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Interview   

L’ultime édition du Paris Metal France Festival : Philippe Michel n’aura pas de regrets


A plusieurs mois du début de la saison des festivals va se dérouler au Divan du Monde un premier évènement marquant, le Paris Metal France Festival, ultime édition d’un festival dont l’objectif est de scrupuleusement se cantonner à la scène française, ses groupes récents mais aussi ses groupes cultes que certains auront oublié. Qu’elle convainque ou pas, l’affiche du festival va jusqu’au bout de sa démarche, quitte à être accusée de programmer des groupes qui ne sont plus dans l’air du temps.

Le Paris Metal France Festival se tiendra dès demain, du 11 au 13 janvier 2013, au Divan du Monde de Paris. Une affiche unique, assurément old school et qui a son charme. Un festival original pensé par un passionné, Philippe Michel (dit Phil ‘Em All), pour des passionnés. L’organisateur nous explique d’ailleurs qu’il n’est pas un professionnel et que cette édition ne sera pas rentabilisée malgré son potentiel succès et la qualité de ses prestations. Car, s’il faut soutenir bien évidemment la jeune scène française, il ne faut pas jurer seulement par ces formations. En effet, les anciens ont encore des choses à dire et on oublie un peu vite que c’est grâce à eux que les groupes actuels existent.

Un parti pris témoignant de la fidélité et du dévouement de Phil ‘Em All pour cette scène qui le lui rend bien : certains groupes se sont reformés uniquement à sa demande pour cet événement. Un événement courageux, risqué et totalement assumé financièrement par Phil lui-même. Mais il le rappelle à plusieurs reprises : il n’aura pas de regrets.

A la fin de cet entretien fleuve, Phil nous parle également de sa perception de la musique par rapport à son handicap, la rétine pigmentaire, qui l’empêche de voir un concert dès que la lumière devient trop intense.

« Attendez-vous à des surprises, il y en aura d’ailleurs dans quasiment toutes les prestations car chacun est libre d’inviter qui il veut pour ce festival. »

Réécouter l’interview : [audio:interviews/Interview Phil Em All.mp3|titles=Interview Paris Metal France Festival]

Radio Metal : Le Paris Metal France Festival aura lieu dans trois semaines (ndlr : interview réalisée le 18 décembre 2012), où en êtes-vous dans l’organisation ?

Phil ‘Em All : C’est la dernière ligne droite, on en est à réserver les hôtels, à attendre les fiches techniques de certains groupes, c’est très tendu car on se dit que l’on n’aura pas fini dans les temps même si tout s’arrange chaque jour, chaque minute, chaque seconde. Nous avons finalisé hier les T-Shirts et les billets collectors, on a pas mal ramé là-dessus mais on a quand même réussi. Il y aura donc des billets collectors double-face couleur à soixante-dix euros pour les trois jours au lieu de vingt-cinq euros la journée et pour ceux qui n’ont pas pris leurs pré-ventes, ça sera trente euros la journée sur place.

Est-ce que sur un événement comme celui-là il y a des choses qui, à trois semaines, ne sont pas encore prêtes et qui vous font un peu paniquer ?

Bien sûr, quand par exemple un groupe annule un mois avant. Squealer a dû en effet annuler il y a environ trois semaines de cela car leur chanteur, Pascal, a choppé un virus aux cordes vocales. Il a fallu que l’on trouve un groupe tout de suite. Heureusement en France on a des groupes qui sont très réactifs. Dès que j’ai publié l’annonce sur Facebook, j’ai reçu plus d’une centaine de demandes de groupes plus ou moins à la hauteur de Squealer. Nous avions une liste de plus de deux cent quatre vingt dix noms de gens qui nous avaient contactés lorsque l’on avait construit cette affiche. Nous n’avons donc pas été chercher très loin, on a pris les cinq qui suivaient sur la liste par rapport aux vingt-trois que l’on avait déjà sur l’affiche et on a demandé au premier qui venait qui a répondu favorablement. Il s’agissait de Heavenly. C’est le dernier groupe signé mais c’est le premier groupe qui nous a tout envoyé avant tous les autres. Je trouve ça drôle, c’est symptomatique des groupes français. Heavenly est le groupe qui nous a envoyé tout, c’est-à-dire que l’on a les hôtels, les backlines etc. donc bravo Heavenly ! (Rires)

Le festival PMFF en est à sa cinquième édition…

Cinquième et dernière !

L’affiche est entièrement consacrée à la scène française, est-ce que cela a toujours été le cas ?

Oui, c’est comme ça à chaque fois. La genèse du festival est née en 2006 et la première édition a eu lieu en 2007. En 2007 j’ai eu quarante ans et c’était les vingt-cinq ans du groupe ADX. C’était un rêve de gamin, depuis que j’avais vu le groupe en 1985 au France Festival qui avait lieu à Choisy-le-Roi. Déjà à cet âge là, je m’étais dit que si un jour j’avais l’argent, je ferais quelque chose pour ce groupe ADX. J’ai tenu ma promesse trente-cinq ans après. Je suis quelqu’un d’assez fidèle aussi bien au niveau musique qu’au niveau humain et j’ai voulu tenir cette promesse et je l’ai tenu dans un premier temps pour ADX. Au départ, en 2007, cela ne s’appelait pas le Paris Metal France Festival. C’était juste ADX qui invitait des musiciens sur scène. Il y avait Misanthrope, The Outburst, Carnival In Coal que l’on retrouve avec Arno Strobl et 6:33. Il y avait aussi Maladaptive avec Fred Leclerc qui est actuellement dans Dragon Force et qui sera peut être présent au PMFF en 2013. C’est un souhait qu’il a eu et que nous avons eu aussi. Il y avait sept groupes pour la première affiche, huit pour la deuxième, seize pour la troisième, on est retombé à huit pour la quatrième puisque cette quatrième édition avait eu lieu après deux ans de suspension et on termine enfin avec vingt-trois groupes sur cette édition de 2013.

