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Interview   

Periphery s’est divisé pour mieux se rassembler


Voilà un groupe qui évolue depuis ses débuts en procédant par étapes significatives, franchissant de nouveaux paliers à chaque album, que ce soit musicalement ou dans les méthodes même de conception de ses œuvres. Fondé au départ par le guitariste Misha Mansoor, réputé auparavant pour ses contribution sur SoundClick et divers forums, Periphery a progressivement vu ses autres membres prendre part à la création musicale pour devenir aujourd’hui, avec son nouveau double album Juggernaut, une entité pleinement et équitablement collaborative. Et par lien de cause à effet, sans doute que s’ils n’avaient pas ainsi joint leurs forces, cet opus ne serait pas devenu aussi imposant qu’il se révèle aujourd’hui. Sans doute aussi que l’expérience de Clear, un EP très particulier sorti l’année dernière où chaque musicien devenait directeur exécutif d’une chanson initiée puis développée en s’inspirant d’une même base, a contribué à faire ressortir et conforter les talents qui composent le groupe.

C’est en tout cas ce que nous explique Jake Bowen, l’un des trois guitaristes du sextet, au cours de l’entretien qui suit. Et il ne fait aucun doute aujourd’hui sur les ambitions artistiques de Periphery, qui s’impose, de fait, en leader.

« Je me suis rendu compte que j’étais capable d’écrire une chanson complète par moi-même [rires]. »

Radio Metal : Vous aviez annoncé le projet d’album Juggernaut il y a plus de deux ans, ce qui signifie qu’il a mis longtemps à être conçu. Dans le laps de temps vous avez sorti un EP dénommé Clear. Etait-ce une manière pour vous de marquer une pause dans la conception de Juggernaut et vous vider [NDT : « Clear » peut signifier « vider ») un peu l’esprit avant d’y revenir ?

Jake Bowen (guitare) : C’est une perspective intéressante. Je pense que Clear vient surtout du fait que nous avions tous des idées et nous ne voulions pas attendre que Juggernaut soit terminé pour les sortir. Et nous savions aussi que ça faisait déjà un moment depuis notre dernière sortie. Nous nous sommes dit que nous pourrions sans doute le terminer en un mois, ce que nous avons fait, et le sortir peu de temps après. Nous avons trouvé le concept en parlant avec quelques amis proches du groupe et l’avons ainsi étoffé. Ensuite nous nous sommes tous retrouvés et avons défini le concept, et sommes ensuite tous partis de notre côté pour écrire les chansons. Mais chacun a travaillé avec une certaine personne dans le groupe ou des gens en dehors du groupe. C’était juste un truc à faire pour sortir ces idées sur lesquelles nous étions assis.

Comment en êtes-vous venus à cette idée unique pour cet EP, avec chacun des membres étant en quelque sorte le directeur exécutif d’une des chansons ?

Principalement, l’idée est d’abord venue de Steph [Carpenter] des Deftones. Nous étions en tournée avec ce groupe et nous traînions toujours beaucoup avec Steph, et il nous balançait tout plein d’idées que nous pouvions utiliser, juste des trucs auxquels il avait pensé. Surement que l’idée d’un groupe où chaque membre écrirait par lui-même une chanson à mettre sur un album n’est pas vraiment nouvelle. La manière dont nous l’avons approchée, pas contre, je n’ai vu ça nulle par ailleurs. Il a dit : « Toutes vos chansons ont énormément de couches ; vous avez toutes ces textures. Je parie que si vous ne preniez qu’une seule de ces couches et laissiez chaque membre du groupe écrire une chanson à partir de ça ou d’une mélodie ou peu importe, vous obtiendriez six chansons différentes et elles seraient toutes super. Ce serait l’interprétation de chacun de ce que cette mélodie peu influencer ou inspirer. » Alors nous étions là : « Oh, c’est une idée géniale ! » C’est donc de lui que nous avons eu l’idée au départ.

Misha Mansoor a dit que cet EP était une opportunité de « peut-être découvrir quelque chose à propos de [vous-même] au cours du processus. » Alors qu’avez-vous découvert à propos de vous-mêmes ?

Je pense que je me suis rendu compte que j’étais capable d’écrire une chanson complète par moi-même [rires], même si j’ai reçu un peu d’aide de Misha.

