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Interview   

Pain : Peter Tägtgren se recentre sur lui-même


Pain 2016Lorsque nous avions suivi Peter Tägtgren en tournée il y a quelques années, il nous avait dit en plaisantant à moitié que « les tournées sont le moment où je me repose le plus. Autrement, quand je suis chez moi, je dois travailler. » Cette phrase témoigne de manière évidente du rapport qu’a le musicien et producteur suédois au travail.

Après un album de son groupe death metal Hypocrisy puis une expérience musicale avec Till Lindemann (Rammstein), qui fut pour lui rafraîchissante, simple et spontanée, il était temps de revenir à son projet Pain, où il est véritablement seul maître à bord. Pour aborder la conception de ce nouvel album, le bien nommé Coming Home, c’est donc de perfectionnisme que nous avons parlé avec lui dans cette interview. Le disque, malgré la dimension familière qu’implique son titre et ce de manière littérale puisque le fils de Peter Tätgtren en est le batteur, est toujours tourné vers le futur, la nouveauté et les étoiles.

Pain 2016

« Il fallait que je remette Pain au centre de mes priorités, que je me démène […] pour vraiment me prouver que je peux vraiment faire quelque chose qui aille au-delà du dernier album de Pain. »

Radio Metal : Tu as appelé ton processus créatif un “mécanisme autodestructif”. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?

Peter Tägtgren (chant, guitare, production, etc.) : Eh bien, c’est vraiment que je suis très têtu. Parfois quand tu es têtu, tu te tues, plus ou moins, dans un sens, car tu te pousses jusqu’aux limites. Ce serait mieux de travailler à l’usine de sept heures à seize heures, tu sais [petits rires]. Ca t’use beaucoup de te démener, de faire un album uniquement par toi-même, tu sais. C’est plus facile quand tu es un groupe entier, par exemple.

Es-tu têtu par nature, en tant qu’artiste mais également en tant qu’homme ?

Ouais, je pense. Je suis comme ça, carrément [petits rires]. Mais j’ai appris ! Si tu veux faire quelque chose, tu dois le faire toi-même, tu sais, malheureusement.

Es-tu aussi obsessionnel avec le travail des autres artistes que tu produis que tu l’es avec ton propre travail ?

Quand je produis d’autres groupes, d’habitude, j’ai besoin de voir quel genre de personnes ils sont, tu sais, combien de pression ils peuvent supporter. Et tu essaies de les pousser – autant que possible – aux limites, voir ce qu’ils peuvent faire sans craquer. C’est beaucoup de… [Réfléchit] travail psychologique, également, pas seulement, tu sais, être le producteur, tu dois aussi être un mentor, etc. Donc, quand tu travailles avec d’autres groupes, tu dois voir leurs limites et tu dois les pousser jusqu’au bout pour tirer le meilleur des musiciens.

Dirais-tu que de travailler sous pression est toujours une bonne chose, artistiquement ?

Non ! Tout le monde fonctionne différemment. Certaines personnes ne peuvent pas supporter la pression et ils craquent. D’autres adorent avoir de la pression pour faire un album, ou une date butoir pour finir un boulot, quel que soit le genre de business dans lequel tu es. Me concernant, j’aime tout faire à mon propre rythme, à mon propre tempo, parce que j’ai besoin de beaucoup de temps pour écouter ce que j’ai écrit, ce que j’ai enregistré, ce que j’ai produit, et comment je me suis débrouillé avec les instruments, est-ce que c’était ce qu’il y avait de mieux et ainsi de suite. Donc, pour ma part, j’aime mieux tout faire à mon propre rythme.

Tu as dis que tu « veux la perfection – ou [tu] ne veux rien du tout. » Mais ne penses-tu pas que la quête de la perfection est un peu vaine car on pourrait argumenter qu’il est toujours possible de faire mieux ? Donc où places-tu la limite où tu peux appeler ça « parfait » ?

