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Chronique   

Pentagram – Curious Volume


Pentagram - Curious VolumeUn groupe toujours en activité après quarante ans de carrière, ça impose le respect, mais quand en plus la carrière en question a été aussi chaotique que celle de Pentagram – innombrables changements de line-up, déboires incessants, sans compter les frasques de son leader et seul membre permanent, l’inénarrable Bobby Liebling –, chaque nouvel album a des allures de miracle. En effet, les Américains, pionniers du heavy metal dans les années 70, précurseurs du doom dont le statut a été confirmé par les classiques du genre que le groupe a délivré dans les années 80-90 (Relentless ou Day Of Reckoning pour ne citer que ceux-ci), légendes de l’underground (d’aucuns les voient comme la réponse américaine à Black Sabbath, rien que ça), sortent leur septième opus, Curious Volume.

La dernière résurrection de Pentagram, documentée par un film très réussi, Last Days Here, avait vu Bobby Liebling sortir de la cave de ses parents et se débarrasser de ses addictions pour aboutir au retour sur scène du groupe et à Last Rites, sorti en 2011. À l’écoute de Curious Volume, l’impression de continuité est immédiate : pour l’occasion, le guitariste Victor Griffin, à qui l’on doit la plupart de leurs compositions iconiques, a rejoint le groupe à nouveau, comme pour l’album précédent. Mais a contrario de Last Rites, qui a notamment été conçu sur une longue et chaotique période de temps où le line-up du groupe a eu le temps d’être totalement renouvelé, ce nouvel album contient selon le bassiste Greg Turley 75 % de compositions récentes (seuls « Earth Flight » et « Because I Made It » étaient déjà présents, respectivement, sur un vieux vinyle deux-titres de 1973 et un EP de 2012). Curious Volume, c’est donc un moment de vérité : après des décennies passées à évoluer relativement dans l’ombre, le quatuor a-t-il encore quelque chose à dire, et plus encore, va-t-il parvenir à maintenir le regain d’intérêt dont il a bénéficié ces dernières années ?

Ce qui est sûr, c’est que l’album, qui débute sur les chapeaux de roues avec un « Lay Down And Die » très punchy, montre que Liebling et sa bande en ont toujours sous le capot. On retrouve tout ce qui a fait du groupe ce qu’il est – ambiance tourmentée, riffs lourds et solos aiguisés – sans que celui-ci ne se plagie : au contraire, il s’efforce d’explorer d’autres directions. Empruntant surtout à ses débuts heavy, il fait tout de même honneur à ses albums doom avec « Close The Casket » ou « Devil’s Playground ». De manière plus imprévisible, les musiciens délaissent par moment leur univers maussade pour lorgner du côté du proto punk, des Tubes aux Stooges en passant par MC5 avec notamment un « Misunderstood » endiablé, ou encore incorporer un groove entraînant à « Sufferin’ » et des sonorités grasses dignes de Down dans « Dead Bury Dead ». Le risque, évidemment, est qu’à force de diversité, le groupe perde de son idiosyncrasie, écueil qu’il n’évite pas toujours : on entend par moment dans l’album non seulement les groupes sus-cités mais aussi parfois, dans le pire des cas, du hard rock standard pas nécessairement très inspiré.

Le quatuor prouve cependant une fois de plus qu’il n’a pas volé sa réputation. Le titre éponyme, « Curious Volume », dont les paroles pourraient faire office de manifeste, se montre, à grands renforts de riffs menaçants sur fond d’ambiance morne, digne de ses classiques. Le redoutable « Because I Made It » surtout clôt l’album sur une réussite imparable, une conclusion parfaite pour résumer Pentagram à ce moment de leur carrière : un titre aux allures de bilan (« Because I Made It » : « parce que j’y suis arrivé » ou « c’est de ma faute » ?) pour un morceau, achevé par un solo habité de Victor Griffin, où se mêlent mélodies inoubliables et riffs diaboliques qui démangent la nuque. Bobby Liebling n’en a apparemment pas fini avec ses démons – les dernières vidéos du groupe ne laissent pas vraiment le doute planer quant à sa consommation de drogue –, et Pentagram n’a pas fini de les exorciser. Après des décennies d’une carrière passée essentiellement dans l’underground, le groupe prouve avec Curious Volume qu’il mérite une place de choix non seulement dans l’histoire du metal mais aussi parmi les sorties doom actuelles et que si, à l’image de son leader, il lui arrive de s’égarer, il est encore capable du meilleur.

Ecouter l’album en intégralité :

Album Curious Volume, sorti le 28 août 2015 via Peaceville Records.



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