Parce que c’est quelque chose que tu n’avais jamais fait auparavant ?

Pas par moi-même, non, j’ai toujours écrit avec le groupe. J’ai déjà écrit des chansons par moi-même mais je ne les aime pas. Je pense tout simplement que je n’ai jamais eu le coup de main pour ça mais ceci m’a prouvé que si je me concentre bien dessus, je peux effectivement faire quelque chose dont je suis fier.

Est-ce que Juggernaut a bénéficié de cette expérience ?

Absolument. Surtout par rapport à la communication au sein du groupe parce que, après le second album, nous voulions vraiment amener nos compositions au niveau supérieur, mais ça impliquait beaucoup de travail ensemble et de s’assurer que tout le monde serait content, à passer en revue énormément de révisions des chansons. Comprendre comment faire ceci via Clear avec les différentes personnes avec lesquelles chacun a travaillé était un pas dans cette direction. Sur Juggernaut nous avons tous travaillé ensemble et nous avons tous apporté des idées, tout en s’assurant que les autres étaient contents. C’était une longue expérience mais, au final, ça a payé parce que, désormais, nous avons un album dont, en gros, tout le monde est à cent pour cent content.

Juggernaut est un album conceptuel construit sur un thème que vous avez initié avec la chanson « Jetpacks Was Yes! » tiré de votre premier album, et au départ le but était de n’en faire qu’un album. Comment donc un thème dans une seule chanson a évolué pour devenir un double album ?

Eh bien, je dois en fait te dire que nous avons abandonné cette idée. C’était effectivement ce qui, à l’origine, devait être la base des chansons. L’histoire de « Jetpacks » devait être la base du concept mais il n’y avait aucun lien musical avec cette chanson dans Juggernaut. Nous pensions que nous allions faire avec cette idée mais lorsque nous nous sommes assis pour écrire et enregistrer ceci, nous nous sommes rendus compte que ça allait être bien plus dur et que ça allait représenter beaucoup plus de travail que ce que avions envisagé. Il a donc fallu que nous recommencions à partir de rien et écrivions l’histoire pour qu’elle colle à la musique plutôt que d’écrire la musique en essayant de faire rentrer de force l’histoire par-dessus.

Quelle est donc l’histoire alors ? Parce que ça semble assez complexe…

Ouais, ça l’est. Spencer m’a demandé de ne donner aucun détail à propos de l’histoire, simplement parce qu’il souhaite que les gens qui ne l’ont pas encore entendu puisse la découvrir par eux-mêmes. Parce qu’autrement, si nous dévoilons ceci avant qu’il ne sorte, ce serait un peu comme dire aux gens l’intrigue d’un film avant qu’il ne sorte : tu ne l’aborde plus sans attente. Parce que si tu le dis à quelqu’un, alors il s’attendra à quelque chose d’incroyable et si ce n’est pas le cas, il ressortira déçu. Alors que s’il n’a aucune attente, c’est comme une ardoise vierge, il a plus de chances d’accrocher à l’histoire que nous avons écrite. Je peux dire que c’est un sujet sombre et que ça parle de gens diaboliques qui ne se rendent pas forcément compte qu’ils sont diaboliques. C’est tout ce que je peux dire.

Est-ce Spencer qui a écrit tout le concept ou bien est-ce que tout le groupe y a participé ?

Spencer a écrit la majorité du concept. Matt, notre batteur, l’a un peu aidé. Je l’ai un peu aidé. Mais c’est Spencer le maestro.

« L’idée derrière Juggernaut était : ‘Nous allons faire ceci ensemble, tout le monde sera content et nous travaillerons jusqu’à que ce soit le cas.' »

Juggernaut est constitué de deux CDs, presque comme des albums séparés. Comment les deux interagissent-ils musicalement ? L’une des interactions évidentes, c’est le refrain d’ « Alpha » que l’on entend à la fin d’ « Omega »…

C’est quelque chose que nous adorons faire et que nous avons fait dans d’autres albums, reliant des chansons d’un point de vue thématique avec certaines mélodies ou motifs. On adore faire ça. Et c’est quelque chose que Dream Theater a beaucoup fait, et fait encore beaucoup. C’est une manière vraiment amusante de créer un aspect familier provenant d’une chanson que tu aimes beaucoup en l’intégrant dans une autre chanson mais dans un contexte différent. Il y a beaucoup de ça. Certaines choses sont plus évidentes que d’autres. Je pense que tout le côté amusant c’est de pouvoir chercher quels sont les clins d’œil à d’autres chansons et quels sont les motifs ou thème directs provenant d’autres chansons. En gros, chaque chanson possède des liens vers une autre chanson.

