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Chronique   

Pelander – Time


Pelander - TimeMagnus Pelander est très certainement un être à part – quiconque a un jour eu l’occasion de le rencontrer ou de lire une de ses interviews peut aisément s’en rendre compte : l’homme a son monde, intellectuel et créatif, se gorge d’idées un peu folles et fait preuve de versatilité, mettant un masque pour des photos de promo de Witchcraft avant de le dévoiler seulement quelques semaines plus tard lors de la sortie de son opus solo. Néanmoins, une chose ne peut dignement se réfuter – et les dirigeants artistiques de Nuclear Blast l’ont, à bon escient, décelé : l’homme a un talent musical et vocal phénoménal. Rares de nos jours sont ces songwriters à l’ancienne, aussi doués pour le chant que pour la guitare. Même Led Zeppelin, puisque la voix et l’univers de Pelander nous y renvoie très souvent, était un animal fabuleux à deux têtes. Et Pelander, finalement, toutes proportions gardées, c’est un peu comme avoir la voix de Robert Plant greffée sur le corps de Jimmy Page : le Suédois est un groupe à lui tout seul.

Ses œuvres dans Witchcraft, notamment l’album Legend au nom équivoque, avaient déjà clairement mis en avant des capacités d’écriture et de maîtrise vocale au-dessus de la moyenne : n’importe qui ne peut se targuer de placer sa voix entre celle de Plant et de James Maynard Keenan sur des compositions autant accrocheuses qu’exigeantes musicalement. Sa prestation dans ce très personnel Time nous montre cette fois-ci un Pelander à nu, qu’on avait déjà pu découvrir en 2010, avec un EP intitulé Sinner’s Child, qui contenait notamment le méconnu mais remarquable « Stardust », composition mélancolique et éthérée, voix-guitare ponctuée de quelques notes de piano qui traçait la route de très belle manière pour ce premier album solo.

L’esprit de « Stardust », on le retrouve immédiatement dès les premières notes d’ « Umbrella » et tout au long de ce Time, notamment avec l’apport parcimonieux d’une voix féminine pour soutenir la verve aérienne et mélodieuse des titres. La voix du Suédois y est douce, mélancolique à souhait, et se pose avec délicatesse sur une guitare classique, souvent seule, qui va chercher sa dynamique dans le folk des années 60/70, chez certaines œuvres de Cat Stevens, Simon & Garfunkel ou Bob Dylan. Pourtant c’est plus comme un album rock, dénudé de l’habituel couple basse-batterie, que comme un album folk à part entière qu’il faudrait aborder ce joyau brut de Pelander ; car à certains moments, on y découvre des solos, l’ajout d’une guitare électrique, et des influences très variées, venues d’autres horizons : comme chez Led Zeppelin, on découvre au gré des titres quelques emprunts à la musique orientale (« Umbrella », « True Colour » ), des guitares hispaniques, gitanes, comme sur un « Spanish Caravan » des Doors (« True Colour ») ou des violons comme dans Witchcraft (« The Irony Of Man »).

Time ne fait pas que la part belle à des chansons langoureuses à l’ambiance un peu triste comme le sont « Umbrella », « The Irony Of Man » ou « Precious Swan ». « Family Song » et « True Colour » possèdent une dynamique certaine, presque un entrain, et émanent d’une forme de positivisme. Pas en l’être humain, certes, Pelander étant un cynique jusqu’au-boutiste, cependant, on peut noter une volonté du musicien de diversifier les débats pour ne pas transformer son œuvre en un sombre recueil sans espoir. Time n’a rien de lénifiant ou de nonchalant : la richesse de l’écriture permet aux titres de s’émanciper aisément d’un carcan guitare-voix qui pourrait être contraignant. L’ajout de quelques arrangements subtils ici et là, d’une voix féminine, d’une seconde guitare ou d’autres instruments, ne laissant pas place à l’ennui ou la monotonie.

Y-a-t-il une place pour des poètes comme Pelander dans un monde musical survolté et surproduit comme aujourd’hui ? Ce Time fait en tout cas une belle démonstration en faveur d’une réponse positive. Chacun des titres pourrait être joué avec un arsenal numérique dernier cri, dix couches de guitares et une basse-batterie : la substance, l’essence de la composition étant présente, le résultat serait aussi à la hauteur. Le Suédois rappelle la valeur essentielle d’une bonne mélodie ou d’une jolie suite d’accords, comme clés de voûte de l’univers Rock. Comme Mikael Åkerfeldt le fait avec Opeth en enregistrant en analogique et en se référant au progressif des années 70, Pelander se réfugie dans les vingt glorieuses de la musique rock, où le folk en était la pierre angulaire, dépareillant les artefacts pour revenir à la source. Force est de constater que sa quête a un sens, au-delà d’un esprit simplement « revival » dont on a pu affubler, parfois à tort, Witchcraft, et que le talent, la maestria technique et les qualités de composition se révèlent encore un peu plus dans un univers presque totalement brut comme c’est le cas dans ce Time.

Lyric vidéo de la chanson « Umbrella » :

Album Time, sortie le 21 octobre 2016 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici.



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  • Je me le suis pris pour noël et franchement je trouve que c’est un album très ennuyeux (Umbrella) est la plus cool et je pensais vraiment pas que le reste de l’album était chiant a ce point ! C’est mon point de vue, libre a chaqu’un de se faire un avis !

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