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Chronique   

Pallbearer – Forgotten Days


Vous avez l’impression que la fin du monde est proche ? D’être coincé dans une impasse et condamné à ressasser des souvenirs d’une époque meilleure ? Il n’y a pas à dire, le contexte actuel semble se prêter à merveille au doom, et à ce titre, la sortie d’un nouvel album de Pallbearer s’annonce plus réjouissante – et salutaire – que jamais. En effet, entre riffs plombants et échappées progressives plus lumineuses, les bien-nommés Pallbearer (« porteurs de cercueil » en VF) ont réussi à se créer une place unique dans une scène doom américaine foisonnante voire saturée, attirant l’attention des mélomanes au-delà du microcosme du metal, un peu à l’image de leurs compatriotes de Yob. Le groupe fête cette année son dixième anniversaire, et de l’écrasant et ultra-sombre Sorrow And Extinction aux percées de lumière de Heartless en passant par l’incontournable Foundations Of Burden, il n’a pas encore fait un seul faux pas, réussissant la gageure d’être toujours reconnaissable sans jamais se répéter. Si le très émotif Heartless, complexe, technique et sophistiqué, penchait plus que jamais du côté progressif au point d’avoir un côté presque classic rock, Forgotten Days, précédé il y a quelques mois par le très minimaliste et délicieusement années 80 remix de son classique « Ashes », « Ashes (Redux) », revendique quant à lui un retour à une relative simplicité, voire un retour tout court. Alors, nouveau progrès ou fuite vers le passé ?

Le premier titre du disque (et par ailleurs premier single) annonce la couleur : avec son riff à la Candlemass et sa structure relativement conventionnelle, mais aussi ses inflexions presque grunge et son solo 70s à souhait, c’est une version compacte et particulièrement efficace de ce à quoi nous a habitués Pallbearer. Plus groovy et d’appréhension plus immédiate que les chansons d’Heartless, il reflète le parti pris du groupe : écrit avec le live en tête, sa section rythmique étant d’ailleurs enregistrée live, et mis en boîte avec le producteur Randall Dunn (Sunn O))), Earth) à la barre, Forgotten Days assomme d’entrée de jeu là où Heartless resserrait son emprise au fur et à mesure des écoutes. Il ne faut pas pour autant s’imaginer un album linéaire, simple, ou monolithique : entre ses ornementations mélodiques (« Riverbed »), ses synthés à la Tangerine Dream (« Stasis », sorte de best of de Pallbearer en une seule chanson), ses passages funeral doom (« Caledonia »), et la voix claire d’un Brett Campbell plus expressif que jamais, Pallbearer continue d’emprunter à des styles divers pour un résultat dense en émotion. L’épique « Silver Wings », au centre de l’album, en est un très bon exemple, avec sa longue introduction cosmique, ses riffs très lourds et très lents, et son crescendo final sur fond de clavier.

Finalement, ce mélange plus équilibré que par le passé entre doom sombre et passages à la Rush donne l’impression d’un groupe au sommet de son art et d’un album en forme de synthèse, thématiquement intimement lié à Sorrow And Extinction (il traite, entre autres, du même deuil traversé par Joseph D. Rowland, bassiste et compositeur principal du combo aux côtés de Campbell), et musicalement empruntant aux trois efforts précédents du groupe. La nostalgie revendiquée d’entrée de jeu qui imprègne cet album résolument mélancolique semble présente à tous les niveaux de sa composition, presque envahissante. Elle est dans le côté rétro de la musique, qui revisite les sonorités des années 70-80 et que les membres du groupe confessent apprécier plus que tout, dans la manière dont le groupe revient sur ses dix ans de carrière, et dans la façon dont les paroles retracent drames et douleurs passés. Mais avec Pallbearer, l’éclipse n’est jamais totale et la lumière brille toujours au bout du tunnel : sombre mais d’une beauté parfois déchirante, viscéral et contemplatif, désespéré mais consolateur, Forgotten Days est la bande-son idéale des temps perdus certes, mais aussi d’un futur qui, une fois les épreuves passées, s’annonce, à défaut de radieux, au moins prometteur…

Clip vidéo de la chanson « The Quicksand Of Existing » :

Clip vidéo de la chanson « Rite Of Passage » :

Clip vidéo de la chanson « Forgotten Days » :

Album Forgotten Days, sortie le 23 octobre 2020 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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