Si Fred Leclerc était présent pour cette nouvelle édition, que viendrait-il faire ? Jouera-t-il avec 6:33, puisque lui et Arno Strobl ont tous les deux été dans Maladaptive ?

Il peut jouer avec n’importe qui. C’est ça la surprise. Il est capable de jouer avec n’importe qui et il a énormément d’amis dans le monde de la musique. Attendez-vous à des surprises, il y en aura d’ailleurs dans quasiment toutes les prestations car chacun est libre d’inviter qui il veut pour ce festival. C’est un festival familial où peuvent se côtoyer des gens même hors metal et qui viendraient faire une petite incursion dans ce festival. Il y aura des invités qui ne sont pas notés sur l’affiche : Patrick Rondat, Yann Armellino, Matthieu Gerbin qui est le guitariste de Conscience, il était présent l’année dernière sur l’affiche de 2012. Il y aura également d’autres pointures du metal. Il y aura aussi Sibylle du groupe Witches, elle était déjà présente sur l’affiche de 2008 avec Witches et l’année dernière avec Women In Iron Form en ouverture du festival. Il y aura donc des surprises, des bœufs sur scène et ce qu’il est important de souligner c’est qu’il n’y aura pas de véritables têtes d’affiches puisque chaque groupe jouera exactement le même temps.

Ce seront des prestations de combien de minutes ?

Quarante-cinq minutes chacun et on ne dépassera pas les cinquante minutes par groupe. En revanche, on retrouvera des gens qui ont joué le vendredi sur la journée du samedi ou du dimanche en invités.

Cela n’a jamais posé de problème avec des groupes importants tel que Loudblast quand vous leur avez dit que tout le monde jouerait pendant la même durée ?

Non car je ne suis pas que Phil ‘Em All, je suis animateur radio depuis de nombreuses années maintenant sur le Rock-Fort Show à Paris, l’émission vient de fêter ses vingt-neuf ans et les membres de ces groupes sont des gens que j’ai croisé depuis que je suis tout jeune donc quand je parlais de fidélité, il s’agît d’une fidélité réciproque. J’ai toujours fait la promo de ces groupes-là, j’ai toujours été présent. Comme je l’expliquais sur d’autres interviews, même si l’on n’aime pas forcément et obligatoirement tout ce qu’ont fait les groupes, ou que l’on adhère pas à tel ou tel genre, il y a quand même un facteur humain et quand on fait de la radio, quand on fait de la promo, que l’on est un peu journaliste, on est amené à côtoyer différentes personnalités et des gens comme Stéphane Buriez (ndlr : chanteur/guitariste de Loudblast), ce n’est pas parce qu’ils font un metal assez extrême qu’ils sont totalement extrêmes dans leur vie, ce sont des gens comme tout le monde et c’est quelqu’un qui a un cœur en or. Quand je lui ai proposé de participer, il n’a pas répondu tout de suite, cela fait trois ans que l’on en parle avec Stéphane, il m’a dit qu’ils le feraient au bon moment. Je crois que là il a compris que c’était le bon moment parce que c’est la dernière édition alors il a dit oui. Il a dit oui cette année au Motocultor. On s’est vu là-bas et il m’a annoncé qu’ils feraient le PMFF.

En regardant l’affiche, on se rend compte qu’il y a énormément de groupes dont on n’avait plus entendu parler depuis un moment. Comment se fait-il que l’on ne les revoie que sur ton festival ?

Ce sont des formations que je n’ai jamais lâché depuis trente ans et je suis toujours resté en contact avec eux. Je leur ai dit que s’ils voulaient se reformer c’était maintenant. Il y a donc beaucoup de reformations comme Pink Rose, ce sont les anciens Attentat Rock qui étaient présents sur le PMFF 3. Là, ils m’ont dit que comme en 2013 il s’agissait d’un best of PMFF, qu’ils n’allaient pas rejouer avec Attentat Rock mais qu’ils allaient reformer Pink Rose. (ndlr : le groupe Pink Rose a depuis annuler sa présence au PMFF suite à un malencontreux accident survenu au guitariste Fabrice Fourgeaud…).

Still Square en 2008 c’était aussi une reformation puisque le groupe était complètement dissout et que les musiciens faisaient totalement autre chose. Il en est de même pour Digital. ADX, quant à eux, s’étaient arrêtés pendant dix ans, de même pour Blasphème. D’ailleurs en 2008 le jour où Blasphème a joué, on a fait 1 200 personnes à La Locomotive sur une salle qui n’en contient que huit cent. Le groupe s’est reformé pour le Paris Metal France Festival II de 2008 et arrête sa reformation pour le PMFF V en 2013 avec un show assez exceptionnel puisqu’il n’y aura pas qu’un seul chanteur sur scène avec Blasphème.

En ce qui concerne des groupes comme Headline, il n’est pas question d’une reformation. C’est seulement un groupe qui en réalité s’était mis en sommeil. Le groupe ne s’est jamais séparé.

Ont-ils fait d’autres dates récemment ou leur prestation au PMFF sera leur première date ?

Non, ils n’ont pas fait de concerts depuis pas mal de temps et cela fait dix ans qu’ils ne sont pas venus jouer sur Paris. Didier Chesneau et Sylvie Grare sont des amis de très longue date on ne s’est jamais quittés d’un point de vue relationnel. Il était évident qu’Headline devait être sur une des affiches mais comme le groupe ne faisait plus rien, n’avait pas non plus envie de remonter sur scène, on s’était dit qu’on allait attendre. Comme cette année on prépare la dernière édition, j’ai contacté tous ceux que j’aimais énormément et je leur ai dit que c’était mon dernier, qu’après j’arrêtais et que je voulais donc savoir s’ils voulaient ou non participer et tous, sans exception ont répondu oui quasiment sans hésitations.

Est-ce que certains de ces groupes ont signé un contrat pour ne jouer qu’avec vous ?

