaient devoir partir également. Nous en avions parlé, et vraiment, ils… Je veux dire, j’ai dit à l’époque que j’étais prêt à arrêter parce qu’après avoir perdu Johan [Langell] à la batterie – nous jouions ensemble depuis que j’avais seize ans et lui quatorze –, je n’arrivais pas à m’imaginer avoir cette énergie requise pour à nouveau trouver quelqu’un pour la batterie. C’était seulement parce que lui et les autres gars étaient là : « Ouais, il faut que le groupe survive ! Pain Of Salvation est plus important que ça ! » Donc j’ai écouté, et j’ai fait en sorte que ça se produise et que ce soit possible, et nous étions à nouveau en train de repartir de zéro lorsque Johan [est parti], aussi à cause de la famille et des enfants. L’industrie musicale est une industrie sévère, c’est difficile d’y faire face, et une fois que tu as des enfants et que tu ressens les responsabilités qui vont avec, tu ne veux pas t’absenter trop longtemps, et tu veux t’assurer que tu peux entretenir cette famille. Ça devient vraiment, vraiment pas pratique d’être dans le business de la musique. Tu dois avoir un certain niveau de démence et de passion pour continuer, car ça fera mal aux gens qui t’entourent de continuer dans la musique avec l’état dans lequel se trouve l’industrie en ce moment. C’est difficile. Tu dois te mettre à bien plus rude épreuve que dans n’importe quel type métier, en gros. Tu finis avec très peu de récompense financière pour ce que tu investis. Ce que tu donnes est bien plus important que ce que tu reçois [rires]. C’était dur de les voir partir, encore une fois. Nous sommes toujours amis et, en fait, nous jouons encore ensemble de temps en temps, car nous apprécions jouer ensemble, et nous pouvons toujours avoir ce petit sentiment de famille-tribu mais pas officiellement, pas sur les routes, pas comme un groupe, en ce sens.

On peut entendre de nouvelles textures et sons de clavier, comme la ligne mélodique de « Meaningless », ou la fin de « On A Tuesday ». Est-ce une chose avec laquelle vous vouliez expérimenter un peu ?

Ouais. Le truc c’est que, quand nous étions posés et travaillions sur la musique, je voulais trouver un paysage sonore pour cet album. Je crois que c’était avec « Full Throttle Tribe », j’en suis à peu près sûr, nous l’enregistrions live dans la salle de répétition, moi et Ragnar, je jouais la batterie, il jouait la guitare, j’ajoutais ma guitare, nous ajoutions la basse, et ensuite, en travaillant sur les sons de clavier, nous avons en quelques sorte trouvé quelque chose que je trouvais… Nous avions déjà quelques chansons qui étaient enregistrées en démo sous une forme ou une autre, et j’avais le sentiment à ce stade que ceci semblait être un paysage sonore vers lequel je voulais amener tout l’album, et travailler avec ces sons comme des sons récurrents qu’on remarquerait. Donc nous avons utilisé beaucoup de guitares fuzzées, quelques sons de fuzz très spécifiques que nous avons combinés avec les guitares normales. Aussi nous avions quelques sons de clavier sur lesquels nous n’arrêtions pas de revenir et qui étaient des claviers analogiques basse fréquence, parfois utilisant de la compression, et nous utilisions beaucoup d’effets de suppression de bruit sur certaines des guitares également pour obtenir cet effet de craquement où le son se désintègre. Du coup, nous avons commencé à tirer tout l’album vers ce son, ce qui, je trouve, était une très bonne décision, parce que ça a donné à l’album une personnalité sonore que j’aime beaucoup. Ceci dit, je dois ajouter que tu as mentionné le début de « Meaningless », et c’est en fait la voix de Rargnar qui est samplée et mise en boucle, donc ça sonne comme un clavier. Je trouvais que ça sonnait comme une trompète de l’ère Viking ou je ne sais quoi [rires].

« Certaines des meilleures productions que j’ai entendues incluent quelque chose qui me dérange énormément, mais à la fois, je sais que si je retirais cette chose qui me dérange, le reste serait soudainement fade. Ça devient bon parce qu’elle possède un truc agaçant qui est là, dans le mix. C’est ce sel dans les pancakes [rires]. »

D’une certaine façon, vous avez conservé un côté intime et organique dans la production qui vient peut-être de l’expérience avec les albums Road Salt, même si cet album est bien plus heavy. Penses-tu que c’était nécessaire afin de rendre l’histoire que tu narres encore plus palpable et immersive pour l’auditeur ?

