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Interview   

Parler de Dieu avec Neal Morse


Il y a quelques années, Neal Morse quittait Spock’s Beard et s’éloignait du monde de la musique pour se consacrer à Dieu. Depuis, compte tenu de ce que cette foi lui a apporté, il lui est extrêmement difficile d’évoquer autre chose que son rapport à Dieu dans ses textes d’albums. Nous avons donc évoqué avec lui cette relation. Pas de militantisme invasif dans son discours : pour Neal Morse, la foi est quelque-chose d’intérieur, d’où l’importance de faire la distinction entre Dieu et certaines religions, « plus fondées sur des hommes que sur Dieu ».

Nous en avons également profité pour prendre la température de sa relation avec Spock’s Beard, de l’avenir d’une éventuelle collaboration avec ses anciens collègues, ainsi que de celui de Transatlantic.

Entretien.

« Mon objectif est simplement de faire ce que j’ai l’impression que Dieu veut que je fasse. J’espère que les gens en tireront de bonnes choses, qu’ils trouveront leur voie vers Dieu par l’intermédiaire de ce que je fais et que par conséquent je pourrai être une sorte d’aide, mais je ne sais pas vraiment comment tout ça va fonctionner. Tu ne sais pas vraiment ce que Dieu a en tête lorsque tu sens qu’il veut que tu fasses quelque chose. »

Radio Metal : Testimony II est, comme son nom l’indique, la suite de ton premier album, Testimony. Est-ce que tu prévoyais déjà de faire une suite en 2003, lorsque tu écrivais ce premier Testimony ?

Neal Morse : Au fond de moi, je pensais en effet que je ferais peut-être un deuxième Testimony à un moment ou à un autre. Dans Testimony I, il y a certaines choses dont je n’ai pas parlé, comme la guérison de ma fille Jayda quand elle était petite, ou mon départ du groupe d’Eric Burdon et de Spock’s Beard… Il y avait vraiment pas mal de choses que je n’avais pas évoquées dans ce premier album. Je me souviens y avoir pensé à l’époque, j’ignorais juste le moment où je le ferais vraiment.

Ce premier album racontait l’histoire de ta relation avec la religion. Elle a dû considérablement évoluer pour que tu puisses y consacrer à nouveau un album complet…

Tu sais, c’est quelque chose de continu. C’est comme la relation que tu as avec ta copine ou ta femme : de la même manière ma relation avec Dieu est quelque chose de continu. Il y a des étapes importantes qui sont franchies, et beaucoup de choses à raconter au fur et à mesure. Cet album Testimony II évoque vraiment beaucoup de choses qui me sont arrivées entre 1996 et 2002.

Est-ce que tu as été témoin de nouveaux miracles, comme celui dont tu parles dans Testimony Live à propos de ta fille ?

Je ne pense pas qu’il y ait eu quoi que ce soit d’aussi spectaculaire, mais j’ai vécu beaucoup de choses formidables et de miracles vraiment extraordinaires. Ce n’est pas toujours des grandes guérisons ou des choses de cet ordre, parfois, c’est simplement des idées que tu n’aurais jamais eu autrement, à certains moments. À l’église l’autre jour, je commentais la fin de l’évangile selon Saint Jean, et un jeune homme est venu me voir et m’a dit « C’est dingue, ce matin-même je lisais les passages dont tu parles… » C’est une petite chose, mais j’ai beaucoup de gratitude pour ce genre de petits miracles que Dieu nous envoie.

Pourquoi as-tu attendu si longtemps avant de sortir cette suite au premier Testimony ?

Je ne sais pas. Ce n’était pas le bon moment. L’un de mes amis avait de grandes idées en octobre ou novembre dernier, et je ne savais pas vraiment ce qu’elles étaient censées être, ni comment elles pouvaient s’articuler ensemble. Ensuite, un autre de mes amis m’a envoyé un mail où il me demandait si j’avais pensé à faire un deuxième Testimony. Je n’y avais encore jamais songé, mais je me suis dit que c’était peut-être à faire … J’ai commencé à y réfléchir, puis à travailler dessus, et j’ai senti que c’était la bonne chose à faire. C’était le bon moment.