Non, il n’y a pas de contrat. Je ne suis pas un professionnel. Je suis un amateur de musique. Ma caution professionnelle est Base Productions à qui je paye tout ce qui est SACEM, logistique et juridique. Mais je suis un particulier, je ne suis pas une association, je n’ai aucune subvention. Tout cet argent que j’investis dans ces affiches, c’est le mien. Depuis 2007 nous avons eu la chance de toujours garder le même budget et de pouvoir à chaque fois équilibrer les comptes. Cette année cependant, on sait que l’on n’équilibrera pas les comptes car il y a vingt-trois groupes, le festival coûte au bas mot vingt mille euros, ce qui représente une somme quand on est un particulier et que l’on touche mille deux cents euros par mois. On commence en ce moment à s’en apercevoir (rires) parce que ça coûte très cher. Je n’ai signé aucun contrat avec aucun groupe. Si demain un des groupes me dit « on ne vient pas » eh bien ils ne viennent pas… Depuis 2007 je n’ai jamais signé de contrat avec aucun des groupes. Il n’y a pas d’exclusivité, je leur demande simplement une chose : on parle de confiance. Les gens me connaissent depuis assez longtemps pour savoir que je respecte mes engagements donc ça ne fonctionne qu’à la confiance et je pense que c’est peut être aussi pour ça que les artistes ont accepté les conditions du PMFF qui ne sont pas les conditions de tous les festivals puisque tous les groupes qui viennent au PMFF jouent gratuitement. Ce n’est pas bien qu’un groupe joue gratuitement. Ils ont besoin d’argent pour répéter, pour acheter des instruments, pour réparer du matériel et tout le reste. Ce n’est donc pas pour moi une fierté de dire que ces groupes jouent gratuitement c’est simplement que nous n’avons pas les moyens de les payer. Sur Paris, une salle vaut deux milles euros la journée. Le Divan du Monde est probablement la salle la moins chère de Paris.

Deux mille euros est le prix de la salle vide sans aucun technicien.

C’est ça. Donc pour les trois jours cela revient déjà à six mille euros pour la location de la salle et à cela s’ajoute deux mille cinq cents euros d’heures supplémentaires pour les techniciens puisque nous prenons la salle du matin neuf heures jusqu’au soir vingt deux heures trente. Ainsi, rien que la salle nue nous coûte huit mille cinq cents euros.

« Il n’y aura pas de véritables têtes d’affiches puisque chaque groupe jouera exactement le même temps. »

Tu es en train d’expliquer qu’une telle affiche programmée dans les règles de l’art avec des cachets pour les groupes ne peut pas être rentable ?

Non, ça ne se rentabilise pas. Il n’y a que cinq cents places disponibles au Divan du Monde, on les fait à vingt-cinq euros la place, sachant qu’il y a environ une centaine d’invitations réparties entre la presse, les partenaires, l’entourage des musiciens, les techniciens, même les musiciens eux-mêmes il faut les compter dans les cinq cents présentes dans le Divan du Monde. C’est pour cela que l’on ne peut pas payer les musiciens. En revanche on leur fait leur merchandising et on ne prend rien dessus ce qui est quand même logique et normal. On les nourrit toute la journée et on paye les hôtels pour ceux qui viennent de province, tout cela a également un coût. Les Restos du Cœur ne nous fournissent ni les repas ni les hôtels ! C’est aussi pour cette raison que les pré-ventes sont super importantes et que l’on incite les gens à acheter leurs places en pré-ventes parce que dans un premier temps c’est moins cher et deuxièmement, cela sécurise les organisateurs mais aussi les groupes car ils savent quel merchandising ils peuvent à peu prêt apporter. Aujourd’hui je sais que les groupes ne vont être payés que par le merchandising. L’année dernière on ne le savait pas. En 2008, quand on a fait mille deux cents personnes j’ai pu pour la première et unique fois donner un cachet aux groupes en plus de tout ce que l’on avait promis.

Est-ce que cette année concernant les pré-ventes cela se présente bien ?

Comme tous les concerts sur Paris actuellement, les gens attendent le dernier moment donc non. Au niveau des pré-ventes on est bien, on est content et dans tous les cas même s’il n’y avait que deux pré-ventes, le festival aura lieu. Le budget est engagé, la publicité a été faite, les partenaires nous ont suivi depuis le mois de février pour certains. Il est donc évident que je ne vais pas faire marche arrière. On a dépensé trop d’énergie, trop d’argent alors cela voudrait dire que l’on ferait un trait sur tout ça et que cela serait dès le départ une perte. On sait que cela va être un festival à perte mais comme c’est le dernier ça n’a pas d’importance. Cela sera un beau festival populaire, cela aura un beau succès d’estime et financièrement on s’assoira sur pas mal de mois de dettes mais ça ce n’est pas grave car le plaisir est ailleurs.

Des groupes ont-ils refusé de jouer par rapport aux conditions que tu as décrites précédemment ?

Oui, des groupes ont refusé.

As-tu des noms à nous donner ?

Non, car je respecte trop ces groupes là. Ce sont leurs choix et leur façon de gérer leur carrière. Je peux néanmoins préciser que ce sont des groupes qui ont déjà accepté de jouer à mes conditions sur le PMFF et qui pour cette dernière affiche n’ont pas souhaité rejouer le jeu. Cela dit, il y en a vraiment très peu et quand on voit l’affluence des gens lorsque l’on a fait la première annonce pour prévenir que l’on refaisait le PMFF, il ne s’agît pas d’une légende. J’ai reçu deux cent quatre-vingt dix réponses. On a gardé tous les noms, on ne sait jamais, cela pourrait servir pour une sixième édition lorsque l’on aura gagné au Loto. Je respecte totalement le choix des groupes,. S’ils ne veulent pas, je ne vais pas les dénigrer dans la presse, bien au contraire.