[Réfléchit] Si j’écoute mes trucs et que je ne fais pas de grimaces, alors je sais que c’est bon [rires]. Donc je veux dire que c’est… De nos jours, tout ce que tu fais est relayé partout et ça ne disparaitra jamais, quoi que tu fasses, particulièrement quand tu es dans mon business. Donc tu veux vraiment être certain que, quoi que tu publies, tu puisses le défendre et [en] être fier. En ce qui me concerne, mes attentes sont très élevées par rapport à moi-même. Donc je me donne vraiment énormément, pour que je puisse défendre l’album quand vient le moment de le sortir. Et ça demande beaucoup d’efforts de ma part.

Courir après la perfection n’est-il pas trop démoralisant parfois ?

[Réfléchit] Non. Je veux dire, tout le monde fonctionne de manière différente. Avec les trucs que je fais avec Pain, ce n’est pas vraiment « rock’n’roll », tu sais, où tu peux boire une bouteille de whisky et porter la guitare à hauteur des genoux et monter sur scène en disant : « Hey connard, on va faire du rock’n’roll ! » C’est trop différent. Ca doit fonctionner parfaitement ensemble, avec tous les instruments, toute la programmation et tout. Ce n’est pas du blues que je joue [petits rires].

Y-a-t-il un album que tu considérerais parfait ?

Il y en a quelques uns ! [Réfléchit] Par exemple, l’album Ultra de Depeche Mode, je pense qu’il est parfait, ou Songs Of Faith And Devotion, à la fois en termes de chansons et de son, ou l’album Mutter de Rammstein, je pense qu’il est parfait aussi pour moi, Destroyer de Kiss… Il y a beaucoup de trucs que je trouve parfait. J’essaie d’atteindre la même chose.

Dirais-tu, selon tes normes, que Coming Home est parfait ?

Non ! [Rires] Rien ne le sera jamais ! Mais c’est aussi proche d’être parfait que je le serais probablement jamais, à mon goût. Je pense que l’album t’emporte dans un grand manège d’émotions, à la fois joyeux et triste et drôle et… Il se passe toujours quelque chose sur l’album, je pense, ce qui le rend intéressant. Plus toutes sortes d’éléments différents, depuis les parties orchestrales, aux guitares acoustiques, au chant très épuré, à… beaucoup de bordel là-dessus. Je pense que cet album a tout.

Pain - Coming Home

« C’est cool de s’asseoir sans avoir à faire attention aux autres, ni rien, juste y aller avec mon propre cœur. »

Pourquoi cet album n’est-il pas parfait, alors ?

Parce que j’y suis impliqué ! [Rires] C’est aussi simple que ça, tu sais. Je ne peux pas le voir d’un angle différent. Je le vois uniquement en tant que créateur, pas en tant que fan de musique, c’est le problème avec moi. Mais je peux écouter GG Allin, tu sais, et penser que c’est le meilleur truc qui soit, ou quelque chose qui n’est pas parfait, comme de la musique punk et des trucs comme ça, donc c’est juste différent.

Tout comme sur l’album de Lindemman, tu as été assisté par Clemens “Ardek” Wijers de Carach Angren pour les parties orchestrales. Est-ce le travail qu’il a fait sur l’album de Lindemann qui t’a convaincu de le faire à nouveau travailler pour Pain, ou est-ce que ça fait plus longtemps que tu voulais collaborer avec lui ?

