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Chronique   

Papa Roach – Crooked Teeth


Papa Roach, c’est une histoire d’amour tumultueuse. Celle avec l’ex de nos 16 ans, que l’on n’a jamais cessé de recroiser, d’apprécier, d’idolâtrer, de détester, de considérer à nouveau pour au final l’ignorer totalement, passer à autre chose. Pourtant, il suffit d’un signe pour replonger. Ce Crooked Teeth, neuvième album studio de l’inénarrable groupe de néo, incarne ce même signe. Celui qui indique qu’il est temps de ressortir les T-Shirts trop grands, les baggys et de mater des compilations de Tony Hawk. Ce que F.E.A.R. (2015) n’avais pas réussi à vraiment réaliser. Papa Roach a, pour reprendre les termes d’un Philippe Manoeuvre, cessé le « bullshit » des arrangements grossiers pour revenir à une formule davantage années 2000. Tout ne reluit pas, certes, mais Papa Roach mérite au moins qu’on rebranche le lecteur CD.

Pourtant le titre d’ouverture « Break The Fall » avec sa traditionnelle alternance couplet rap et refrain chanté soutenu par quatre accords fait craindre le pire. Papa Roach semble vouloir revisiter sa recette d’antan, sans se convaincre lui-même. Le refrain qui se veut fédérateur donne surtout l’impression de n’être qu’une ronde de chauffe pour le groupe. Heureusement le titre éponyme plus rentre-dedans permet de surmonter l’apathie causée par le titre d’introduction. Papa Roach s’est permis d’insérer quelques breaks « raps » qui donnent envie d’ouvrir les fenêtres de sa 205 GTI grandes ouvertes et d’imposer sa virilité. Surtout, la magie d’une époque juvénile réapparaît dès « My Medication » et sa ligne de guitare acoustique coupée de manière abrupte par un Jacoby Shaddix qui s’énerve subitement. Tous les grands noms resurgissent, le Linkin Park d’ « In The End », le P.O.D de Satellite (2001) et Payable On Death (2003)… Papa Roach fait du presque-neuf avec du vieux, à défaut de faire du dépassé avec du réchauffé. Il viendrait même presque à surprendre avec les arrangements simili-psychédéliques d’un « None Of The Above » en dents de scie mais non moins catchy. Surtout, le groupe vient lorgner sur les terres d’un Fall Out Boy avec un titre plus pop tel que « Born For Greatness ». On retrouve des samples grandiloquents, extrêmement groovy, avec quelques touches de guitare stoner. C’est sucré et ça fonctionne plutôt bien. Pour une fois l’audace de Papa Roach est récompensée, ce qu’on aimerait voir plus souvent tant le titre taillé pour les ondes qui suit, « American Dream », s’avère, lui, barbant.

Mais l’audace et l’expérimentation mènent parfois aussi à certains travers… Le plus que pop « Periscope » accueillant la participation de Skylar Grey (Eminem, Rihanna, Nicky Minaj…) peine à décoller, toutes les conditions pour dessiner un refrain de magasins de chaussures étaient pourtant réunies. Mention spéciale au sample rythmique pas très heureux qui peut rappeler les hésitations d’un batteur en herbe. Certains pourraient encenser le titre qui sort de la routine Papa Roach : c’est oublier que dans ce domaine il y a une pléthore de références plus pertinentes. Ce featuring empire avec « Sunrise Trailer Park » et l’invitation de Machine Gun Kelly. Le titre prend l’allure d’une parodie du genre dont Papa Roach est pourtant l’un des plus ardents défenseurs, incontestablement. Si la ligne mélodique accompagnant le rappeur arrive à captiver l’oreille, l’intervention de Jacoby Shaddix manque de discernement, à la fois incongrue et en demi-teinte. Papa Roach rate le coche et démontre malheureusement que parfois la fusion des genres peut prendre des allures de comédie. Heureusement, Papa Roach adjoint à ces semi-échecs des compositions plus classiques et bien exécutées, à l’image d’ « Help » et ses riffs de guitare plus fluides ou un « Crooked Teeth » bourré d’énergie.

Crooked Teeth mérite de l’attention. Papa Roach a au moins la volonté d’essayer constamment de proposer des choses variées. « Periscope » est un peu le symbole d’un des traits de l’album : une expérience louable mais ratée à son terme. Lorsque le groupe applique sa recette avec une certaine inspiration, on ne regrette pas de replonger de manière éphémère dans l’adolescence. Seulement, lorsqu’il s’agit d’allier metal, pop et science du refrain FM (qui est un art, qu’on l’apprécie ou non), mieux vaut se tourner vers Fall Out Boy ou le That’s The Spirit (2015) de Bring Me The Horizon. Papa Roach est incontestablement un poids lourd du « metal commercial » et si Crooked Teeth prouve une nouvelle fois qu’il n’est pas infaillible, au moins personne ne peut le blâmer d’essayer avec acharnement. On finira sans-doute par l’ignorer, mais on aura au moins accepté un rendez-vous, avec quelques bons moments.

Chanson « None Of The Above » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Help » :

Lyric video de la chanson « American Dreams » :

Lyric vidéo pour « Born For Greatness » :

Chanson « Periscope » :

Clip vidéo de la chanson « Crooked Teeth » :

Album Amber Galactic, sortie le 19 mai 2017 via Eleven Seven Music. Disponible à l’achat ici



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