Lorsque Radio Metal avait relayé l’affiche du festival, il y avait eu des réactions légèrement agressives du fait d’une programmation considérée comme étant très, voire trop, « old school ». Comment as-tu pris ces réactions ?

Nous avons en effet eu de très mauvaises réactions… Je propose un festival qui est un peu la genèse de tous ce que les groupes d’aujourd’hui sont. C’est comment on est arrivé à des groupes comme Gojira, Dagoba qui sont très connus aujourd’hui et c’est tout simplement parce qu’on a eu des groupes comme Loudblast, Agressor, No Return, et qu’il y a eu des ADX et des Headline pour les groupes de prog, des Squealer des Square et des Blaspheme pour des combos un peu plus mélodiques. Quand on regarde sur cette affiche, il y a des formations « old school » mais il y a aussi des nouveaux groupes comme Hürlement, The Outburst, et qui ne renient pas le fait d’avoir pris leurs racines dans ces groupes là. J’ai voulu remontrer ce qu’était l’origine du hard rock parce qu’en France on a toujours dit « il y a Trust » mais il n’y avait pas que Trust. Il y avait les Warning, les Stocks, Sortilège… Je n’ai pas pu mettre ces groupes là sur l’affiche, Stocks, ça a failli en 2010 mais on a annulé l’affiche. Ocean était prévu en 2010 et on les met cette année et c’est un groupe de la fin des années soixante-dix.

A première vue, il est vrai que l’affiche du PMFF donne l’impression d’être le festival des groupes cultes français des années 80. En voyant les réactions des gens, on devine que certaines critiques viennent surtout du fait qu’ils ne savent simplement pas qui sont ces groupes.

C’est ça le problème. Les gens n’ont pas connu cette période. C’est ce que j’ai dit à ces groupes, « vos gamins ne vous ont jamais vu sur scène. Ils ont eu des photos, ils ont eu des témoignages écrits ou parlés mais ils ne vous ont jamais vu sur scène donc reformez-vous, c’est maintenant ! Il ne faut pas attendre que les gens disparaissent. On en voit trop tous les jours. Si vous ne jouez pas maintenant vous ne jouerez jamais plus donc faites le maintenant, temps qu’il y a encore de la forme, temps que vous avez encore de la foi, l’envie et la possibilité de le faire. » C’est comme ça que des groupes comme Blasphème, ADX, Square se sont reformés. On parle de « old school » mais ce n’est pas vraiment « old school ». Loudblast ont toujours été là même s’ils se sont arrêtés quelques années. No Return, Killers ont toujours été là aussi… Le fait est que ce n’est pas la musique que les jeunes d’aujourd’hui écoutent.

Il est vrai que musicalement ça n’est plus réellement dans l’air du temps…

C’est l’origine du thrash et du death que l’on écoute aujourd’hui. Personnellement rien ne m’empêche d’aimer d’autres groupes. Il y a plein de groupes d’aujourd’hui que j’aime, que cela soit Mass Hysteria, Dagoba, quelques morceaux de Gojira, je pourrais tous vous les citer. Cela fait trente ans que je fais de la radio et que je suis dans le metal, je les ai tous vu et tous écouté. J’ai été au Wacken pendant quinze ans. J’aime vraiment tous les styles et cela me permet de faire une affiche qui soit pluri-genres au niveau du metal. On regroupe tout : du rock à l’extrême en passant par le prog’ et le néo-metal. Je ne comprendrais pas que cette affiche n’ait pas de succès parce qu’il y a vraiment tout. Chaque fois que l’on a fait une affiche pour le PMFF, nous avons toujours eu des éloges dans la presse, certes après coup et par conséquent on se disait que ça n’était pas à ce moment là que l’on en avait besoin, on en avait besoin avant pour faire venir plus de monde mais si on lit tous les papiers qui ont été faits pour le PMFF, on a que des éloges et quasiment aucune critique.

Une telle affiche permet également d’offrir un voyage dans le temps qui peut être très agréable. Aujourd’hui on n’a plus forcément l’occasion de voir des groupes comme ADX proposant un thrash à l’ancienne avec un jeu de scène à la bonne franquette, c’est vraiment d’un autre temps. Ainsi ce festival peut montrer des groupes qui sont excellents sur scène mais qui représentent quelque chose d’une autre époque.

Les jeunes d’aujourd’hui se prennent très au sérieux : on monte sur scène et on est le meilleur groupe du monde. Ce que l’on oublie c’est que ces gens là ont vécu, eux aussi ils en sont passés par là en se disant qu’ils étaient le meilleur groupe du monde. Sauf que tous les meilleurs groupes du monde comme tout ceux qui sont sur cette affiche, trente ans après sont encore là, ils remontent sur une affiche et ils jouent. Loudblast par exemple, joue un peu partout, sur des festivals, à l’étranger etc. C’est à ce moment-là que l’on prouve que ces groupes ont encore des choses à dire et encore du potentiel. Il y a encore des gens qui leurs font confiance et qui les font monter sur scène. Quand je voix qu’ADX a été joué au Motocultor cette année alors que ça n’était pas du tout une affiche pour eux et que l’on voit le succès qu’ils ont eu… Il n’y avait par exemple pas de séance de dédicaces programmée pour eux mais l’organisateur nous a demandé d’en faire une parce que des gens réclamaient. Le groupe qui passait juste après a été obligé de virer ADX parce qu’il y avait trop d’affluence. Je n’invente pas, c’est authentique, c’est quelque chose qui s’est véritablement produit. Je pense donc qu’il faut juste prendre le risque à un moment donné de dire « on va faire jouer ce groupe ». Je remercie également Benjamin Barbaud du Hellfest qui après le PMFF 3 a pris ADX, Squealer, Blasphème, Vulcain, Satan Jokers sur une affiche comme le Hellfest. Je lui dis « bravo » parce qu’il a pris le risque et je ne peux que le remercier d’avoir fait confiance à ces groupes. De plus, ils n’ont pas été déçus.

