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Chronique   

Paul Gilbert – Behold Electric Guitar


Malgré les effets de mode, les albums instrumentaux de guitaristes surdoués perdurent, pour le meilleur ou pour le pire. Si la dextérité ne va pas souvent de pair avec la créativité, il y a quelques rares exceptions qui empêchent d’être littéralement gavé comme une oie par un florilège de notes sans âme. Paul Gilbert fait partie d’une école consciente que personne (ou presque) ne s’intéresse à des excès de vitesse sur manche. En guise de successeur d’I Can Destroy (2015), le guitariste de Racer X et Mr Big a décidé de revenir au pur instrumental avec un titre évocateur : Behold Electric Guitar. Le menu est dans le titre et, pour une fois, il y a une once d’imagination.

Pour ceux qui ne sont pas familiers du jeu de Paul Gilbert, ce dernier est réputé pour une attaque incisive et des riffs hard rock taillés au scalpel. Le choix de la production derrière Behold The Electric Guitar rend parfaitement justice au jeu tout en tension du virtuose : Paul Gilbert a décidé de travailler avec John Cuniberti, producteur sur plusieurs album de Joe Satriani (dont le célèbre Surfing With The Alien), et d’enregistrer chaque piste jouée par les musiciens (Roland Guerin à la basse, Asher Fulero au clavier et une panoplie de batteurs) en live. Behold Electric Guitar n’a presque aucun intermédiaire entre la prise de son initiale et ce que l’auditeur reçoit. De quoi respecter davantage la performance. Le choix de Paul Gilbert de livrer un opus instrumental est lié aux limitations de sa voix (selon lui-même), se sentant plus à même de s’exprimer via des phrasés de guitare. Behold Electric Guitar en est rempli. C’est d’ailleurs l’un des traits marquants de l’opus : la guitare officie réellement comme un frontman. Ainsi, emporté par l’air, on se surprend à chantonner un titre tel que « I Own A Building ». Paul Gilbert n’a pas décidé de placer la six-cordes sur un piédestal mais de la muer en une véritable voix, à l’instar de l’exercice déjà recherché sur l’album de reprises Stone Pushing Uphill Man (2014). Le procédé est sensible à chaque fois que le musicien privilégie les tempos lents, tel le bluesy « Every Snare Drum ». Si la guitare peut dépasser le rôle auquel elle est habituellement cantonnée, c’est grâce à la performance du groupe qui entoure Gilbert. Behold Electric Guitar est une sorte de crossover géant à la dominante blues (« Every Snare Drum », « A Snake Just Bit My Toe », « Blues For Rabbit »), avec ses humeurs funky (« Sir, You Need To Calm Down ») et ses moments d’excitation rock tels que « Love Is The Saddest Thing » et son shuffle endiablé.

Album d’une guitare qui se dépasse, l’instrument a tout de même une pléthore de moments d’excellence lorsque Gilbert lui donne le beau rôle. Le crunch de « Blues For Rabbit » et « Everywhere That Mary Went » donnent envie de se ridiculiser à l’air guitar, et le riffing chirurgical de « A Herd Of Turtles » – en alternance avec des accalmies de piano jazzy/lounge sur lesquelles Paul conte une histoire – rappelle les compositions débridées de The Aristocrats. Tout ça saupoudré d’une touche d’humour pertinente de la part du guitariste, ce qui le sépare de ses comparses à la permanente intemporelle et qui permet d’aborder Behold Electric Guitar avec curiosité et entrain. « I Love My Lawnmower » a cette mélodie qui fait penser à un dimanche ensoleillé au sein d’une banlieue américaine à la Desperate Housewives, le dimanche patriarcal où le chef de famille va assumer son rôle en fignolant sa pelouse tout en souriant à ses voisins en vue du prochain barbecue et de la Budweiser en guise de récompense. C’est la grande réussite de Behold Electric Guitar : il y a un propos d’une légèreté appréciable qui contraste avec la technique imparable déployée tout au long de l’album. Alors certes, Behold Electric Guitar accuse quelques instants de ringardise lorsque les nappes de clavier accompagnent les soli de guitare langoureux (« Let The Battery Die »). Le vieux jeu n’empêche toutefois pas l’heureux.

Paul Gilbert fait parfaitement honneur à son titre d’album. Il fait chanter la guitare électrique et pousse son rôle au point de la transformer en frontman. Son sens de l’humour couplé à une autodérision empêche toute prétention. Behold Electric Guitar a la tenue d’une master class et l’humilité de quelqu’un qui n’a qu’un seul dessein : jouer de la guitare pour le plaisir. C’est drôle, entraînant et divertissant. Et par-dessus tout, extrêmement inspirant.

Clip vidéo de la chanson « Havin’ It » :

Album Behold Electric Guitar, sortie le 17 mai 2019 via Music Theories. Disponible à l’achat ici



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