Est-ce important pour vous, artistiquement, de faire un album qui n’est pas qu’une simple compilation de chansons mais où on peut entendre les interactions ?

Ouais parce que si tu as un album qui est trop farfelu et qui ne contient aucun rappel, tu te retrouves constamment à voyager dans des territoires musicalement inexplorés. Avec cet album, c’est un peu ce que nous faisons, le fait de voyager dans des territoires inexplorés, musicalement, en tant que groupe, mais en faisant revenir des motifs et thèmes cohérents qui apparaissent dans toutes les chansons. C’est un peu une manière d’être aventureux tout en permettant aux gens d’avoir le sentiment de faire partie de l’histoire et pouvoir dire : « Oh, ouais, je me souviens quand ceci s’était produit ! » On retrouve ça autant d’un point du vue musical que dans les paroles.

La musique était-elle donc écrite avant le concept ou bien était-ce l’inverse ?

En fait, nous les avons faits en parallèle. Nous avons écrit une tonne de musique et nous avions des idées pour le concept, et ensuite nous avons sélectionné les meilleures idées musicales, celles que nous aimions le plus et pensions colleraient le mieux à la partie de l’histoire que nous écrivions. C’était très, très délicat et nous avons fini par nous en sortir mais ça a pris du temps. Vraiment beaucoup de temps.

Penses-tu que ce soit la meilleure façon de faire, en travaillant en parallèle, pour avoir une meilleure cohérence entre les deux ?

Ouais, je pense qu’ainsi ça crée une expérience plus authentique parce que ce n’est pas comme si tu écrivais quelque chose et ensuite tu rajoutes autre chose par-dessus parce qu’il faut que ça y aille. Lorsque tu les écris ensemble, ils doivent interagir d’une manière qui doit avoir du sens et que l’on peut apprécier. J’estime donc qu’il est important de procéder ainsi. Tout du moins pour nous. Peut-être que certaines personnes ou certains groupes sont capables d’écrire la musique d’abord et ensuite le concept ou vice versa. Je pense que ça ressortirait probablement mieux si le concept était écrit d’abord et ensuite la musique composée par-dessus. Mais bon, nous les avons fait en simultané et c’est vraiment bien ressorti.

Et est-ce que le fait d’avoir un concept fait une grande différence par rapport aux albums précédents ?

Ouais. Nous nous sommes rassemblés en tant que groupe avant la pré-production et nous voulions discuter de ce que nous attendions de la part de cet album. L’une des choses concordantes que tout le monde a évoqué était : « Ok, nous voulons que ce soit cinématographique et nous voulons que ce soit sombre. » Parce que ce sont les choses qu’on aime : les films sombres, les films épiques, pareil pour les jeux vidéos et les livres… N’importe quoi donnant une importance aux personnages et au développement de l’histoire.

Est-ce ce côté cinématographique qui a permis d’élargir l’éventail dynamique de la musique, avec toutes ces idées folles que l’on peut entendre, les éléments jazzy, etc. ?

Ouais. Il a vraiment fallu que nous nous poussions à écrire autre chose que ce que nous faisons normalement, particulièrement d’un point de vue mélodique, parce que nous avons une tendance à écrire des choses très spécifiques, et il a fallu que nous sortions de nos habitudes pour obtenir ceci, pour accomplir ceci. Je pense que nous avons réussi. En sachant ce qu’était le concept et ce que nous recherchions, avec en tête les adjectifs que j’ai utilisé auparavant, ça nous a poussé en tant que musiciens à écrire des choses dans ce sens.

Penses-tu que cet album fera la différence pour le futur du groupe, sur la manière dont vous aborderez la musique ?