« Je suis un particulier, je ne suis pas une association, je n’ai aucune subvention. Tout cet argent que j’investis dans ces affiches, c’est le mien. […] Cette année, on sait que l’on n’équilibrera pas les comptes […] mais comme c’est le dernier ça n’a pas d’importance. »

ADX est tellement sympathique à voir sur scène que même si l’on adhère pas à la musique on est obligé d’apprécier. C’est vraiment une bonne expérience.

Il n’y a pas qu’ADX, il en est de même pour Still Square. Ce sont des gens qui prennent plaisir et ils communiquent au public le plaisir de jouer. Aujourd’hui quand on va voir un groupe comme Dagoba ou Gojira, les gars bougent la tête mais ne chantent pas en même temps que les groupes. Alors qu’avec ADX, ça chante en français donc les gens comprennent les textes et ça chante du début jusqu’à la fin. Il y a une réelle communion entre le groupe et le public. C’est ce qu’on appelle le festival c’est-à-dire faire la fête ! Je pense qu’une affiche comme celle du PMFF est faite pour faire la fête.

Penses-tu qu’aujourd’hui les jeunes metalleux ont aussi un côté peut être un peu trop sectaire ?

Non je ne pense pas. Ils écoutent ce qu’on leur donne à écouter. Si on ne leur donne pas quelque chose de différent ils vont se dire que c’est ça qu’il faut écouter et pas autre chose. A travers le Rock Fort Show que l’on fait depuis vingt-neuf ans, on propose chaque semaine de tout. Je mets bien évidemment en avant les groupes français parce que ce sont mes racines, c’est ce que j’aime mais cela ne m’empêche pas de passer du Metallica, du King Diamond ou du Deep Purple. Par contre je ne vais pas faire une émission 100% thrash ou 100% death. Je vais faire une émission dans laquelle il y aura aussi bien du prog ou à la marge un groupe comme Bagdad Rodeo. On les fait venir à la radio, ils jouent en direct live et de toute façon c’est du rock. L’émission s’appelle « Rock Fort », c’est une émission de metal. Heureusement qu’elle s’appelle « Rock Fort » parce que c’est également ma caution pour faire jouer des groupes de rock. On a même fait venir Lucy In The Sky qui était Lucie de la Nouvelle Star et qui s’était fait éliminer tout simplement parce que j’avais vu sa performance sur le morceau de Led Zeppelin « Whole Lotta Love » et que j’en avais eu des frissons. Rien que pour ça, je suis content que l’on s’appelle « Rock Fort » et non pas « metal-quelque chose » qui nous enfermerait dans un carcan là où moi je peux évoluer vers d’autres groupes. Ce qui est très intéressant c’est que cette fille, Lucie, joue avec Farid Medjane et avec des musiciens metalleux. Ils ont fait une tournée de reprises de groupes de metal. Si ça, on ne le dit pas au public, il ne le saura jamais parce qu’il va rester enfermé dans ce que le monde metal va avoir comme carcan et va avoir comme limite. C’est aussi un peu pour cette raison que l’affiche du PMFF est ce qu’elle est avec ses différences de styles. Il y en a vraiment pour tous les goûts. On a fait trois journées à thèmes pour que le public puisse choisir. Si par exemple quelqu’un n’aime pas le prog’, il pourra ne pas venir la deuxième journée. On a fait le choix de diviser le festival par thème alors qu’habituellement on mélangeait tout. On mélangeait No Return, Witches avec Blasphème, Still Square et puis Royal Bubble Orchestra, c’était du stoner donc ça n’avait pas grand-chose à voir avec l’affiche mais ça a donné un style supplémentaire. Je suis persuadé que si l’on donne au public des choses très variées, ils iront certes voir ce qu’ils ont envie de voir, mais on leur donne aussi la chance de voir des choses qu’ils n’iraient pas forcément voir en temps normal.

Peux-tu expliquer pourquoi il s’agît de la dernière édition de ce festival ?

Je pense que l’on a fait le tour des reformations, il y a encore pas mal de groupes qui se reforment actuellement puisque Jumper Lace aurait pu être sur cette affiche à la place de Squealer mais le groupe n’était pas prêt. Je ne sais pas si les gens vont prendre le risque de faire jouer ces groupes mais je sais que c’est une demande de ces anciens artistes et quand on voit au départ des groupes comme Mercyless, il n’était pas question qu’ils se reforment mais quand ils ont vu toutes les reformations qu’il y avait, le retour d’Agressor, ils se sont dit qu’ils allaient s’y mettre et l’année dernière ils sont venus à Paris dans une toute petite salle et c’était blindé. Je pense qu’on a fait le tour des reformations intéressantes, parce que certaines le sont beaucoup moins. Je crois que l’on a proposé à chaque fois sur ces affiches des formations qui valaient la peine. Still Square a ressorti un album, Blasphème a ressorti un disque et un DVD, ADX a ressorti déjà trois albums, ensuite ce n’est pas moi qui ais fait se reformer Loudblast ou Agressor mais j’y étais pour beaucoup parce que je les ai un peu sorti de leur routine où ils ne faisaient pas grand-chose au niveau musical. Je leur ai dit de remonter sur scène parce qu’il y a un public pour eux, on l’a prouvé et au PMFF les gens se déplacent. Je pense donc que l’on a fait le tour. L’autre chose importante pour moi c’est que je suis non-voyant et cela devient de plus en plus compliqué d’organiser les choses et d’avoir des gens atour de moi, ce ne sont que des bénévoles. J’ai une vision de ce festival qui est la mienne au niveau de l’approche que j’ai et que j’ai envie de donner à ce festival et les gens qui travaillent avec moi n’ont ni la même passion ni la même approche. Donc cela devient compliqué surtout lorsqu’il s’agît de choisir les groupes. On se heurte parfois à des choses où l’on dit « mais pourquoi tu mets ce groupe là ? Ça ne fera venir personne alors que ce petit groupe émergeant, lui, il va ramener du monde ! » Ce n’est pas ce qui m’intéresse. Le petit groupe qui est jeune a toute la vie devant lui alors que le groupe qui a déjà vécu, ce sont certainement ses dernières années de vie. Même s’il ne faut pas être pessimiste, la réalité est là. Si aucun organisateur ne prend le risque de faire ce que nous l’on fait au Paris Metal France Festival, ces groupes-là ne joueront plus. Blasphème s’arrête un peu à cause de ça également. Tout le monde me dit que je n’arrêterai jamais parce que c’est ma passion et que donc dans quelques années on fera une reformation du PMFF.