« [La religion] ne concerne que toi, ton cœur, et ta relation avec Dieu. »

Tu as quitté Spock’s Beard il y a des années pour consacrer ta vie à Dieu. Toute la musique que tu as écrite depuis est liée à la religion. Qu’est-ce que tu cherches à atteindre par l’intermédiaire de ta musique ? Est-ce que tu veux simplement partager ta foi, ou est-ce que tu espères convertir ceux qui t’écoutent ?

Mon objectif est simplement de faire ce que j’ai l’impression que Dieu veut que je fasse. J’espère que les gens en tireront de bonnes choses, qu’ils trouveront leur voie vers Dieu par l’intermédiaire de ce que je fais et que par conséquent je pourrai être une sorte d’aide, mais je ne sais pas vraiment comment tout ça va fonctionner. Tu ne sais pas vraiment ce que Dieu a en tête lorsque tu sens qu’il veut que tu fasses quelque chose. Tu te dis « ok, je vais faire en sorte de faire ça et peut-être que je pourrai convertir des gens au christianisme » ou quelque chose comme ça, alors qu’en fait il essaie peut-être juste d’atteindre l’un des musiciens du groupe, et que tout ça n’est peut-être destiné à être entendu que par une seule personne qu’il faut encourager.

Puisque la religion est quelque chose de si important pour toi, est-ce que tu as déjà songé à faire un concert dans une église ?

Je l’ai déjà fait ! J’ai déjà participé à des messes à plusieurs endroit en Europe. Ça a été une véritable bénédiction. J’adore jouer dans les églises, mais j’aime aussi jouer dans des endroits plus ordinaires.

Comment les gens ont-ils réagi ? Le rock progressif n’est pas un genre qu’on s’attend à entendre à l’église…

C’est intéressant de voir que les gens réagissent de manières très différentes. Souvent, quand je participe à la messe je ne joue pas des trucs trop prog rock. Ça dépend.

En France, on a un gros festival hard-rock et metal qui s’appelle le Hellfest. Tous les ans, des organisations chrétiennes s’y opposent parce qu’elles estiment que c’est un festival satanique. Des politiciens ont même essayé de le faire annuler, bien qu’il n’y ait jamais eu aucun problème. Qu’est-ce que tu en penses ?

Je ne sais pas ! Je n’en ai jamais entendu parler. Tu peux répéter le nom ?

Le « Hellfest ».

[Il rit] Oh, je trouve ça drôle. Des gens essaie de le faire annuler parce qu’ils pensent qu’il a une mauvaise influence ?

Oui, parce qu’ils pensent que c’est satanique. Il y a des centaines de groupes de hard-rock ou de metal et les gens pensent qu’ils sont tous anti-chrétiens et satanistes.

Je pense qu’il y aura toujours ce genre de rassemblement. Ce qui m’intéresse, c’est de prendre conscience de Dieu moi-même, et je n’irais pas m’engager pour essayer de faire annuler quelque chose que j’estimerais satanique comme ça. Il vaut mieux laisser les gens faire leur truc, s’exprimer, et quand ils seront prêts à venir à Dieu, alors avec un peu de chance, ils le feront.

Donc tu penses que la religion doit rester quelque chose de très personnel, c’est ça ?

Oui. Ça ne concerne que toi, ton cœur, et ta relation avec Dieu. Là est toute la question. Jésus a dit « je suis venu afin qu’elles aient la vie, et qu’elle l’aient en abondance ». Le but, c’est de trouver pour soi cette vie abondante en Dieu. C’est ça qui m’intéresse.

La plupart des groupes de metal qui utilisent cette imagerie le font avec humour, ou alors de manière ironique. Penses-tu que certains croyants manquent d’ironie, ou d’un certain sens de la provocation ?

