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Chronique   

Periphery – IV: Hail Stan


Quoi qu’on en dise, Periphery est désormais l’un des poids lourds de la scène metal contemporaine. Depuis son premier opus sobrement intitulé Periphery (2010), le groupe emmené à l’origine par Misha Mansoor a multiplié les efforts avec une régularité sans failles jusqu’à tout rafler avec Periphery III: Select Difficulty (2016) (Top 25 dans le Billboard 200, grammy pour le titre « The Price Is Wrong », des millions de streams). Le groupe a même démultiplié son activité, que ce soit par des projets annexes tels qu’Haunted Shores puis l’électronique Four Seconds Ago, les divers cours donnés par les musiciens qui se rejoignent lors du Periphery Summer Jam et surtout la fondation de leur propre label, 3DOT Recordings. En somme, Periphery a une approche tentaculaire de la musique. Il a en outre toujours recherché une forme d’innovation, que ce soit sur le plan sonore, technique ou celui de la production, parfois avec succès (l’EP Clear en 2014), parfois de manière plus timorée avec des redites, à l’instar de Periphery III. Periphery IV: Hail Stan est un autre animal. Il est le premier album réalisé sous 3DOT Recordings, ce qui a pour conséquence l’absence de la moindre entrave. Periphery s’est mis en quête de la liberté la plus totale.

Lorsqu’on parle de « liberté » au sein de la famille Periphery, c’est en premier une histoire d’emploi du temps. Periphery IV a été réalisé en plus d’un an, sans contrainte extérieure. Le groupe a délibérément choisi de ne pas tourner pendant plus de douze mois afin de pouvoir se consacrer pleinement à l’écriture, ce que les autres sources de revenus nées de la multiplication d’activités lui permettent. Periphery IV contient ainsi neuf titres qui, à l’inverse des précédents albums, n’ont pas subi les limitations de l’urgence. Periphery a agencé son œuvre comme il l’entendait, en ouvrant les débats par son titre le plus long à ce jour (plus de seize minutes), « Reptile ». À l’instar des arrangements de l’effort précédent, Periphery introduit son propos par des instruments à cordes vite balayés par un riffing agressif et technique soutenu par le timbre exubérant de Spencer Sotelo. Du Periphery classique : technique certaine et refrain accrocheur. Pourtant « Reptile » ne donne pas cette impression de déjà-vu malgré tous ces éléments avec lesquels l’auditeur est familier. Periphery sonne plus sombre, plus noir ; Spencer emprunte des chemins plus extrêmes (vraiment extrêmes) avec un growl aux influences death plus marquées, ce qui, par contraste, tend à dynamiser la musique et valoriser les moments plus doux et lumineux, comme cette accalmie narrée d’une voix grave, ou lorsque les cordes font leur retour vers la fin. Les seize minutes contiennent une pléthore de variations qui dressent un tableau flatteur de l’aisance de Periphery à maîtriser les transitions et qui illustrent les dires du groupe : oui, Periphery contient des éléments djent mais se perçoit avant tout comme un groupe de metal progressif. Cette noirceur inédite de la part du groupe, elle apparaît surtout sur un titre tel que « Blood Eagle » en référence à la méthode de torture viking. Mais même lorsque Periphery privilégie le rentre-dedans, il se ménage des espaces plus nuancés qui mettent en valeur le travail vocal de Spencer. Periphery IV ne met que quelques minutes à démontrer qu’il est l’album où la dichotomie chant clair/chant hurlé est la plus prononcée, la plus riche et la mieux réussie de la discographie de la formation. Les guitares empruntent des sonorités inédites, hargneuses et dissonantes : « CHVRCH BVRNER » entérine définitivement la nouvelle brutalité du quintette, en lorgnant sur la folie de Dillinger Escape Plan.

Le groupe n’a pas pour autant délaissé son côté « cheesy » et son sens de l’accroche. « It’s Only Smiles » développe une certaine naïveté adolescente dans ses mélodies et chœurs, tandis que « Garden In The Bones » prouve que Periphery reste attaché à des refrains plus consensuels, parvenant même à faire taper du pied sur la rythmique syncopée du couplet. Seulement, le constat survient à nouveau : même lorsque les territoires sont connus, il y a toujours un élément qui empêche la simple copie (en l’occurrence les vocalises chamaniques de Spencer). Outre l’agressivité, Periphery IV intègre davantage la dimension électronique dans sa musique. L’exemple le plus flagrant reste l’électro « Crush » qui laisse transparaître quelques teintes d’un Linkin Park plus expérimental et divisera sans aucun doute les plus ardents défenseurs de la distorsion mais qui prouve deux choses : Periphery IV est effectivement un album audacieux, libre et varié quitte à opposer les extrêmes et le groupe sait sortir de sa zone de confort sans nécessairement se prendre les pieds dans le tapis. Seul « Sentient Glow » (re-travail d’un titre d’Haunted Shores, projet de Misha Mansoor et Mark Holcomb, et titre d’audition pour Spencer afin d’intégrer le groupe) peut lasser par la répétition des sempiternels gimmicks chers à la formation. Cette dernière se rattrape avec les neuf minutes de « Satellites », longue progression à vocation cathartique, avec une première moitié doucereuse pour atteindre un riffing massif et un refrain écorché sur la seconde.

Periphery IV: Hail Stan laisse transparaître l’audace de Periphery, favorisé par la création de son propre label et donc l’affranchissement des contraintes temporelles et financières. Il y a une pléthore d’éléments déjà développés lors des précédents opus, Periphery ne réinvente pas son identité sonore parfois jugée trop exubérante par certains. Ce sont les multiples mouvements à l’intérieur des compositions, les prises de risques (vocales, artistiques, etc.) et les sonorités plus sombres qui font de Periphery IV un album élégamment ciselé. « Libéré, délivré… »

Chanson « Garden In The Bones » :

Clip vidéo de la chanson « Blood Eagle » :

Album IV: Hail Stan, sortie le 5 avril 2019 via 3DOT Recordings. Disponible à l’achat ici



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    Dana Fuchs @ Massy
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