Cela serait un moyen d’aller jusqu’au bout du concept.

Oui mais je pense que d’ici là bons nombres des groupes qui auront joué au PMFF ne seront plus là. En revanche il y aura peut être des petits jeunes d’aujourd’hui que l’on aura oublié et à qui l’on demandera de se reformer.

Des gens seraient-ils intéressés pour reprendre le flambeau de cet esprit ?

J’aimerais beaucoup. En 2008, on m’a dit que vu comment l’affiche avait rempli La Locomotive, elle devrait tourner. Je n’ai trouvé aucun tourneur. On a proposé quatre groupes de l’affiche, ADX, Blasphème, Killers et Still Square qui avaient remporté le plus gros succès sur l’affiche de 2008. tout le monde trouvait que c’était une très bonne idée que de les faire tourner mais ça n’a été une très bonne idée que juste le temps de le dire. Je n’ai par la suite jamais été recontacté. J’ai beau rappeler les gens, on me dit que ça ne marche qu’à Paris. Si ça ne marche qu’à Paris, est-ce que cela signifierait qu’il n’y a que moi qui puisse faire ce genre d’événements ? Je ne sais pas mais je suis prêt à passer le flambeau et à donner tous mes contacts pour que cette aventure continue. Je veux bien aider mais je ne crois pas qu’aujourd’hui il y ait des gens qui aillent dans le bon sens car il faut savoir que je ne fais aucun bénéfice. Je suis un particulier alors tous les bénéfices que je ferais il faudrait que je les déclare aux impôts. Par conséquent, tout ce qui est au dessus du budget est reversé intégralement aux groupes. Je ne garde strictement rien hormis la base de ce que j’ai investi.

Quand on te dit que ça ne marche que sur Paris, tu y crois ?

Non. Je pense qu’il faut donner la chance à la chance, la chance aux groupes. ADX au Motocultor : dès qu’ils ont commencé à jouer trois accords le public s’est rendu compte que ça jouait, qu’il y avait du son, de l’humour et qu’il se passait quelque chose alors ils y sont allés. Il n’y avait pas non plus deux cent mille personnes mais il y avait du monde. Quand on regarde les vidéos du Hellfest, il y a du monde. Ce n’est pas un groupe qui désintéresse les gens.

N’est ce pas un groupe qui aurait justement plus de succès en festival du fait que les festivaliers sont là et qu’ils peuvent prouver de quoi ils sont capables directement devant eux plutôt que dans une soirée où ils auraient à convaincre bien à l’avance le public de se déplacer à leur concert ?

Je ne sais pas mais je vais vous donner un exemple puisque je suis aussi le manager d’ADX. On a joué avec Ultra Vomit à Limoges, ce jour-là on ne voit dans le public que des jeunes à l’humour Ultra Vomitien donc je dis au groupe que ce n’est peut-être pas judicieux d’être tête d’affiche, qu’il vaudrait mieux jouer avant et qu’Ultra Vomit soit tête d’affiche car le public n’avait pas l’air d’être venu pour ADX. On a donc fait l’échange et ADX a joué avant Ultra Vomit. Le public qui n’était pas venu pour ADX a regardé le groupe et s’est précipité au merchandising juste après leur prestation. On a senti du côté du stand d’Ultra Vomit, et je m’en excuse, qu’ils se disaient « on est venu pour eux et les jeunes se précipitent au merchandising d’ADX. Ils n’auront plus d’argent pour le merchandising d’Ultra Vomit ! » et ça s’est passé comme ça. Ultra Vomit a fait un show dantesque, c’était énorme, j’ai adoré ce qu’ils ont fait et je les remercie de nous avoir permis de montrer à un jeune public qu’ADX était un groupe valable et actuel. Si le groupe avait joué après, je pense que le public n’aurait même pas regardé cet artiste, il se serait barré. Je pense qu’il est important de placer les groupes dans un bon ordre et il faut leur donner leur chance à tous. C’est ce qui s’est passé à Limoges. Après, nous avons réitéré cette histoire sur d’autres festivals où ADX ne se bat absolument pas pour avoir une tête d’affiche. Le groupe a très bien compris depuis ses débuts que l’important ce n’était pas d’être tête d’affiche mais de jouer et de jouer devant un public. Si c’est être en tête d’affiche pour ne jouer devant personne, cela ne sert à rien.

Quel est ton avis sur les gros festivals comme le Hellfest et le Sonisphere concernant la représentation de la scène musicale française ?

