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Interview   

Paul Masvidal (Cynic) : libre de se laisser surprendre


Kindly Bent To Free Us, le nouvel album de Cynic est sorti il y a déjà plusieurs semaines, le 14 février dernier. Et un album de Cynic est toujours un événement en soi car plutôt rare. Pour preuve, il ne s’agit là que du troisième album du groupe en plus de 20 ans de carrière. Une carrière qui a commencé avec une pierre angulaire du death technique, l’album Focus que le leader, guitariste et chanteur de la formation Paul Masvidal qualifie modestement d’ « album intéressant et solide qui documente une certaine période de nos vies. Les chansons se tiennent à leur étrange manière. » Joint par email en mars dernier, il avoue par ailleurs : « Nous n’avons jamais été bons dans le fait d’imposer des deadlines dans l’emploi du temps de Cynic. J’ai toujours eu le sentiment d’un projet conduit par un désir authentique de faire un art qui viendrait naturellement et non de manière forcée. Ceci dit, nous avons eu un élan plutôt stable en termes de sorties depuis Traced In Air. » Effectivement deux EPs assez particuliers, plutôt expérimentaux, Re-Traced et Carbon-Based Anatomy, se sont insérés entre les deux derniers albums, prenant le risque de désorienter son audience. Mais c’est là quelque chose qui ne fait absolument pas peur à Masvidal qui explique que « les EPs étaient là pour une raison, pour la continuité et ont amené une couleur intéressante à notre catalogue. »

Difficile de trouver une carrière aussi chaotique que celle de Cynic. Car en dehors de son hiatus de 15 ans et son rythme de sortie d’album depuis, on constate que les membres que l’on retrouve sur scène ne sont pas toujours ceux que l’on entend sur les enregistrements. C’est notamment le cas du bassiste Sean Malone, qui pourtant avec ses lignes de basse fretless véloces et virtuoses, est un des instigateurs essentiel du son et du style Cynic. Il a enregistré chacun des disques du groupe (à l’exception de l’EP Re-Traced enregistré par le bassiste d’Exivious et ancien membre live de Cynic Robin Zielhorst) mais n’a été que très rarement vu sur scène avec ses compères. « Il est un auteur et professeur très occupé » nous explique Masvidal, « et généralement il ne peut pas s’engager dans un planning de tournée. En revanche, il se pourrait qu’il fasse quelques concerts pour défendre cet album. Nous verrons. Je comprends pourquoi il ne peut pas le faire. Je vois le live comme un animal différent, que l’on ne peut pas comparer avec le travail en studio. » Alors comment parvient-il malgré tout à garder une énergie de groupe suffisante pour maintenir la formation en vie ? « Je n’en suis pas sûr, ça se produit parce que je l’aime. Si l’amour n’est pas là, la musique n’y est pas non plus. » Sans compter que les temps ont changé depuis la sortie de Focus en 1993 : « La technologie a changé beaucoup de choses pour nous » explique-t-il, « nous trouvons de nouvelles manières de travailler en tant que musiciens et pour promouvoir nos projets. C’est une question de s’adapter et d’évoluer avec les époques et faire confiance en se disant que c’est bien. Internet a été une bonne chose pour un groupe comme Cynic. »

Mais revenons à la dernière production du groupe qui mérite qu’on s’y attarde. Un disque qui voit Cynic évoluer vers une musique plus atmosphérique voire même mystique. « Je ne suis pas sûr [d’où ça vient], mis à part le fait que la musique est probablement un reflet de l’énergie qui m’habite aujourd’hui » nous explique Masvidal, « C’est vraiment difficile pour moi de savoir objectivement ces choses. Peut-être que je me sens plus mystique ou atmosphérique ces derniers temps ? Je n’y pense pas trop. Le son de la musique est quelque chose qui nous surprends, dans la mesure où nous tendons à nous retrouver pour le processus [de création] et ensuite évitons le plus possible d’entraver notre propre route en essayant de faciliter ce processus. C’est extrêmement personnel et en même temps impersonnel, si ça a du sens. » Et sur ce processus de création, il développe : « Nos précédents albums avaient tendance à réduire les jams, donc cette fois-ci, curieusement, nous avons gonflé cet aspect et laissé les choses bouger de manière plus libre et ouverte. Le sentiment est que les espaces de jam que nous avons investi sur cet album réclamaient un caractère plus relax. » Et au niveau du son, plus brut et naturel : « Il y avait une intention de réduire la coloration et d’approcher ça d’un point de vue plus organique, brut, transparent et naturel. Cynic mis à nu. Encore une fois, nous avions le sentiment que les chansons demandaient ce type d’interprétation. »

