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Chronique   

Paradise Lost – Obsidian


paradise lost obsidian cover art artworkThe Plague Within (2015) avait permis au public de renouer avec un Paradise Lost honorant ses tout premiers affects, tandis que Medusa (2017) enfonçait le clou avec un doom death intransigeant empreint d’affliction. Si le guitariste Gregor Mackintosh a pu approfondir les penchants les plus sombres et les plus violents de sa musique au sein de Vallenfyre puis de Strigoi avec Abandon All Faith (2019), le nouvel opus de Paradise Lost voit ce dernier remettre un peu d’eau dans son vin. Pas d’élan lumineux et d’arrangement festif en perspective, seulement une prise de recul par rapport à la démarche extrême de Medusa. La collaboration de Nick Holmes et Gregor Mackintosh est motivée par le désir de ne pas se répéter pour éviter la caricature. Obsidian, le seizième opus de Paradise Lost, réintroduit des éléments de goth rock dans sa musique et offre une palette sonore plus contrastée que ses deux prédécesseurs.

L’obsidienne est une roche volcanique noire souvent présente dans le folklore préchrétien, un objet qui sied particulièrement à l’univers de Paradise Lost sans pour autant revêtir une signification particulière. Il s’agit seulement pour Paradise Lost d’explorer les différentes facettes ou nuances de la noirceur à travers Obsidian. « Darker Thoughts » embrasse une approche qui peut surprendre en ouverture d’album, démarrant tout en délicatesse par le chant attendrissant de Nick Holmes, supporté par des arpèges de guitare acoustique et une note discrète de violon en arrière-plan. Paradise Lost privilégie une gradation aux accents mélancoliques avant de faire parler la poudre avec un growl terrifiant et de faire admirer à nouveau sa science de la production massive. « Darker Thoughts », et ses arrangements de violon, prend alors une dimension épique, amplifiée par les leads de Gregor sur le refrain. Paradise Lost réintroduit davantage de dynamique, à l’instar des plages vocales de Nick Holmes beaucoup plus prompt à alterner growls et chant clair. Paradise Lost propose une rénovation de sa formule sans pour autant sortir de sa zone de confort. La composition la plus insolite reste « Ending Days », balisée par le jeu subtil, à coup de ghost-notes, de Waltteri Väyrynen et le développement mélodique de Nick Holmes. « Ending Days » laisse en outre apprécier le grain de la basse de Stephen Edmondson mise au premier plan et de multiples solos de Gregor qui montent en intensité. Indéniablement (et paradoxalement étant donné son titre) Obsidian se veut moins monolithique dans son propos.

La réintroduction d’éléments goth rock dans le son de Paradise Lost est explicite : les pulsations qui amorcent le balancement de « Ghosts » qui aurait facilement pu trouver sa place quelque part entre Draconian Times (1995) et One Second (1997), la rythmique rock et les arrangements fantomatiques de « Hope Dies Young », les nappes de chœurs de « Forsaken » et l’interprétation de Nick Holmes avec un chant caverneux accentué par la reverb sont des échos à l’un des genres phares en Angleterre dans le milieu des années 80, et une inspiration qui a marqué presque toute la carrière de Paradise Lost. Obsidian réemprunte ainsi un vocabulaire à des formations telles que The Sisters Of Mercy et Fields Of The Nephilim. Paradise Lost prend tout de même soin de rester implacable. « Forsaken » jongle justement avec les accroches mélodiques omniprésentes et un riffing très appuyé, presque martelé par le groupe. « The Devil Embraced » illustre cette ambivalence : Paradise Lost opère une fusion constante entre le doom death et le goth rock via une répartition très claire des rôles : le chant clair, les arpèges et les leads mélodiques qui doivent côtoyer en permanence le growl et la puissance des guitares au sein d’une même composition. Obsidian fait office de synthèse en maintenant intègre l’univers de Paradise Lost, ce qu’exprime pleinement la conclusion ampoulée et alanguie de « Ravenghast ».

Paradise Lost a judicieusement ciselé Obsidian. La formule extrême développée sur les deux œuvres précédentes aurait sans doute souffert d’une répétition ou dénaturé le groupe, le faisant basculer hors de son royaume, si elle avait été poussée encore plus loin. Paradise Lost a jugé l’exercice vain. Obsidian devait s’ouvrir au sein du cadre d’expression propre à Paradise Lost. Il y a toujours cet aspect misérable, avec une accentuation de la mélancolie plutôt que du sentiment d’agonie. L’équilibre d’Obsidian n’amoindrit pas la force de son propos. Il permet d’avoir une représentation fidèle de ce qu’est Paradise Lost aujourd’hui : un orfèvre du désespoir.

Lyric vidéo de la chanson « Ghosts » :

Clip vidéo de la chanson « Fall From Grace » :

Album Obsidian, sortie le 15 mai 2020 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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