Je suis déçu. J’étais content au début du Hellfest parce qu’on avait enfin notre Wacken, on n’avait plus mille cinq cents bornes à faire pour aller voir tout ces groupes. Je l’ai fait pendant quinze ans donc je sais de quoi je parle. Mes vacances c’était Wacken, Summer Breeze, Earthshaker Fest, je morcelais mes vacances en fonction des festivals. Je m’étais donc dit que l’on avait enfin un festival qui allait regrouper tous les groupes que j’allais voir à l’étranger en France. Cela a duré trois ou quatre ans. Dans tous les cas c’est une très bonne initiative et je ne cracherai absolument pas sur ce que fait Ben Barbaud, je le félicite même si aujourd’hui je suis un peu déçu du peu de bonnes places qu’obtiennent les groupes français sur une affiche comme le Hellfest. C’est encore pire sur le Sonisphere mais ce n’est pas du tout fait dans la même optique ni avec les mêmes moyens. Je suis vraiment content de ces deux festivals parce que ça me permet d’aller moins loin et puis surtout en deux festivals j’ai fait tous les groupes que je voulais voir ou entendre. Je ne crache sur aucun festival en France ni sur le festival de Vouziers de mon ami William Voluer qui fait ça tous les ans depuis vingt-trois ans maintenant où il programme des affiches un peu à l’instar du PMFF puisque l’on a travaillé un peu ensemble. Il a tout essayé : du neo-metal, des choses plus modernes et puis il en est revenu aux vieux groupes. Il me dit qu’il remplit autant avec les vieux groupes qu’avec les nouveaux donc autant qu’il se fasse plaisir et qu’il prenne les groupes qu’il aime. Tout est possible. Il y a des affiches qui marchent, d’autres moins bien. Aujourd’hui nous sommes aussi dans une période de crise et cela se ressent énormément. Cette année sur Paris sur cent concerts il n’y en a que dix qui ont trouvé l’équilibre et qui ont rentabilisé réellement l’affiche. Ainsi je ne me fais pas trop de soucis sur le PMFF, je me dis que je serais dans la même situation que pour tous les autres concerts qui ont eu lieu sur Paris cette année. Je pense que l’on va se ramasser une grosse gamelle financière mais ce n’est pas grave, on aura pris du plaisir. Je prends énormément de plaisir à vous répondre, je prends énormément de plaisir à avoir construit cette affiche depuis un an. En effet, dès que le PMFF IV a été fini, le lendemain matin, je commençais à appeler les gens pour le PMFF V. je prends du plaisir chaque seconde qui passe car je suis en forme, je suis en bonne santé, j’ai plein d’amis autour de moi qui me suivent et me font confiance et ça se voit sur ces affiches là. Je continue à vivre ma passion et je suis heureux même si l’on doit arrêté parce que je pense que l’on a fait le tour.

Concernant cette édition qui aura donc lieu les 11, 12 et 13 janvier, je voulais signaler que l’un de nos partenaires, Marc-Patrick Gatling de Metal Intégral nous a fait un dossier de presse complet que l’on a envoyé à plus de deux mille personnes. Ce dossier peut être retrouvé sur le site du Rock Fort Show et il a édité un programme. Je crois que c’est l’une des rares fois où un festival sur trois jours à Paris aura un programme de seize pages broché avec une couverture glacée magnifique. Il a également pensé à mettre une page blanche à la fin du programme pour que vous puissiez le faire dédicacer par tous les musiciens qui seront dans la salle.

« Ce n’est pas bien qu’un groupe joue gratuitement. Ils ont besoin d’argent pour répéter, pour acheter des instruments, pour réparer du matériel et tout le reste. Ce n’est donc pas pour moi une fierté de dire que ces groupes jouent gratuitement c’est simplement que nous n’avons pas les moyens de les payer. »

Ce sera une bonne occasion de soutenir la scène française.

Je pense oui. On a vraiment senti une réelle implication de la part de tous les partenaires qui nous ont soutenus depuis le début. Il y a eu un réel besoin d’aider et ce dans le bon sens des choses, non pas dans le but de faire un peu de pub pour grappiller deux ou trois places. On n’a pas ressenti ça comme ça. Tout le monde a mis la main à la pâte, a relayé les informations et on a eu des partenaires comme Le Parisien. On devrait également avoir un article quelques temps avant dans 20 Minutes et dans Métro. Nous n’avons pas été frapper à beaucoup de portes ; on a juste envoyé un dossier de presse et les gens sont venus ensuite. Il y a eu également beaucoup de discours et de rencontres pendant les concerts, les festivals et tout s’est fait naturellement. Je remercie également Amaury (ndlr : Amaury Blanc est le fondateur de Radio Metal). Il s’était étonné que l’année dernière Radio Metal n’est pas été sollicité pour être partenaire du PMFF avec le retour d’Agressor. En réalité je ne sollicite personne. Je pense que c’est quelque chose de naturel, si l’on aime quelque chose, on se propose. Si quelqu’un tombe dans la rue, on le ramasse et moi c’est un peu ça. J’ai trouvé ça super sympa de la part de Radio Metal et de tous nos autres partenaires. Je ne peux pas tous les citer car ils sont nombreux cette année.

Tu abordais précédemment ton état de santé. En étant quasiment non-voyant comment vis-tu la musique puisque tu ne peux pas vraiment la voir sur scène ?

Je suis né comme ça. Cela s’appelle la rétinite pigmentaire. Je n’ai pas de champ visuel et dès qu’il y a une trop forte clarté ou une trop faible luminosité je n’y vois rien. Imaginez-vous dans une salle de concert : il fait noir et en plus il y a des lumières qui vous tapent dans les yeux. Alors depuis le début je n’y vois rien. La musique je l’ai toujours ressentie, je l’ai toujours écoutée et appréciée. J’essaie dans un concert d’écouter vraiment tous les instruments, ce n’est pas toujours évident. Lorsque la balance n’est pas bien faite, je me dis que le concert n’était pas terrible parce que je n’ai pas entendu tout ce qui était sur l’album ou je n’ai pas entendu la guitare parce que la basse était trop forte ou la batterie ou le chant n’étaient pas bons. Je pense que je dois avoir une perception musicale différente des gens qui vont se focaliser sur un look sur scène puisque je vais me focaliser sur ce que j’entends. Je vois des mouvements sur scène, je vois des formes mais je suis incapable de dire quand le musicien descend de scène et qu’il vient vers moi « ah oui je t’ai vu sur scène c’était super ! ». Parfois cela crée quelques quiproquos parce qu’il y a des gens qui me voient pendant les concerts et qui viennent me dire bonjour, je leur réponds mais je ne sais pas qui c’est. Quand les lumières se rallument je vois des têtes que je connais et que je salue et là ils doivent se dire que je bois parce qu’ils m’ont déjà dit bonjour avant. Ce sont des anecdotes qui me font bien marrer. J’ai quarante-six ans donc je ne vais pas m’affoler sur des petites blagues comme ça. Cette question est très bien car elle me permet de donner une explication devant la France entière. Cela ne me gêne pas, je me balade avec une canne blanche pour bien montrer aux gens que je n’y vois rien mais la plupart du temps les gens ne la remarque pas et me demandent si j’ai vu telle ou telle chose. (Rires)

