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Chronique   

Papa Roach – Ego Trip


Papa Roach ne fera pas dans le sentimental. Pas question pour la bande à Jacoby Shaddix de revenir à l’époque jeans troués d’Old Friends From Young Years (1997) et du classique Infest (2000), et ce malgré la nostalgie proclamée de certains fans, peu convaincus par les récentes pérégrinations des Californiens. Lorsqu’on s’attarde sur la longévité du groupe et son succès, il est tout de même difficile de lui donner tort. Papa Roach concilie quelques bribes du neo-metal, du hip-hop et des développements plus récents de l’EDM pour certains arrangements. Bref, Papa Roach s’amuse au fourre-tout FM. Ego Trip, le onzième opus studio de la formation est le fruit d’une retraite créative durant l’été 2020 en Californie. Il entend se dégager de la « conformité » et « construire quelque chose de nouveau » pour reprendre les termes du frontman et ouvrir un nouveau chapitre pour Papa Roach. Vous avez dit Ego ?

Au-delà du jeu de communication habituel, construit autour des poncifs tels que « nouvelles frontières » et « repousser les limites » et qui n’a pas vraiment de concrétisation musicale, Ego Trip n’est pas nécessairement une redite insipide du récital bien connu de Papa Roach. Certes, « Kill The Noise » nous livre les fameux refrains extrêmement accrocheurs que Papa Roach sait distiller avec une certaine régularité. Le titre obéit à la recette éprouvée du couplet presque rappé, groovy et de l’effusion sentimentale lors du refrain, avec le break agressif qui convient. Le neo à l’ancienne : pas vraiment anticonformiste ni novateur. Quelque part, peu importe. Papa Roach brille lorsqu’il construit ses compositions extrêmement accessibles, sans se laisser aller aux expérimentations douteuses. Le chant rappé enflammé de « Stand Up » n’a justement de mérite que de contraster avec un refrain ouvert, qui doit beaucoup aux développements pop-rock proposés par Fall Out Boy quelques années auparavant, avec quelques relents de Rage Against The Machine. « Swerve » accentue ce côté hip-hop légèrement poussiéreux et juvénile, saupoudré de quelques notes de saxophone jazzy en arrangement. « Bloodline » emprunte quant à lui le vocabulaire de l’indus et quelques astuces du rock à la The Rapture (le générique de la série Misfits, « Echoes »). L’innovation pour Papa Roach, si elle existe, est à restreindre à l’échelle du groupe et à la façon dont il s’amuse avec les sonorités.

Ego Trip est donc à apprécier en dehors du discours du groupe sur l’opus et de la communication promotionnelle. Dès lors, seule la science de l’accroche compte. Sur ce plan, si Papa Roach se laisse aller à quelques facilités, Ego Trip remplit parfaitement son office. Même la fusion électro archétypale de « Liar » réussit à susciter l’entrain. « Ego Trip » reste en tête, en puisant dans les codes du rock anglais version testostéronée, un véritable re-lifting made in USA. Même le sempiternel exercice de la ballade « Leave A Light On » a ses vertus, déterminé à humidifier les truffes à grands coups de violons et de chœurs à son terme. En réalité, on peut parfois comprendre la volonté des amateurs de Papa Roach de voir le groupe retourner à certains fondamentaux. « Always Wandering » est des plus addictifs, grâce à un songwriting épuré conscient de ses forces. Pas d’arrangements hasardeux, seulement un Jacoby Shaddix au phrasé impeccable et une mélodie simplissime. « No Apologies », et son riffing syncopé, fait lui aussi partie de cette catégorie : une réminiscence du neo dans sa forme la plus pure, une rareté aujourd’hui. La conclusion « I Surrender » est de cette trempe, versant davantage dans le sentimentalisme. Comme si la créativité de Papa Roach se dévoilait étrangement lorsque celui-ci dépoussière son vieil arsenal.

Ego Trip présente un Papa Roach plus souvent inspiré que générique. Il ne se détache pas vraiment des précédentes œuvres du groupe ni des grosses productions commerciales actuelles. Paradoxalement, il est même parfois légèrement passéiste. Ce qui lui sied parfaitement. Le succès légitime de Papa Roach s’est construit sur un riffing simple, quelques couplets sautillants et des refrains fédérateurs. Nul besoin de tordre la formule et de se perdre dans des arrangements superflus pour prétendre ne pas se répéter. Ego Trip met en valeur ce qui fait l’intérêt de Papa Roach aujourd’hui, où le souvenir des affects des premiers fans l’emporte sur la chasse à un nouveau public.

Clip vidéo de la chanson « Stand Up » :

Clip vidéo de la chanson « Kill The Noise » réalisé par Bryson Roatch :

Lyric vidéo de la chanson « Dying To Believe » réalisé par Bryson Roatch :

Clip vidéo de la chanson « Swerve » :

Album Ego Trip, sortie le 8 avril 2022 via New Noise Records. Disponible à l’achat ici



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