En fait, je voulais collaborer avec lui avant de commencer avec Lindemann. Parce que j’étais en train de mixer leur dernier album et j’ai pensé que l’orchestre était super. Et je n’ai pas utilisé d’orchestre depuis que j’ai fait la reprise des Beatles en 2001 (NDLR : « Eleanor Rigby », sur l’album Nothing Remains The Same). Et j’ai fait quelques autres chansons avec du bordel orchestral sur cet album. Après ça, j’ai seulement utilisé des claviers et ce genre de trucs pour le son, et ça n’a jamais aussi bien rendu, ça a plus ou moins tué toute la production, en un sens. Mais quand j’ai entendu leur production, j’étais là : « Merde alors ! » Donc je lui ai demandé où il l’avait fait, et il a dit qu’il l’avait fait par lui-même chez lui. Et je lui ai demandé s’il pourrait faire quelques trucs pour moi si je lui envoyais les mélodies et les fichiers, et il a dit : « Bien sûr, pas de problème. » Donc il a tout renvoyé et c’était, wow ! Incroyable ! Il l’a beaucoup amélioré, parce qu’il comprend une bonne part du langage orchestral, pour ainsi dire. Donc nous l’avons fait travailler sur Lindemann pour quelques chansons parce qu’il fallait que je sorte des trucs de Pain pour me mettre à Lindemann, car nous commencions à avoir un super bon feeling, j’ai commencé à écrire chanson après chanson après chanson. Donc je l’ai appelé : « Hey, quand je ferai l’album de Pain, plus tard, il faudra que tu m’aides à nouveau. » Et il a dit : « Pas de problème. » Donc j’ai fait les chansons avec les mélodies et tout et je lui ai envoyé et il a fait ses supers trucs avec toutes les parties orchestrales là-dedans. Donc il a vraiment embelli mes musiques.

Est-ce que ton expérience de travailler avec Till Lindemann a eu un quelconque impact sur la façon dont tu as appréhendé ce nouvel album de Pain ?

Je pense que ça a été le cas, dans un sens, parce que c’est une expérience que nous avons faite ensemble qui a duré deux ans. J’ai beaucoup appris de lui et il a beaucoup appris de moi. Tu emmènes toujours les expériences avec toi, peu importe ce que c’est. Donc, pour ma part, je sentais qu’il fallait que je remette Pain au centre de mes priorités, que je me démène vraiment en tant que compositeur, en tant que producteur et tout, pour cet album de Pain, pour vraiment me prouver que je peux vraiment faire quelque chose qui aille au-delà du dernier album de Pain. Et je suis vraiment content du résultat.

Joakim Brodén chante sur la chanson “Call Me”. Comment as-tu eu l’idée de l’impliquer ?

J’ai produit Sabaton d’avril à mai [cette année], deux mois, et j’ai chanté sur Carolus Rex avec Sabaton (NDLR : sur la chanson « Gott Mit Uns »), donc j’ai pensé que maintenant c’était au tour de Joakim de chanter sur mon album [petits rires]. C’était marrant, tu sais ! Je suis toujours ouvert pour de nouvelles choses, des choses différentes. C’était sympa qu’il puisse faire autre chose que ce qu’il fait normalement avec Sabaton.

Ton fils Sebastian joue de la batterie sur l’album. Peux-tu nous en dire plus sur la relation de Sebastian à la musique ?

Il est vraiment plus fan de trucs de death metal progressif. N’importe quoi de Meshuggah à Animals As Leaders et du metal plus complexe, je dirais. Mais il aime aussi les vieux trucs que j’écoutais en grandissant, comme Cannibal Corpse et des trucs comme ça. C’est vraiment un bon batteur, et sacrément rapide. Donc, pour lui, jouer l’album de Pain c’était comme jouer du AC/DC ! [Petits rires]

Pourquoi n’as-tu pas travaillé avec David [Wallin] sur cet album-ci ?

Parce que Sebastian vit dans la même maison que moi, alors que David vit à trois heures de chez moi. Et quand j’ai besoin de batterie pour une chanson, c’est très facile de dire à Sebastian de descendre poser la batterie dessus, donc j’obtiens un meilleur feeling pendant que je l’écris et que je l’enregistre. Donc c’était plus flexible de le faire comme ça, et je savais qu’il pouvait le faire. Parce qu’il est un des meilleurs batteurs avec qui j’ai travaillé, honnêtement, et pas parce que c’est mon fils, mais sérieusement, il sait jouer.

Comme c’est ton fils, dirais-tu qu’il y a une alchimie artistique naturelle ?

Ouais, je veux dire, je le vois comme un de mes amis qui a les mêmes intérêts. Il a écrit une chanson avec moi sur le dernier album d’Hypocrisy (NDLR : “Soldier Of Fortune”, sur l’album End Of Disclorure, sorti en 2013). Donc c’est un gamin très talentueux.

