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Chronique   

Perturbator – Lustful Sacraments


Difficile d’envisager la popularité de la synthwave (ou retrowave selon les goûts) aujourd’hui sans mentionner Perturbator. James Kent fait partie de ces artistes français qui ont porté le genre en reprenant certains ingrédients de Kavinsky et College sans vraiment se soucier du catalogage, accompagné par Carpenter Brut pour ne citer que lui. L’occasion d’allier une culture metal et rock à une musique électronique qui s’attelle à rechercher des atmosphères sombres et nébuleuses en évoquant l’imaginaire des années 80 et 90. Lustful Sacraments, cinquième opus de Perturbator, explore une nouvelle déclinaison de cet univers. James Kent puise dans le goth-rock de la fin des années 80 et le post-punk pour décrire notre tendance à la dépendance avilissante et par extension à l’autodestruction. La mélodie la plus simple ne s’envisage pas sans son penchant le plus oppressant.

La dimension cinématographique est toujours l’un des traits principaux de la musique de Perturbator. « Reaching Xanadu » fait office d’introduction presque anxiogène avant d’être radicalement tranché par le beat de « Lustful Sacraments ». On peut percevoir aisément le modus operandi de Perturbator qui parvient à conjuguer le beat mécanique, presque déshumanisé et ce syncrétisme étrange, celui de sonorités de synthé qui rappellent l’exubérance de la musique des eighties tout en conservant cette impression de suffocation imminente. James Kent nous fait miroiter dans le même temps des grands espaces insondables en ouvrant ses rythmiques : une progression plus aérienne qui s’estompe en ne laissant que des vrombissements incessants. La parenté avec le post-punk se manifeste davantage sur « Excess » et sa rythmique martelée qu’une voix scandée à répétition vient supporter. « Excess » décline l’atmosphère instaurée par Perturbator sous un aspect plus dansant sans pour autant donner dans la légèreté. Ces nappes réverbérées – toujours sous forme d’échos lointains aux contours flous – garantissent les articulations mélodiques sans jamais devenir limpides. Une utilisation intelligente du lexique goth-rock qui ne porte pas atteinte à l’intégrité de l’univers de Perturbator. « Secret Devotion » (avec True Body) repose davantage sur le beat où ces échos mélodiques s’effacent justement pour laisser la place à une voix qui n’est pas sans rappeler les derniers efforts d’Ulver. Même lorsque Pertubator se veut plus langoureux, il n’envisage pas une seule seconde de sortir de sa brume.

C’est là toute la particularité de cette approche de la musique électronique et sa parenté avec le metal. À l’inverse d’une grande partie de l’EDM, l’œuvre de Perturbator se conçoit presque comme un album concept tant ce qui prédomine est l’environnement dans lequel l’auditeur est placé plutôt que des accroches singulières. La cohérence devient alors un véritable commandement auquel se soumettent diverses variations d’un même espace que l’auditeur parcourt. « Death Of The Soul » renvoie autant à l’accalmie de « Reaching Xanadu » qu’à l’activité d’« Excess », le tout sous un beat aggrotech tapageur et un groove de synthé ayant a un petit quelque chose du « Head Like A Hole » de Nine Inch Nails. Les nappes cosmiques grandiloquentes de « The Other Place » incitent à lever la tête et cherchent à restituer l’extase et le malaise à la découverte d’horizons encore inconnus. Il faut envisager la musique de Perturbator comme une sorte d’« exhausteur » de notre imaginaire. La progression de « Messalina, Messalina » est une épopée à elle seule. « God Says » se paie le luxe de faire participer Hangman’s Chair et confirme le parallèle entre les influences de Lustful Sacraments et Banlieue Triste (2018) – auquel Perturbateur a lui-même participé, sur le morceau « Tired Eyes », la boucle est bouclée. Le titre met en lumière ce choix de « cadenasser » la mélodie (en l’occurrence le chant) sans la brider complètement, encore une fois dans le souci de ne jamais faire éclater le macrocosme que crée Perturbator.

On pourrait mettre en avant l’extrême homogénéité de Lustful Sacraments, au même titre que beaucoup de productions labellisées synthwave. C’est pourtant le gage de réussite d’une œuvre qui cherche l’immersion plutôt que la délectation ponctuelle. Sur ce plan Perturbator nous met face à notre vulnérabilité, principalement causée par notre incapacité à nous satisfaire de manière pérenne. Lustful Sacraments puise effectivement dans le goth-rock et le post-punk sans mettre ces genres sur un piédestal. Ils s’incorporent dans un monde aussi attirant qu’hostile.

Chanson « Excess » :

Chanson « Dethroned Under A Funeral Haze » :

Clip vidéo de la chanson « Death Of The Soul » réalisé par Valnoir du studio Metastazis :

Album Lustful Sacraments, sortie le 28 mai 2021 via Blood Music. Disponible à l’achat ici



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