Je l’espère. Ça a été déterminant pour nous. Ca colmate un peu plus notre son, je trouve, et ce dont nous sommes capables en tant que groupe et compositeurs. Et je pense que la production et la composition ont gagné en maturité, donc ça nous impose un nouveau standard, à chacun de nous, pour aller encore plus loin. Désormais nous avons une référence pour nous-mêmes.

Dans le dossier de presse il est mentionné que Juggernaut est « sans doute le premier album véritablement collaboratif de Periphery. » Pourtant Periphery II était aussi bien plus un effort de groupe si l’on compare au premier album. Quelles sont donc les différences dans votre collaboration et l’étendue de celle-ci entre les deux albums ?

Eh bien, c’est une bonne question. Ca a vraiment démarré avec Misha parce qu’il a fondé le groupe et écrit la majorité du premier album, je l’ai aidé à écrire la dernière chanson de cet album et une bonne part des parties électroniques. Et sur le second album nous avons intégré un nouveau guitariste, Mark [Holcomb], et nous balancions tous des idées ici et là mais chaque chanson était née d’une idée initiée par Misha, plus ou moins. Alors qu’avec celui-ci, nous avons tous écrit les chansons et constitué l’album ensemble. Bien que Periphery II fut collaboratif, c’était encore produit et écrit par Misha avec notre aide. Mais avec celui-ci, nous avons tous contribué à la même hauteur.

« Nous voulions offrir notre propre interprétation de ce qu’est un album conceptuel sans aucune interférence de ce que les gens attendent d’un album conceptuel. »

Dans la mesure où ce fut un travail collaboratif, comment êtes-vous parvenus à garder une cohérence par rapport à la manière dont le concept devait être mis en musique ? N’aviez-vous pas des divergences dans la manière dont vous envisagiez ou interprétiez le concept ?

Oh, ouais, absolument. C’est ça la partie difficile. Et vraiment la partie la plus délicate était d’essayer de comprendre, parmi toutes les idées que nous avions, ce qui collerait. Car nous n’avions que des démos, des idées, des riffs et tout avant d’avoir des chansons complètes, et il a donc fallu choisir prudemment ce que nous voulions développer pour en faire des chansons, à partir de plus petites idées, pour que ça colle avec le concept. Pendant que nous écrivions les deux en simultané, il a fallu faire très attention à ce que nous estimions devait être sur l’album.

L’EP Clear montre le travail individuel alors que Juggernaut montre le travail collaboratif du groupe. Dirais-tu qu’ils sont des opposés ?

Ouais, absolument. Je veux dire que tout le concept de Clear est basé sur l’individu alors que toute l’idée derrière Juggernaut était : « Nous allons faire ceci ensemble, tout le monde sera content et nous travaillerons jusqu’à que ce soit le cas. » Et nous avons passé beaucoup de temps ensemble pour que ça se produise.

Juggernaut est une entreprise très ambitieuse ; aviez-vous l’ambition de faire votre propre The Wall ou Tommy ?

Non, nous n’avions pas d’autres albums conceptuels comme source d’inspiration, en tout cas, de ce que je sache. Tout du moins, pas pour ma part. Nous voulions offrir notre propre interprétation de ce qu’est un album conceptuel sans aucune interférence de ce que les gens attendent d’un album conceptuel. C’est basé sur ce que nous pensons que ça devrait être plutôt que de comparer ça à d’autres albums conceptuels. Je crois que la seule inspiration que nous avons tiré d’autres albums conceptuels est le fait que d’autres en ont fait avant nous et qu’ils étaient très cools. C’est à peu près la seule chose.

Ne seriez-vous pas intéressé de transposer cette histoire très complexe dans d’autres formats, comme une pièce théâtrale ou un film ou un livre… ?

Ça fait partie des débats que nous avons dans le groupe. Nous voulons voir si l’histoire vaut le coup d’être déclinée sur d’autres médiums. Je suis convaincu qu’il y aura des représentations graphiques, que ce soit une bande dessinée ou même un genre de petit film ou des trucs que tu verras pendant les concerts. Je pense qu’incorporer des vidéos en concert est quelque chose que nous essaierons et vous pourrez voir une transposition visuelle de l’histoire. Pour le moment, nous améliorons les lumières pour la prochaine tournée mais je crois que nous n’aurons pas encore de véritable scène dédiée à Juggernaut. Mais je pense que c’est quelque chose sur laquelle nous plancherons très attentivement dans les mois à venir, pour avoir quelque chose qui colle vraiment au thème et à l’histoire, apportant un peu de théâtralité au show.

