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Chronique   

Paul Gilbert – Werewolves Of Portland


Lorsqu’on évoque les légendes de la guitare, impossible d’omettre Paul Gilbert. Le guitar-hero s’est principalement illustré au sein de Racer X et Mr. Big en marge de sa carrière solo amorcée en 1998. Paul Gilbert a longtemps été considéré comme l’un des guitaristes les plus rapides au monde, l’un de ceux qui rivalisent avec Yngwie Malmsteen dès qu’il s’agit de parcourir son manche sans accrocs. De quoi lui valoir une place au G3 ou sur la tournée Guitar Generation, aux côtés de John Petrucci, Joe Satriani, Richie Kotzen ou encore George Lynch, entre autres distinctions. Paul Gilbert est donc l’un de ces « super-musiciens » à la carrière longue comme le bras. Pour preuve, Werewolves Of Portland (titre inspiré de la chanson « Werewolves Of London » de Warren Zevon) constitue son seizième opus solo (en comptant les collaborations avec Jimi Kidd et Freddie Nelson). Une œuvre toutefois singulière dans la discographie du musicien, puisque pandémie oblige, il s’est attelé à jouer et enregistrer tous les instruments lui-même, batterie comprise. Paul Gilbert, ce héros.

Paul Gilbert a seulement sollicité l’aide du producteur Kevin Hahn. Werewolves Of Portland a été réalisé dans son studio baptisé Opal Studio à Portland justement. Deux mois de sessions éparses ont suffi pour réaliser les dix titres instrumentaux qui constituent l’album. Paul Gilbert poursuit sa philosophie initiée à l’occasion de l’album de reprises Stone Pushing Uphill Man (2014) et développée sur Behold Electric Guitar (2019) en remplaçant et mimant les articulations de la voix humaine avec de la guitare afin de pallier les limitations physiques de ses propres cordes vocales. « Hello ! North Dakota ! » ouvre l’album en grande pompe avec ces accords de guitare solennels qui reprennent l’hymne de l’État américain avant d’aboutir sur un folk-rock enjoué aux phrasés langoureux. La section rythmique – particulièrement la batterie – se veut simple mais pas simpliste, judicieusement composée, offrant avant tout un support rock digne de ce nom aux aventures guitaristiques. Sur ce plan, Paul Gilbert multiplie les articulations et les phrasés et prend tout de même soin de faire émerger une mélodie phare. On sent une forme de retenue de la part du guitariste, pas encore décidé à lâcher complètement les chevaux pour préserver l’auditeur. Le rock bluesy de « My Goodness » se charge très vite d’accélérer le processus. Paul Gilbert hausse le tempo de tous ses phrasés et accentue leur aspect « chantant ». Petit à petit, Werewolves Of Portland se révèle athlétique. Le titre éponyme de l’album continue la gradation en complexifiant les rythmiques et les structures. Même lorsqu’un pont blues archétypal survient, Paul Gilbert s’en sert comme d’une autoroute du plaisir et d’un prétexte pour faire hurler sa six-cordes. Werewolves Of Portland triture la guitare dans tous les sens comme s’il était dépassé par sa propre libido.

C’est là toute la difficulté d’appréhension d’une telle œuvre. Werewolves Of Portland s’adresse aux férus de technique ou aux techniciens de la musique. Les titres incluent parfois tellement de mouvements qu’il est difficile de se rattacher à une structure plutôt qu’à quelques secondes d’une prouesse plus éloquente qu’une autre, à l’instar de « Problem-Solving People » qui offre un panel varié de leads et de rythmiques qui s’enchaînent sans répit. Paul Gilbert ne cherche pas forcément à éviter l’écueil de l’instrumental stérile. Il y a cependant toujours une mélodie à chanter – quitte à verser dans le kitsch –, tel le leitmotiv jovial d’« A Thunderous Ovation Shook The Columns », ou un groove entraînant qui survient pour ne pas égarer notre attention, se servant souvent du blues (« (You Would Not Be Able To Handle) What I Handle Everyday ») et de la pop (la ballade « Meaningful ») comme support. Surtout le côté ludique propre au musicien subsiste : on imagine aisément le sourire malicieux ou badin sur le visage de Paul Gilbert lors de ses excès de zèle.

À quoi sert la technique ? Paul Gilbert a sa petite idée sur la question : il s’agit souvent d’un jeu, conjugué à ce besoin de s’exprimer en balayant tout son savoir-faire et en se laissant aller à quelques instincts frénétiques. Ceux qui peuvent le suivre le feront, les autres s’en détourneront assez vite. C’est là que Werewolves Of Portland montre les limites du format instrumental que le musicien emploie depuis Get Out Of My Yard (2006), par opposition à ses albums chantés antérieurs. Malgré tous les efforts du Young Dude pour développer sa technique de « chant à la guitare », celle-ci ne remplace pas la chaleur et le grain d’une vraie voix humaine à laquelle on peut s’identifier. Reste que la diversité de sons, la gourmandise des plans de guitare et l’agilité légendaire des doigts de Paul Gilbert raviront une audience friande de guitar-heroes.

Clip vidéo de la chanson « Werewolves Of Portland » :

Chanson « A Thunderous Ovation Shook The Columns » :

Clip vidéo de la chanson « Argument About Pie » :

Album Werewolves Of Portland, sortie le 4 juin 2021 via Mascot Label Group. Disponible à l’achat ici

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