Pain 2016

« Il semblerait que celui qui nous a créé, qui que ce soit, essaye de nous freiner pour qu’on n’aille pas trop dans l’espace […]. Ils ne veulent pas qu’on aille hors de la Terre ! C’est mieux qu’on reste sur Terre et qu’on se foute en l’air plutôt que de faire du mal aux autres trucs qu’il y a à l’extérieur. »

La chanson éponyme, “Coming Home” a une atmosphère très cinématographique qui rappelle parfois Ennio Morricone. Peux-tu nous en dire plus sur cette chanson et ses influences ?

Je ne sais pas, j’avais cette mélodie en tête depuis un moment. Et aussi, avec le jeu de Sebastian, je veux dire, j’utilise deux kits de batterie différents sur cette chanson. L’un est un vieux kit dans l’esprit des Beatles que j’ai monté, et que tu peux entendre au début de la chanson, en fait. Et ensuite ça passe au son de batterie normal. Donc nous avions deux kits différents sur cette chanson, et le rythme de batterie est assez spécial et différent, tu sais, ce n’est pas un rythme de batterie de rock’n’roll normal, c’est un peu diffèrent, et avec cette mélodie ça convenait juste parfaitement et ça a évolué à partir de là.

Pourquoi cette chanson est-elle la chanson-titre de l’album ?

Je ne sais pas ! C’est venu, genre, il y a deux jours ! Je l’ai appelée « Coming Home ». Donc, c’est vraiment à propos de, tu sais, quand tu es vraiment fatigué de tout et que tu as voyagé ou fait des trucs, c’est cool de rentrer à la maison avec ton propre lit, ta propre maison, et simplement mettre la couette sur ta tête et dormir !

En fait l’album s’appelle Coming Home, donc en quoi cet album te donne-t-il l’impression de rentrer à la maison ?

C’est revenir à mon propre temps à moi dans le studio, à écrire et enregistrer par moi-même, après avoir fait l’album de Lindemann et celui d’Hypocrisy. Donc c’est cool de s’asseoir sans avoir à faire attention aux autres, ni rien, juste y aller avec mon propre cœur.

La chanson “Black Knight Satellite” parle d’un satellite hypothétique qui n’est pas le notre et dont on reçoit un signal depuis des milliers d’années. Et la pochette a également ce thème spatial. As-tu une fascination spéciale pour les théories sur les extraterrestres et l’espace ?

Oui, bien sûr ! Je veux dire, c’est une passion que j’ai depuis que je suis gamin et je suis plutôt fasciné par tout ce qui n’est pas de cette Terre. N’importe quoi qui soit là-haut dans les airs, tu sais, des avions, aux fusées, à toutes sortes de trucs. C’est cool aussi de lire au sujet de ce genre de choses. Les gens normaux lisent un bouquin, Le Seigneur Des Anneaux ou quelque chose comme ça, moi je vais regardé ou lire des documentaires sur des lanceurs d’alerte qui racontent plein de choses. Pour moi c’est plus intéressant.

On vit des moments assez passionnants en ce moment, avec beaucoup de découvertes concernant l’espace, la plus célèbre et récente étant les ondes gravitationnelles qu’Einstein avait prédites il y a cent ans, est-ce ce qui t’a inspiré ce thème global ?

Ouais, mais je savais ça depuis un bon moment ! [Petits rires] Je veux dire, les vibrations dans nos corps sont en train de changer… Quand les gens parlaient de 2012, le monde va mourir et tout le tralala, ce n’était pas le propos, c’était plutôt le fait que nous entrons dans un nouvel âge. Notre corps, nos trucs physiques, tout commence à changer. Et c’est programmé dans notre ADN pour changer maintenant. Avec un peu de chance on sera un peu plus intelligents, il faut espérer, on ne sait jamais [rires] ! Et ainsi de suite, [on] se développe, parce qu’il semblerait que celui qui nous a créé, qui que ce soit, essaye de nous freiner pour qu’on n’aille pas trop dans l’espace, car nous sommes des être humains tellement autodestructeurs. Ils ne veulent pas qu’on aille hors de la Terre ! C’est mieux qu’on reste sur Terre et qu’on se foute en l’air plutôt que de faire du mal aux autres trucs qu’il y a à l’extérieur.