Bien sûr. Un certain sens de l’humour, c’est très bien, je pense qu’on en a bien besoin. C’est une bonne chose, tant que ça reste de bon goût et que ça ne blesse personne.

« Je ne crois pas en un Dieu qui provoquerait les croisades etc. Je pense que bien souvent, ce qu’on appelle religion est en fait bien plus fondé sur des hommes que sur Dieu. »

En raison de tous les crimes et de tous les conflits qui ont lieu au nom de Dieu ou de croyances religieuses, de plus en plus de gens pensent que la religion fait plus de mal que de bien. Que répondrais-tu à cela ?

Je répondrais que dans bien des cas, ils ont raison ! Je ne crois pas en ce genre de Dieu non plus. Je ne crois pas en un Dieu qui provoquerait les croisades etc. Je pense que bien souvent, ce qu’on appelle religion est en fait bien plus fondé sur des hommes que sur Dieu.

Tu as l’air de croire en Dieu, mais pas vraiment en le concept de religion, je me trompe ?

Ça dépend de quelle religion et de quelle église on parle. Je pense qu’une grande partie de l’église traditionnelle tient moins, comme je l’ai dit, de Dieu que d’hommes, quand bien même ils prétendent le contraire. Cela dit, je crois très fortement en une Église véritable, en Jésus, le vrai Dieu incarné… J’y crois très fort, mais je pense aussi que le monde est empli de fausses religions.

Parlons maintenant de Transatlantic : The Whirlwind, dernier album du groupe, parle de religion. Il est constitué d’une unique chanson très longue, et dans l’ensemble, la musique fait beaucoup penser à ce que tu fais avec ton propre groupe. Qu’est-ce que t’apporte Transatlantic que tu ne peux pas avoir avec ton groupe solo ?

Je trouve que Transatlantic est quelque chose d’unique, avec un son qui lui est propre. Tout le monde y apporte quelque chose d’unique, et il me semble que The Whirlwind est quelque chose de très différent de ce que je peux faire en solo. Si tu entendais la version originale de la demo intitulée « The Whirlwind » que j’avais enregistrée de mon côté, tu verrais que ça n’a pratiquement rien avoir avec l’album The Whirlwind qu’on a sorti avec Transatlantic. C’est vraiment quelque chose d’unique, qui conjugue l’influence de tous les membres du groupe… Je pense que c’est quelque chose de vraiment spécial, et je suis honoré d’en faire partie.

Pourquoi as-tu ressenti le besoin de rappeler les autres membres du groupe pour faire un nouveau cd tant d’années après votre dernier album ?

Bonne question. Il s’est passé beaucoup de choses pendant toutes ces années. J’y ai réfléchi pendant un moment. Je crois que ça m’est venu à l’esprit grâce à un ami, Todd Barrow, que j’ai connu à l’église et qui n’est même pas un fan. Il avait tout un concept venant de la Bible qui tournait autour de la tornade. Il m’a dit, « tu devrais écrire un album qui s’appellerait The Whirlwind [la tornade], et l’enregistrer avec Transatlantic ». C’était tellement étonnant d’entendre une chose pareille venant de lui. Je l’ai regardé, et je lui ai demandé « de quoi est-ce que tu parles ? », mais ça m’est resté à l’esprit. Parfois, Dieu nous parle par l’intermédiaire d’autres personnes. Parfois, les gens me disent des choses, et j’ai l’impression que c’est Dieu qui essaie de me faire passer un message. C’est exactement ce que j’ai ressenti à propos de ça. Environ un an plus tard, j’ai mangé avec ce mec que je n’avais pas revu depuis un moment et il m’a parlé à nouveau de cet album avec Transatlantic. Il m’a encouragé à le faire, etc. J’ai prié pendant quelque temps, j’y ai réfléchi, et finalement, j’en ai conclu que c’était ce que Dieu voulait que je fasse. J’ai donc appelé les autres membres du groupe, et voilà.