Un aspect qui a fait également l’identité Cynic, c’est le chant de Paul Masvidal. Pas tant le chant death qui a été abandonné sans que la musique ne perde son identité, que ses lignes vocales mélodiques caractéristiques. « Je n’ai jamais eu de problème avec le fait de jouer et chanter en même temps » nous explique-t-il, « ça vient toujours naturellement pour moi, le fait de faire les deux parties comme s’il s’agissait d’une seule idée. » « Je me demande comment j’approcherais le chant ou si je le ferais différemment si je ne jouais pas de guitare », se questionne-t-il. Le chanteur est par ailleurs connu pour l’utilisation d’un effet vocodeur sur sa voix, effet que l’on a retrouvé ensuite dans d’autres formations influencées par Cynic telle que The Faceless. Mais là aussi les choses ne sont pas figées et évoluent, et cet effet vocodeur semble avoir en partie fait son temps, le chanteur se reposant de moins en moins dessus et l’utilisant davantage comme une texture. Masvidal a appris à utiliser cet effet de manière plus subtile, mais aussi a gagné en confiance par rapport à sa voix et puis « les chansons réclamaient ce type de traitement dans le chant, plus pure, plus subtile, plus doux. » Un autre type de chant fait ponctuellement son apparition sur Kindly Bent To Free Us et qui correspond parfaitement à la dimension mystique de l’album : il s’agit de cette voix chamanique sur la chanson « Moon Heart Sun Head » dont résulte une atmosphère très énigmatique. « Oui, ah ! C’est moi qui chante ces invocations chamaniques » explique-t-il, « j’aime le feeling de cette chanson. Elle aborde un nouvel espace, unique et hybride, pour nous. » « Difficile de prédire comment le future sonnera » nuance-t-il lorsqu’il s’agit de savoir s’il compte développer cette approche sur les prochaines productions. Mais Masvidal reste avant tout un guitariste de talent, au style unique. Et en tant que tel, on ne peut pas ne pas évoquer son modèle signature chez Strandberg, une vraie consécration pour un musicien. « Oui ! J’adore ces guitares. Le manche a particulièrement changé les choses pour moi d’une manière difficile à expliquer. Je me sens plus agile sur le manche. C’est un honneur absolu qui me rend humble et un rêve qui devient réalité que d’avoir une guitare signature. » A noter que c’est avec cette guitare qu’il a enregistré Kindly Bent To Free Us.

L’autre sujet que nous avons abordé avec le guitariste, c’est évidemment cette tournée hommage au groupe Death, intitulée Death To All puis rebaptisé Death DTA. Death, groupe éminemment influent, mené par son regretté leader Chuck Schuldiner décédé le 13 décembre 2001 suite à un long combat contre une tumeur cérébrale. Encore aujourd’hui son héritage est omniprésent, il n’est donc pas étonnant de voir les nombreux musiciens qui ont croisé sa route l’honorer lui et sa musique. Parmi ces musiciens, Paul Masvidal qui avait enregistré l’incontournable Human, en compagnie justement de son acolyte batteur au sein de Cynic Sean Reinert. Cette formation hommage, que Masvidal qualifie de « plaisir nostalgique » et « totalement inattendu », était dès le départ prévue à géométrie variable, bien qu’elle semble s’être figée dernièrement autour de Paul Masvidal, Sean Reinert, Steve DiGiorgio et Max Phelps. Tous ont participé à l’histoire de Death, en particulier à l’album Human, sauf Phelps qui a eu la lourde tâche d’enfiler les chaussures de l’icône. C’est Masvidal justement qui a eu l’idée de faire appel à lui : « J’en ai parlé à Sean, il a donné son approbation et ensuite nous nous sommes rapprochés d’Eric (ndlr : Eric Greif, qui fut notamment manageur de Death) pour lui parler de cette idée et il nous a fait confiance. Max a cette troublante capacité à exécuter les solos et les vocaux de Chuck sans faire beaucoup d’efforts. Il est simplement bon à ça. » Mais avaient-ils quelques inquiétudes dans le fait de ressusciter l’héritage de Chuck Schuldiner et par rapport à la manière dont ça serait perçu par les fans ? « Nous y avons un peu réfléchi » affirme-t-il, « Au bout du compte ça avait du sens, dans la mesure où tant de fans voulaient entendre à nouveau ces chansons. S’il n’y avait pas eu de demandes, nous ne l’aurions pas fait. Au final, c’est un projet qui a une durée de vie limitée et nous le savons », jugeant « improbable » que ceci aille plus loin ou même qu’un groupe émerge de cette expérience.

Paul Masvidal est aussi connu pour de nombreuses autres activités, plus insolites pour un musicien de metal. Il a notamment participé à l’écriture et l’interprétation de nombreuses musiques de film et de sitcoms et a collaboré avec Terri Nunn, une chanteuse pop des années 80 connue pour avoir officié au sein du groupe Berlin. Et plus récemment, c’est avec l’acteur Jim Carrey qu’il s’est illustré, pour la production d’un EP de quatre chansons qui accompagnent le livre pour enfant de l’acteur, intitulé « How Roland Rolls ». Les deux se sont rencontrés par le biais d’un ami commun à l’origine de l’organisation à but non lucratif GATE (Global Alliance For Transformational Entertainment). Paul Masvidal en est le directeur musical et Jim Carrey en est l’un des membres fondateurs honoraires avec l’écrivain Eckhart Tolle. « Carrey et moi nous sommes rencontrés, il m’a expliqué de quoi traitait son livre et j’ai complètement adhéré. Ça collait parfaitement, on s’est éclaté » affirme Masvidal. « Il est hilarant, gentil, sage et extrêmement intelligent » explique-t-il, « il sait parfaitement quand être drôle et quand être sérieux. Son sens de l’humour est toujours bouillonnant en dessous, il est simplement naturellement comme ça. Un super être humain. » On se souvient tous de l’apparition de Cannibal Corpse dans le film Ace Ventura, mais en définitive quels sont les goûts musicaux de Jim Carrey ? « Je sais qu’il est familier avec certains groupes de death metal et qu’il a une oreille éclectique pour tout type de musique, mais je crois que ses goûts sont majoritairement du côté du classic rock et de la musique folk. »

Pour finir, Masvidal évoque la vague possibilité d’un nouvel album d’Aeon Spoke avec des « peut-être » et « nous avons des chansons », rien de concret donc, et un nouveau projet, plus minimaliste et atmosphérique, sur lequel il travaille, « baptisé House Of Spirits, avec mon amie et collègue Amy Correia (que l’on entend déjà sur l’EP de Cynic Carbon-Based Anatomy) qui est unique. Ça pourrait voir le jour plus tard dans l’année. »

Album Kindly Bent To Free Us, sortie le 14 février 2014 chez Season Of Mist



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