Vous avez fait des prises de test avec le producteur David Bendeth pour finalement vous retrouver à produire à nouveau l’album par vous-même. Penses-tu qu’aucun producteur en dehors du groupe serait capable de produire le type de son que vous recherchez ?

Tu sais, je ne crois pas que ce serait un problème du moment que le producteur connaît le groupe aussi bien que nous nous connaissons. Je crois que la seule option pour que nous puissions travailler avec un producteur serait que ce soit quelqu’un qui sait comment nous ressentons la musique et comment nous voulons qu’elle sonne. Nous pouvons travailler avec n’importe quel producteur, c’est juste que nous n’obtiendrons pas les résultats que nous attendons de nous-mêmes, simplement parce que ça fait longtemps que nous faisons ça. Nous avons tous notre part dans le résultat. C’est donc important pour nous d’obtenir précisément ce que nous voulons et si le producteur est en décalage avec ça, alors nous devrons nous en occuper nous-mêmes. L’astuce c’est donc de trouver quelqu’un qui peut nous comprendre de la bonne manière. Je trouve que ce serait marrant de travailler avec un producteur ! Mais c’est un sacré défi que de pouvoir nous comprendre tous. Il y a six mecs dans le groupe et nous sommes tous très impliqués dans notre projet. Mais ça pourrait arriver et je suis ouvert à toute opportunité si la bonne personne se présente.

N’aviez-vous pas peur de perdre en recul sur votre travail en gérant la production vous-mêmes, particulièrement sur un album aussi complexe ?

Non parce que si tu prends notre bassiste, Nolly, en particulier, son éthique de travail ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir auparavant et il a une façon de tout organiser qui fait que ça reste très professionnel et concis. En fait c’est beaucoup moi, Mark et Misha qui avons écrit une grande partie de la musique, avec Matt et Spencer, et ensuite nous avons apporté tout ça à Nolly pour qu’il nous enregistre. Donc tout le monde avait, en quelque sorte, son rôle, ce qui a rendu l’album plus facile à produire, écrire et enregistrer.

Periphery a trois guitaristes dans ses rangs. Comment travaillez-vous avec trois guitares ? Ça ne fait pas trop de monde parfois ?

Non parce que, pour que ce soit le cas, ça impliquerait que tout le monde soit productif à cent pour cent du temps. Mais ce n’est pas le cas. Chacun est productif à environ quarante-cinq/cinquante pourcent du temps et ça permet à certains de venir, prendre des idées et s’amuser avec, ou à d’autres de s’assoir, regarder et, pour ainsi dire, produire depuis le fond de la pièce en écoutant. La productivité de chacun fonctionne par cycle. En fait, ça facilite l’écriture des chansons parce qu’ainsi plus de personnes contribuent. Mais si tout le monde contribuait en permanence, alors ouais, effectivement, ça ferait trop de monde et je ne crois pas que ça fonctionnerait.

Et d’un point de vue sonore ?

L’une des raisons pour lesquelles nous avions besoin de trois guitaristes c’est parce que la musique est très dense et contient énormément de couches. Tout le monde fait quelque chose de différent, remplissant le spectre sonore. Parfois nous jouons tous la même chose lorsque nous avons besoin que ça tape fort et que ce soit lourd mais la plupart du temps, tout le monde joue quelque chose de différent ou bien deux personnes jouent la même chose et la troisième joue un contrepoint. Du coup nous sommes devenus très bons pour ce qui est d’équilibrer les sons de chaque guitariste, simplement en leur réservant de manière stratégique certains espaces sur certaines parties des chansons. C’est complexe et ça nous a pris très longtemps à comprendre tout ça, et nous sommes encore en train de chercher à comprendre, mais ça fonctionne bien pour nous.

Interview réalisée par téléphone le 18 décembre 2014 par Nicolas Gricourt.
Retranscription, traduction et introduction : Nicolas Gricourt.

Site internet officiel de Periphery : www.periphery.net.



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