“Absinthe-Phoenix Rising” est basée sur un incident survenu à Leipzig, où le groupe a été attaqué et tabassé après avoir quitté un bar à absinthe. Et je sais que tu as rencontré Till Lindemann quand tu l’as sauvé d’une bagarre dans un bar en Suède. Donc il semblerait que tu sois toujours impliqué dans des bagarres de bar ! Est-ce parce que tu as un peu une mentalité bagarreuse ou est-ce plutôt que tu es toujours au mauvais endroit au mauvais moment ?

Nan !! Pas toujours. Je veux dire, cette fois, c’était une bonne histoire pour écrire dessus. Nous avions un jour off à Leipzig, et nous avons commencé à boire de l’absinthe pendant la journée, et nous avons bu jusqu’à… je ne sais pas, jusqu’à ce que nous ne puissions plus marcher, il a fallu qu’ils me traînent dehors ! Donc je ne peux pas vraiment me rappeler de quoi que ce soit sur la bagarre, mais les autres gars qui étaient là se rappellent de tout. Et c’était juste une de ces expériences bizarres que tu as. J’ai décidé d’écrire une chanson là-dessus [petits rires]. La chanson n’a rien à voir avec la bagarre, c’est juste à propos de boire de l’Absinthe. Le gars qui en avait vraiment marre de boire de l’absinthe, il voulait vraiment s’envoler ailleurs.

L’album démarre avec la chanson ”Designed To Piss You Off” et ensuite tu as une autre chanson intitulée “Pain In The Ass”. Te vois-tu un peu comme un fauteur de troubles, au moins artistiquement ?

Pas artistiquement, mais peut-être d’une manière plus personnelle [rires]. Quand j’étais gamin, j’étais l’enfant à problèmes. Je faisais toutes sortes de conneries. Quand ils me tournaient le dos, j’essayais aussi bien de mettre le feu à l’école, ou… Ouais, j’ai fait pas mal de trucs à la con quand j’étais gamin. Donc, ouais, “Designed To Piss You Off” c’est vraiment genre : « Malheureusement, tu ne peux pas me dire quoi faire, ou comment faire les choses. » Donc j’imagine que je suis fait pour emmerder le monde !

Pain 2016

« J’imagine que je suis fait pour emmerder le monde ! »

A qui parles-tu dans “Wannabe” et “Natural Born Idiot” ?

“Wannabe” parle des gens qui disent toujours… Tout le monde connaît ces gens qui essayent toujours de t’expliquer comment sont les choses et tu devrais faire ci et ça et tout le tralala, et ensuite quand il faut agir, ils bottent en touche et deviennent comme des gosses apeurés. Donc c’est plus moi qui leur dis : « Vous devez mettre en pratique ce que vous prêchez. » “Natural Born Idiot” c’est sur ces gens… Tu connais probablement quelqu’un qui est très agaçant, et à chaque fois que tu les vois dans un bar ou quelque part, tu essayes de le fuir parce que tu ne supportes pas qu’il te parle à t’en coller la migraine ! [Petits rires] Donc on connaît tous ces gens, que ce soit un mec ou une fille ou quoi que ce soit, c’est toujours tellement pénible, ils ne te laissent pas tranquilles.

Au fil des années, ta musique avec Pain est devenue un mélange des genres très ouvert, comme Coming Home le prouve. Mais, malgré cela, comment réussis-tu à rendre ta musique cohérente ?

Eh bien, c’est un grand problème ! [Rires] Ça demande beaucoup de neurones et d’énergie. Sur cet album, je ne gardais rien qui n’ait été meilleur que tout ce que j’ai fait avant. Chaque partie de chaque chanson est bien réfléchie, et changée et changée et changée tellement de fois, jusqu’à ce que ça ne sonne plus comme étant moi. C’était tout le truc. Ne pas choisir la solution de facilité pour écrire une chanson, mais choisir une nouvelle façon pour moi d’écrire des chansons. C’est la seule façon de repousser tes propres limites, mais tu deviens fou aussi après un certain temps, mais si tu t’y tiens, alors avec un peu de chance, tu en seras satisfait.

