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Chronique   

Papa Roach – Who Do You Trust?


Le rythme de sorties de Papa Roach s’apparente à un cycle inexorable. Le groupe est l’un des plus productifs de la scène metal, tous genres confondus, avec pas moins de trois albums en moins de quatre ans pour le meilleur comme pour le pire. Le pire, il commençait à être effleuré avec F.E.A.R. (2015) qui démontrait le manque d’inspiration d’un groupe commençant à se parodier lui-même, sans avoir recours aux expérimentations (même douteuses) auxquelles il nous avait habitués. Crooked Teeth (2017) avait permis de retrouver un Jacoby Shaddix en forme, et surtout, un regain d’intérêt, même éphémère, pour les productions du groupe. Après vingt-cinq ans de carrière (une prouesse, quoi qu’on en dise), Papa Roach nous gratifie de Who Do You Trust?, leur dixième album. C’est à nouveau une histoire d’amour de jeunesse, sauf que les protagonistes semblent avoir enlevé les appareils dentaires, des crises acnéiques et des traumatismes adolescents.

Non pas que Papa Roach ait délaissé le culte du « baggy-riff ». Le groupe reste par essence fidèle à son sens de l’accroche et le jeu de guitare de Jerry Horton reste identifiable entre mille. « The Ending » (qui démarre ironiquement l’album) rappelle que Papa Roach a un goût pour le fédérateur, les riffs hymniques qui sauront faire bouger les stades. Le recours aux accroches pop était déjà à l’œuvre sur Crooked Teeth, avec moins d’élégance et une intégration plus hasardeuse toutefois. Oui, Papa Roach a réalisé un album avec des éléments davantage maîtrisés. Les instrumentations sont plus nuancées, avec un choix assumé de mettre en place des plages proches du hip-hop lourd, presque scandé (les couplets de « Renegade Music »), ou d’embrasser définitivement la pop-rock commerciale, à l’instar de « Come Around ». L’enjoué « Not The Only One » va jusqu’à mêler les partis pris : une pop ayant recours aux mêmes arrangements vocaux que Twenty One Pilots, des interventions rap-metal sous acide, pour finir à la Bad Religion… Vous l’aurez compris, la performance de Jacoby Shaddix est cruciale tant Papa Roach navigue entre les styles les plus populaires (y compris l’électro-pop avec « Elevate » ou la pseudo-ballade « Problems »). De ce point de vue, Who Do You Trust? est difficilement critiquable. Jacoby a une maîtrise de la polyvalence suffisamment rare pour être mentionnée, ses lignes vocales sont supérieures à celles proposées sur Crooked Teeth.

La prégnance du rôle de Jacoby Shaddix est tout simplement due à ce qui transparaît à l’écoute de ce Who Do You Trust? : Papa Roach semble avoir achevé une transformation, les quelques guitares saturées présentes ne suffisent plus à le ranger du côté du metal. Les réminiscences du style sont présentes sur quelques refrains comme celui de « Top Of The World », sorte d’accroche mélodique qui vient mettre en valeur une composition aux accents breakbeat. Who Do You Trust? est plus hétérogène, caractéristique qui démontre à quel point Papa Roach ne cherche plus à s’inscrire dans un héritage, malgré un retour au passé avec le punk et immédiat « I Suffer Well » ou la nervosité de « Renegade Music », exceptions qui confirment la règle. Ce qui compte pour Papa Roach, c’est le potentiel d’accroche même s’il faut arpenter les territoires de la musique pour magasin de chaussures, ce que la conclusion de l’album « Better Than Life » fait sans complexes, sauvée par un refrain cathartique pur power rock US. Si on peut déplorer la mort quasi définitive de ce qui faisait la force de Papa Roach dans les années 90, il faut reconnaître que la demi-teinte ne lui convenait plus. La pop de « Problems » et « Not The Only One » fonctionne, de même que le rock sautillant du morceau éponyme, il faut constater chez Papa Roach une qualité d’écriture accrue depuis qu’il s’est délesté de contraintes stylistiques.

La pop, l’électro et le hip-hop ont toujours eu une place expérimentale dans la musique de Papa Roach, plus ou moins bien intégrés. Who Do You Trust? franchit indéniablement un palier : Papa Roach s’éloigne de ce qui a fait sa renommée dans sa jeunesse. C’est peut-être le choix le plus judicieux de la part du groupe, à même de livrer des compositions plus chiadées et non pas du « metal automatique et saupoudré ». Alors certes, Papa Roach livre encore son lot de petites niaiseries mais l’ensemble tient bon. Quitte à faire de la pop ou autre, autant ne plus le dissimuler.

Lyric vidéo de la chanson « Elevate » :

Chanson « Not The Only One » :

Clip vidéo de la chanson « Who Do You Trust? » :

Chanson « Renegade Music » :

Album Who Do You Trust?, sortie le 18 janvier 2019 via Eleven Seven Music. Disponible à l’achat ici



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