Ce n’est pas grave, c’est un tic de langage que tout le monde peut avoir et ce qui me rassure c’est que les gens me considèrent comme tout le monde et ça c’est déjà une très grande victoire. Pour la perception de la musique, cela se passe à l’intérieur et ce sont vraiment les sons que je perçois le plus et je sais ce que j’aime et ce que je n’aime pas.

Finalement tu te concentres sur l’essentiel tandis que d’autres personnes peuvent être distraites par ce qu’elles voient.

Je ne sais pas. Dans les années quatre-vingt on disait que le look était plus important que la musique alors qu’en ce qui me concerne j’ai toujours considéré que la musique était plus importante que le look. Un groupe comme Kiss, c’est très bien ce qu’ils font sur scène, c’est très beau quand on peut le voir mais ça n’empêche pas que musicalement à l’époque dans les années soixante-dix, quatre-vingt, quatre-vingt dix ils m’ont ravi le conduit auditif avec des mélodies, des solos, des voix et ce peu importe le look qu’ils avaient. Quand ils se sont démaquillés cela n’a rien changé pour moi, musicalement cela restait du Kiss. C’est la musique que j’écoute en premier. Je ne vais pas acheter un disque parce qu’il a une belle pochette. Quand je vais chez mon disquaire je lui demande d’abord de me faire écouter ce qu’il a reçu de meilleur et voir si moi aussi je vais trouver que c’est ce qu’il y a de meilleur. Avec toutes ces années de radio, on écoute énormément de choses et il y a des choses que je passe qui ne sont pas « bonnes » mais que je diffuse quand même parce que je sais que des auditeurs vont bien aimer. Je suis à l’écoute des gens et de ce qu’ils ont envie d’entendre aussi même si vous allez dire que cela ne se ressent pas dans mon affiche du PMFF puisque je ne mets que des trucs que les gens n’écoutent pas. Il faudrait justement qu’ils se remettent un peu dans les origines de tout ça et qu’ils se mettent à écouter de la musique. Quand on vieilli on se remet à écouter de la musique. On écoute du blues, du jazz et ça ne nous empêche pas de rester metalleux dans les gênes mais on va écouter aussi d’autres choses. Un groupe comme Mörgbl sur scène le samedi à 14h sera accompagné par Yann Armellino, Patrick Rondat et Mathieu de Conscience, soit quatre guitaristes aux styles complètement différents : il y a un guitariste de prog’, un guitariste de blues, un guitariste complètement barré, Christophe Godin et Patrick Rondat qui est capable de tout jouer. Christophe Godin est capable de jouer du thrash, du death, du blues, du ska, tout ce que vous voulez ! Mörglbl n’est pas le groupe le plus connu au monde mais dedans il n’y a que des pointures comme Aurélien Ouzoulias qui est l’ancien batteur de Zuul FX et qui joue aujourd’hui avec Satan Jokers. Ces mecs là dès le départ je leur ai dit « vous vous rendez compte que vous allez ouvrir le festival le samedi matin ? » ils m’ont répondu « oui, et alors ? C’est quoi le problème ? On va se mettre sur scène et on va jouer ». Ca sera à 14h alors il faudra se lever mais il faut se lever pour tous les musiciens qui vont monter parce qu’ils ne seront pas seuls, ils vont être accompagnés aussi par des musiciens qui auront peut être joué la veille. C’est une info que je ne devrais pas donner mais dans Mörglbl il y aura des musiciens qui auront joué la veille…

Cela donne envie d’y aller…

J’essaie de partager ma passion sans tricher, je pense que les gens le savent et tout ces groupes-là me font confiance parce que je n’ai jamais triché avec eux. J’ai toujours été sincère et quand on me demandait « qu’est-ce que tu penses de notre musique, » je leur disait « ça ne me plaît pas mais vous êtes de supers zicos quand même parce que vous faites ce en quoi vous croyez, vous allez jusqu’au bout ». Je sais que c’est difficile de monter sur scène, de composer, d’apprendre la musique alors j’ai un profond respect pour ces gars-là. Même pour le plus médiocre des groupes j’éprouve un profond respect parce qu’au lieu de critiquer ces groupes-là, prenez une guitare, montez sur scène et montrez-nous ce que vous savez faire. Pour en revenir à Mörglbl ils sont quatre maintenant et je crois que pour le PMFF avec les invités ils seront au moins sept sur scène alors je vous engage à aller les voir car je ne pense pas que vous reverrez cette formation du PMFF un jour sur une scène. Vous verrez quelque chose de différent mais vous ne les verrez pas tel qu’on vous les propose sur cette affiche.

Mais ne vous attendez pas à ce que cela soit du metal du début jusqu’à la fin. Christophe Godin vous montre toutes ses facettes et ce sont des musiciens super complets et respectables. Quand un groupe accepte d’ouvrir un festival alors que c’est une grosse prise de risques et que beaucoup de groupes auraient refusé, j’ai un profond respect. De plus, il n’y a pas un seul groupe présent sur cette affiche avec qui j’ai eu des mots ou un problème, ce sont tous des crèmes. Avis aux organisateurs, vous pouvez tous les contacter, ces groupes-là ne demandent qu’à jouer.

Interview réalisée en direct pendant Anarchy X par Spaceman et Metal’O Phil mardi 18 décembre 2012
Retranscription : Isa

Plus d’infos sur la Page Facebook du PMFF



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