Pain a commencé en tant que projet purement metal industriel, mais tu y as doucement ajouté de nouvelles couleurs au fil des années, particulièrement avec les derniers albums. Est-ce que le style que tu avais au début te paraissait restrictif et tu as eu besoin d’élargir ton paysage musical ?

Je pense qu’à chaque fois que je fais un album, je vois le passé comme le passé et je veux juste passer à autre chose. Je veux dire, en fait, le premier album de Pain sonne comme un album de rock’n’roll, le deuxième album de Pain était plus industriel. Je veux vraiment simplement me développer en tant que compositeur et producteur, j’essaye toujours de me pousser de plus en plus loin à chaque fois.

Penses-tu qu’il n’y ait aucune limite à l’univers musical de Pain ?

Non, pas vraiment. Je veux dire, je fixe les règles, tout dépend de mon humeur et de mon cerveau. Ce qui est bien c’est que mes fans savent [qu’ils doivent] s’attendre à l’inattendu, à chaque fois que je sors un album. Ils ont appris ça à présent, depuis les dix/quinze dernières années. Donc ils ne sont pas trop surpris quand je sors un album [petits rires].

Dans le communiqué de presse, il est écrit que tu ne prends pas de risque d’avoir des passages kitsch (NDT : « cheesy » en anglais). Est-ce en fait une de tes préoccupations avec la musique de Pain ?

Je ne sais pas ce qu’ils ont écrit dans la biographie [petits rires], je n’en ai aucune idée ! Mais je veux dire, pas vraiment, de toutes façons je n’aime pas le fromage ! [Rires] (NDT : « cheese » en anglais) Mais, je veux dire, je voulais qu’on puisse ressentir que la musique que je fais est honnête et pas débile. Ca doit transmettre des émotions. Comme je le disais, l’album est un grand manège plein d’émotions, je pense. C’est important pour moi d’écrire de la musique qui soit réelle, pas des conneries, essayer de vendre des albums ou quoi que ce soit.

Je sais que Till est occupé avec Rammstein en ce moment, et tu es bien évidemment occupé avec Pain, mais avez-vous déjà prévu de vous retrouver pour un deuxième album de Lindemann ?

Ouais, je pense qu’on peut s’attendre à ce que ça se produise. Nous devons juste nous débrouiller avec nos deux emplois du temps et voir ce qu’il se passe. Je ne sais pas si Rammstein a des projets d’avenir ou… Nous n’en avons pas vraiment parlé, nous nous sommes juste dit que nous sommes certains de vouloir faire plus de trucs ensemble dans le futur. Mais je ne sais pas, un an, deux ans, trois ans, je n’en ai aucune idée.

Avez-vous déjà réfléchi à ce que sera l’approche la prochaine fois, si ce sera aussi spontané que ça l’a été la première fois ?

Je pense que nous allons juste laisser venir comme nous l’avons fait la dernière fois. Nous faisons une chanson à la fois, quand nous aurons assez de chansons alors nous l’annoncerons à tout le monde. Avant ça nous ne dirons rien à personne.

La dernière fois que nous avons parlé, Till et toi nous aviez dit que vous envisagiez de faire des concerts. Mais ça n’est pas encore arrivé. Est-ce toujours quelque chose à quoi on peut s’attendre ou est-ce simplement trop difficile étant donné à quel point vous êtes occupés l’un et l’autre ?

Non. Je veux dire, nous voulons clairement emmener ce projet en festival et en tournée. Mais ce doit être le bon moment, à la fois pour Pain, Hypocrisy et Rammstein. Donc, nous avons trois groupes que nous devons vraiment respecter avant tout, malheureusement.

Interview réalisée par téléphone le 5 juillet par Philipe Sliwa.
Retranscription & traduction : Aline Meyer.
Photos : Stefan Heilemann.

Site officiel de Pain : www.painworldwide.com

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