Est-ce que tu envisagerais de faire de nouveaux albums après The Whirlwind ?

Bien sûr, qui sait ?

Daniel Gildenlöw pourrait-il participer à un album studio de Transatlantic ?

Bien entendu !

Est-ce que le fait que Daniel Gildenlöw n’est pas croyant pourrait être un problème s’il était éventuellement recruté dans le groupe ? Est-ce qu’il est nécessaire de partager ta foi pour pouvoir jouer à tes côtés, que ce soit dans Transatlantic ou en solo ?

Non, il faut simplement que je sente que Dieu veut que je le fasse, quelque soient les personnes avec qui je le fais. Les membres de Transatlantic ne sont pas tous croyants, ceux du projet avec Steve Morse auquel je me consacre en ce moment non plus. Certains le sont, d’autre non. Ça dépend de ce que je ressens au moment-même.

[A propos de Spock’s Beard] »Je trouve que c’est vraiment bien qu’ils volent de leur propres ailes, sans label, et qu’ils y aillent un peu façon guérilla. […]On verra bien ce que le futur nous apporte. Je vis la vie au jour le jour, et je fais ce qui me semble le mieux. Ce qu’il y a de sûr, c’est que je verrai les gars cet été, et on verra ce qu’il en ressort. »

Où en sont tes relations avec les membres de Spock’s Beard maintenant ?

Ça va très bien, on va participer aux mêmes festivals cet été et on parle de faire quelques chansons ensemble…

Sur scène ?

Oui, entre autres.

Et peut-être un featuring sur un album studio ? Est-ce que c’est envisageable ?

Bien sûr ! Tu sais, ils apparaissent sur Testimony II. Il y a des moments où on peut entendre les membres de Spock’s Beard dans la chanson « Time Changer ». C’est eux. D’une certaine manière, « Time Changer », dans Testimony II, est la réunion sonore de Spock’s Beard.

Tu as quitté Spock’s Beard juste après la sortie de Snow. Cet album est considéré comme un véritable chef d’œuvre par les fans, et même peut-être comme le meilleur album du groupe. Pourtant, Spock’s Beard n’a jamais eu l’opportunité de défendre cet album en live. Est-ce que ce serait envisageable que tu joues cet album avec tes anciens collègues lors d’un événement spécial ?

On en a déjà parlé entre nous. On en a discuté, mais on a jamais trouvé un moment qui convienne à tout le monde. À plusieurs reprises, on a pensé se réunir et le faire en le filmant et en en faisant un dvd live de Snow, mais ça ne s’est pas fait. Si ça avait été le cas, je suis sûr que tu l’aurais su. On en a parlé, mais rien ne s’est fait pour le moment.

Que penses-tu de la manière dont le groupe a évolué, et notamment du fait que Nick [D’Virgilio] soit devenu le chanteur principal ?

Je pense que c’est vraiment bien, je suis très content pour eux. Ils ont enregistré leur dernier album eux-mêmes, et je trouve que c’est vraiment bien qu’ils volent de leur propres ailes, sans label, et qu’ils y aillent un peu façon guérilla. Ils ont fait un super boulot, et je suis vraiment content que cet album ait été aussi bien reçu.

Je suppose que tu en as marre qu’on te demande si on peut espérer te voir à nouveau dans Spock’s Beard, mais puisqu’il n’était pas prévu non plus de revoir Transatlantic sur scène, c’est légitime de se le demander : est-ce que c’est toujours hors de question ?

On verra bien ce que le futur nous apporte. Je ne sais pas vraiment. Je vis la vie au jour le jour, et je fais ce qui me semble le mieux. Ce qu’il y a de sûr, c’est que je verrai les gars cet été, et on verra ce qu’il en ressort.

Interview réalisée le 20 avril 2011 par phoner

Retranscription et Traduction : Chloé

Site Internet Neal Morse : www.nealmorse.com



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