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Metalanalyse   

Palms : entre métamorphose et nouveau départ


Palms n’est pas vraiment un projet de débutants qui en sont à leur premier essai. Et bien avant la sortie de son premier album éponyme, Palms est un combo qui a déjà fait parler de lui. En 2010, l’un des groupes majeurs de la scène post-core américaine annonce sa fin : après cinq albums studio, Isis a fait ce qu’il avait musicalement à faire. Pourtant environ un an plus tard, trois des anciens membres d’Isis remettent le couvert ensemble : Jeff Caxide (basse), Aaron Harris (batterie) et Bryant Clifford Meyer (guitare, claviers). C’est la naissance de Palms qui va perpétuer, semble-t-il, une partie de la force vive d’Isis pendant encore un temps. Musicalement, cela pose aussi quelques questions. Aaron Harris revenait sur cette période en entretien pour Artist Direct : « J’étais un peu préoccupé lorsque Cliff, Jeff et moi-même avons décidé de continuer à faire de la musique après Isis parce que Isis était tellement dense et intense. Je ne voulais pas faire une copie d’Isis, mais je voulais arriver à atteindre cette densité, cette ampleur et cette ambiance cinématographique. »

Le groupe voit sa composition complétée un peu plus tard avec la collaboration de Chino Moreno, chanteur de Deftones qui rejoint finalement la formation pour travailler sur l’ensemble de l’album. C’est peut-être la participation de Moreno qui émancipe musicalement le plus Palms de l’ombre d’Isis. Car Palms pourrait bien être grossièrement placé dans la continuité de l’évolution des albums d’Isis en offrant un tournant certes radical mais pas si incohérent, avec un jeu de mélodies et d’ambiances dans la ligne de mire de Wavering Radiant. Les morceaux de Palms s’étirent aisément jusqu’aux dix minutes et sont composées de larges plages instrumentales. Ils reviennent explorer un post-core largement épuré de ses hurlements écorchés et de ses aspects les plus sombres. Si les saturations sont plus discrètes, elles sont néanmoins présentes mais les arrangements électroniques choisis contribuent à créer une atmosphère bien plus légère. La voix bien reconnaissable de Moreno vient concrétiser des compositions aux couplets et aux refrains étalés mais visibles : « Future Warrior », « Mission Sunset » s’appliquent à dérouler sur une longue durée de morceau une telle structure.

Si il est difficile de nier la personnalité très forte des musiciens d’Isis, elle s’exprime désormais sous d’autres latitudes. Sur Palms, ce sont des sonorités plus chaudes et plus lumineuses qui respirent, comme sur le premier morceau « Future Warrior ». Les basses sont notablement réprimées dans le traitement du son. Au contraire, les cymbales sont très claires, Moreno reste généreusement dans les notes hautes comme il lui est coutumier, les riffs de Meyer titillent des aigus métalliques. Le chant de Chino Moreno, légèrement étouffé par le traitement de la production, est tout le long de l’album relégué derrière les riffs brillants de la guitare. Comme si une torpeur, celle induite par une chaleur moite, retenait l’expression du groupe dans sa pleine énergie.

Palms est un album homogène même s’il décline un certain nombre de paysages différents. L’album reste contemplatif et déploie ses atmosphères qui possèdent quelque chose d’insaisissable, de vaporeux comme le jeu de lumière dans l’air ou sur la surface de l’eau attrapé sur la couverture de l’album. Le clair « Patagonia » cède aux accents torturés de « Mission Sunset » qui oscille entre passages écorchés et pauses plus sereines. L’indolence assommante de « Tropics » laisse conclure les sons cristallins et calmes de « Antarctic Handshake » en fin d’album. Le parcours est géographiquement désorganisé, mais Palms maintient une unité et une cohérence musicale. L’album s’écoute en une pièce, un voyage qui pose côte à côte des humeurs et des paysages contrastés.

Sur Koi No Yokan, le dernier album de Deftones, Moreno s’était laissé aller à flirter avec quelques passages plus atmosphériques (« Rosemary » ou « What Happened to You ? »). Après le rock électronique de Crosses, Moreno retrouve donc les ex-musiciens d’Isis sur ce terrain, eux-mêmes remontant vers une approche plus « pop » en terme de structure de morceaux. Palms est la conjugaison de deux héritages qui se mêlent mais respectent les valeurs défendues par chacun des musiciens. Assez fidèle pour reconnaître les parts traditionnelles d’une part de feu Isis et de Chino Moreno, assez inspiré pour ne pas rester enfermé dans ces références, Palms est un album cohérent qui marque le début peut-être pas d’une renaissance, mais d’une métamorphose.

Album Palms, sortie le 25 juin 2013 via Ipecac Recordings.



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