J’ai toujours fait tout mon possible pour obtenir cette combinaison d’un son rentre-dedans, jusqu’au-boutiste, tout en conservant ce niveau d’intimité. Il doit être chaud, il doit y avoir de l’intimité et des sentiments forts, et il doit être suffisamment brave pour s’exposer et être vulnérable. Lorsque tu peux combiner ces deux mondes, je pense que tu trouves quelque chose de très intéressant. Dès que des gens deviennent accros à Pain Of Salvation, ce qui semble être le cas, je pense que c’est ce à quoi ils sont accros. C’est comme si tu avais les émotions de la scène finale d’un film américain mais sans l’ensemble à cordes. L’idéal de la musique est bien plus proche de films plus alternatifs qui prennent des décisions courageuses. Même si cet album a été retardé par le fait que j’étais à l’hôpital, je pense que c’était vraiment une très bonne chose pour cet album, car en sortant de l’hôpital, j’avais ce « concept » qui je trouve convient parfaitement à l’album, car c’est ce concept très intime et vulnérable sur [cette musique] très… je ne dirais pas rude, mais je pense que tu comprends ce que je veux dire, c’est juste que cet album est très direct et ne s’excuse pas. Donc je pense que le fait de coupler ces choses est parfait et très typique de Pain Of Salvation.

Vous avez produit tous vos albums uniquement par vous-même depuis BE mais cette fois, vous avez impliqué le producteur Daniel Bergstrand. Pourquoi as-tu ressenti ce besoin de le coproduire avec un producteur extérieur ?

Tout d’abord, j’ai le sentiment que plein de choses arrivent par nécessité. Je cherchais quelqu’un qui pouvait rendre justice à Road Salt et obtenir ce genre de son, mais je n’arrivais à trouver personne à ce moment-là. Mon réseau est un peu limité. Donc j’ai fini par les produire moi-même parce que je n’avais pas d’autre option, en gros, et je savais ce que je voulais. Je savais aussi que ce serait probablement difficile de trouver quelqu’un qui accepterait la direction sonore de ces albums. Quiconque avec qui j’aurais travaillé aurait essayé d’aller à l’encontre de la direction que je voulais prendre. Mais avec cet album, j’avais le fort sentiment… Surtout après avoir travaillé sur les albums précédents, je me suis senti très seul, car j’ai toujours dit aux autres gars dans le groupe : dès que quelqu’un a du temps, s’il vous plaît, venez, même si c’est pour simplement rester derrière moi ou peu importe. Le simple fait d’avoir quelqu’un avec qui échanger des idées rend la chose tellement plus facile pour moi, car quand tu es là tout seul, tu te retrouves coincé dans une ambivalence et tu n’arrives plus à trancher entre ci et ça, car ça fait la trois-cent-quarantième fois que tu entends la même chose et tu dis : « Je n’ai plus d’idée ! » A ce moment-là, c’est très bien d’avoir quelqu’un à qui demander : « Donc, ça ou ça ? » Et peu importe quelle est la réponse, celle-ci te poussera dans une direction. S’il dit telle chose, et tu ressens : « Ouais, c’est vrai, partons là-dessus, » alors c’est bien. S’il dit telle chose, et instinctivement tu ressens : « Nan, en fait je veux plutôt partir sur ça, » dans les deux cas, on te sort de l’ambivalence.

Pour cet album, ça paraissait très naturel, parce que nous recherchions un son qui, pour moi… J’ai toujours eu Daniel dans ma vue périphérique, parce que j’ai vraiment apprécié écouter les premiers albums de Meshuggah. J’étais très content d’entendre une production qui avait de la passion même si c’était dur. Tu pouvais ressentir qu’il y avait quelqu’un ayant une oreille pour les détails et possédant ce genre de bravoure que j’affectionne beaucoup dans les productions, qui n’essayait pas de tout faire sonner aussi bien mais que ça ne dérangeait pas de faire sonner une caisse claire agressive de façon exaspérante et en faisant ça, définissait le son de l’album, au lieu de dire : « Ok, donc mettons la caisse claire de façon à ce qu’elle s’aligne sur tout le reste. » C’est comme une peinture. Indépendamment d’à quel point tu veux la rendre symétrique, il faut que quelque chose ressorte, quelque chose qui fait que tout rentre en ordre. Certaines des meilleures productions que j’ai entendues incluent quelque chose qui me dérange énormément, mais à la fois, je sais que si je retirais cette chose qui me dérange, le reste serait soudainement fade. Ça devient bon parce qu’elle possède un truc agaçant qui est là, dans le mix. C’est ce sel dans les pancakes [rires]. Donc c’était une décision naturelle, et il était très content de travailler avec nous et j’étais très content de travailler avec lui. Ca a simplement très bien fonctionné. Il était exactement le fana de son que je le soupçonnais d’être.

Interview réalisée par téléphone le 2 décembre 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Lars Ardarve.

Site officiel de Pain Of Salvation : www.painofsalvation.com

Acheter l’album In The Passing Light Of Day.



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  • Renaud Strato dit :

    En effet, interview passionnante grâce à ses questions pertinentes et les réponses d’un Daniel plus vivant que jamais.
    A l’image de ce magnifique album salvateur.

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  • Quetzal Coatl dit :

    Ce qu’il raconte est passionnant (à l’image de sa musique).
    Longue vie à lui 😉

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